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N° 1230
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ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
ONZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 26 novembre
1998.
AVIS
PRÉSENTÉ
AU NOM DE LA COMMISSION DE LA DÉFENSE
NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES (1) , SUR LE projet de loi de finances rectificative pour 1998 (n° 1210).
PAR M. François Lamy,
Député.
(1) La composition de cette commission figure au verso
de la présente page.
Lois de finances rectificatives
La commission de la défense nationale et des forces armées est
composée de :
M. Paul Quilès, président ; MM. Didier Boulaud, Michel
Voisin, Jean-Claude Sandrier, vice-présidents ; MM. Robert Gaïa, Pierre Lellouche, Mme Martine
Lignières-Cassou, secrétaires ; MM. Jean-Marc
Ayrault, Jacques Baumel, Jean-Louis
Bernard, André Berthol, Jean-Yves Besselat, Bernard Birsinger, Jacques Blanc, Jean-Marie
Bockel, Loïc Bouvard, Jean-Pierre Braine, Philippe Briand, Jean Briane, Antoine Carré,
Bernard Cazeneuve, Gérard Charasse, Guy-Michel Chauveau, Alain Clary, Charles Cova,
Michel Dasseux, Jean-Louis Debré, François Deluga, Claude Desbons, Philippe
Douste-Blazy, Jean-Pierre Dupont, François Fillon, Christian Franqueville, Roger
Franzoni, Yann Galut, René Galy-Dejean, Roland Garrigues, Henri de Gastines, Bernard
Grasset, Elie Hoarau, François Hollande, François Huwart, Jean-Noël Kerdraon, François
Lamy, Pierre-Claude Lanfranca, Jean-Yves Le Drian, Georges Lemoine, François Liberti,
Jean-Pierre Marché, Franck Marlin, Jean Marsaudon, Christian Martin, Gilbert Meyer,
Michel Meylan, Jean Michel, Charles Miossec, Alain Moyne-Bressand, Arthur Paecht,
Jean-Claude Perez, Robert Poujade, Michel Sainte-Marie, Bernard Seux, Guy Teissier, André
Vauchez, Alain Veyret, Philippe de Villiers, Jean-Claude Viollet, Pierre-André Wiltzer,
Kofi Yamgnane.
Introduction 5
I LES MOUVEMENTS DE CRÉDITS
SUR LE BUDGET DE LA DÉFENSE EN 1998 : APERÇU GÉNÉRAL
A. UN CONTEXTE SPÉCIFIQUE
1. Des reports de charges massifs
sur le titre III
2. La réforme des procédures de
gestion des crédits déquipement
B. UNE GESTION SATISFAISANTE DU
BUDGET DE FONCTIONNEMENT MAIS UNE EXÉCUTION DIFFICILE DES DÉPENSES DÉQUIPEMENT
II. LES OUVERTURES DE
CRÉDITS RÉPONDENT À DES BESOINS MULTIPLES
A. LE FINANCEMENT DES OPÉRATIONS
EXTÉRIEURES POSE LE PROBLÈME DE LAMÉLIORATION DE LEUR CONTRÔLE PARLEMENTAIRE
1. Un constat récurrent et des
besoins toujours importants
2. Il devient urgent
daméliorer le contrôle budgétaire des opérations extérieures
a) Un financement problématique
b) La pérennité et limportance du dispositif
dintervention militaire à létranger plaident en faveur dun contrôle
parlementaire systématique sur les opérations extérieures
B. DES BESOINS LIÉS À LA
PROFESSIONNALISATION DES ARMÉES
1. Le flux mal maîtrisé des
volontaires service long entraîne des surcoûts importants
2. Labondement des crédits de
fonctionnement traduit la prise en compte anticipée des besoins des armées en 1999
a) Approche globale
b) Approche par armée
III QUEL SENS FAUT-IL DONNER
À LA RÉDUCTION DES CRÉDITS DÉQUIPEMENT ?
A. POUR UNE APPROCHE DYNAMIQUE DU BUDGET
DÉQUIPEMENT DE LA DÉFENSE : ANNULATIONS, REPORTS DE CHARGES ET REPORTS DE CRÉDITS
1. Les annulations de crédits
atteignent un niveau élevé en 1998 mais devraient permettre de limiter les reports de
charges sur le titre III
2. Annulations de crédits et loi de
programmation militaire : des compensations ultérieures seront nécessaires
B. UNE RÉDUCTION À RELATIVISER PAR
LA PRISE EN COMPTE DES DOTATIONS À LA SOCIÉTÉ GIAT INDUSTRIES QUI PARTICIPENT À LA
DÉPENSE DE DÉFENSE
1. Des recapitalisations
inéluctables
2. Quel lien entre les annulations
de crédits et la dotation de Giat Industries ?
CONCLUSION
TRAVAUX EN COMMISSION
I AUDITION DE M. ALAIN
RICHARD, MINISTRE DE LA DÉFENSE
II EXAMEN DE LAVIS
Mesdames, Messieurs,
Le projet de loi de finances rectificative représente généralement
loccasion, pour la Commission de la Défense, de constater la contribution
importante du ministère de la Défense au rétablissement des finances publiques. Ce
constat reste vrai en 1998, même sil doit être nuancé, la participation de ce
ministère à la réduction du déficit budgétaire nétant pas la seule grille de
lecture pertinente pour analyser les mouvements de crédits militaires enregistrés au
cours de lexercice 1998.
Dexterne, la contrainte pesant sur lexécution du budget de
la Défense est largement devenue interne en 1998.
Dune part, limportante réforme de la gestion des crédits
déquipement qui sy déroule a, en effet, perturbé la bonne exécution du
budget dinvestissement militaire. A moyen terme, cependant, lefficacité de la
dépense déquipement des armées nen sortira que renforcée.
Sagissant, dautre part, du budget de rémunération et de
fonctionnement, le ministère de la Défense sest également fixé des objectifs
ambitieux, quil a largement atteints. Votre rapporteur sen félicite
dautant plus que, dans cette phase de transition vers un nouveau format
darmée, le titre III du budget de la Défense est extrêmement contraint.
Les efforts du ministère de la Défense pour porter à leur terme des
réformes considérables, qui sapparentent, pour la plupart, davantage à un
changement de culture quà de simples ajustements techniques, doivent être
soutenus. Il faut notamment répéter que les nouvelles missions confiées aux armées ont
un prix, quil faut assumer. A cet égard, les opérations extérieures, menées par
les armées, doivent faire lobjet de règles de financement précises. Dabord,
parce quelles sinscrivent dans laction diplomatique de la France ;
ensuite, parce quil nest pas concevable que le modèle darmée dont
sest dotée la France ne soit pas en mesure de remplir, dans un cadre budgétaire
normal, les missions pour lesquelles il a été élaboré.
La Commission de la Défense a décidé dentamer un travail de
réflexion sur un meilleur contrôle parlementaire des opérations extérieures.
Lexamen du projet de loi de finances rectificative rentre dans ce cadre. Ainsi,
laudition, pour la deuxième année consécutive, du Ministre de la Défense, la
rencontre avec le Chef détat-major des armées et le chef détat-major de
larmée de terre et les réponses fournies au questionnaire budgétaire ont permis
de cerner, à travers les difficultés dordre budgétaire, ce qui pourrait
constituer une nouvelle définition des opérations extérieures avant de réfléchir,
dans les mois qui viennent, sur leur justification, voire sur leur opportunité.
Après avoir présenté le cadre général dexécution du budget
de la Défense en 1998, votre rapporteur traitera des ouvertures de crédits ratifiées et
demandées par le présent projet de loi. Il sinterrogera enfin sur le sens à
donner aux réductions de crédits déquipement sur le budget de la Défense.
I les mouvements de crÉdits sur le
budget de la dÉfense en 1998 : APERçU GÉNÉRAL
Comme les années précédentes, le budget de la Défense a connu, en
cours dexercice, des mouvements de crédits récurrents et importants. Outre les
redéploiements internes, cinq séries de mouvements de crédits, dinégale
importance, sont venues modifier les dotations initiales. Ces mouvements portent, en
crédits de paiement, sur les montants suivants :
300 millions de francs (soit 30 % du total des
annulations budgétaires à cette date) ont été annulés par larrêté du
16 janvier 1998, au titre de la participation du ministère de la Défense au
financement des fonds départementaux durgence destinés à venir en aide aux
personnes les plus démunies ;
le décret du 21 août 1998 a ouvert, à titre
davance, 3,8 milliards de francs sur le titre III ;
ils ont été gagés par une annulation de 7 millions
de francs sur le même titre et de 3,85 milliards de francs sur les crédits
déquipement ;
110 000 francs ont été annulés sur le titre III par
larrêté du 30 octobre 1998 ;
3,2 milliards de francs ont enfin été annulés par
larrêté du 18 novembre 1998 sur les crédits déquipement.
Le projet de loi de finances rectificative propose une ouverture de
crédits de 700 millions de francs sur le titre III du budget de la Défense. Au total,
les mouvements de crédits sur ce budget auront été légèrement supérieurs à ceux de
la précédente gestion, comme lindique le tableau ci-dessous.
principaux mouvements de crÉdits budgÉTAIRES
sur le budget de la défense en 1997 et 1998
(crédits de paiement en millions de francs)
| |
1997 |
1998 |
| Crédits davances |
1 600 000 |
3 800,000 |
| Ouverture de crédits en loi de finances
rectificative |
- |
- |
| Demande douverture de crédits en loi de
finances rectificative |
604,600 |
700,000 |
| Total titre III |
2 204,600 |
4 500,000 |
| Total titres V et VI |
- |
- |
| Annulations de crédits en cours
dexercice |
- 3 410,010 |
- 4 156,901 |
| Annulations de crédits prévues en cours
dexercice |
- 1 600,000 |
- 3 200,000 |
| Total titre III |
- |
- 7,001 |
| Total titres V et VI |
- 5 010,010 |
- 7 356,901 |
| Solde des mouvements pour le titre III Solde
des mouvements pour les titres V et VI |
2 204,600
- 5 010,010 |
4 492,999
- 7 356,901 |
| Solde des mouvements pour lensemble
du budget |
- 2 805,410 |
- 2 863,902 |
| |
|
|
La comparaison avec lexercice 1997 a cependant ses limites. Bien
que dampleur comparable, les mouvements de crédits sur le budget de la Défense
sinscrivent, pour certains dentre eux, dans une logique et dans un contexte
différents.
A. UN CONTEXTE
SPéCIFIQUE
La contrainte pesant sur lexécution du budget de la Défense en
1998 est moins externe quinterne : contrairement aux années
précédentes, les annulations et ouvertures de crédits ne sont pas seulement liées à
des pratiques de régulation budgétaire marquant la contribution de la Défense à la
maîtrise des finances publiques, mais simplement à des contraintes internes au
ministère de la Défense. En ce qui concerne les dépenses ordinaires, tout dabord,
priorité a été donnée à lapurement des reports de charges dont la Cour des
comptes a souligné le poids excessif dans la monographie quelle a consacrée au
titre III du budget de la Défense de 1994 à 1997. Quant à lexécution des
crédits dinvestissement, elle a été essentiellement marquée par la réforme de
leurs procédures de gestion.
1. Des reports de charges
massifs sur le titre III
Lexistence de reports de charges massifs sur le titre III du
budget de la Défense nest pas nouvelle. Leur montant sest toutefois fortement
accru de 1997 à 1998, comme le montre le tableau suivant.
rEPORTS DE CHARGES(1) SUR LE TITRE III
DU BUDGET DE LA DÉFENSE DE 1994 À 1997
(hors fonctionnement et entretien programmé des matériels)
(en millions de francs)
Chapitre |
Libellé |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
31-02 |
Autres services communs
Rémunérations personnels militaires et civils non ouvriers |
0 |
0 |
90 |
0 |
31-03 |
Air, Terre, Marine et Gendarmerie
Rémunérations personnels militaires |
477 |
484 |
581 |
1 925 |
34-10 |
Alimentation |
0 |
0 |
152 |
269 |
Total |
Total des reports de charges |
547 |
570 |
823 |
2 194 |
Source : Cour des comptes, Lexécution des lois de finances
pour lannée 1997, juillet 1998
(1) en fin dexercice
Au total, chapitres de fonctionnement et dentretien programmé
des matériels inclus, les reports de charges de 1997 sur 1998 sélèvent à
3,14 milliards de francs, alors quils atteignaient 1,73 milliard de francs
fin 1996. Comme lindique la Cour des comptes, ces reports trouvent généralement
leur origine dans les surcoûts liés aux opérations extérieures, mais leur très forte
progression de 1997 à 1998 sexplique par la conjonction des trois phénomènes
suivants :
les opérations extérieures ;
lapurement du solde du fonds de concours autoroutier
supprimé en 1996 ;
labsence de ressources complémentaires suffisantes
pour compenser le report de charges de 823 millions de francs de 1996 à 1997.
Faut-il voir, avec la Cour des comptes, dans la procédure des fonds
davances un des facteurs dexplication de limportance des reports de
charges au ministère de la Défense ? Nul doute que cette pratique, dérogatoire au
principe dannualité budgétaire puisquelle permet de régler sur les crédits
de lexercice suivant une partie des reports de charges de lexercice en cours,
a largement contribué à la situation présente. Il convient donc de remettre en cause
lusage excessif qui est fait de cette pratique. En accord avec le ministère de
lEconomie et des Finances, le ministère de la Défense a dailleurs commencé
à réduire ces fonds : il a ainsi été décidé de les ramener de leur niveau
actuel de 10,2 milliards de francs à 7,1 milliards de francs. Lampleur de
cette somme montre toutefois quun réel besoin existe et que, dans
léventualité dune limitation du recours à cette pratique, des solutions
palliatives devront être trouvées pour assurer le paiement régulier des rémunérations
des personnels. Plus largement, cest le problème du financement des opérations
extérieures qui est posé.
2. La réforme des
procédures de gestion des crédits déquipement
Le budget dinvestissement de la Défense se caractérise en 1998
par la conjonction de trois éléments :
la revue des programmes. A court terme, son impact a
cependant été modéré sur lexécution des crédits ;
l" encoche " sur le budget
déquipement. Là encore, les effets de cette mesure ne se traduiront
quultérieurement, lors du paiement correspondant aux dépenses engagées au cours
de lexercice ;
la réforme des procédures de gestion des crédits
déquipement du ministère de la Défense. Contrairement aux deux mesures évoquées
ci-dessus, cette réforme a fait peser de nombreuses incertitudes sur la bonne exécution
des dépenses déquipement.
Sans revenir en détail sur cette réforme déjà largement évoquée
par la commission de la Défense, il peut être intéressant de montrer en quoi
lexécution du budget dinvestissement de la Défense a pu être perturbée par
les trois volets de la réforme :
mise en place de la comptabilité spéciale des
investissements ;
institution du contrôle financier déconcentré ;
création des opérations budgétaires
dinvestissement.
- La mise en place dune comptabilité spéciale des investissements (CSI),
déjà en vigueur depuis longtemps dans les administrations civiles, a eu un impact
notable sur les services de programmes de la DGA, comme le service des programmes navals
(SPN) et le service des programmes aéronautiques (SPAé). Elle les a notamment conduits
à revoir leur système informatique. Or, juridiquement, ce sont ces services qui
notifient les contrats aux industriels concernés (Direction des constructions navales,
service de maintenance aéronautique, industriels privés). Passages obligés des
engagements et des paiements, ils jouent donc un rôle essentiel dans lexécution du
budget déquipement de la Défense. Leur capacité réduite dintervention
pendant les quatre premiers mois de lexercice 1998 na donc pas manqué de
ralentir les engagements du ministère pendant le premier semestre.
- En matière dengagement, linstauration du contrôle financier
déconcentré, qui sera étendu en 2001 aux comptes de commerce, a entraîné des retards
dans le processus de notification des marchés, en particulier pour les services qui
gèrent un important réseau dordonnateurs secondaires dépendant de nombreux
trésoriers payeurs généraux. En outre, les services dont lenveloppe
dengagements est constituée de multiples contrats, requérant de nombreuses
opérations -commissariat des trois armées, services dinfrastructure- ont été
particulièrement pénalisés par ces réformes.
- Quant à la mise en place des opérations budgétaires dinvestissement, elle
a eu un impact essentiellement sur les paiements. Les travaux de reprise comptable ont, en
effet, entraîné une accumulation des factures chez les services gestionnaires. Même si
le retard en termes de consommation des crédits de paiement était résorbé, pour
lessentiel, avant lété, la lenteur du démarrage de lexercice 1998 a
pesé sur le niveau des engagements dont le paiement est habituellement fait dans des
délais brefs (inférieurs à la durée de lexercice), et qui permettent
dafficher un taux de consommation des crédits plus favorable.
B. une gestion
satisfaisante du budget de fonctionnement mais une exécution difficile des dépenses
déquipement
- La gestion des crédits du titre III est relativement satisfaisante, notamment au
regard de lobjectif dapurement des reports de charges que sétait fixé
le ministère de la Défense.
Grâce aux différentes mesures de redéploiement et douverture
de crédits, tant par le décret davances du 21 août 1998 que par le présent
projet de loi, le report de charges sur le titre III devrait sétablir aux
alentours de 600 millions de francs à la fin de lexercice 1998. Il faut
remonter au début des années 1990 pour observer une situation aussi favorable.
- En revanche, les conditions dexécution des dépenses déquipement ont
conduit à une gestion difficile des titres V et VI. Aux facteurs dincertitude
déjà évoqués, qui ont pesé sur lexécution des dépenses déquipement, il
faut en effet ajouter limportante dérive des reports de crédits
déquipement, héritage du plan de refroidissement des engagements décidé en 1996.
Le cumul de ces deux phénomènes a considérablement handicapé la réalisation des
objectifs, ambitieux, fixés en matière daffectation et dengagement des
crédits par le Ministre de la Défense.
ÉVOLUTION DES REPORTS DE CRÉDITS DÉQUIPEMENT MILITAIRE
DEPUIS 1996
(crédits de paiement en milliards de francs)
| |
Au 31.12.1996 |
Au 31.12.1997 |
Au 31.12.1998
(estimations) |
Crédits budgétaires |
5,273 |
6,771 |
2,921 |
Encaisses de trésorerie |
0,289 |
0,934 |
0,902 |
Total |
5,562 |
7,705 |
3,823 |
ÉVOLUTION DU SOLDE DES REPORTS DE CRÉDITS
EN CAPITAL DEPUIS 1996
(crédits de paiement en millions de francs)
| |
1996 |
1997 |
1998
(prévisions) |
Budget de la Défense (1) |
|
|
|
- Reports de la
gestion précédente |
11 089,712 |
5 273,493 |
6 770,803 |
- Reports à la
gestion suivante |
5 273,493 |
6 770,803 |
2 920,903 |
Evolution des reports |
- 5 816,219 |
1 497,310 |
- 3 849,900 |
(1) Hors compte de commerce
Ce contexte a conduit à une exécution moins dynamique que prévu du
budget déquipement des armées. Deux facteurs ont toutefois atténué les effets de
cette situation.
En premier lieu, labsence dun encadrement contraignant de
la dépense au cours de la gestion 1998 a permis une exécution normale, toutes
circonstances égales par ailleurs. Hormis les annulations de crédits, dont limpact
a pu être limité, pour la deuxième série dentre elles du moins, les services
gestionnaires ont bénéficié dune disponibilité totale des crédits ouverts en
loi de finances initiale. Le tableau suivant retrace le bilan des moyens effectivement mis
à la disposition des services gestionnaires du ministère de la Défense après
lintervention des différents mouvements de crédits.
EXÉCUTION DU BUDGET DE LA DÉFENSE POUR 1998
(hors pensions)
(crédits de paiement en millions de francs)
| |
Loi de
finances
initiale |
Reports
de crédits
1997/1998 |
Annulations |
Ouvertures en décret
davance |
Ouvertures
de crédits
attendues |
Transferts
effectués |
Moyens
disponibles
(1)+(2)
-(3)+(4)
+ (5)+(6) |
Titre III |
(1) |
(2) |
(3) |
(4) |
(5) |
(6) |
|
| DGA |
6 702,993 |
65,000 |
- |
- |
- |
- |
6 767,993 |
| Autres S. communs |
17 656,275 |
684,275 |
6,990 |
- |
215,000 |
- 5,438 |
18 543,551 |
| Air........................... |
15 712,840 |
26,149 |
- |
400,000 |
70,000 |
100,000 |
16 308,989 |
| Terre....................... |
30 590,937 |
71,000 |
0,011 |
2 609,000 |
185,000 |
- |
33 455,926 |
| Marine..................... |
13 085,749 |
7,850 |
- |
198,000 |
- |
0,500 |
13 292,099 |
| Gendarmerie............ |
19 972,446 |
44,216 |
- |
593,000 |
230,000 |
- |
20 839,662 |
Totaux titre III |
103 721,669 |
898,490 |
7,001 |
3 800,000 |
700,000 |
95,062 |
109 208,220 |
Titres V et VI |
|
|
|
|
|
|
|
DGA |
18 940,890 |
1 801,707 |
1 887,810 |
- |
- |
- 7 014,851 |
11 839,936 |
Autres S. communs |
3 888,800 |
1 487,467 |
704,177 |
- |
- |
- 36,095 |
4 635,995 |
Air........................... |
19 161,100 |
1 292,868 |
1 677,209 |
- |
- |
- 2,418 |
18 774,341 |
Terre....................... |
17 355,200 |
1 317,039 |
1 308,647 |
- |
- |
20,664 |
17 384,256 |
Marine..................... |
19 555,010 |
845,017 |
1 726,960 |
- |
- |
- 481,878 |
18 191,189 |
Gendarmerie............ |
2 101,900 |
26,705 |
45,097 |
- |
- |
0,000 |
2 083,508 |
Totaux titres V et VI |
81 002,900 |
6 770,803 |
7 349,900 |
- |
- |
- 7 514,578 |
72 909,225 |
Total général |
184 724,569 |
7 669,293 |
7 356,901 |
3 800,000 |
700,000 |
- 7 419,516 |
182 117,445 |
En deuxième lieu, par rapport aux exercices précédents, le
calendrier douverture des reports de crédits a connu une accélération notable,
qui en a facilité la consommation effective. Les exercices marqués par une très forte
régulation budgétaire saccompagnaient généralement, en effet, dune
autorisation tardive du ministère de lEconomie et des Finances de consommer les
reports, situation que la Cour des comptes navait pas manqué de déplorer car elle
induisait lapparition dun phénomène malsain de reports de reports.
Lexercice 1997 avait déjà représenté une amélioration par rapport à la
situation antérieure, lautorisation de consommer les reports de la gestion 1996
étant intervenue au mois de septembre. Cette année, louverture des reports de
crédits a eu lieu dès le mois de juillet, ce qui a créé les conditions de leur
consommation effective, bien que partielle, sur laquelle a dailleurs été gagée
lannulation du mois daoût.
Au total cependant, lampleur des perturbations induites par la
réforme comptable du ministère devrait conduire à un taux de consommation des crédits
déquipement moins élevé que prévu, quelque 4 milliards de francs restant à
ordonnancer et 20 milliards de francs à payer au début du mois de novembre. Lors de son
audition devant la Commission de la Défense, M. Alain Richard, a estimé que, sur
les 81 milliards de francs de crédits de paiement initialement votés au titre des
dépenses en capital, environ 77 milliards de francs auront été disponibles alors
que 70 milliards de francs seulement pourront être consommés.
II. LES OUVERTURES DE CRÉDITS
RÉPONDENT À DES BESOINS MULTIPLES
Les ouvertures de crédits supplémentaires pour le budget de la
Défense atteignent, en 1998, 4,5 milliards de francs, soit 3,8 milliards de francs
ouverts par le décret davance du 21 août 1998 pour les dépenses de
rémunérations et de charges sociales et 700 millions de francs ouverts par le projet de
loi de finances rectificative pour les dépenses de fonctionnement du ministère.
Comme les années précédentes, le principal besoin de financement des
armées est lié aux surcoûts induits par les opérations extérieures.
a. Le
financement des opérations extérieures POSE LE PROBLÈME DE LAMÉLIORATION DE LEUR
CONTRôLE PARLEMENTAIRE
Si lon observe, depuis 1996, une décrue régulière des
surcoûts liés aux opérations extérieures, les sommes consacrées à ce poste de
dépenses restent toujours importantes.
Pour récurrent quil soit, ce constat ne laisse pas de susciter
des interrogations : dans un contexte durable de contrainte budgétaire et de
maintien dune action internationale ambitieuse, quelles réponses apporter à la
question du financement des opérations extérieures ? Deux problèmes doivent être
distingués :
un problème dordre quantitatif, relatif à
lévolution du niveau des surcoûts et à ses déterminants ;
un problème qualitatif qui concerne la prévision des
dépenses liées aux opérations extérieures dune part, et les méthodes de
financement de ces dépenses dautre part.
Ce dernier aspect pose en filigrane la question essentielle du
contrôle dopérations dont le Parlement na eu à connaître
quincidemment jusqualors, à loccasion de la loi de finances
rectificative le plus souvent. Soucieuse de réduire cet angle mort du contrôle
parlementaire, la Commission de la Défense a dailleurs entrepris un travail de fond
sur les opérations extérieures, afin daméliorer lassociation du Parlement
aux décisions les concernant.
1. Un constat récurrent
et des besoins toujours
importants
Le surcoût total des opérations extérieures sélève, en 1998,
à 2,1 milliards de francs en crédits de paiement, soit 1,87 milliard de francs
pour le titre III et 234 millions de francs pour le titre V.
ANALYSE DES SURCOÛTS PAR ARMÉES OU SERVICE*
(crédits de paiement en millions de francs)
Titres et catégories de
coûts |
Air |
Terre |
Marine |
Gendarmerie |
Services
communs |
Total |
Titre III |
|
|
|
|
|
|
| Rémunérations et charges sociales |
251,90 |
878,85 |
48,00 |
92,44 |
38,02 |
1 309,21 |
| Alimentation |
20,55 |
60,86 |
2,99 |
5,08 |
- |
89,48 |
| Fonctionnement |
71,45 |
111,96 |
3,58 |
19,09 |
25,63 |
231,71 |
| Entretien programmé du matériel |
25,98 |
18,73 |
- |
- |
1,33 |
46,04 |
| Carburants |
68,83 |
36,61 |
- |
- |
0,09 |
105,53 |
| Transports |
37,92 |
27,26 |
- |
22,43 |
0,75 |
88,36 |
Sous-total du titre III |
476,63 |
1 134,27 |
54,57 |
139,04 |
65,82 |
1 870,33 |
Titre V |
|
|
|
|
|
|
| Equipement |
47,55 |
15,11 |
- |
- |
- |
62,66 |
| Fabrications |
5,25 |
25,19 |
- |
0,41 |
9,44 |
38,29 |
| Munitions |
113,39 |
11,21 |
- |
- |
- |
124,60 |
| Infrastructure |
2,14 |
6,25 |
- |
- |
- |
8,39 |
Sous-total du titre V |
168,33 |
55,76 |
0,00 |
0,41 |
9,44 |
233,94 |
Total budget Défense |
644,96 |
1 190,03 |
54,57 |
139,45 |
75,26 |
2 104,27 |
* Surcoûts annuels : prévision arrêtée au 31
août 1998
Il existe plusieurs grilles danalyse des opérations
extérieures, dailleurs complémentaires les unes des autres. La confrontation de
ces différentes perspectives met cependant en lumière les ambiguïtés de la notion
même. Votre rapporteur abordera dabord lanalyse des opérations extérieures
sous un angle juridico-opérationnel, avant de les examiner sous langle
géographique.
- En termes juridiques et opérationnels, laction militaire internationale de
la France sexerce dans trois cadres distincts :
- lONU ;
- un cadre international, lié ou non à lONU ;
- le cadre national.
1) La France est engagée dans neuf opérations menées dans le cadre
de lONU, cest-à-dire expressément ordonnées par une résolution du Conseil
de Sécurité des Nations Unies et relevant du Département des Opérations de Maintien de
la Paix de lorganisation. Les surcoûts liés à ce type dopération
sélèvent en 1998 à 160 millions de francs, à comparer aux
140,34 millions de francs de surcoûts quavaient entraînés ces opérations en
1997. Cette hausse sexplique par la création de la Mission des Nations Unies en
République Centrafricaine (MINURCA), à laquelle la résolution 1159 du 15 avril 1998
donne mandat de fournir des conseils et un appui technique aux organismes électoraux
nationaux. La MINURCA contribuera aussi, en collaboration avec les forces nationales, à
maintenir la sécurité à Bangui.
LA FRANCE ET LES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX
MENÉES DANS LE CADRE DE LONU
Nom et lieu
de lopération |
Objet |
Effectif total |
Surcoûts prévus
pour 1998
(en millions de francs) |
MINUBH (GIP)
Bosnie-Herzégovine |
Mise en oeuvre du volet militaire des accords
de Dayton (force de police) |
119 |
28,48 |
| FINUL Liban |
Rétablissement de la paix au sud du Liban |
257 |
56,02 |
| MINURSO Sahara occidental |
Observation du cessez-le-feu |
25 |
7,46 |
| ONUST Israël, Egypte, Syrie, Jordanie |
Surveillance de la trêve |
14 |
6,64 |
| MONUIK Koweit |
Surveillance de la zone démilitarisée |
11 |
4,03 |
| MIPONUH Haïti |
Restauration de la sécurité |
24 |
7 |
| MONUG Géorgie |
Mission dobservation |
5 |
2,32 |
| MONUA Angola |
Mission dobservation |
13 |
4,23 |
| MINURCA République Centrafricaine |
Mission dobservation |
240 |
43,83 |
Total |
708 |
160,01 |
Il faut rappeler que les surcoûts entraînés par ces opérations
donnent lieu à des remboursements de lONU, versés au budget général. Les
remboursements au titre des soldes et indemnités et de lamortissement des
matériels connaissent toutefois un rythme très irrégulier puisque leur délai moyen,
constaté sur les trois derniers exercices, se situe entre six et douze mois.
2) Au 31 août 1998, la France participait à cinq
opérations sous commandement international ne relevant pas directement de lONU.
Deux de ces opérations trouvent toutefois leur fondement juridique dans des résolutions
du Conseil de Sécurité des Nations Unies : il sagit de lopération
SALAMANDRE II, menée en ex-Yougoslavie dans le cadre de lOTAN, et de
lopération ALYSSE, qui représente la participation française à lopération
Southern Watch menée en Arabie Saoudite dans le but dinterdire à
lIrak lutilisation de ses moyens aériens au sud du 32 ème parallèle.
Votre rapporteur ne développera pas ces différentes opérations,
identiques à celles menées en 1997, si ce nest lopération menée en
Albanie, qui a pris la relève de lopération Alba. A été, en effet, mis en place,
sous légide de lUEO, un Elément Multinational de Conseil en matière de
Police (EMCP), créé par le mandat 41 de lUEO du 16 septembre 1997.
Ces opérations ont représenté, en 1998, un surcoût de 1,27 milliard
de francs, en nette baisse par rapport à 1997 où il sétait établi à 1,85
milliard de francs. Cette évolution est essentiellement imputable à la réduction des
surcoûts entraînés par lopération Southern Watch en Arabie Saoudite, dont
le coût sélevait en 1997 à 400 millions de francs. Une diminution aussi forte est
étonnante dans la mesure où les effectifs y ont augmenté.
LA FRANCE DANS LES INTERVENTIONS SOUS COMMANDEMENT INTERNATIONAL EN
1998
| |
Effectifs* |
Surcoûts* |
(dont |
(dont |
| |
Total |
Français* |
|
titre III)* |
titre V)* |
| SALAMANDRE II (ex-Yougoslavie) |
37 467 |
3 714 |
1 073 |
1 002 |
71 |
| Mission dobservation de la Communauté
européenne en ex-Yougoslavie (ECMM) |
308 |
46 |
15 |
15 |
- |
| EMCP (Albanie) |
110 |
14 |
6 |
6 |
0 |
| Southern Watch (Arabie Saoudite) |
5 643 |
174 |
175 |
60 |
115 |
| Force multinationale et observateurs au Sinaï |
1 500 |
14 |
5,46 |
5,07 |
0,39 |
Total |
45 028 |
3 962 |
1274,46 |
1088,07 |
186,39 |
* En millions de francs au 31 août 1998
3) Enfin, la France a conduit 16 opérations sous
commandement national, dont 14 en Afrique, motivées par le maintien de la paix, la
sécurité de ses ressortissants, la protection de ses intérêts, le respect des accords
de défense ou le désengagement de ses forces.
Les surcoûts liés à ces opérations sont évalués, pour 1998, à
269,79 millions de francs, en nette augmentation par rapport à 1997
(175,58 millions de francs en 1997).
OPÉRATIONS EXTÉRIEURES
SOUS COMMANDEMENT NATIONAL
Opérations |
Objet |
Effectif
de la force |
Coût prévu
pour 1998
(en millions de francs) |
| ALMANDIN (RCA) |
Soutien à la Mission interafricaine de
surveillance des accords de Bangui (MISAB) |
322 |
75,1 |
| ARAMIS (Cameroun) |
Soutien de la France au Cameroun dans le cadre
de laccord de défense |
65 |
14,8 |
| BUBALE (RCA) |
Soutien à la MISAB |
97 |
46,8 |
CIGOGNE 2A et 2B
(Soutien à la MISAB) |
Protection des intérêts français en
République Centrafricaine |
90 |
13,6 |
| CONDOR (Hanish) |
Médiation du différend entre le Yémen et
lErythrée |
93 |
9,5 |
| CORYMBE (Guinée) |
Présence au large des côtes africaines et
surveillance des champs pétrolifères |
93 |
19,5 |
HELIANTHE I et II
(Liban) |
Surveillance du respect des accords de
cessez-le-feu entre le Liban, Israël, la Libye |
3 |
3,4 |
| ISKOUTIR (Djibouti) |
Aide aux populations civiles |
72 |
14,4 |
MALACHITE
(Zaïre-Congo) |
Protection et évacuation des ressortissants
français et étrangers |
536 |
9,84 |
MELCHIOR I et II
(Bénin) |
Soutien au Bénin |
16 |
0,55(1) |
| THÉTIS (Golfe) |
Présence française dans le Golfe
arabo-persique |
224 |
16 |
| AMB. ALGÉRIE |
Garde et protection de lambassade |
151 |
35,6 |
| AMB. CONGO |
Garde et protection de lambassade |
16 |
3,3 |
| AMB. RCA (MURÈNE) |
Garde et protection de lambassade |
33 |
7,4 |
Total |
1 811 |
269,79 |
(1) Les opérations MELCHIOR nont duré que quelques jours
Si lon dresse un premier bilan de la situation à partir de cette
grille danalyse, il apparaît que le total des surcoûts entraînés par les trois
catégories dopérations qui viennent dêtre présentées est inférieur au
montant global des dépenses supplémentaires encourues au titre des opérations
extérieures, que le présent projet de loi évalue, comme votre rapporteur la
indiqué, à 2,1 milliards de francs.
BILAN DES SURCOÛTS DOPÉRATIONS EXTÉRIEURES PAR TYPE
DOPÉRATIONS
| |
Effectif |
Surcoût
(en millions de francs) |
| Opérations menées sous légide de
lONU |
707 |
160,01 |
| Opérations menées sous commandement
international, hors ONU |
3 962 |
1 274,46 |
| Opérations menées sous commandement national |
1 811 |
269,79 |
Total |
6 480 |
1 704,26 |
- Lanalyse des surcoûts par théâtre et opération permet dexpliquer
cette divergence destimation et souligne lambiguïté de la notion
dopération extérieure.
ÉVOLUTION DES SURCOÛTS DE 1997 À 1998 PAR THÉÂTRE
| |
1997 |
1998* |
Ex-Yougoslavie |
1 546 |
1 102 |
Tchad-République
Centrafricaine |
1 043 |
540 |
Liban (ONU et Ambassade) |
96 |
66 |
Divers Afrique (1) |
153 |
102 |
Opérations dans zone
maritime des océans (ZMO) (2) |
462 |
240 |
Observateurs ONU et
opérations autre zone (3) |
151 |
44 |
Total (4) |
3 451 |
2 124 |
* Prévisions de surcoût annuel arrêté avec les
informations disponibles au 31 août 1998.
(1) Gabon (16 millions de francs), MINURSO au Sahara occidental
(7,46 millions de francs), Djibouti (14,7 millions de francs), Cameroun
(15 millions de francs), Algérie ambassade (36 millions de francs), PELICAN au
Congo (3,32 millions de francs), Yémen (9 millions de francs).
(2) ZMO : CORYMBE dans le Golfe de Guinée (19,5 millions de
francs), MONUIK au Koweit (4 millions de francs), ALYSSE en Arabie Saoudite
(175 millions de francs), renforts de la Gendarmerie en Polynésie, Mayotte,
Réunion, Martinique (41 millions de francs).
(3) Répartition en 1997 : Observateurs de
lapplication des accords de paix conclus en Géorgie (5 millions de francs),
opération ALBA en Albanie (105 millions de francs), MINUAH en Haïti
(13 millions de francs), Guyane (28,40 millions de francs).
Répartition en 1998 : Observateurs en Géorgie
(2,35 millions de francs), opération ALBA en Albanie (5,95 millions de francs),
MINUAH en Haïti (7 millions de francs), Guyane (28,40 millions de francs).
(4) 1997 : dont 2 752 au titre III et 699 au
titre V.
1998 : dont 1 870 au titre III et 234 au titre V.
Le tableau ci-dessus fait apparaître quau-delà des opérations
extérieures par nature, existent des opérations dénommées
" extérieures " du fait de leur mode de financement en cours
dannée, par des ouvertures de crédits supplémentaires. Deux types
dopérations sont ainsi, de manière quelque peu abusive, qualifiées
" dextérieures " :
il sagit dabord de lopération Epervier,
menée au Tchad depuis février 1986. Au 31 août 1998, le surcoût lié à cette
opération, qui aura mobilisé environ 971 hommes cette année, était estimé à
356,2 millions de francs en année pleine. On ne peut que sétonner de
lanomalie que représente son intégration dans les opérations extérieures,
dautant que lensemble des forces prépositionnées en Afrique sont désormais
financées en loi de finances initiale. Lévolution du statut de cette mission fait
toutefois lobjet détudes approfondies au sein du ministère de la Défense,
qui souhaiterait mettre fin à une situation peu confortable et, en tout état de cause,
peu conforme aux règles régissant les finances publiques puisquil est difficile
darguer du caractère imprévisible des dépenses concernées ;
la seconde anomalie est liée aux opérations de maintien
de lordre menées par la Gendarmerie mobile dans les départements et territoires
doutre-mer (DOM-TOM). Lintégration de ce type dopérations dans la
rubrique globale " dopérations extérieures " est pour le moins
choquante puisquelle conduit à une dichotomie entre le territoire métropolitain et
les autres parties du territoire national en matière de maintien de lordre. On peut
certes admettre que lenvoi descadrons de Gendarmerie mobile dans les DOM-TOM
entraîne des coûts spécifiques de transport ou indemnitaires. La Cour des comptes, dans
le rapport précité, estimait à 1,24 milliard de francs les dépenses du ministère
de la Défense consacrées à lindexation des indemnités outre-mer et à la
majoration pour service dans les DOM ou découlant de linstallation et de
léloignement des militaires en mission outre-mer. On ne peut pour autant se
satisfaire de voir mises sur le même plan des opérations aussi diverses dans leur
objectif (maintien de lordre public, soutien à un Etat étranger...) et dans leurs
modalités.
Ces deux types dopérations " extérieures ",
que lon pourrait qualifier de " budgétaires " incitent à
sinterroger sur les modalités de financement de lensemble des opérations
extérieures.
2. Il devient urgent daméliorer le
contrôle budgétaire
des opérations extérieures
a) Un financement problématique
Si le total des surcoûts liés aux opérations extérieures baisse
fortement de 1997 à 1998, comme le montre le tableau suivant, le problème des modalités
de leur financement nen reste pas moins aigu.
COMPARAISON DES SURCOÛTS LIÉS AUX OPÉRATIONS EXTÉRIEURES EN 1997
ET 1998
(crédits de paiement en millions de francs)
Titres et catégories de
coût |
1997 |
1998* |
Titre III |
|
|
| Rémunérations et charges sociales |
1 960 |
1 309 |
| Alimentation |
131 |
89 |
| Fonctionnement |
317 |
232 |
| Entretien programmé du matériel |
72 |
46 |
| Carburants |
133 |
106 |
| Transports |
139 |
88 |
Sous-total du titre III |
2 752 |
1 870 |
Titre V |
|
|
| Equipement |
95 |
63 |
| Fabrications |
366 |
38 |
| Munitions |
105 |
125 |
| Infrastructure |
133 |
8 |
Sous-total du titre V |
699 |
234 |
Total budget Défense |
3 451 |
2 104 |
* (Surcoûts annuels : prévision arrêtée au 31
août 1998)
- La réforme du dispositif des opérations extérieures, notamment le retrait des
forces prépositionnées en République Centrafricaine, représente le premier facteur de
réduction des surcoûts. La réforme du mode de rémunération des personnels contribue
également à cette évolution. Elle a mis fin à un système injuste, puisque fondé sur
le régime de rémunération des agents de lEtat en service à létranger. Ce
régime sappliquait en effet non seulement aux militaires affectés à des postes
permanents à létranger, mais aussi à ceux en service dans les forces
prépositionnées - quils soient affectés ou en renfort
temporaire - et à ceux envoyés en opérations extérieures.
Linadaptation de ce régime de rémunération était manifeste,
celui-ci ayant été conçu pour des agents affectés pour plusieurs années à
létranger, avec leur famille. Or, tout autre est la situation de militaires
envoyés en opération ou en renfort temporaire pour des durées courtes (4 à
6 mois), sans leur famille. Ce constat a conduit à lélaboration dun
régime spécifique qui a fait lobjet des décrets n° 97-901 et 97-902 du 1er octobre
1997.
Dorénavant, le régime de rémunération des agents à
létranger concerne exclusivement les militaires affectés à létranger
(postes permanents à létranger et forces prépositionnées). Quant aux militaires
envoyés en opération ou en renfort temporaire à létranger, ils perçoivent
désormais, pendant leur séjour à létranger, lintégralité de leur
rémunération servie en métropole (solde et accessoires de solde) à laquelle
sajoute une " indemnité de sujétion pour service à
létranger " (ISSE), représentant, quel que soit le pays 1,5 fois la
solde de base pour les militaires dactive. Un supplément à lISSE est
également alloué pour chaque enfant à charge.
La différence de rémunération résultant pour les militaires de ces
nouvelles règles, par rapport au régime des agents de lEtat en service à
létranger, dont la rémunération est fonction du pays, est variable selon le pays
concerné. Ainsi, la rémunération dun capitaine, marié avec deux enfants, est
réduite dans le nouveau système de 27 % au Liban, de 16 % en République
Centrafricaine et de 14 % en Yougoslavie. Cette réforme produit également des
effets différents selon le grade et la situation de famille :
la rémunération dun caporal célibataire en
Bosnie-Herzégovine ou au Gabon subit une baisse de 21 %, dans le premier cas, de
23 % dans le second ;
un sergent-chef marié, avec deux enfants, affecté dans
ces mêmes pays, voit sa rémunération réduite de 27 % ou de 30 % ;
pour un commandant marié avec trois enfants, la baisse est
de 42 % dans les deux cas.
Au total, léconomie résultant de ce nouveau régime pour le
budget de lEtat est fonction de leffectif, par définition évolutif, des
militaires stationnés dans les pays concernés et de leur situation de famille. Sur la
base du dispositif 1997, elle aurait représenté environ 500 millions de francs. En
1998, compte tenu de la réduction des effectifs, léconomie sera inférieure à ce
montant, probablement de lordre de 350 millions de francs.
- Le financement des opérations extérieures nest que partiellement assuré,
puisque, si 100 % des surcoûts liés aux charges de rémunérations devraient être
financés en 1998, seuls 62 % des dépenses de fonctionnement seront couvertes, comme
lindique le tableau ci-dessous.
LE FINANCEMENT DES SURCOÛTS LIÉS AUX OPÉRATIONS EXTÉRIEURES EN
1998
(en millions de francs)
Catégories de coûts |
Estimation du
surcoût total 1998
des opérations extérieures* |
Provision ISSE
inscrite en LFI |
Ouvertures en décret
davance |
Décret de
virement en préparation |
Demande
douverture
en PLFR |
Total |
Rémunérations |
|
|
|
|
|
|
Armée de lair |
252 |
55 |
197 |
|
|
|
Armée de terre |
879 |
179 |
700 |
|
|
|
Marine |
48 |
5 |
43 |
|
|
|
Gendarmerie |
92 |
15 |
77 |
|
|
|
Services communs |
38 |
6 |
0 |
15 |
|
21(1) |
Sous-total |
1 309 |
260 |
1 017 |
15 |
|
1 292 |
Alimentation |
|
|
|
|
|
|
Armée de lair |
20 |
|
|
|
20 |
|
Armée de terre |
61 |
|
|
|
50 |
|
Marine |
3 |
|
|
|
|
|
Gendarmerie |
5 |
|
|
|
5 |
|
Services communs |
0 |
|
|
|
|
|
Sous-total |
89 |
|
|
|
75 |
75 |
Entretien programmé
des matériels |
46 |
|
|
|
|
|
Fonctionnement |
|
|
|
|
|
|
Armée de lair |
178 |
|
|
|
50 |
50 |
Armée de terre |
176 |
|
|
50 |
135 |
185 |
Marine |
4 |
|
|
|
|
|
Gendarmerie |
42 |
|
|
35 |
5 |
40 |
Services communs |
26 |
|
|
|
|
|
Sous-total |
426 |
|
|
85 |
190 |
275 |
Dépenses diverses |
|
|
|
|
|
|
Total |
1 870 |
260 |
1 017 |
100 |
265 |
1 642(2) |
* Surcoût annuel : prévision arrêtée au 31 août
1998
LFI : loi de finances initiale, PLFR : projet de loi de finances
rectificative, ISSE : indemnité de sujétion pour service à létranger
(1) Hors provisions ISSE, des crédits disponibles en LFI (emplois
vacants...) ont permis de couvrir une part des surcoûts supportés par les Services
communs.
(2) Les crédits ouverts en gestion 1998 auront permis datteindre
un taux de couverture des surcoûts, au titre III, de 89 % (100 % en
rémunérations; 62 % en fonctionnement)
Ce tableau fait également apparaître les trois sources de financement
des surcoûts induits par les opérations extérieures :
les crédits budgétaires provisionnés en loi de finances
initiale, représentatifs dune partie de lindemnité de sujétion pour service
à létranger (ISSE). Linscription de cette provision est récente :
cest dans la loi de finances initiale pour 1998 quont été, pour la première
fois, inscrits à ce titre 260 millions de francs. Dans le projet de budget pour
1999, la provision inscrite est réduite à 160 millions de francs, compte tenu du
désengagement des forces françaises en République Centrafricaine ;
les ouvertures de crédits complémentaires en cours
dexécution, par décret davance ou en loi de finances rectificative. Le
décret davance du 21 août 1998 a ainsi ouvert plus de 1 milliard de
francs au profit des dépenses de rémunération. Une ouverture de 265 millions de
francs demandée dans le présent projet de loi est en outre destinée à abonder les
chapitres dalimentation et de fonctionnement pour faire face aux surcoûts induits
par les opérations extérieures ;
les redéploiements internes au budget. 100 millions
de francs ouverts par décret de virement devraient ainsi financer le reliquat des
dépenses supplémentaires de rémunération ainsi quune partie des surcoûts de
fonctionnement.
b) La pérennité et limportance du
dispositif dintervention militaire à létranger plaident en faveur dun
contrôle parlementaire systématique sur les opérations extérieures
Les interrogations relatives à la définition et au financement des
opérations extérieures conduisent à sinterroger sur les voies de réforme
dun système manifestement inadapté. Soucieuse de voir évoluer ce problème, la
Commission de la Défense a mis en place, en 1998, un groupe de travail chargé
délaborer des propositions sur le contrôle parlementaire des opérations
extérieures, qui devraient être présentées au cours du premier trimestre 1999.
Dores et déjà, toutefois, les constats établis par le présent
rapport pour avis permettent de dégager deux principes nécessaires à un meilleur
contrôle budgétaire des opérations extérieures par le Parlement.
- Il convient, en préalable à toute réforme, de clarifier la définition du
concept dopération extérieure lui-même. Tel est dailleurs le sens de la
réflexion menée sur lopération Epervier, conduite par la France au Tchad
depuis 1986. Il faut aller plus loin : les opérations de maintien de lordre
dans les DOM-TOM doivent cesser dêtre enregistrées, en termes budgétaires du
moins, comme des opérations extérieures. Sont, en effet, actuellement considérés comme
des opérations extérieures les engagements qui nécessitent la projection dhommes,
en dehors du territoire métropolitain, sur un théâtre de crise, et qui ont pour
objectif de contribuer à sa gestion -engagements dont le financement nest pas, ou
marginalement, prévu en loi de finances initiale-. Cest en vertu de ce double
critère, conceptuel et budgétaire, que les opérations de maintien de lordre dans
les DOM-TOM sont entrées dans le champ des opérations extérieures. Leur maintien dans
cette catégorie paraît aujourdhui même discutable. Le tableau ci-après présente
les surcoûts des trois catégories dopérations considérées comme extérieures.
LE CHAMP DES OPÉRATIONS EXTÉRIEURES DANS LE PROJET DE LOI DE
FINANCES RECTIFICATIVE POUR 1998
|