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Visite d'État en France
de Sa Majesté la Reine Elizabeth II
et du Prince Philip, duc d'Edimbourg
(5 - 7 avril 2004 )

 

Afin de célébrer le centenaire de l'Entente Cordiale,
M. Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale,
et M. Christian Poncelet, Président du Sénat,
ont invité les députés et les sénateurs à une réception conjointe en l'honneur de Sa Majesté la Reine Elizabeth II et du Prince Philip, duc d'Édimbourg,
à l'occasion de leur visite d'État en France, le mardi 6 avril 2004, à 17 heures, au Sénat.

Discours de M. Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale

_______________

A l'occasion du centenaire de l'Entente cordiale, une réunion commune du Bureau de l'Assemblée nationale et d'une délégation de la Chambre des Communes s'est tenue le 6 avril à 11h 45. Cette réunion était suivie d'un point de presse et d'un déjeuner en l'honneur des membres de la Délégation de la Chambre des Communes
 

Voir aussi :

Dossier en ligne sur le site de la Présidence de la République

Déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay (29 mars 2004)

Dossier d'archives sur le site du ministère des Affaires étrangères

Le site de l'Entente cordiale

Le site du Parlement britannique

Ambassade de France au Royaume Uni

Ambassade du Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord en France

Groupe d'amitié franco-britannique

Réception dans l'hémicycle de M. Tony Blair,
Premier ministre du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord (24 mars 1998)

Rubrique en anglais du site de l'Assemblée nationale

Texte en français de l'accord du 8 avril 1904

Texte en anglais de l'accord du 8 avril 1904
 

__________________________________________________________________
 

Déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay
(Paris, 29 mars 2004)

sur le site du ministère des Affaires étrangères

Sa Majesté la Reine Elisabeth II et son Altesse Royale Philip duc d'Édimbourg effectueront une visite d'État en France, du 5 au 7 avril 2004. Il s'agit de la quatrième visite d'État de la Reine en France : les trois premières ont eu lieu du 8 au 11 avril 1957, du 15 au 19 mai 1972 et du 9 au 12 juin 1992. Cette visite ouvre les célébrations du centenaire de l'Entente cordiale, accords conclus par le Royaume-Uni et la France le 8 avril 1904 et dont l'anniversaire sera célébré cette année avec un éclat particulier.

La Reine Elisabeth II et le duc d'Édimbourg seront reçus par le président de la République lors d'un dîner d'État le 5 avril au Palais de l'Élysée. Le 6 avril, le Premier ministre offrira un déjeuner en leur honneur à l'Hôtel de Matignon. Le même jour, l'Ambassadeur de Grande-Bretagne offrira un dîner à sa résidence autour du thème de la lutte contre le cancer, un des axes majeurs de la célébration de l'Entente cordiale.

Le programme de cette visite d'État prévoit également une réception au Sénat offerte par le Président du Sénat et le Président de l'Assemblée nationale et un entretien avec le Maire de Paris. En outre, la Reine Elisabeth II et le duc d'Édimbourg assisteront à un spectacle du Cadre Noir de Saumur ; ils visiteront également la future salle d'art britannique du Musée du Louvre.

Le 7 avril, la Reine Elisabeth II et le duc d'Édimbourg se rendront à Toulouse où ils seront reçus à déjeuner par M. Philippe Douste-Blazy, Député-Maire de Toulouse. Une rencontre aura lieu avec des boursiers français et britanniques de l'Entente cordiale et leurs mécènes. La Reine et le Duc d'Édimbourg se rendront par ailleurs au siège d'Airbus Industrie.

La Reine Elisabeth II et le duc d'Édimbourg regagneront Londres dans l'après-midi.

 


Texte de la déclaration du 8 avril 1904
 d'après les archives du Ministère des Affaires étrangères

Déclaration concernant l'Égypte et le Maroc.

ARTICLE I. Le Gouvernement de Sa Majesté Britannique déclare qu'il n'a pas l'intention de changer l'état politique de l'Égypte. De son côté, le Gouvernement de la République française déclare qu'il n'entravera pas l'action de l'Angleterre dans ce pays en demandant qu'un terme soit fixé à l'occupation britannique ou de toute autre manière, et qu'il donne son adhésion au projet de Décret Khédivial qui est annexé au présent Arrangement, et qui contient les garanties jugées nécessaires pour la sauvegarde des intérêts des porteurs de la dette égyptienne, mais à la condition qu'après sa mise en vigueur aucune modification n'y pourra être introduite sans l'assentiment des Puissances Signataires de la Convention de Londres de 1885. II est convenu que la Direction Générale des Antiquités en Égypte continuera d'être, comme par le passé, confiée à un savant français. Les écoles françaises en Égypte continueront à jouir de la même liberté que par le passé.

ARTICLE II. Le Gouvernement de la République Française déclare qu'il n'a pas l'intention de changer l'état politique du Maroc. De son côté, le Gouvernement de Sa Majesté britannique reconnaît qu'il appartient à la France, notamment comme Puissance limitrophe du Maroc sur une vaste étendue, de veiller à la tranquillité dans ce pays, et de lui prêter son assistance pour toutes les réformes administratives, économiques, financières, et militaires dont il a besoin. II déclare qu'il n'entravera pas l'action de la France à cet effet, sous réserve que cette action laissera intacts les droits dont, en vertu des Traités, conventions, et usages, la Grande-Bretagne jouit au Maroc, y compris le droit de cabotage entre les ports Marocains dont bénéficient les navires Anglais depuis 1901.

ARTICLE III. Le Gouvernement de Sa Majesté Britannique, de son côté, respectera les droits dont, en vertu des Traités, Conventions et usages, la France jouit en Égypte, y compris le droit de cabotage accordé aux navires Français entre les ports égyptiens.

ARTICLE IV. Les deux Gouvernements, également attachés au principe de la liberté commerciale tant en Égypte qu'au Maroc, déclarent qu'ils ne s'y prêteront à aucune inégalité, pas plus dans l'établissement des droits de douanes ou autres taxes que dans l'établissement des tarifs de transport par chemin de fer. Le commerce de l'une et l'autre nation avec le Maroc et avec l'Égypte jouira du même traitement pour le transit par les possessions françaises et britanniques en Afrique. Un accord entre les deux gouvernements règlera les conditions de ce transit et déterminera les points de pénétration. Cet engagement réciproque est valable pour une période de trente ans. […] Toutefois, le Gouvernement de la République Française au Maroc et le Gouvernement de Sa Majesté Britannique en Égypte se réservent de veiller à ce que les concessions de routes, chemins de fer, ports, etc., soient données dans des conditions telles que l'autorité de l'État sur ces grandes entreprises d'intérêt général demeure entière.

ARTICLE V. Le Gouvernement de Sa Majesté Britannique déclare qu'il usera de son influence pour que les fonctionnaires français actuellement au service égyptien ne soient pas mis dans des conditions moins avantageuses que celles appliquées aux fonctionnaires Anglais du même service. Le Gouvernement de la République française, de son cote, n'aurait pas d'objection à ce que des conditions analogues fussent consenties fonctionnaires britanniques du service marocain.

ARTICI.E VI. Afin d'assurer le passage du Canal de Suez, le Gouvernement de Sa Majesté Britannique déclare adhérer aux stipulations du Traité conclu le 29 octobre 1888[…]

ARTICLE Vll Afin d'assurer le libre passage du Détroit de Gibraltar, les deux Gouvernements conviennent de ne pas laisser élever des fortifications ou des ouvrages stratégiques quelconques sur la partie de la côte marocaine comprise entre Melilla et les hauteurs qui dominent la rive droite du Sebou exclusivement. Toutefois, cette disposition ne s'applique pas aux points actuellement occupés par l'Espagne sur la rive marocaine de la Méditerranée.

ARTICLE VIII. Les deux Gouvernements, s'inspirant de leurs sentiments sincèrement amicaux pour l'Espagne, prennent en particulière considération les intérêts qu'elle tient de sa position géographique et de les possessions territoriales sur la côte marocaine de la Méditerranée ; et au sujet desquels le Gouvernement français se concertera avec le Gouvernement Espagnol. Communication sera faite au Gouvernement de Sa Majesté Britannique de l'accord qui pourra intervenir à ce sujet entre la France et l'Espagne.

ARTICLE IX. Les deux Gouvernements conviennent de se prêter l'appui de leur diplomatie pour l'exécution des clauses de la présente déclaration relative à l'Égypte et au Maroc. En foi de quoi Son Excellence l'Ambassadeur de la République française près Sa Majesté le Roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande et des Territoires Britanniques au delà des mers, Empereur des Indes, et le Principal Secrétaire d'État pour les Affaires étrangères de Sa Majesté Britannique, dûment autorisés à cet effet, ont signé la présente Déclaration et y ont apposé leurs cachets.
 

Fait à Londres, en double expédition, le 8 avril 1904.
 

Réception en l'honneur de Sa Majesté la Reine Elisabeth II
et Son Altesse Royale le Prince Philip, Duc d'Édimbourg
pour célébrer le Centenaire de l'Entente Cordiale

6 avril 2004 au Palais du Luxembourg

Madame,

Alors que nous célébrons le centenaire de la Déclaration sur l'Entente Cordiale que le Roi Édouard VII et le Président du Conseil Delcassé signèrent le 8 avril 1904, je tiens à vous dire à mon tour et au nom de l'ensemble des Députés français, l'honneur que nous ressentons à vous accueillir. En effectuant à cette occasion votre quatrième visite d'État dans notre pays, vous nous donnez un nouveau témoignage de l'attachement que vous portez à la France et  de l'amitié qui unit depuis si longtemps la France et le Royaume-Uni.

Cette puissante amitié, elle est le fruit d'une  longue histoire traversée de rivalités, de guerres et d'alliances, qui, au fil des siècles, tissèrent entre nos peuples si proches et pourtant si distincts, des liens complexes et très étroits. Oserais-je aller jusqu'à dire que la  compétition à laquelle se sont longtemps livrées nos deux Nations, incarnant deux cultures et deux tempéraments bien différents, a quelque peu nourri leur génie respectif et contribué à leur rayonnement ? En tout état de cause, cette ancienne et singulière histoire, où certaines victoires de l'un  sonnèrent la défaite de l'autre, nous a appris à nous connaître et à nous estimer, comme peuvent se connaître et s'estimer deux Nations dotées d'une forte identité.

Ainsi que le notait Sir Winston Churchill, que liait au Chef de la France libre une amitié parfois rugueuse mais faite d'admiration réciproque, "Le Tout Puissant, dans sa sagesse infinie, n'a pas cru bon de créer les Français à l'image des Anglais". Ils n'en partagent pas moins  le même et profond attachement aux  valeurs essentielles que sont la liberté et la dignité de la personne humaine. Lorsque les épreuves de l'Histoire mirent ces valeurs en péril, Britanniques et Français surent transcender leurs différences pour se retrouver ensemble dans un combat commun.

Forgée sur les champs de bataille de la Grande Guerre, qui vit tant de soldats du Royaume payer de leur sang, aux côtés de leurs frères français et alliés, le prix de notre liberté, cette fraternité d'armes s'illustra une nouvelle fois dans le second conflit mondial. Nous avons tous dans nos mémoires l'admirable ténacité dont sut alors faire preuve le peuple britannique sous la conduite glorieuse de Sir Winston Churchill et sous l'égide de son Souverain, votre père le Roi George VI. Nous savons tous  combien la résistance, l'exemple et l'appui de l'Angleterre, les encouragements du Roi et de la famille royale aidèrent le Général de Gaulle à porter haut le drapeau de la France Libre et de la Résistance française.

En ces circonstances terribles, la France et la Grande-Bretagne démontrèrent ce qu'elles peuvent accomplir   lorsqu'elles rassemblent leurs énergies. Dans quelques semaines,  le  60ème anniversaire du Débarquement nous donnera l'occasion de célébrer ensemble, avec nos alliés,  cette fraternité renouvelée sur les plages de Normandie.

Soixante ans après ces hauts faits, cette Europe, que nous avons su défendre et libérer par les armes, connaît, après l'heure de la réconciliation,  une autre aventure désormais pacifique, l'aventure de sa construction, une construction dont la Grande-Bretagne et la France souhaitent qu'elle s'opère dans le respect des États-nations, dans le dépassement des égoïsmes, non dans le reniement des spécificités nationales.

Nul doute que l'amitié franco-britannique soit dès lors appelée à être l'un des pivots de cette Europe réconciliée, pacifiée et unifiée. Depuis l'entrée du Royaume-Uni dans le marché commun, il y a maintenant trois décennies, remarquable est le chemin parcouru dans le rapprochement de nos deux peuples et de nos deux pays et dans le développement de notre coopération, à l'image de nos actions communes en Afrique ou dans le domaine de la défense. Après bien d'autres projets réalisés ensemble, peut-on trouver meilleur symbole de notre capacité à coopérer que le Tunnel sous la Manche, par lequel Votre Majesté arrivait hier dans la capitale française ?

Il y a quelques années je crois, Votre Majesté observait avec humour que "S'il est vrai que nous ne conduisons pas du même côté de la route, il est tout aussi vrai que nous avançons dans la même direction".

Convaincus que ce qui les unit est plus important que ce qui les sépare, c'est vers l'avenir que la France et le Royaume-Uni veulent regarder ensemble.

Tel est bien le voeu que les Députés français souhaitent exprimer en ce jour anniversaire, de concert avec leurs confrères de la Chambre des Communes qui ont bien voulu faire le déplacement de Paris en cette heureuse occasion et dont je salue la présence à cette réception.

Vive le Royaume-Uni !
Vive la France !
Vive l'amitié franco-britannique !

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