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Abolition de l'esclavage

Les parlementaires au centre du débat
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La première abolition

Abbé Henri Grégoire

L'abbé Henri Grégoire par Jacques-Louis David (1748-1825)
L'abbé Henri Grégoire par Jacques-Louis David (1748-1825)
huile sur toile ; 56 cm x 47 cm - legs Jean Gigoux, 1894

Musée des Beaux-Arts et d'archéologie de Besançon, inv. 896.1.64
©
Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon (photo Pierre Guenat)

 

 Né le 4 décembre 1750 à Veho (Meurthe-et-Moselle), décédé le 26 mai 1831 à Paris.
     
Député en 1789, membre de la Convention, député au Conseil des Cinq-Cents et au Corps législatif, membre du Sénat conservateur, député de 1819 à 1824.

Henri Grégoire entra dans les ordres, après de sérieuses études théologiques. Il publia en 1772 un Éloge de la poésie couronné par l'académie de Nancy, et fut nommé curé d’Embermenil (Meurthe-et-Moselle). Un Essai sur l’amélioration politique, physique et morale des juifs, présenté par lui en 1778, fut couronné par la Société royale de Metz. Il fonda dans son presbytère une bibliothèque publique dans laquelle chacun trouvait les ouvrages capables de le perfectionner dans son état, puis, dans des voyages d'instruction en Suisse et en Allemagne, il se lia avec les savants de son temps, notamment avec Lavater.

Le 27 mars1789, le clergé du bailliage de Nancy l’élut député aux États généraux. Il fut des premiers de son ordre à se réunir au tiers état, reprocha à son évêque d'avoir enlevé et interpolé les cahiers de son bailliage et de ne les avoir rendus que sur la menace que le peuple les lui arracherait par la force, prêta le serment du Jeu de paume, et, lors de la séance royale du 23 juin 1789, fut du nombre des quelques députés qui, sous la présidence de Palasne de Champeaux, décidèrent de résister aux ordres de la cour, et formèrent le premier noyau du « Club breton », destiné à devenir la Société des amis de la Constitution », et plus tard le « Club des Jacobins ». Lorsque le roi eut quitté l'assemblée, Grégoire demanda que les représentants de la nation s’occupassent avant tout de donner une Constitution à la France. Le 13 juillet suivant, il proposa la création d'un comité « pour connaître et révéler les crimes ministériels » ; le 14, il présida la séance de nuit motivée par les troubles de la capitale ; quelques jours après, il demanda, avec Camus, qu’à côté de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » on plaçât la « Déclaration de ses devoirs » ; cette motion fut rejetée par 570 voix contre 133.

La nuit du 4 août, il fut un des plus ardents à voter l'abolition des privilèges, et réclama spécialement la suppression des annates. En toute occasion il se fit, au nom de l’humanité, le champion de la cause des juifs et des nègres, combattit le veto absolu du roi, en soutenant que « la nation n'avait pu autoriser ses mandataires à compromettre, encore moins à aliéner sa liberté », prit la défense des ordres religieux qui avaient rendu de grands services à l'agriculture, aux sciences, à l’histoire, citant les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés, et se prononça en faveur de la constitution civile du clergé par des motifs qui entraînèrent l'adhésion d'un grand nombre de ses collègues : « Beaucoup de pasteurs très estimables, dit-il, éprouvent des anxiétés parce qu’ils craignent que la Constitution française ne soit incompatible avec les principes du catholicisme. Nous sommes aussi inviolablement attachés aux lois de la religion qu'à celles de la patrie. Revêtu du sacerdoce, nous continuerons de l'honorer par nos mœurs ; soumis à cette religion divine, nous en serons constamment le missionnaire ; nous en serions, s'il le fallait, le martyr. Mais après le plus mûr, le plus sérieux examen, nous déclarons ne rien apercevoir qui puisse blesser les vérités saintes que nous devons croire et enseigner. Jamais l’Assemblée nationale n'a voulu porter la moindre atteinte aux dogmes, à la hiérarchie, à l'autorité spirituelle du chef de l'Église : elle reconnaît que ces objets sont hors de son domaine. Nulle considération ne peut donc suspendre l'émission de notre serment. Nous formons les vœux les plus ardents pour que, dans toute l’étendue de l’empire, nos confrères, calmant leurs inquiétudes s'empressent de remplir un devoir de patriotisme si propre à porter la paix dans le royaume. » II prêta ensuite, le premier, le serment. L'arrestation du roi à Varennes le fit monter a la tribune pour réclamer sa mise en jugement ; son intervention très animée en cette occasion provoqua des murmures ; on lui reprocha comme prêtre, de pousser aux mesures de rigueur : « Au lieu de comparer, répondit-il, mon opinion avec mon état, je demande qu'on me réfute et, après avoir combattu la doctrine de l’inviolabilité, il invoqua la maxime « révérée, dit-il, par tout l'univers : Salus populi suprema lex esto ». Lorsque le parti constitutionnel voulut restreindre aux citoyens actifs le droit de pétition, Grégoire protesta en faisant observer que « la classe d'hommes à laquelle on voulait ôter le droit de pétition était précisément celle qui avait le plus de doléances à présenter. Garantissez lui alors, ajouta-t-il, un bonheur constant, sans quoi vos décrets auront l’air de vouloir étonner ses soupirs : la loi qu’on nous propose est une loi qui me semble faire la cour à la fortune. » Il combattit également le cens électoral,  « qui concentrait entre quelques citoyens riches et grands propriétaires. »

Élu évêque constitutionnel dans la Sarthe et dans le Loir-et-Cher (1790), il opta pour Blois, et fut nommé (6 septembre 1791) administrateur du département de Loir-et-Cher, qui le 3 septembre 1792, l’envoya siéger à la Convention, le premier sur six, par 303 voix sur 317 votants. Président de la députation chargée d’annoncer à l'Assemblée législative que la Convention était constituée, il appuya, le même jour, l'abolition de la royauté : « L'histoire des rois, dit-il, est le martyrologe des nations. » Dans une lettre particulière qu'il adressait, le 8 octobre 1792, à un chef de bataillon, on lit : « Tâchez de nous envoyer un jour, en don patriotique, quelque tête d'un Condé, d'un d'Artois, d’un Brunswick. » Dans la discussion pour la mise en jugement de Louis XVI (15 novembre), il se prononça hautement pour l'affirmative, mais, en même temps, il demanda l’abolition de la peine de mort; « reste de barbarie qui devait; disparaître de nos codes, » et conclut ainsi : « Vous condamnerez Louis à l'existence, afin que l'horreur de ses forfaits l'assiège sans cesse et le poursuive dans le silence de la solitude.» Nommé, six jours après, président de la Convention, il reçut en cette qualité la députation de l'assemblée des Allobroges qui venait demander la réunion de la Savoie à la France : « La majeure partie du genre humain, leur dit-il, n’est enclave, selon le mot d'un philosophe, que parce qu’elle ne sait pas dire non. Estimables Savoisiens, vous avez dit non. Soudain la liberté, agrandissant son horizon, a plané sur vos montagnes, et, dès ce moment, vous avec fait aussi votre entrée dans l’univers. » Le 27 novembre, il présenta le rapport sur l'incorporation de la Savoie, et fut mis au nombre des commissaires chargés d'aller organiser le nouveau département du Mont-Blanc. Il était à Chambéry avec ses collègues lors du jugement de Louis XVI ; il refusa d’abord de signer la lettre par laquelle ceux-ci envoyaient à la Convention leur vote pour la mort, et ne consentit à y apposer son nom que lorsque le mot mort eu été rayé. Il passa ensuite à Nice pour organiser le département des Alpes-Maritimes, et, de retour à la Convention, fut appelé au comité de l’instruction publique, dont il devint vite le membre le plus compétent et le plus actif. En l'absence du président Mallarmé, il présida la célèbre séance du 31 mai ; il ne prit point la défense des Girondins, et son intervention n'eut aucune influence sur cette journée. Quelques jours après, il demanda qu'on inscrivit dans la Constitution une « Déclaration du droit des gens » dans laquelle il subordonnait l’intérêt particulier de chaque peuple à l’intérêt général de l’humanité. Lorsque l’évêque de Paris, Gobel, vint abjurer sa foi à la tribune de la Convention, Grégoire, sommé de suivre son exemple, refusa absolument : « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j’ai été délégué par le peuple pour être évêque ; ce n'est ni de lui, ni de vous que je tiens ma mission. On m'a tourmenté pour accepter le fardeau de l’épiscopat, on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abdication qu'on ne m'arrachera jamais ; j'invoque la liberté des cultes. » Dans une brochure, il combattit aussi le changement du dimanche en décadi ; puis il demanda la liberté des prêtres réfractaires internés à Rochefort, et se consacra surtout à ses fonctions de membre du comité de l'instruction publique : ses nombreux rapports sur l'éducation, sur les livres élémentaires, sur l'abolition progressive des patois, sur les jardins botaniques, sur les fermes-écoles, etc., ne l’empêchèrent pas de contribuer pour la plus grande part à l’établissement du Bureau des longitudes, du Conservatoire des Arts-et-Métiers (sur son rapport du 10 octobre 1794), de l'Institut, dont il fut nommé membre.

Élu le 23 vendémiaire an IV, député au Conseil des Cinq-Cents par plusieurs départements, il y siégea jusqu’en Germinal, an VI, et après le coup d'État de brumaire, fut choisi (4 nivôse an VIII) par le Sénat conservateur comme député de Loir-et-Cher au nouveau Corps législatif ; il devint président de cette assemblée. A cette époque, pendant les négociations qui précédèrent le Concordat, il fut question, ou tout au moins le bruit courut de sa promotion au cardinalat ; il démentit cette nouvelle dans une lettre du 30 fructidor au député Bordes : « Croyez, écrivait-il, que cet ornement prétendu (le chapeau rouge) n’est pas réservé pour les têtes qui sont simultanément religieuses et républicaines.

Présenté trois fois comme candidat au Sénat conservateur, mais attaqué à la fois par les incrédules à cause de ses pratiques religieuses, et par les courtisans à cause de ses opinions républicaines, il n’entra au Sénat conservateur que le 4 nivôse an X. Plusieurs sénateurs avaient demandé préalablement que, tout en conservant ses croyances, il renonçât à leur manifestation extérieure, « inconciliable avec la dignité sénatoriale. » Grégoire repoussa sans hésiter ces humiliantes conditions : « J’ai sacrifié, écrivit-il à Sieyès le 3 nivôse, à la religion, à la République, repos, santé, fortune, mais je ne ferai pas le sacrifice de ma conscience ; je sais souffrir, je ne sais pas m’avilir. J’aurai soin que ma lettre vous soit remise avant la séance dans laquelle le Sénat fera son élection : cela importe à ma conscience, à ma délicatesse, à mon honneur, à mon repos. » Il n’en fut pas moins élu sénateur le lendemain. Il fit partie de la minorité, protesta contre l’occupation des États romains, contre les droits réunis, contre les tribunaux d’exception, vota, avec deux autres sénateurs, contre l’établissement de l’Empire, parla seul contre le rétablissement des titres nobiliaires, se prononça contre le divorce de Napoléon, et n’assista pas au mariage de Marie-Louise. L’empereur l’avait fait membre de la Légion d’honneur (9 vendémiaire an XII), commandeur (25 prairial suivant) et comte de l’Empire (2 juillet 1808). Son opposition ne se détendit pas, et, en 1814, il rédigea d’avance un projet de déchéance des plus énergiques contre l’empereur.

Le retour des Bourbons lui inspira une brochure dans laquelle il rappelait la condition acceptée d’une Constitution. Tenu à l’écart par la Restauration et pendant les Cent-Jours, il fut, à la seconde Restauration, exclu de l’Institut ; sa pension d’ancien sénateur fut également supprimée il vendit ses livres, et se retira à  Auteuil, où il prépara son Essai historique sur les libertés de l’Église gallicane, paru en 1818. L’année suivante, après la crise de réaction qu’avait traversée l’Isère, les électeurs de ce département l’élirent au grand collège, député de l’Isère, le 12 septembre 1819, par 512 voix sur 997 votants et 1 293 inscrits. Cette élection déchaîna les passions contre-révolutionnaires, et les royalistes se vanteront de l'exclure de la Chambre comme « indigne ».   

L'opposition libérale, n'osant prendre ouvertement la défense d'un républicain, l’engagea à donner spontanément sa démission : il s'y refusa; le 6 décembre 1819, la Chambre prononça l'annulation de l'élection de l'Isère, mais sans la motiver. Ce demi-succès n'apaisa pas la presse royaliste, et les plus violentes attaques furent dirigées contre Grégoire ; il se défendit, notamment par une lettre à la Quotidienne, du 4 octobre 1820, en protestant contre l’épithète  de régicide : « Le devoir de souffrir chrétiennement, écrivit-il, n'ôte pas le droit de repousser la calomnie. J'étais absent aux quatre appels nominaux du procès de Louis XVI ; dans un discours à la Convention, j'avais demandé la suppression de la peine de mort et que Louis XVI en profitât tout le premier. » La censure mutila sa lettre, et, le 8 octobre, il demanda justice au ministre duc de Richelieu : « Mon âme inflexible se raidira toujours contre la calomnie, l'iniquité ; je suis comme le granit, on peut me briser, mais on ne me plie pas. » Lorsque l'ordonnance royale qui prescrivait le remplacement des anciens brevets de la Légion d'honneur par des nouveaux lui fut signifiée en 1822, il renonça à son titre de commandeur.

Aux élections de 1824, le gouvernement ne l’inscrivit pas sur les listes électorales, malgré ses réclamations. Il vécut dès lors dans sa retraite d'Auteuil, en correspondance avec la plupart des savants de l’Europe, sans que le Gouvernement de juillet songeât à réparer envers lui les injustices du règne précédent. Mourant, il demanda les secours de la religion ; l'archevêque de Paris, exigea d'abord qu'il rétractât son serment à la constitution civile du clergé : Grégoire se montra encore inflexible ; mais l'abbé Guillon lui administra quand même les sacrements. Mort, l’Église lui refusa la sépulture ; l’administration fit porter le corps à l'Abbaye-au-Bois, où la messe fut dite par un prêtre étranger. Après la cérémonie, quelques jeunes gens dételèrent les chevaux du char funèbre, et traînèrent le cercueil à bras au cimetière Montparnasse.

On a de lui un grand nombre de publications politiques et religieuses. Son Essai sur l’utilité et la possibilité d’abolir les douanes le met au rang de des premiers libre-échangistes.

 

Louis-Pierre Dufay 

    

Né à Paris en 1753, mort à une date inconnue

Membre de la Convention et député au Conseil des Cinq-Cents.

     Greffier du tribunal du Cap (Saint-Domingue), élu « à la pluralité des voix », le 24 septembre 1793, le deuxième sur six, membre de la Convention pour cette colonie, il ne fut admis dans l'assemblée que l'année suivante (15 pluviôse an II) et eut presque aussitôt à se justifier devant ses collègues contre des imputations qui visaient sa naissance et ses opinions. On vient de me remettre, dit-il, « un libelle des colons, nobles, planteurs, qui m'appellent marquis. Je puis prouver, et par mon extrait baptistère et par la filiation de toutes mes actions, que suis fils, petit-fils de parents honorablement roturiers, et je ne suis ni marquis, ni prince, et ne veux pas être prince colon : je ne suis pas plus marquis qu'ils ne sont bon Français ». Dans le même discours, il dénonça ses ennemis Page et Brulley, anciens délégués des assemblées coloniales, comme des contre-révolutionnaires acharnés. Il prit plusieurs fois la parole sur des questions spéciales intéressant ses commettants, et réclama notamment avec insistance l'envoi de représentants dans les colonies : sa motion fut adoptée. Le 4 brumaire an IV, Dufay entra comme ex-conventionnel au Conseil des Cinq-Cents. Il y fit adopter un amendement relatif aux secours à accorder aux déportés et réfugiés, demanda qu'on discutât le projet sur la division des colonies, et, toujours révolutionnaire, exposa, le 17 brumaire an VI, la nécessité de fructidoriser les colonies. On perd sa trace à partir de l'an VII, époque où il cessa de faire partie du Corps législatif.

Jean-Baptiste Mills

Né au Cap français (Saint-Domingue) en 1749, mort à une date inconnue

Membre de la Convention, député au Conseil des Anciens 

    Jean-Baptiste Mills était huissier audiencier de l’amirauté. Le 24 septembre 1793 la colonie l’élut, le cinquième et dernier, à la pluralité des voix, membre de la Convention. Il prit séance en pluviôse an II, et n’eut qu’un rôle très effacé. L’île de Saint-Domingue avait envoyé, à la Convention, une députation tricolore : un Blanc, nommé Louis-Pierre Dufay ; un Rouge (mulâtre libre), nommé Jean-Baptiste Mills et un Noir (ancien esclave), nommé Jean-Baptiste Belley. Ces députés prirent place, à la Convention, le 3 février, après avoir reçu, à la demande de Lacroix, l’accolade fraternelle du président, en raison du mariage des couleurs.

Jean-Baptiste Belley

   

Jean-Baptiste Belley, député de Saint Domingue à la Convention (1747-1805)

Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson (1767-1824)

Jean-Baptiste Belley, ex-représentant des colonies (1747-1805), 1797
 huile sur toile (159 x 111 cm)
Versailles, musée national du château et de Trianon, inv. MV 4616
(C) Photo RMN / © Gérard Blot

 
 

Le portrait de Jean-Baptiste Belley est la première représentation d'un homme noir dans la position d'un législateur occidental.

Il s'appuie sur le piédestal du buste en marbre de l'abbé Guillaume Thomas François Raynal, sculpté par Espercieux. A droite, derrière Belley le paysage est celui des montagnes du nord de Saint-Domingue près du Cap-Français et l'on distingue même la fumée blanchâtre d'une raffinerie sucrière ainsi que la mer à l'horizon.

en 1747, décédé en 1805

Membre de la Convention et député aux Cinq-Cents

     Jean-Baptiste Belley serait né à Gorée, comptoir du Sénégal et lieu de transit de la traite des Noirs. Il fut amené à Saint-Domingue sans doute dans son enfance. Il aurait été libéré en 1764 à l'âge de dix-sept ans. Capitaine d'infanterie aux colonies au moment de la Révolution, quand il fut décidé que les colonies éliraient des représentants à la Convention nationale. Après les journées du Cap-Français des 19, 20 et 21 juin 1793 lors desquelles il combattit du côté des commissaires civils contre les colons blancs et reçut six blessures, il fut nommé, le 24 septembre 1793, membre de la Convention par la colonie de Saint-Domingue, « à la pluralité des voix » dit le procès-verbal de l'élection. Il ne put, par conséquent, prendre part aux votes de janvier 1793 dans le procès du roi. Après la session, il entra, comme conventionnel, au Conseil des Cinq-Cents, le 4 brumaire an IV, et s'y montra fidèle à ses convictions républicaines ; puis il retourna, en 1797, à Saint-Domingue. Lors de l'expédition du général Leclerc, il se trouvait chef d'une division de gendarmerie ; toujours fervent républicain, il se réunit aux Français, mais il fut arrêté en avril 1802; une instruction de Bonaparte précisait : « On réorganisera la gendarmerie. Ne pas souffrir qu'aucun noir ayant eu le grade au-dessus de capitaine reste dans l'île. » Incarcéré à la citadelle de Belle-Île-en-Mer, il y mourut le 6 août 1805..

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L'abolition définitive

 

  Victor Schœlcher


© Bibliothèque de l'Assemblée nationale

 

Né le 22 juillet 1804 à Paris, décédé le 25 décembre 1893 à Houilles
      Député de la Martinique et de la Guadeloupe


    
Victor Schœlcher naît à Paris le 22 juillet 1804, d’un père alsacien, fabricant de porcelaine de luxe, et d’une mère parisienne. Il effectue de courtes études au Lycée Louis-le-Grand avant de travailler, dès l’âge de quinze ans, à la fabrique familiale, située Faubourg Saint-Denis. En 1828 d’ailleurs, son père l’associe officiellement à l’entreprise. Victor Schœlcher s’intéresse aussi à la vie politique de la Restauration. Il adopte cependant les idées républicaines et adhère bientôt au mouvement Aide-toi le ciel t’aidera, fondé en 1827 par François Guizot et qui se destine à coordonner l’action des libéraux pendant les élections législatives. Initié à la franc-maçonnerie, le jeune homme fréquente également les milieux littéraires et artistiques de la capitale. Il se lie à la jeunesse romantique en faisant la connaissance de Victor Hugo, d’Alphonse de Lamartine, de George Sand…Amené à voyager pour commercialiser les porcelaines familiales, Victor Schœlcher se rend, dans les années 1829-1830, aux Amériques et en particulier à Cuba. Il découvre alors la dure réalité de l’esclavage et décide de militer contre ce qu’il juge être une infamie.

Dès son retour, Schoelcher publie un premier article dans la revue Des Noirs. Ce texte est une véritable prise de position contre l’esclavage. Dès lors, il ne cesse d’écrire et collabore ainsi à la plupart des journaux républicains parisiens, à La Réforme en particulier. Au cours de ces années, Victor Schœlcher rédige également de nombreux ouvrages consacrés à la cause abolitionniste : De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale en 1833, L’Abolition de l’esclavage en 1840, Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage, ouvrage consacré à la Guadeloupe et à la Martinique, en 1842, Colonies étrangères et Haïti qui rend compte en 1842-1843 des premiers effets de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques ainsi qu’une Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années en 1847. Dans ces textes, le modèle de réorganisation sociale sans esclavage qu’il élabore est très empreint des théories du socialisme utopique de son temps. Cependant, il préfigure par bien des aspects l’évolution des sociétés antillaises pendant la seconde moitié du siècle. Au mois de septembre 1847, Victor Schœlcher se décide à entreprendre un séjour au Sénégal dans le but de collecter des matériaux sur les civilisations africaines mais aussi de visiter les lieux de la traite, comme l’îlot de Gorée. A Paris à la même époque, les événements révolutionnaires renversent la Monarchie de Juillet. Après l’abdication de Louis-Philippe d’Orléans, l’avènement de la Seconde République décide de son retour en France. Le 3 mars 1848, François Arago, ministre de la marine et des colonies, l'invite à le rencontrer. Ensemble, ils se persuadent de l'urgence de l’émancipation des esclaves et rédigent le texte abolitionniste que le ministre fait signer le jour même à ses collègues. Le lendemain, Schœlcher est nommé sous-secrétaire d’État aux Colonies. Alors que l'opinion est désormais massivement gagnée à la cause de l'antiesclavagisme, la première décision du nouveau ministre est de former une commission, qu'il préside personnellement, chargée d'élaborer la législation abolitionniste. Le décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises est alors promulgué par le Gouvernement provisoire, le 27 avril 1848. Celle-ci est immédiate. De plus et à la différence des mesures prises en 1794 par les Conventionnels, une indemnisation est promise aux détenteurs d'esclaves pour la perte de ce qui est tout de même considéré comme une propriété. Après la promulgation de la Constitution, le 4 novembre suivant, Victor Schœlcher se présente aux élections législatives, organisées le 13 mai 1849. Élu au suffrage universel dans les trois colonies françaises des Antilles et de la Guyane, il choisit alors de représenter la Martinique et siège avec la Montagne afin de défendre son oeuvre. Dans l’île, les populations sont frappées depuis le début du siècle par la crise de l’économie sucrière tandis que la suppression de l’esclavage est à l’origine d’un bouleversement des rapports sociaux. Sévit aussi la réaction, les gouverneurs qui se succèdent se mettant au service des planteurs blancs pour réprimer la presse républicaine. Aussi Schœlcher se décide-t-il donc à fonder son propre journal, Le Progrès, qui paraît pour la première fois en Guadeloupe au mois de juin 1849. Il publie également à Paris une série d’ouvrages relatant les événements politiques antillais. Fidèle à ses convictions politiques, le député prône la réorganisation de la société par l’instruction gratuite et obligatoire, par l’exercice du suffrage universel. Cependant le « schœlcherisme » est redouté à la fois par les colons, qui craignent la perte de leurs biens et de leur influence politique face à la supériorité numérique des anciens esclaves devenus « nouveaux citoyens », et par les autorités gouvernementales, qui voient en lui l’inspirateur des troubles politiques que connaît la Guadeloupe à la même époque. Schœlcher prend d’ailleurs part à la polémique qui suit le procès de Marie-Léonard Sénécal, indépendantiste guadeloupéen, condamné au bagne de Cayenne pour incitation à la révolte. Il proteste alors contre cette condamnation. Pourtant, Victor Schœlcher défend également les mesures qui lui semblent être les plus aptes à assurer la prospérité des colonies et des colons. Républicain convaincu, Schoelcher combat sur les barricades le coup d’État du 2 décembre 1851 en compagnie d’une poignée de députés de l’Assemblée nationale. Il quitte ensuite le territoire français et se réfugie en Belgique avant de s’installer en Angleterre en 1852. Victor Schœlcher demeurera dix-huit années dans la capitale londonienne, à Chelsea puis à Twickenham, où il se livre, dans plusieurs ouvrages, à de virulentes attaques contre le gouvernement du Second Empire. En 1859, il refuse l’amnistie des proscrits proposée par l’Empereur Napoléon III. Quelques années plus tôt, en 1857, le mélomane publie une Vie de Haendel. Au cours de ces années, il se passionne d’ailleurs pour ce compositeur, collectionnant les portraits et les manuscrits le concernant. Victor Schœlcher rentre en France au mois d’août 1870, alors que la guerre est bientôt déclarée contre la Prusse. Après la déchéance du Second Empire et la proclamation de la République, il est nommé colonel d’État-major puis général à la tête d’une légion d’artillerie de la Garde nationale. Pendant le siège de Paris, Schœlcher occupe les fonctions de vice-président de la Commission des barricades. Durant la Commune de Paris, il se range aux côtés de conciliateurs et est élu, le 8 février 1871, représentant du peuple de Paris. Réélu député de la Martinique au mois d’avril suivant, il se consacre alors au développement économique des Antilles. En 1874, Victor Schœlcher devient le président de la Société de secours mutuel des Créoles. L’année suivante, il est nommé sénateur inamovible de la Martinique puis membre du Conseil supérieur des colonies. Schoelcher continue également d’écrire. Au cours de ces années, il publie plusieurs ouvrages sur la législation du travail aux Antilles, sa Polémique coloniale, recueils de ses derniers articles, des études sur l’esclavage aux États-Unis, au Brésil et au Sénégal, et une Vie de Toussaint Louverture en 1889. Adhérant à la Société pour l’amélioration du sort des femmes, Victor Schœlcher œuvre également pour imposer la République et la laïcité. En 1881, il préside ainsi, avec Maria Deraismes, un congrès anticlérical. Homme de cœur et des grandes causes, Victor Schœlcher lutte pour l’abolition de la peine de mort. En 1882 et à la demande du Sénat, il se rendra également à Londres afin d’enquêter sur les hospices et asiles de nuit pour les enfants abandonnés. Victor Schœlcher décède le 25 décembre 1893, à Houilles, dans sa demeure située 24, rue d’Argenteuil. Inhumé au cimetière du Père-Lachaise, ses cendres, ainsi que celles de son père, sont transférées au Panthéon le 20 mai 1949.

Louisy Mathieu

      Né le 17 juin 1817 à Basse-Terre (Guadeloupe)
      Député de la Guadeloupe de 1848 à 1849

     Louisy Mathieu était ouvrier typographe dans une imprimerie de Pointe-à-Pitre lorsque les événements de 1848 et l'émancipation des esclaves le firent choisir comme représentant. Élu, le 22 août 1848, représentant suppléant de la Guadeloupe à l'Assemblée nationale, par 11 632 voix (33 734 votants), il fut admis à siéger en remplacement de M. Victor Schœlcher qui avait opté pour la Martinique. Il prit place à l'extrême-gauche, fit partie du comité de l'Algérie et des colonies, et vota pour le droit au travail, pour l'ensemble de la Constitution, contre la proposition Rateau, contre l'interdiction des clubs, contre l'expédition de Rome, pour la déclaration en l'honneur du général Cavaignac et s'abstint lors du vote sur la demande de mise en accusation du président et des ministres
« par reconnaissance pour les membres du cabinet qui avaient lutté vingt ans en faveur de l'abolition de l'esclavage ». Non réélu à la Législative, il retourna à la Guadeloupe.

Charles Levavasseur

     Né le 31 mars 1804 à Rouen (Seine-Inférieure)
     Député de 1842 à 1848, représentant en 1848 et 1849, député au Corps législatif de 1852 à 1857


     Armateur, Charles Levavasseur manifesta sous Louis-Philippe des opinions libérales et échoua plusieurs fois à la députation (1834, 1842). élu pour la première fois le 12 novembre 1842, il siégea dans les rangs de la gauche dynastique, où il se spécialisa dans les questions relatives à la marine marchande. Réélu en 1846, puis en 1848, il fut membre du parti conservateur. Réélu en 1849, il appartint à la majorité monarchiste et catholique. Rallié au coup d'État du 2 décembre 1851, il fut élu comme candidat du gouvernement en 1852, et s'associa au rétablissement de l'Empire. Ayant perdu le bénéfice de la candidature officielle, il échoua à l'élection législative de 1857, puis à celle de 1863.