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Abolition de l'esclavage
Le 4 février 1794, pour la première
fois dans l’histoire, fut proclamée par la Convention nationale, l’abolition de
la traite et de l’esclavage, près de 4 ans après l’adoption par l’Assemblée de
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Mais l’abolition, appliquée
dans toutes les colonies françaises, sauf à l’île Bourbon et aux Mascareignes, fut révoquée en 1802. Il fallut attendre le 27 avril 1848 pour
que le gouvernement provisoire de la République abolît par décret l’esclavage.
Désormais, selon l’article 7 du décret d'abolition immédiate de l’esclavage :
« Le sol de France affranchit l’esclave qui le touche ».
Reportons-nous tout d'abord à
l'événement de la première abolition, puis à celui de l'abolition définitive
de l'esclavage, et plus particulièrement aux débats à l'Assemblée, notamment ceux de 1794 et de 1848,
avant d'examiner le déroulement chronologique et l'épilogue, aujourd'hui, de ce qui est devenu
désormais une mémoire et un
récit partagés.
1794 : la première abolition
La République proclame la
liberté universelle : le débat à la Convention en
l'an II
En octobre 1790, une rébellion
éclate dans la partie française de Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti,
regroupant la majorité des esclaves français.
L'Assemblée nationale constituante avait en août 1789 aboli les privilèges et
proclamé l'égalité. Or les colons refusent d'appliquer aux mulâtres le droit de
vote que le décret de
l'Assemblée nationale du 28 mars 1790 accordait aux hommes libres âgés de vingt
cinq ans. Vincent Ogé et Jean-Baptiste Chavannes prennent les armes contre les
Blancs. Ils sont capturés, torturés par le supplice de la roue
et exécutés le 25 février 1791. Le 22 août 1791 éclate une grande
insurrection de près de 50 000 esclaves qui, en dépit de l'adoption par l'Assemblée nationale de
la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen selon laquelle « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », n'ont pas été libérés. Les esclaves, tenus
d’obéissance absolue à leur maître jusqu’à leur mort ou, du moins, leur
affranchissement, se révoltent contre les planteurs, sous la direction d'un des
leurs Boukman, puis de Jean-François et Biassou, afin d’obtenir leur libération.
Bientôt Toussaint Louverture, esclave noir affranchi, prend la direction de l’armée noire. Les colons en
appellent à l’Angleterre alors que les Espagnols aident les esclaves. La loi du
4 avril 1792 reconnaît l’égalité politique des mulâtres mais les propriétaires
répugnent toujours à appliquer la loi. Après la proclamation de la République une commission, composée des commissaires de la
République Léger-Félicité Sonthonax, Etienne Polverel et Ailhaux, est envoyée
sur place afin de faire appliquer la loi. La tension est vive entre les
colons blancs, les mulâtres, les Noirs affranchis et les esclaves. Les
troupes de la République appuyées par les esclaves insurgés sont
victorieuses. Sonthonax proclame le 29 août
1793 de sa propre initiative l’émancipation des esclaves - suivi de Polverel dans deux autres
provinces de la colonie- et organise l'élection de députés.
L’île de
Saint-Domingue envoie à Paris, à la Convention, un député blanc,
Louis-Pierre Dufay, un
mulâtre libre,
Jean-Baptiste Mills
et un ancien esclave noir,
Jean-Baptiste
Belley. Les trois députés se présentent à la Convention le 15 pluviôse an II (3
février 1794) au terme d’un long parcours semé d’embûches :
embarqués pour Philadelphie, ils sont pris à bord à New York à bord d'un
navire qui les amène à Lorient. Mais ils sont écroués sous l'instigation de
colons et inculpés d'intelligence avec les Girondins. Libérés ils sont admis
à siéger à la Convention le 3 février 1793. Représentant
aux yeux de l'assemblée l'association de trois couleurs, le blanc, le rouge et le noir, ils reçoivent l'accolade du Président, Vadier.
Consulter les débats
Le lendemain, les conventionnels
entendent l'un d'entre eux, le colon
Louis-Pierre Dufay. Au discours de Dufay,
relatant l'oppression et l'humiliation des esclaves et les affres de leur condition, succède celui
de
Danton défendant, sous les applaudissements, l'extension au nouveau monde de « la
liberté universelle ». Puis la Convention décrète l'abolition de l'esclavage,
votant par acclamation le texte rédigé par Lacroix et donnant satisfaction à Toussaint Louverture, le chef des esclaves noirs
insurgés.
Consulter
les débats

Nicolas A. Monsiau -
L'abolition de l'esclavage proclamée à la Convention le 16 pluviôse an II Dessin à la plume rehaussé de gouache - Musée Carnavalet, Paris
©
PMVP/TROCAZ
1848 : l'abolition définitive
« Nulle terre
française ne peut plus porter d'esclaves » : un débat à l'Assemblée nationale constituante le 1er décembre 1848
Rétabli sous Bonaparte par la loi du 27 floréal an X (17
mai 1802), l’esclavage est définitivement aboli le 27 avril 1848. Le
décret du Gouvernement provisoire
du 4 mars 1848 créant la commission d’abolition de l’esclavage
précise que « nulle terre
française ne peut plus porter d'esclaves » (voir le
décret du Gouvernement provisoire
du 4 mars 1848 instituant une commission pour l'émancipation des
esclaves dans toutes les colonies de la République et l'arrêté
fixant la composition de la commission).
Selon les considérants
du décret d'abolition du 27 avril 1848, « l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ;
[...] en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel
du droit et du devoir ; [...] il est une violation flagrante du dogme
républicain : Liberté, Égalité, Fraternité. L'abolition de l'esclavage
s'applique dans toutes les colonies et possessions françaises dans les deux mois
de la promulgation du décret dans chacune d'elles. 250 000 esclaves noirs ou
métis aux Antilles, à la Réunion et au Sénégal sont ainsi libérés.
Le
décret du 27 avril 1848 interdit absolument « tout châtiment
corporel, toute vente de personnes non libres ». Il interdit à tout Français,
même en pays étranger, de posséder, d'acheter ou de vendre des esclaves, et de
participer, soit directement, soit indirectement, à tout trafic ou exploitation
de ce genre. Toute infraction à ces dispositions entraînerait la perte de la
qualité de citoyen français ». L'article 7 précise que « Le sol de France
affranchit l'esclave qui le touche. »
Le principal instigateur de cette
mesure,
Victor Schœlcher, est élu représentant du peuple à la Guadeloupe et à
la Martinique. Optant pour la Martinique, il fait ainsi entrer à l’Assemblée
nationale constituante son colistier guadeloupéen
Louisy Mathieu, un ancien
esclave âgé de trente et un ans, ayant pour suppléant Henri Wallon.
Vidéo

Le 1er décembre 1848, pendant l'examen des
crédits de la marine et des colonies,
Louisy Mathieu répond à un discours
blessant de son collègue
Charles
Levavasseur.
Consulter les débats
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Auguste François
Biard (1798-1882)
L'abolition
de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848, huile sur toile
(Salon 1849)
Versailles, musée national du château et de Trianon,
MV 7382
(C)
Photo RMN / © Gérard Blot
Dans cette représentation allégorique, la figure centrale pourrait
être celle de Schœlcher. |
Chronologie
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« L'esclavage
est une période de l'histoire universelle qui a affecté tous les
continents, simultanément parfois, ou en succession. Sa "genèse" est
la somme de tout ce qui est advenu pendant un temps indéterminé dans
divers lieux. La traite africaine des esclaves vers le Maghreb, puis
en Europe, qui est à l'origine de l'esclavage en Afrique noire, n'a
fait que prendre la relève des traites qui duraient depuis des siècles
en Asie, sur le continent européen et autour de la Méditerranée. Les
Slaves ont fourni leur contingent de "slaves", les Esclavons,
d'esclaves, nos ancêtres les Gaulois vendaient régulièrement leurs
captifs d'Angleterre aux Romains, les Vikings en capturaient et en
vendaient au long de leurs cabotages. Pirates musulmans et chrétiens
se capturaient mutuellement... L'esclavage était amorcé depuis
longtemps et il faudrait, pour l'expliquer en Afrique, en expliquer
l'apparition sur le continent euro asiatique. Pourtant c'est
paradoxalement en Afrique, le dernier des contingents ayant fourni la
traite, que l'on cherche encore une explication originelle à
l'esclavage. »
Claude
MEILLASSOUX
Anthropologie de l’esclavage,
le ventre de fer et d’argent - PUF 1986
La
traite arabe, qui a précédé la traite européenne, empruntait les voies
d'acheminement en provenance du Ouadaï et du Darfour par le Nil, de la
partie occidentale de l'Afrique par le Sahara vers les villes arabes de
l'Afrique, du centre de l'Afrique vers les Comores, les Mascareignes et
le Brésil.
L'Empire ottoman
était un centre de redistribution de main-d'œuvre servile.
La voie
d'approvisionnement de la Russie jusqu'à Moscou traversait, depuis
l'Empire ottoman, la Valachie, la Moldavie et la Petite Russie.
La traite
atlantique a été en partie rendue possible par le caractère esclavagiste
de la société africaine notamment dans les grands empires sahéliens
médiévaux. De nombreux royaumes ont collaboré à la traite européenne.
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À partir du VIIe siècle |
La traite augmente en Afrique après l'expansion arabe.
Plusieurs courants
approvisionnent le monde arabe : les routes transsahariennes, les mouvements
de l'est de l'Afrique vers l'Arabie et de la Corne de l'Afrique vers
l'Abyssinie. La présence d'esclaves africains est attestée en Inde.
Entre 650 et 1920 on estime à 8
millions le nombre d'Africains partis au Proche-Orient et en Inde.
Zanzibar a été une des plaques tournantes de la traite orientale. |
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1441 |
Début de la traite européenne.
La traite européenne est une
entreprise commerciale et économique consistant à
enlever les Noirs d'Afrique et à les transporter en Amérique. Elle vise, en
effet, au commerce des captifs et au développement de
l'économie coloniale. Elle est fondée sur trois opérations : - l'échange des produits bruts
et manufacturés européens, objets métalliques, armes, alcool, textiles,
connus sous le nom de pacotille, c'est à dire d'un poids particulier, contre des captifs africains ; - le transport des captifs par
l'océan Atlantique afin d'en faire des esclaves dans les colonies ; - la vente ou l'échange des
captifs contre des denrées tropicales destinées à l'Europe.
Schéma
des voies maritimes
du commerce triangulaire
Cliquer sur l'image pour un affichage plein écran Vente à Lisbonne par Nuno Tristão d'esclaves originaires d'Afrique de l'Ouest. |
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1454 |
Bulle du pape Nicolas V autorisant la
pratique par le Portugal du commerce du « bois d'ébène », nom inspiré par la
couleur des esclaves d'Afrique. |
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1492 |
Premier
voyage transatlantique de Christophe Colomb.
Des Noirs
sont embarqués dès le deuxième voyage. |
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1494 |
Par l'accord
de Tordesillas les deux grandes puissances ibériques se partagent le
sous-continent américain. |
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1518 |
Charles Quint,
empereur du Saint-Empire romain-germanique et roi d'Espagne,
officialise le début de la traite :
« L'utilisation de la main d'œuvre servile d'origine
africaine est indispensable afin que leur service aux mines et dans les
champs permette de rendre moins dur celui des Indiens. »
Premier transport direct
d'Afrique vers les Antilles.
Au long des siècles suivants, les conditions de transport au
cours de voyages durant de 40 à 100 jours seront particulièrement inhumaines : le système
dit "de la cuillère" (disposition en tête-bêche) permet d'entasser des
centaines de noirs enchaînés dans le faux pont d'un bateau ; au cours d'une
traversée, les maladies emportaient souvent un homme sur six.
« J'entends de la cale monter les malédic-
tions enchaînées, les hoquettements des mou-
rants, le bruit d'un qu'on jette à la mer... »
Aimé Césaire, Cahier d'un retour
au pays natal |
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1520 |
Essor des activités de traite
avec l'importation massive d'Africains dans les possessions espagnoles
d'Amérique centrale et du sud en raison de la forte mortalité dans ces
territoires. |
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1533 |
Condamnation par le Pape Paul III de toute forme d'esclavage. |
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1550 |
Organisation de la
Controverse de Valladolid, sous l’égide du Pape Jean III. A la fin de
la conférence il apparaît que les Indiens ne peuvent être réduits en esclavage.
L’Afrique,
deviendra ainsi un réservoir de main-d’œuvre abondante et bon
marché permettant un développement rapide des économies du Nouveau Monde et
de celles des pays européens.
Instauration du commerce
triangulaire par les puissances coloniales. Le commerce triangulaire
consiste à suivre un circuit commercial, d'une durée d'environ dix-huit
mois, selon lequel les navires négriers, partis d'Europe chargés de
marchandises, embarquent en Afrique des esclaves échangés contre
celles-ci, afin de les vendre aux colons en Amérique d'où ils ramènent des
produits tropicaux revendus enfin en Europe. |
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1600
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Fondation de la Compagnie
de l'Inde orientale anglaise. |
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1602 |
Fondation de la Compagnie
des Indes orientales hollandaise. |
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1617
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Fondation de la Compagnie
des Indes occidentales hollandaise. |
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1620 |
Premiers arrivages
d'esclaves africains dans les colonies continentales anglaises. |
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1642 |
Fondation par Richelieu de la Compagnie française de
l'Orient.
Louis XIII
autorise la traite des nègres et l’esclavage dans les possessions
françaises. |
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1664
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Création par Colbert des Compagnies des Indes occidentales et orientales. |
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1672
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Création en Angleterre de la
Royal
African Company détenant jusqu'en 1698 le monopole des activités de traite. |
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1673 |
Création en France de la Compagnie du Sénégal transportant des noirs aux
Antilles et à la Guyane. |
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1684 |
Fondation en France de la Compagnie de Guinée transportant des Noirs aux
Antilles et en Guyane. |
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Mars 1685 |

Le Code noir, ou Édit... servant de règlement pour le gouvernement et l'administration de justice et la police des isles françoises de l'Amérique, et pour la discipline et le commerce des nègres et esclaves dans ledit pays... Avec l'édit d'aoust 1685, portant établissement d'un Conseil souverain et de quatre sièges royaux dans la coste de l'isle de S.-Domingue. Paris, Vve Saugrain, 1718.
La reproduction de cette édition privée, consultable au
format Pdf, est postérieure à l'entrée en vigueur du Code noir.
Édit « touchant la police des Isles de
l’Amérique Françoise » (Code noir)
Il codifie le statut des esclaves,
auxquels est déniée toute personnalité civile et juridique et reconnaît aux
gens de couleur libres les mêmes droits qu’aux Blancs. Le premier Code noir,
promulgué l'année de la révocation de l'Édit de Nantes, assure la suprématie
catholique. Selon
l'article 2 l'esclave devait être baptisé et recevoir un enseignement
religieux.
L'esclave faisait partie du patrimoine de son maître qui pouvait le
vendre ou le transmettre à ses héritiers. Certains devoirs devaient
cependant être respectés par les maîtres.
Le Code noir sera remanié en 1724 afin de
s'appliquer également à la Louisiane et fera l’objet de
compléments jusqu’en 1785. Il inspirera le Code noir carolin (Codigo
negro carolino) promulgué par le roi d'Espagne Charles III de Bourbon. |
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5 février
1726 |
Déclaration du roi
(Louis XV) en interprétation de l'édit de 1685 contre les esclaves, sur les
donations faites à des personnes de sang mêlé, et le recélé d'esclaves. |
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1748-70 |
Dans
l'Europe des Lumières l'esclavage et la traite sont de plus en plus
critiqués.
Dans l'esprit des lois, en 1748,
Montesquieu combat l'esclavage des nègres. Il emploie l'ironie pour traiter
les arguments des partisans de l'esclavage ainsi tournés en ridicule
tout en laissant éclater en fin de chapitre son indignation : « Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font les eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les
Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu'ils la disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ? »
(De l'esprit des lois, 1748, livre XV, chapitre 5)
Montesquieu (Charles
Louis de Secondat, baron de)
De l'Esprit des lois, Barillot et
fils, Genève.
©
Bibliothèque de
l'Assemblée nationale
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En 1759, dans le texte suivant extrait de Candide, l'épisode du nègre de Surinam, Voltaire dénonce
avec émotion les
conditions de vie des esclaves, misérables et terribles, notamment
les mutilations barbares infligées à ceux-ci. Il s'agit d'un véritable réquisitoire
: « En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. " Eh ! mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? - J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. - Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? - Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : " Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ; tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. " Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous ; les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible. »
(extrait de Candide ou l'Optimisme, chapitre 19, 1759).
C'est à ce prix que vous
mangez du sucre en Europe
Candide ou l'Optimisme de Voltaire, chapitre 19
Gravure de Pierre Charles Baquoy
d'après un dessin de Jean-Michel Moreau le
Jeune
©
Bibliothèque de
l'Assemblée nationale
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Bernardin de Saint-Pierre écrit en 1769 :
« Je suis fâché que des philosophes qui
combattent les abus avec tant de courage n'aient guère parlé de l'esclavage
des Noirs que pour en plaisanter. Ils se détournent au loin ; ils parlent de
la Saint-Barthélemy, du massacre des Mexicains par les Espagnols, comme si
ce crime n'était pas celui de nos jours, et auquel la moitié de l'Europe
prend part. Y a-t-il plus de mal à tuer d'un coup des gens qui n'ont pas nos
opinions, qu'à faire le tourment d'une nation à qui nous devons nos délices
? Ces belles couleurs de rose et de feu dont s'habillent nos dames ; le
coton dont elles ouatent leurs jupes ; le sucre, le café, le chocolat de
leurs déjeuners, le rouge dont elles relèvent leur blancheur : la main des
malheureux Noirs a préparé tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous
pleurez aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé de pleurs
et teint du sang des hommes. »
(Voyage à l'Île de France, lettre XII)

Frontispice du Voyage à l'Isle de
France
illustré par Moreau le Jeune
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© Bibliothèque de l'Assemblée nationale
En 1770 est publiée clandestinement
« l’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce
des Européens dans les deux Indes », de l’abbé Raynal contenant des attaques contre la
politique esclavagiste des peuples colonisateurs, contre le clergé et contre
l'Inquisition.

©
Assemblée nationale
Portrait (gravure) de Raynal
Dans l'extrait
suivant tiré de cette
œuvre, Raynal met en scène deux interlocuteurs, l'un s'essayant à
défendre l'esclavage, et l'autre réfutant les arguments avancés :
« Mais
les nègres sont une espèce d’hommes nés pour l’esclavage. Ils
sont bornés, fourbes, méchants ; ils conviennent eux-mêmes de la
supériorité de notre intelligence, et reconnaissent presque la justice
de notre empire.
Les nègres sont
bornés, parce que l’esclavage brise tous les ressorts de l’âme. Ils sont
méchants : pas assez avec vous. Ils sont fourbes, parce qu’on ne doit pas la
vérité à des tyrans. Ils reconnaissent la supériorité de notre esprit, parce
que nous avons perpétué leur ignorance ; la justice de notre empire, parce
que nous avons abusé de leur faiblesse. Dans l’impossibilité de maintenir
notre supériorité par la force, une criminelle politique s’est rejetée sur
la ruse. Vous êtes presque parvenus à leur persuader qu’ils étaient une
espèce singulière, née pour l’abjection et la dépendance, pour le travail et
le châtiment. Vous n’avez rien négligé, pour dégrader ces malheureux, et
vous leur reprochez ensuite d’être vils.
Mais ces nègres
étaient nés esclaves.
À qui, barbares,
ferez-vous croire qu’un homme peut être la propriété d’un souverain ; un
fils, la propriété d’un père ; une femme, la propriété d’un mari ; un
domestique, la propriété d’un maître ; un esclave, la propriété d’un colon ?
Être superbe et dédaigneux qui méconnais tes frères, ne verras-tu jamais que
ce mépris rejaillit sur toi ? Ah ! si tu veux que ton orgueil soit noble,
aie assez d’élévation pour le placer dans tes rapports nécessaires avec ces
malheureux que tu avilis ? Un père commun, une âme immortelle, une félicité
future : voilà ta véritable gloire, voici aussi la leur.
Mais c’est le
gouvernement lui-même qui vend les esclaves.
D’où vient à l’état ce
droit ? Le magistrat, quelque absolu qu’il soit, est-il propriétaire des
sujets soumis à son empire ? A-t-il d’autre autorité que celle qu’il tient
du citoyen ? Et jamais un peuple a-t-il pu donner le privilège de disposer
de sa liberté ?
Mais l'esclave a voulu
se vendre. S'il s'appartient à lui-même, il a le droit de disposer de lui.
S'il est le maître de sa vie, pourquoi ne le serait-il pas de sa liberté ?
C'est à lui de se bien apprécier. C'est à lui de stipuler ce qu'il croit
valoir. Celui dont il aura reçu le prix convenu l'aura légitimement acquis.
L'homme n'a pas le
droit de se vendre, parce qu'il n'a pas celui d'accéder à tout ce qu'un
maître injuste, violent et dépravé pourrait exiger de lui. Il appartient à
son premier maître, Dieu, dont il n'est jamais affranchi. Celui qui se vend
fait avec son acquéreur un pacte illusoire : car il perd la valeur de
lui-même. »
(Histoire philosophique et politique des
établissements
et du commerce des Européens dans les deux Indes)
© Assemblée nationale
Les traitements
odieux infligés aux esclaves sont aussi dénoncés par Bernardin de Saint-Pierre :
« Au point du jour trois coups de fouet
sont le signal qui les appelle à l'ouvrage. Chacun se rend avec sa
pioche dans les plantations où ils travaillent presque nus, à
l'ardeur du soleil. On leur donne pour nourriture du maïs broyé cuit
à l'eau, ou des pains de manioc ; pour habit, un morceau de toile. A
la moindre négligence, on les attache par les pieds et par les
mains, sur une échelle ; le commandeur, armé d'un fouet de poste,
leur donne sur leur derrière nu cinquante, cent, et jusqu'à deux
cents coups. Chaque coup enlève une portion de la peau. Ensuite on
détache le misérable tout sanglant ; on lui met au cou un collier de
fer à trois pointes, et on le ramène au travail. »
(Voyage à l'Île de France, lettre XII)

Bernardin de Saint-Pierre
Dessin (portrait) de Lafitte gravé
par J.-F. Ribault en 1805.
Source : BnF, Estampes. Reproduit dans Paul
et Virginie, éd. de Bernard Guitton,
Imprimerie nationale, Paris, 1984 |
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9 août 1777 |
Déclaration du roi interdisant l'entrée en
France des « Nègres, mulâtres et gens de couleur ». |
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5 avril 1778 |
Interdiction des mariages interraciaux en
France. |
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1781 |
Réflexions sur l'esclavage des Nègres publiées par Condorcet sous le pseudonyme de
Schwarz (noir en allemand).
« Un homme se présente à moi, et me dit
: Donnez-moi une telle somme, et je serai votre esclave. Je lui délivre la
somme, il l'emploie librement - sans cela le marché serait absurde - ; et
quelle que soit l'origine de l'esclavage du père, les enfants naissent
libres.
Je réponds
que dans ce cas-là même, je ne puis avoir ce droit. En effet, si un homme se
loue à un autre homme pour un an, par exemple, soit pour travailler dans sa
maison, soit pour le servir, il a formé avec son maître une convention
libre, dont chacun des contractants a le droit d'exiger l'exécution.
Supposons que l'ouvrier se soit engagé pour la vie : le droit réciproque
entre lui et l'homme à qui il s'est engagé doit subsister comme une
convention à temps. Si les lois veillent à l'exécution du traité ; si elles
règlent la peine qui sera imposée à celui qui viole la convention ; si les
coups, les injures du maître sont punies par des peines ou pécuniaires ou
corporelles - et pour que les lois soient justes, il faut que, pour le même
acte de violence, pour le même outrage, la peine soit aussi la même pour le
maître et pour l'homme engagé - ; si les tribunaux annulent la convention
dans le cas où le maître est convaincu ou d'excéder de travail son
domestique, son ouvrier engagé ou de ne pas pourvoir à sa subsistance ; si
lorsque après avoir profité du travail de sa jeunesse, son maître
l'abandonne, la loi condamne ce maître à lui payer une pension : alors cet
homme n'est point esclave. Qu'est-ce, en effet, que la liberté considérée
dans le rapport d'un homme à un autre ? C'est le pouvoir de faire tout ce
qui n'est pas contraire à ses conventions ; et dans le cas où l'on s'en
écarte, le droit de ne pouvoir être contraint à les remplir, ou puni d'y
avoir manqué, que par un jugement légal. C'est enfin le droit d'implorer le
secours des lois contre toute espèce d'injure ou de lésion. Un homme a-t-il
renoncé à ses droits ; sans doute alors il devient esclave : mais aussi son
engagement devient nul par lui-même, comme l'effet d'une folie habituelle,
ou d'une aliénation d'esprit causée par la passion ou l'excès du besoin.
Ainsi, tout homme qui, dans ses conventions, a conservé les droits naturels
que nous venons d'exposer, n'est pas esclave ; et celui qui y a renoncé,
ayant fait un engagement nul, est aussi en droit de réclamer sa liberté, que
l'esclave fait par la violence : il peut rester le débiteur, mais seulement
le débiteur libre de son maître.
Il n'y a
donc aucun cas où l'esclavage, même volontaire dans son origine, puisse
n'être pas contraire au droit naturel. »
(Réflexions sur l'esclavage des
Nègres, chapitre IV)
Portrait (gravure) de Marie Jean Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet (1743-1794)Député à l'Assemblée législative de 1791 (Paris), membre de la Convention.
Élu Président de l'Assemblée le 5 février 1792.
Membre du Comité de Salut public en 1793
© Bibliothèque de l'Assemblée nationale
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février 1788 |
Création à Paris par Brissot et Clavière de la
Société des Amis des
Noirs, ayant pour objet l'abolition de la traite et de l'esclavage (Mirabeau, Condorcet, Lavoisier, l'abbé Grégoire, Bergasse, Debourges, Carra...). Le règlement de la société est rédigé par
Condorcet. Clavière est élu président. La société admet les femmes et les
étrangers. S'assignant pour but essentiel l'abolition de la traite la
société diffuse avant la réunion des États généraux des brochures contre la
traite et l'esclavage et tente d'influencer le ministère de la Marine. Elle
avance des arguments visant à démontrer l'absence de rentabilité de
l'économie de l'esclavage. Sous la Révolution des clivages apparaissent et
la Société des Amis des Noirs est renforcée par Buzot, l'abbé
Grégoire et Pétion, puis en 1791 par Vergniaud, Guadet, Gensonné, Ducos et Boyer-Fonfrède.
A la
différence du groupe de pression des colons, la Société des Amis des Noirs
défend le principe de l'unité de la loi en métropole et dans les colonies en
vue de l'application de l'égalité des droits de citoyens entre les mulâtres
libres et les Blancs.
La Société
des Amis des Noirs considère à l'origine l'abolition de la traite comme
prioritaire estimant plus réaliste de différer l'abolition de l'esclavage à
une génération suivante. |
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20 août 1789 |
Première séance, à l'Hôtel Massiac à Paris, du club des colons, dit club Massiac.
Une première
assemblée des « colons résidant à Paris » s'était réunie le 15 juillet à
l'initiative de Gouy d'Arcy afin d'obtenir la représentation des colonies à
l'Assemblée et la création dans les colonies d'assemblées coloniales
exerçant le contrôle politique local. Des élections eurent lieu à
Saint-Domingue en dépit de l'opposition de l'Assemblée. Le mouvement des
colons voulait empêcher la création d'un comité colonial à l'Assemblée. Par
crainte des débats préliminaires à la Déclaration des droits de l'homme, fut
créée La société correspondante des colons réunie à l'Hôtel Massiac,
place Louis XIV (l'actuelle place des Victoires). Elle comprenait à
l'origine 70 membres, propriétaires à Saint-Domingue ou aux Petites
Antilles, jusqu'à plus de 400 membres en 1791 lors du débat à l'Assemblée
sur les colonies. Le club Massiac aura été dominé par la personnalité de
Gouy d'Arcy, issu de la noblesse et détenteur d'une immense fortune à
Saint-Domingue, ainsi que par celle de Moreau de Saint-Méry, théoricien du club. Le
groupe s'appuie à l'Assemblée sur Malouet, Barnave et Alexandre de Lameth.
Le club crée des sociétés de correspondance dans les ports. Il s'agit
d'empêcher l'Assemblée de prendre des mesures entravant les intérêts des
colons. Le club Massiac réussit à suspendre l'application de la Déclaration
des droits de l'homme dans les colonies et à différer de plusieurs mois la
création à l'Assemblée d'un comité des colonies. |
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26 août 1789 |
Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen.
Article premier : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en
droits ». |
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2 mars 1790 |
Création à l'Assemblée d'un Comité des
colonies. Barnave, membre du comité est nommé rapporteur du premier décret
sur les colonies présenté le 8 mars 1790. Le rapport Barnave préparé sous
l'influence du comité Massiac remet l'administration interne des colonies à
des assemblées coloniales élues par les seuls colons blancs. La compétence
législative de l'Assemblée est limitée aux matières commerciale et
militaire. |
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7 mai 1791 |
Début du débat sur les colonies à l'Assemblée. Présentation
par le comité des colonies d'un rapport ayant pour objet d'établir
qu'aucune loi sur l'état des personnes ne serait décrétée pour les colonies
que sur la demande formelle des assemblées coloniales. |
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11 mai 1791 |
Barnave se fait le porte-parole des
propriétaires coloniaux.
Discours de l'abbé Grégoire demandant
l'application des droits de l'homme aux gens de couleur : « Ce projet de décret renferme les objets
de la plus haute importance ; il s'agit d'anéantir la Déclaration des droits
de l'homme. »
Grégoire
lutte pour l'universalité des droits et ne ménage pas ses attaques contre
les représentants du club Massiac : « Parce qu'il vous faut du sucre, du café, du
taffia, indignes mortels, mangez plutôt de l'herbe et soyez justes. »
Dans sa Lettre aux philanthropes sur les malheurs, les droits et
les réclamations des gens de couleurs de Saint-Domingue et autres
îles françaises de l'Amérique publiée en 1790, l'abbé Grégoire
déclarait de façon prémonitoire : « Un jour, des députés de couleur franchiront
l'Océan pour venir siéger dans la Diète nationale. »

Viefville des Essarts, Jean Louis (1745-1820)
© Assemblée nationale
Dépôt d'une proposition de loi par Viefville des
Essarts, affranchissant les esclaves et supprimant la traite. |
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12 et 13 mai 1791 |
- Séance du 12 mai 1791
- A la suite de la formule de Dupont de Nemours :
« Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! »,
déclaration de Robespierre le 13 mai 1791 : « Dès le moment où,
dans un de vos décrets, vous aurez prononcé le mot esclave, vous aurez
prononcé et votre propre déshonneur et le renversement de votre
Constitution.[...] Eh ! Périssent vos colonies, si vous les conservez à ce
prix... Oui, s'il fallait ou perdre vos colonies ou leur sacrifier votre
bonheur, votre gloire, votre liberté, je le répète : périssent vos colonies
! [...] je déclare au nom de la Nation tout entière qui veut être
libre que nous ne sacrifierons au nom des députés des colonies ni la Nation,
ni les colonies, ni l'humanité entière. »
L'Assemblée nationale décrète comme article
constitutionnel qu'aucune loi sur l'état des personnes non libres ne pourra
être faite par le corps législatif pour les colonies que sur la demande
formelle et spontanée des assemblées coloniales ». |
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15 mai 1791 |
Vote par la Constituante de l'amendement Rewbell, accordant les droits de citoyen aux « gens de couleur, nés de père
et de mère libres ».
- Séance du 15 mai 1791 |
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22 août 1791 |
Début de la grande insurrection
des nègres esclaves à Saint-Domingue : Boukman est tué au combat huit jours
plus tard. |
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3 septembre
1791 |
Fin du débat sur la Constitution
à l'Assemblée. |
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5 septembre
1791 |
Nouveau débat sur les
colonies à l'Assemblée. Robespierre traite Barnave de traître. |
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24
septembre 1791 |
Fin du débat
sur les colonies à l'Assemblée. Robespierre prononce un discours dans lequel
il réclame la liberté totale et les droits civiques pour les hommes de
couleur. Mais, après des hésitations, l'Assemblée suit Barnave. L'amendement Rewbell est supprimé.
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Séance du 23 septembre 1791 ; - Annexes à la séance du 24 septembre 1791 :
opinion de M. Bégouen,
opinion de M. Monneron. |
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28 septembre 1791 |
L'Assemblée
décrète que la question du statut des gens de couleur
relève de la compétence des assemblées coloniales ; celle-ci
prévoit que « tout individu est libre aussitôt qu'il est entré en France ».
- Séance du 28
septembre 1791 |
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22 octobre
et 30 novembre 1791 |
Débats à l'Assemblée lors
desquels Brissot demande l'égalité des mulâtres dans le contexte de la
révolte des esclaves.
Les porte-parole des Amis des
Noirs, Garran de Coulon, Vergniaud et Gensonné, sont contenus par les
Feuillants. |
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24 mars 1792 |
Après avoir pris connaissance le 27 octobre 1791
du soulèvement des esclaves en août à Saint-Domingue, l'Assemblée pose la
question des droits des Libres.
Les Girondins, notamment Brissot, Gensoné
et Guadet, font adopter un
décret
accordant aux hommes libres de couleur l'égalité civique.
Cet épisode, réalisant une partie du programme de la Société des Amis des
Noirs, consacre en revanche la défaite du club Massiac qui sera fermé par décret du
19 ventôse an II (9 mars 1794). |
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18 septembre
1793 |
Janvier Littée,
mulâtre, élu député de la
Martinique le 28 octobre 1792, est admis à la Convention. C'est le premier
député de couleur membre d'une assemblée parlementaire en Europe. |
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4 février 1794
(16
Pluviôse An II) |
Abolition de l'esclavage dans les
colonies par la Convention sur une proposition de Levasseur (de la
Sarthe). |
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10 mai 1802 |
Louis Delgrès, commandant
en chef de la force armée de Basse-Terre, prend la tête de la révolte contre
le général Richepanse envoyé en Guadeloupe par Bonaparte pour y rétablir
l'esclavage.
Affichage de la
proclamation de Delgrès « A l'univers entier, le dernier cri de
l'innocence et du désespoir » : « C'est dans les plus beaux jours d'un
siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie,
qu'une classe d'infortunés qu'on veut anéantir se voit obligée d'élever sa
voix vers la postérité, pour lui faire connaître, lorsqu'elle aura disparu,
son innocence et ses malheurs.
Victime de quelques individus altérés de
sang qui ont osé tromper le Gouvernement Français, une foule de citoyens,
toujours fidèles à la Patrie, se voit enveloppée dans une proscription
méditée par l'auteur de tous ses maux.
[...] » |
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20 mai 1802
(30
Floréal An X) |
Rétablissement, par Bonaparte, Premier consul, de l'esclavage et de la traite, « conformément aux lois et règlements en vigueur avant
1789 » (application du Code noir). Envoi de forces
expéditionnaires à Saint-Domingue et en Guadeloupe. |
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2 juillet 1802
(13 Messidor An X) |
Réduction des droits civils des libres de couleur par rapport à
ceux des Blancs
(arrêté). |
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1er
janvier 1804
(10
Nivôse An XII) |
Proclamation de l’indépendance de Saint-Domingue qui prend le nom
d’Haïti. |
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2 mars 1807 |
Le Parlement britannique abolit la traite atlantique.
En 1788, William Wilberforce, député anglais,
avait créé la Société pour l'abolition de la traite avec le soutien de son
ami, le Premier ministre William Pitt. |
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Février 1815 |
Au Congrès de Vienne, à l'initiative de la
Grande-Bretagne, huit puissances européennes
signent une déclaration les engageant à interdire la traite négrière. |
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29 mars 1815 |
Abolition, par décret de Napoléon Ier
(Cent jours), de la traite négrière, en application du premier traité de
Paris. Mais cette loi n'a pas été appliquée. |
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8 janvier
1817 |
Ordonnance royale prévoyant la confiscation des bâtiments négriers français |
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15 avril 1818 |
Loi interdisant la traite négrière française et réprimant la
traite en mer. |
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4 juin 1820 |
Joseph-Elzéar Morenas remet à la
Chambre des députés une Pétition contre la traite des noirs qui se fait
au Sénégal. |
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1821 |
Création, à Paris, de la Société de la Morale Chrétienne. A
l’intérieur de celle-ci, est créé, en 1822, un comité pour l’abolition de la
traite et de l’esclavage.
A la tribune
de la Chambre des députés, le 27 juin 1821, Benjamin Constant demande
l'application de la répression de la traite conformément aux engagements
intervenus lors du Congrès de Vienne : « La traite se fait : elle se fait impunément.
On sait la date des départs, des achats, des arrivées. On publie des
prospectus pour inviter à prendre des actions dans cette traite, seulement
on déguise l'achat des esclaves en supposant l'achat des mulets sur la côte
d'Afrique où jamais on n'acheta de mulets. La traite se fait plus
cruellement que jamais parce que les capitaines négriers, pour se dérober à
la surveillance, recourent à des expédients atroces, pour faire disparaître
les captifs. [...]
Messieurs,
au nom de l'humanité, dans cette cause, où toutes les distinctions de parti
doivent disparaître, unissez-vous à moi pour réclamer la loi que le
ministère vous avait promise. » |
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1822 |
Fondation du Liberia par l'American
Colonization Society.
Publication de l'ouvrage de
l'abbé Grégoire Des peines infamantes à infliger aux négriers :
« J'appelle négrier , non seulement le
capitaine de navire qui vole, achète, enchaîne, encaque et vend des hommes
noirs, ou sang-mêlés, qui même les jette à la mer pour faire disparaître le
corps de délit, mais encore tout individu qui, par une coopération directe
ou indirecte, est complice de ces crimes. Ainsi, la dénomination de négriers
comprend les armateurs, affréteurs, actionnaires, commanditaires, assureurs,
colons-planteurs, gérants, capitaines, contremaîtres, et jusqu'au dernier
des matelots, participant à ce trafic honteux. » |
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1825 |
Le Baron Auguste de Staël
expose, à Paris, dans les locaux de la Société de la Morale Chrétienne
des fers et entraves d'esclaves qu'il a achetés à Nantes. |
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1827 |
Loi du 25 avril
1827 relative à la répression de la traite
des noirs. |
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1831 |
Loi du 8 mars 1831 relative à la répression de la traite des noirs. |
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1831-1832 |
Rétablissement des droits civils des Libres de couleur.
Lois améliorant le sort des esclaves (interdiction des peines de
mutilation) et facilitant leur affranchissement.
Suppression de la taxe d'affranchissement.
Extinction de la traite illégale. |
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24 avril 1833 |
Charte coloniale : les Libres de couleur accèdent à la plénitude
des droits politiques et deviennent électeurs et éligibles dans les mêmes
conditions que les Blancs (c'est-à-dire, comme en métropole, sous la
condition d'un cens très élevé). |
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1833 |
Le Parlement britannique vote la suppression de
l'esclavage. |
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décembre 1834 |
Création à Paris de la Société française pour l'abolition de l'esclavage, présidée
par le duc de Broglie, par le Comité pour l'abolition de la traite
négrière et de l'esclavage de la .Société de la Morale Chrétienne. |
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1835 |
Publication du premier fascicule des comptes rendus de
travaux de la Société Française pour l'Abolition de l'Esclavage.
François Isambert propose à la
Société Française pour l'Abolition de l'Esclavage un plan de rachat
des esclaves et une émancipation graduelle en 4 ans.
Préparation au ministère de la marine
d'un plan d'émancipation graduelle, moyennant paiement d'une indemnité aux
maîtres.
Laisné de Villevêque propose une
émancipation des esclaves graduelle « jour
par jour
».
Dans un discours à la Chambre
des députés, le 23 avril 1835, Lamartine déclare : « Nous disons et l'esclave dit avec nous :
«Aucune loi ne peut donner à l'homme la propriété de l'homme ; car
la loi n'est que la sanction de la justice ; car aucune conscience
humaine ne peut légitimer l'esclavage ; car nul n'est obligé de
ratifier une loi qui le prive des droits donnés par la nature. » |
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15 mai 1836 |
Lamartine propose à la Chambre
des députés une émancipation avec indemnisation à verser aux esclaves, aux
colons et à l'État. |
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23 mai 1836 |
La Rochefoucauld-Liancourt
propose une émancipation sans indemnité. |
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1837 |
La question de l'émancipation générale des esclaves est désormais
posée rituellement chaque année devant le Parlement (notamment par
Tocqueville en 1840).
Travaux préparatoires relatifs à la proposition de loi de Tracy. |
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10 février
1838 |
Proposition de loi
d'émancipation d'Hippolyte Passy visant à déclarer libres les enfants à
naître dans les colonies françaises : examen en commission à la Chambre des
députés du 26 février au 24 avril 1838. |
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28
juillet 1838 |
Présentation à la Chambre des
députés par
Alexis de Tocqueville du projet d'émancipation de Destutt de Tracy
visant au rachat des esclaves par l'État et à l'indemnisation des planteurs.
Travaux : - séance du 6 juin 1839 :
Lecture de la
proposition de loi de M. de Tracy - séance du 12 juin
1839 : Développements de la proposition - séance du 12 juin 1839 : Adoption
de la prise en considération de la proposition
-
séance du 10 juillet 1839 :
Débats
en commission -
séance du 23 juillet 1839 :
Présentation du rapport de M. de Tocqueville |
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1839 |
Condamnation de la traite par le Pape
Grégoire XVI.
« [...] il arriva enfin que, depuis plusieurs
siècles, il ne se trouvait plus d'esclaves dans la plupart des nations
chrétiennes . Mais, nous le disons avec douleur, il y en eut depuis, parmi
les fidèles même, qui, honteusement aveuglés par l'appât d'un gain sordide,
ne craignirent point de réduire en servitude, dans des contrées lointaines,
les Indiens, les nègres ou autres malheureux, ou bien de favoriser cet
indigne attentat en établissant le commerce de ceux qui avaient été faits
captifs par d'autres. »
(Lettre apostolique, 3 décembre 1839) |
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mai 1840 |
Début des travaux de la commission pour l'examen des questions relatives à l'esclavage et à la
constitution politique des colonies présidée par le duc de Broglie. |
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1842 |
Victor Schœlcher publie : « Des colonies
françaises. Abolition immédiate de l'esclavage ». | |