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SOMMAIRE
Présidence de M. Bernard Accoyer
1. Questions au Gouvernement
Tests ADN
MM. François Hollande, François Fillon, Premier ministre.
Pollution en Martinique et en Guadeloupe
MM. Yves Cochet, Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables.
Carte judiciaire
M. Jean Dionis du Séjour, Mme Rachida Dati, garde des sceaux, ministre de la justice.
Fusion anpe-unedic
M. Frédéric Lefebvre, Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.
EADS
M. Henri Emmanuelli, Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.
Récidive
M. Guy Geoffroy, Mme Rachida Dati, garde des sceaux, ministre de la justice.
Fermeture de l’usine Kléber de Toul
Mmes Nadine Morano, Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.
Emploi et pouvoir d’achat
M. Gaëtan Gorce, Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.
Suppression des cours à l’école primaire le samedi matin
MM. Benoist Apparu, Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale.
Réforme des universités
M. René Couanau, Mme Valérie Pecresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche
Iran
MM. Paul Giacobbi, François Fillon, Premier ministre.
Pollution du Rhône
M. Philippe Meunier, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet secrétaire d'État chargée de l’écologie.
2. Grenelle de l'environnement
M. Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables
M. Jean Dionis du Séjour.
Présidence de M. Marc Le Fur
MM. Jean Dionis du Séjour,
Jean-François Copé,
Philippe Martin,
Yves Cochet.
M. Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques.
M. Christian Jacob, président de la délégation à l’aménagement et au développement durable du territoire.
MM. Jean-Christophe Lagarde,
Serge Grouard,
Mme Geneviève Gaillard,
MM. François de Rugy,
Nicolas Dupont-Aignan,
Philippe Folliot,
Jean-Jacques Guillet,
Mme Christiane Taubira,
MM. Alfred Marie-Jeanne,
Alfred Almont,
Mme Chantal Berthelot,
MM. André Chassaigne,
Alain Gest,
Michel Raison,
Christian Hutin,
Bertrand Pancher,
Jean-Charles Taugourdeau,
Jean-Marie Le Guen.
Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de l’écologie.
M. le ministre d’État.
3. Opposition à la discussion d’un projet de loi selon la procédure d'examen simplifiée. –
4. Ordre du jour des prochaines séances
(La séance est ouverte à quinze heures.)
Le premier concerne la définition même de la famille, qui, en droit français, n’est pas fondée sur la biologie, mais sur la reconnaissance. La remettre en cause au profit du lien du sang, fût-ce par un amendement, c’est, au-delà même de la question de l’immigration, porter atteinte à nos principes.
La seconde valeur…
Le troisième principe concerne le refus de toute discrimination. Pourquoi demanderait-on à un étranger de faire valider par un examen génétique le lien qu’il a avec sa famille, alors que, en tant que Français, nous refuserions, en cas d’expatriation, de nous soumettre à une telle procédure ? Il s’agit d’une discrimination fondée non seulement sur les gênes, mais sur le caractère français ou étranger de la personne.
C’est pourquoi cet amendement a soulevé une grande émotion au-delà même de la France. J’en veux pour preuve l’intervention du Président de la République du Sénégal ou, plus récemment, du président de la commission de l’UEOA
Monsieur le Premier ministre, quand un amendement suscite tant d’émotion, la sagesse exige, même quand il est corrigé, de le retirer. (Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche. – Applaudissement sur plusieurs bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Votre rapporteur, Thierry Mariani, a déposé un amendement proposant l’utilisation de tests ADN. Un débat approfondi a eu lieu à l’Assemblée nationale.
Certains sénateurs ont émis des interrogations.
Ce texte suscite non seulement des passions, mais aussi des interrogations, que le Gouvernement a voulu entendre. La rédaction initiale continue d’être amendée afin que les garanties de procédure soient renforcées. Le débat se déroule en ce moment même au Sénat et le Gouvernement en tirera toutes les conséquences.
Le chlordécone est interdit à la vente aux États-Unis depuis 1976 et en métropole française depuis 1990. Mais, par une curiosité que je vous demande d’éclaircir, il a continué à être commercialisé en France, dans les Antilles, jusqu’en 1993. Certes, quand nous nous sommes vus la semaine dernière, vous avez accepté de rencontrer notre ami Harry Durimel, responsable des Verts aux Antilles, et vous lui avez promis de mettre en place un collège d’experts composé de scientifiques des Antilles, de la métropole, mais aussi d’autres pays, afin de garantir la neutralité de l’expertise. Mais je souhaiterais que vous confirmiez aujourd’hui la formation de ce collège et que vous nous indiquiez quels mécanismes de solidarité que vous comptez mettre en place.
Plus généralement, une telle catastrophe nous rappelle les dangers inhérents au modèle d’agriculture productiviste et intensive qui est largement hégémonique dans notre pays. Plus de 50 % des fruits et des légumes contiennent des pesticides. Leurs résidus se trouvent partout, dans l’eau du robinet, dans l’air de nos villes, dans la pluie, dans les rivières… Leurs effets commencent à être connus : cancers, malformations congénitales, infertilité, problèmes neurologiques ou encore affaiblissement du système immunitaire.
Vous avez déclaré, le 3 septembre dernier, qu’un accord global sur la réduction des pesticides devait être trouvé à l’issue du Grenelle de l’environnement, dont nous allons débattre cet après-midi.
Il s’agit de savoir ce qui s’est passé, après l’interdiction de 1993, et de garantir, en la matière, une transparence totale. Comme vous le savez, Michel Barnier s’est rendu sur place pour connaître les conditions de relance de la culture des bananes dans d’autres conditions. Plus généralement, la France a déjà réduit son utilisation de pesticides ou de produits phytosanitaires – qui ne concernent pas seulement l’agriculture, mais aussi les jardins publics ou privés – de 37 % en cinq ans. Mais il est clair que Michel Barnier et moi-même, voulons, sous l’autorité de François Fillon,…
Permettez-moi, madame la ministre, de revenir sur la réforme de la carte judiciaire. (« Ah ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Notre collègue du groupe UMP Jean-Luc Warsmann vous a interrogée hier à ce sujet et votre réponse a été d’une grande discrétion. (Sourires.)
Vous avez hérité de l’engagement, figurant dans le programme de Nicolas Sarkozy, de réformer la carte judiciaire. C’est un objectif important que nous soutenons dans cet hémicycle comme dans nos circonscriptions.
Mais vous avez aussi hérité, pour mettre en œuvre cette réforme, d’une méthode technocratique à souhait, illustrée par le slogan : « une cour d’appel par région administrative, un TGI par département ». Dans le mien, le Lot-et-Garonne, cela revenait à supprimer la cour d’appel d’Agen et le TGI de Marmande, ce qui était absolument inacceptable pour plusieurs raisons : la vitesse de la justice rendue, à laquelle nos concitoyens sont très sensibles, l’accessibilité au droit, l’aménagement du territoire et même la bonne gestion des finances de l’État.
Les réalités du terrain, votre volonté de coupler cette réforme avec les nouvelles technologies de l’information et celle de réformer les procédures de l’enquête judiciaire ont eu, fort heureusement, raison de cette vision de départ qui, avec le recul, nous paraît très maladroite. Dès lors se pose pour chacun de nos concitoyens la question des objectifs de la réforme.
La semaine dernière, le journal Le Monde faisait état d’orientations précises sur la manière dont vous mèneriez cette réforme et annonçait que les premiers arbitrages seraient rendus avant la fin du mois d’octobre.
Qu’en est-il vraiment, madame la ministre ? Quels sont les objectifs politiques que vous poursuivez avec cette réforme, comment allez vous les atteindre et quel sera le calendrier de la réforme ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Nouveau Centre et sur divers bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Aujourd’hui les moyens de la justice sont dispersés avec 1 200 juridictions sur 800 sites. La loi 5 mars 2007 m’impose la création des pôles de l’instruction qui nécessite le regroupement des moyens. Je ferai donc cette réforme en respectant les contraintes de la loi que vous avez voté. Nous ne sommes plus en 1958, des progrès ont été obtenus avec les nouvelles technologies qui permettront une meilleure qualité, une meilleure efficacité, une plus grande rapidité de la justice rendue (Protestations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Cette réforme ne sera ni technocratique, ni mécanique, elle se fera dans la concertation. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Pour ce qui est du calendrier, la réforme de la carte judiciaire ne se fera pas en un jour, elle sera progressive et s’étalera sur trois ans. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et sur divers bancs du groupe Nouveau Centre. –Protestations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Je voudrais, bien sûr, me féliciter, madame la ministre de l’économie, de la rapidité avec laquelle vous avez annoncé les grandes lignes de l’engagement pris par le Président de la République de fusionner l’ANPE et l’UNEDIC.
Parce que ce sujet concerne tous nos concitoyens, je souhaite donner quelques éléments d’information sur ce que nous voulons faire. Nous souhaitons tout simplement passer en surmultipliée (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine)…
J’en viens à nos objectifs d’amélioration du service et de la périodicité du suivi. Aujourd’hui, pour les publics les plus éloignés de l’emploi, le ratio est à peu près d’un agent référent de l’ANPE pour soixante demandeurs d’emplois (Protestations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
En ce qui concerne le calendrier,…
En évoquant ces faits, ma pensée va d’abord aux milliers de salariés qui subissent actuellement les rigueurs du plan Power 8. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Même si j’ai bien noté que, depuis ce matin, le Gouvernement s’en remettait beaucoup à la justice, je voudrais, malgré tout, vous poser quelques questions précises auxquelles je souhaiterais obtenir une réponse.
Première question : confirmez-vous ou infirmez-vous qu’il ait existé une note de l’Agence des participations de l’État informant le Gouvernement des déboires du groupe et l’incitant – ce qui est stupéfiant – à vendre sa participation ?
Pouvez-vous aussi nous dire quelles sont actuellement les directives données par l’autorité de tutelle, le ministère des finances, à l’Agence des participations de l’État pour que ne se reproduisent pas ce genre de mésaventures et nous dire enfin si vous compter apporter un peu de transparence à cette situation extrêmement glauque et préoccupante où se mêlent l’intérêt public et les intérêts privés, qu’il s’agisse de personnes morales ou de personnes physiques ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Je voudrais par ailleurs vous signaler que depuis la constitution d’EADS, l’État n’a jamais vendu une seule action de ce groupe et qu’il n’est pas question, dans ces conditions, d’évoquer un quelconque délit d’initié. Il ne faut pas mélanger les genres. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
En ce qui concerne les cessions d’actions par les dirigeants du groupe, il s’agit évidemment de décisions personnelles (« Ah ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine) qui relèvent d’eux seuls.
La récidive était déjà au centre de nos réflexions lors de la précédente législature, ce qui a amené le Gouvernement et le Parlement à prendre ensemble un certain nombre de dispositions nouvelles visant à mieux la prévenir et à mieux la punir. Ce fut le cas, notamment après les travaux la mission d’information, mise en place au sein de la commission des lois, dont notre regretté collègue Gérard Léonard fut le rapporteur.
À l’issue de l’ensemble de ces évolutions législatives, le sujet est resté, comme il se devait, au cœur de nos préoccupations. C’est ainsi que le président de la République durant sa campagne électorale a très clairement souhaité afficher des objectifs nouveaux et complémentaires de ceux qui avaient été atteints au cours de la précédente législature. C’est dans cette optique, madame la ministre, que vous avez, au nom du Gouvernement, repris un des engagements du Président, à savoir la mise en place de nouvelles dispositions concernant la prévention et la répression de la récidive des majeurs comme des mineurs.
Ce projet de loi, dont j’ai eu l’honneur d’être le rapporteur au nom de la commission des lois, a suscité un certain nombre de réactions. Que n’a-t-on entendu ? Nous avons été accusés de remplir à l’excès des prisons déjà surpeuplées et de mettre à mal le principe de l’individualisation des peines, l’ordonnance de 1945 et la justice des mineurs !
Lors de son examen, je m’étais engagée à rendre compte devant la représentation nationale de l’application de la loi. Aujourd’hui, 857 décisions ont été rendues sur le fondement de ce texte, dont deux tiers sont des peines planchers prononcées contre des multirécidivistes qui ont commis des faits graves : viols en réunion, vols avec violence, violences conjugales.
Cette loi était nécessaire, elle est appliquée…
L’usine Kléber, filiale du groupe Michelin, était un fleuron économique de la ville de Toul et du Toulois depuis 1969. Je dis « était » car, à la consternation générale, les 826 salariés, dont la moyenne d’âge est de 42 ans, et les élus viennent d’apprendre que cette usine fermera en 2009. (« Et voilà ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Le sujet mérite tout de même un peu d’attention et de solidarité !
Même si des craintes et des inquiétudes, relayées par les organisations syndicales, s’étaient exprimées quant à la forte concurrence existant sur le marché des pneus de tourisme milieu de gamme fabriqués à Toul, aucune information ne laissait présager une issue aussi fatale que rapide. C’est un choc.
Michelin nous informe qu’elle restructure ses sites et qu’elle poursuit sa stratégie d’amélioration de sa compétitivité en France et en Espagne. Or, à Toul, malgré d’importants efforts d’investissement consentis ces dernières années et la rationalisation des procédés industriels, l’usine, qui a un coût de production de plus de 50 % supérieur à celui de ses concurrents, n’est plus compétitive et sera donc fermée.
Ma première préoccupation concerne l’avenir des familles touchées, qui pourront compter sur mon soutien et mon énergie pour les accompagner de façon constructive dans cette épreuve (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Je m’inquiète ensuite de l’avenir du bassin économique de Toul, même s’il dispose de tous les atouts nécessaires pour accueillir des investisseurs, puisque son positionnement géographique et ses infrastructures en ont fait le bassin de vie dont le taux de chômage est le plus faible de Lorraine.
Le groupe Michelin a pris des engagements forts. En matière sociale, l’emploi de l’ensemble du personnel devrait être maintenu, puisque deux postes seront proposés à chaque personne en fonction de ses qualifications…
Au nom des salariés, j’attends du Gouvernement qu’il fasse le point sur la situation de l’entreprise et des services de l’État qu’ils fassent preuve de solidarité et d’efficacité en proposant à chacun des salariés un accompagnement personnalisé, au cas par cas. Madame Lagarde, quels engagements rapides pouvez-vous prendre pour nous aider dans notre tâche ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Qu’allons-nous faire ? (« Ah ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Nous allons bien entendu veiller à ce que la société Michelin respecte ses engagements, lesquels consistent, d’une part, à reclasser l’intégralité du personnel d’ici à la fermeture de l’usine, en 2009, et, d’autre part, à revitaliser le site de Toul, afin d’éviter ou, tout au moins, de remédier aux dommages causés par cette fermeture. Quant aux services de l’État, ils seront, comme ils l’ont toujours été, extrêmement attentifs et mobilisés, et j’y veillerai personnellement, madame Morano.
Il va de soi qu’une entreprise telle que Michelin respectera ses engagements, et nous y veillerons. Bien entendu, la procédure doit être respectée de la manière la plus rigoureuse, dans la transparence et en assurant l’information totale des salariés, de leurs représentants, des collectivités locales et des élus qui, eux aussi, se sont engagés très vivement dans la défense de ce dossier.
Je souhaite vous interroger sur la politique de l’emploi du Gouvernement. Nous n’avons pas de raison de mettre en doute la sincérité de vos intentions lorsque vous nous dites vouloir agir pour l’emploi et le pouvoir d’achat. Mais notre devoir de parlementaires est de rapporter vos déclarations aux moyens mobilisés. Or j’ai le sentiment que, si vous êtes ministre de l’emploi et de l’économie, vous traitez l’emploi à l’économie. (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Nous aurons ainsi l’occasion de vérifier dans les semaines qui viennent que votre budget stagne et que les contrats aidés, si nécessaires pour lutter contre le chômage de longue durée, diminuent. Quant au paquet fiscal, que vous nous avez présenté hier comme le moyen de soutenir le pouvoir d’achat et l’emploi des Français, chacun a bien compris qu’il repose sur ce mécanisme extraordinaire qui consiste à demander aux Français qui gagnent juste assez pour payer des impôts de payer pour pouvoir rembourser les plus fortunés dont les impôts dépassent 50 % de leurs revenus. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Pouvez-vous expliquer aux Français en quoi le chèque de 50 000 euros en moyenne que le Trésor public, au nom des Français et sur le dos de tous les contribuables, fait à chacun de ces contribuables, en particulier s’il est assujetti à l’impôt sur la fortune, est de nature à faire progresser l’emploi et le pouvoir d’achat de tous ? Je doute que vous puissiez invoquer la justice, en particulier la justice fiscale. Je suis donc impatient d’entendre votre réponse. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et sur plusieurs bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
L’un des moyens d’y parvenir est d’avoir un marché de l’emploi plus efficace, plus fluide, où les offres des entreprises puissent coïncider avec les souhaits des demandeurs d’emploi. C’est précisément la raison pour laquelle nous voulons réaliser la fusion de l’ANPE et des ASSEDIC.
Outre la fluidité du marché de l’emploi et la rencontre de l’offre et de la demande, nous voulons améliorer la formation professionnelle et la formation continue.
Vous avez la parole, monsieur Apparu.
Monsieur le ministre, vous avez répondu à ce père de famille, en annonçant la suppression de l’école le samedi matin. Aussi ai-je deux questions très concrètes à vous poser. Comment envisagez-vous d’utiliser de la manière la plus efficace possible les heures libérées le samedi matin, notamment pour les 15 % d’enfants en difficulté ? Quelles sont les mesures envisagées pour les enfants dont les parents travaillent le samedi ? (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Il se trouve que le dispositif actuel est extrêmement disparate, certains élèves travaillant le samedi, d’autres non, d’autres encore travaillant un samedi sur deux. Cela crée de grandes difficultés pour les familles et les enfants.
Par ailleurs, les élèves des écoles primaires travaillent en moyenne 936 heures par an, ce qui est bien supérieur à ce que l’on observe dans la plupart des autres pays d’Europe.
Les heures qui vont ainsi se trouver dégagées permettront aux enseignants (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine)…
Il est vrai que certains élèves vont ressentir, le samedi matin ou le mercredi…
Nous allons donner une nouvelle liberté aux familles, mais cela se fera sans oublier personne, surtout pas les élèves qui en ont le plus besoin. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine
Des universités maîtrisant davantage leur gestion et leurs orientations, plus ouvertes sur l’extérieur, dotées des moyens d’assurer leur propre développement : ces mesures très attendues constituent une étape déterminante.
À l’approche de la rentrée universitaire, nous savons que sur 1,5 million d’étudiants, un tiers seulement s’engagent dans des études longues qu’ils ont expressément choisies et en toute connaissance de cause – les deux tiers restants s’orientant en quelque sorte par défaut. Nous savons aussi que si rien ne change rapidement, près de 100 000 d’entre eux quitteront l’université sans diplôme à la fin de l’année universitaire.
C’est un immense gâchis et, à mes yeux, une considérable injustice. Madame la ministre, personne ici ne saurait considérer qu’il y a trop d’étudiants en France. Mais la plupart d’entre nous pensent qu’il n’y en a pas assez qui réussissent. Pouvez-vous nous indiquer les étapes que vous allez fixer à votre action pour éviter aux étudiants de s’engager dans des impasses et leur donner davantage de chances de succès et d’entrée dans la vie active ? (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Pour la réussite des étudiants, il faut aussi des moyens financiers (« Ah ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine), et ces moyens existent, mesdames et messieurs les députés ! 1,8 milliard d’euros supplémentaires vont être accordés cette année au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire), ce qui représente un effort inédit de 8 % d’augmentation de la part d’un gouvernement qui a compris que la connaissance était le seul moteur d’une croissance durable, le seul moteur de l’ascenseur social pour les jeunes générations. L’État consacrera ainsi 405 euros supplémentaires de crédits par an à chaque étudiant. Ces crédits seront d’abord consacrés à rendre les universités plus accueillantes, avec des bâtiments dignes de ce nom – en un mot, à en faire des universités du xxie siècle. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
L’utilisation du mot « guerre », obligeant le chef de l’État à souligner qu’il n’aurait pas fallu l’employer, l’annonce inopinée d’un voyage à Téhéran, aussitôt qualifié d’inopportun par le Président, l’offre intempestive d’une médiation française, l’accusation de manipulation lancée à rencontre de la presse internationale, ont laissé un sentiment de désordre dans l’expression, pour ne pas dire de confusion dans la méthode.
Sur le plan multilatéral, nous avons subi plusieurs revers humiliants. Le directeur général de l’AIEA, prix Nobel de la paix, nous a, non sans ironie, rappelés au calme et a souligné que l’accord qu’il a passé avec l’Iran pour la mise en œuvre du contrôle constituait un pas décisif vers une solution. Alors que nous avions demandé l’application de nouvelles sanctions, les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne ont repoussé au mois de novembre l’échéance pour prendre une décision à ce sujet, souhaitant d’abord prendre connaissance des rapports que doivent rendre MM. El Baradei et Solana. Au sein de l’Union européenne, plusieurs pays, telle l’Allemagne, ont une position infiniment plus modérée que la nôtre – c’est un euphémisme –, quand ce n’est pas franchement critique, comme l’Autriche et bien d’autres.
Après tant de maladresses et de revers, vous devez éclairer la représentation nationale en répondant avec précision sur ces questions essentielles. Je rappelle que le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche a demandé un débat sur ce sujet crucial – un sujet que l’on dit même vital pour la planète – mais n’a, à ce jour, pas obtenu de réponse sur l’opportunité d’un tel débat. (« Scandaleux ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Mes questions sont simples…
Le cas échéant, avec quels pays et selon quelles modalités politiques et juridiques la France entend-elle mettre en œuvre de telles sanctions ?
Enfin, la France exclut-elle de participer à un recours à la force ou tout au moins de le soutenir si toute autre action se révélait inopérante ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et sur quelques bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Il ne faut ni sous-estimer la détermination des dirigeants iraniens – une détermination qui s’est encore exprimée à la tribune des Nations unies il y a quelques jours – ni désespérer de la diplomatie. L’exemple de ce qui vient de se produire en Corée du Nord nous montre que, parfois, des situations que l’on pouvait croire définitivement bloquées peuvent trouver une issue favorable.
Vous m’avez demandé comment nous allions poursuivre nos efforts. Nous allons le faire prioritairement…
Madame la secrétaire d’État, l’un des plus beaux fleuves de France, le Rhône, est gravement touché par une pollution aux PCB, une pollution si grave qu’il est aujourd’hui strictement interdit, pour des raisons sanitaires, de consommer le poisson pêché dans ce fleuve jusqu’à son embouchure. Le 22 février 2007, une première plainte a été déposée auprès du procureur de la République de Lyon par le maire de Meyzieu afin d’identifier les responsables de cette pollution. Plusieurs communes se sont récemment associées à cette plainte, actuellement en cours d’instruction.
Madame la secrétaire d’État, nous connaissons l’intérêt que vous portez à ce dossier, qui vous a amenée à demander aux services de l’État d’établir une cartographie complète de la pollution aux PCB du Rhône. Le 24 juillet dernier, vous avez reçu les maires des communes riveraines du Rhône pour leur communiquer les premiers résultats des analyses effectuées. Pouvez-vous aujourd’hui informer la représentation nationale du niveau de pollution aux PCB du Rhône, des conséquences sanitaires de cette pollution, ainsi que des mesures complémentaires que vous comptez prendre ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
C’est la raison pour laquelle, depuis vingt ans, il est absolument interdit en Europe d’utiliser des PCB dans la fabrication d’appareils. Néanmoins, il existe une pollution ancienne – historique, pourrait-on dire – d’origine industrielle. Cette pollution est bien installée, car elle est due à des produits très stables, et nous devons aujourd’hui la prendre en compte.
C’est ce que nous allons faire, d’abord en recensant les produits contenant du PCB – il y en a environ 500 000, principalement des transformateurs électriques. Nous devrons ensuite les éliminer, par application d’un plan qui se terminera en 2010. Il a également été décidé d’organiser une surveillance, en lien avec le ministre de l’agriculture – 852 analyses ont été effectuées à ce jour – ce qui nous a permis de détecter la pollution sur le Rhône.
Enfin, en prenant des mesures d’interdiction de consommation – vous en savez quelque chose – chaque fois que les seuils de concentration des PCB dépassent les normes en vigueur. D’où les décisions prises concernant le Rhône.
Cela n’est cependant pas suffisant. Avec Jean-Louis Borloo, sous l’autorité du Premier ministre, nous avons donc mis en œuvre de nouvelles dispositions. Nous avons prévu l’intensification des investigations sur les sédiments mais aussi sur les poissons, avec des mesures dans la chair de ceux-ci. Nous avons décidé de demander l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments afin de cibler plus précisément les catégories de poissons qui pourraient être interdits à la consommation. Enfin, nous travaillons à des solutions de dépollution et de suivi qui, je le sais, vous tiennent à cœur, monsieur le député. Le 10 octobre prochain, j’installerai et je présiderai personnellement le premier comité de pilotage sur la pollution du Rhône par les PCB. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et sur divers bancs du groupe Nouveau Centre.)
Suspension et reprise de la séance
(La séance, suspendue à seize heures, est reprise à seize heures vingt.)
Déclaration du Gouvernement
et débat sur cette déclaration
La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables.
Ce Grenelle, point de rencontre démocratique inédit, est l’enfant de la campagne présidentielle, au cours de laquelle l’environnement a été placé au cœur du débat. Le candidat Nicolas Sarkozy s’était engagé sur deux points : d’une part, doter notre pays d’un puissant ministère regroupant des fonctions jusqu’alors séparées – les infrastructures et l’écologie – afin de coordonner de manière stratégique l’action publique ; organiser, d’autre part, un grand débat avec l’ensemble des parties prenantes, partant de l’idée qu’un sujet aussi essentiel que l’environnement ne pouvait pas être l’apanage d’un ou deux acteurs mais bien de l’ensemble des acteurs de la société française.
Ce Grenelle a été lancé au mois de juillet, il a réuni cinq collèges, les entreprises, les organisations syndicales, les organisations non gouvernementales à vocation environnementale ou écologique, les collectivités territoriales et l’État, pour aborder l’ensemble des problématiques de santé, de biodiversité, de transformation climatique, de gouvernance et de production et d’emploi, concernées par la mise en place d’une nouvelle politique de l’environnement.
Cinquante-trois réunions ont eu lieu, des groupes de travail ont été formés, associant personnalités engagées, militants de toujours, responsables d’entreprise, syndicalistes, maires et présidents d’agglomération, qui ont pu débattre et mener des échanges approfondis, l’objectif n’étant pas d’arriver sur tout à des consensus mais d’essayer de déterminer les enjeux, les objectifs et quelques moyens, alternatifs le cas échéant, pour atteindre ces objectifs.
Mille pages de rapport sont à la disposition du Parlement et des Français, et plusieurs réunions auront lieu dans les territoires à compter du 5 octobre, la première étant organisée à Bourges, ville dont Serge Lepeltier est le maire. D’autres contributions encore nous permettront de définir, sur un sujet crucial, une véritable stratégie.
Des personnes d’une indéniable qualité se sont engagées avec force, acceptant de laisser au vestiaire quelques certitudes pour faire avancer les débats. La société française, quant à elle, a déjà tranché : un sondage récent, publié dans un grand quotidien, indiquait que 93 % des Français se disent déterminés à faire des efforts au quotidien en faveur de l’environnement. Ils savent en effet l’importance de ce sujet.
Ce changement d’attitude est une grande évolution. Car nos concitoyens ont compris que la lutte contre le réchauffement de la planète ou contre les pollutions ne se résumait pas à une série de déclarations d’intention, à un dialogue entre experts ou chefs d’État, à des lois ou traités internationaux, mais qu’il s’agissait d’abord d’un ensemble de décisions individuelles et collectives, de réflexes de la vie quotidienne. Ils ont compris qu’il y avait un lien entre leur façon d’être au quotidien, leurs actes d’achat et de consommation, et des phénomènes qui se constatent à grande échelle.
Il faut dire que certains signes ne trompent pas : notre environnement se dégrade, et chacun peut le constater de visu. Il y a bien sûr la banquise qui fond – guère plus loin de Paris que ne l’est Agadir, c'est-à-dire tout proche de nous –, le climat qui se dérègle comme cet été, où l'on a souffert d'une canicule au sud de l'Europe en même temps que d'inondations records au Royaume-Uni. 40 % des espèces vivantes sont menacées, et ce de plus en plus vite ; il y a les pollutions qui touchent notre vie quotidienne, les PCB, qui ont conduit récemment le Gouvernement à interdire la consommation des poissons d’une partie du Rhône ou le chlordécone aux Antilles.
Nous savons tous que l'ensemble de ces phénomènes a un lien avec l'activité de l'homme. Il y a donc très logiquement aujourd'hui une demande sociale pour l'action en faveur de l'environnement, et une prise de conscience individuelle des devoirs dont elle s'accompagne par nature. Les Français savent que la défense de leur qualité de vie et de celle des générations futures suppose que soient amplifiées dès à présent un certain nombre d’actions.
Qui se satisfait de la pollution des milieux naturels – l'eau que nous consommons ou l'air que nous respirons ? Qui se satisfait d'une production excessive de déchets ou encore de files de camions roulant au pas sur des autoroutes congestionnées, alors même que nos voies ferrées voient passer de moins en moins de marchandises sur des trains dédiés au fret ? Qui ne se soucie pas du gaspillage d'énergie dans les bâtiments, lequel explique une part non négligeable de la hausse des charges locatives et de la croissance de nos émissions de gaz à effet de serre ? Qui ignore l'intérêt de préserver notre indépendance énergétique ? Personne. Les rapports issus des discussions du Grenelle ne disent pas autre chose : les constats de fond sont partagés, même si la façon de répondre aux problèmes ne fait pas toujours l'objet d'un consensus.
Voilà la raison pour laquelle je préfère à un discours inutilement pessimiste, voire moraliste, l'expression de convictions que chacun partage. Tout le monde est d'accord pour lutter contre les excès de l'étalement urbain ; tout le monde a envie d'avoir des fleuves propres, une eau et un air – intérieur et extérieur – de meilleure qualité ; tout le monde est d'accord pour que l'habitat, ancien comme neuf, consomme moins d'énergie – je rappelle que, dans notre pays, les bâtiments utilisent 42 % de notre énergie finale ; tout le monde est d'accord pour avoir moins de décharges, alors que l'on peut facilement trier et recycler les déchets ; tout le monde a envie que les transports en commun soient de meilleure qualité, mieux cadencés et plus confortables ; tout le monde a envie de voir moins de camions au pas sur les routes. En bref, tout le monde a compris que les ressources ou l'espace ne sont pas illimités et que, pour continuer à croître et conserver notre niveau de vie, il faut un changement de notre modèle de développement. Le développement durable, c'est cela. Ce n'est pas le laisser-faire, mais ce n'est certainement pas non plus l'idéologie de la restriction ou de la décroissance.
Reste maintenant à savoir comment nous allons transformer l'essai et convertir cette aspiration au changement de la société en actions publiques et privées. Le Grenelle de l'environnement doit précisément nous aider à définir les chantiers et programmes sur lesquels toute la collectivité doit concentrer ses efforts, efforts que le Parlement examinera, évaluera et modifiera.
Cette démarche de concertation la plus large possible avec les parties prenantes – qui se prolongera ces jours-ci par une consultation des Français sur Internet et des réunions de présentation des rapports des groupes dans une quinzaine de villes – était indispensable.
Vu sous cet angle, l'environnement n'est pas seulement l'affaire de l'État, qui est, certes, un acteur important, mais un acteur parmi d'autres. Il faut aussi convaincre tout un chacun. Cela nécessite de convaincre les entreprises que l'écologie n'est pas un facteur de dégradation de leur compétitivité, mais une opportunité de gagner de nouveaux marchés et d'offrir de nouveaux services, de créer de nouveaux emplois. Cela nécessite d’affirmer que l'écologie n'est pas l'ennemie du pouvoir d'achat, ou un luxe réservé à une minorité fortunée d'habitants de grandes zones urbaines, mais qu’elle est un investissement clef pour l'avenir. Cela nécessite de convaincre les Français que cela ne devrait pas coûter plus cher de prendre le tramway plutôt que l’automobile ; que cela ne coûte pas plus cher d'investir dans les économies d'énergie que de la gaspiller en payant éternellement le prix fort ; que le développement durable n'est pas un drame et encore moins une régression, mais une formidable opportunité d'investissement, de gains de productivité et de pouvoir d'achat, tout en améliorant son confort, sa santé, et son bonheur.
Mesdames et messieurs les députés, il ne s'agit pas de choisir entre croissance économique et protection de la planète, mais de lier les deux. Ce nouveau chemin de croissance, cette autre croissance est à notre portée, car nous avons les technologies pour le faire, nous avons les filières industrielles pour le faire, nous avons les ingénieurs et les créateurs d'entreprises pour le faire, nous avons aussi les services publics, les collectivités locales, quelles qu’elles soient, pour le faire.
Les rapports de synthèse des groupes de travail du Grenelle de l'environnement et le diagnostic partagé qu'ils reflètent dessinent les orientations possibles pour l'action publique et collective. Ils sont d'abord le reflet de fortes convictions que je crois utile de rappeler.
D'abord, tout le monde reconnaît que personne ne détient la vérité absolue pour la bonne et simple raison que certaines connaissances scientifiques sont incomplètes ; que les risques sont parfois mal connus ; que les relations de cause à effet ne sont pas toujours nettement établies. Mais cette connaissance incomplète, qui est dans la nature des choses, ne doit en aucun cas servir de prétexte à l'inaction.
Évidemment, il n'existe pas de solution unique et miracle. En clair, nous ne pouvons pas compter sur une adaptation ou une correction spontanée des grands équilibres économiques pour répondre aux urgences d’aujourd’hui et de demain. Le marché a besoin d'être organisé, guidé et orienté. Il paraît au moins aussi illusoire de compter exclusivement sur les nouvelles technologies qui permettraient brusquement de basculer vers un chemin de croissance soutenable. Nous croyons évidemment à la technologie, et le Gouvernement encouragera vigoureusement la recherche, mais nous ne croyons pas qu'elle constitue, à elle seule, la solution.
Troisième conviction : l'action doit, par ailleurs, être collective, comme la réflexion qui la précède, et les sujets ne doivent pas être traités indépendamment les uns des autres. Qu'il s'agisse de recherche fondamentale, de consommation, de recherche appliquée, de compétitivité, l'action isolée est condamnée à l'échec.
Je ne veux en aucun cas préjuger des conclusions de la table ronde finale qui se tiendra à la fin du mois d'octobre, mais, à la lecture des rapports, quelques orientations consensuelles me semblent d'ores et déjà se dégager.
Il s'agit, tout d'abord, de rappeler le potentiel de croissance de certains secteurs d'activité : c'est le cas des énergies renouvelables, du secteur du bâtiment – pour lequel un grand chantier thermique est nécessaire, notamment dans l'ancien –, des services à l'énergie, en vue de la maîtrise de la demande, ou du secteur des transports, en commençant par les transports collectifs. Nous voulons absolument prendre date avec nos principaux concurrents sur ces nouveaux segments à très haute valeur ajoutée et qui constitueront, en partie, le fondement de la croissance de demain.
Le deuxième impératif, c'est que la protection de l'environnement ne doit pas être le prétexte à une hausse globale de la fiscalité. Je veux absolument que les choses soient claires sur ce sujet. Il ne faut pas confondre l'idée d'utiliser la fiscalité comme signal pour orienter ou pour inciter les Français à adopter un comportement et l'idée – que je combats fermement – de faire de la fiscalité écologique une variable d'ajustement budgétaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Enfin, quatrième principe : l'ensemble des participants sont d'accord pour considérer que seule une action territoriale, une action des opérateurs au plus près des réalités quotidiennes – le quartier, la ville, l'agglomération, le département ou la région – permettra de changer les comportements en profondeur et d’apporter des solutions réelles, efficaces. Les grands objectifs, les grands principes, les bonnes intentions ne remplaceront jamais un métro, un tramway, un service de bus adapté aux rythmes de vie, des pistes cyclables...
Le Grenelle a permis de se mettre d'accord sur ces diagnostics partagés et sur des principes d'action communs. Reste maintenant à définir les 15 à 20 chantiers structurants pour les années à venir. Bien sûr, il est encore trop tôt pour annoncer l'issue de la table ronde et je ne souhaite pas préempter les conclusions de la phase de concertation. Ce n'est ni mon rôle, ni les termes du contrat passé entre le Gouvernement et les parties prenantes, ni l'esprit dans lequel je me présente devant la représentation nationale. Je crois qu'il ne faut pas se méprendre sur les objectifs. Le Grenelle n'est pas une machine à fabriquer du consensus contre l'avis des acteurs, c’est un moyen de répondre à un grand enjeu de société et aux préoccupations des Français.
Sans être exhaustif, je voudrais vous parler de quelques axes majeurs qui nécessiteront, bien sûr, un réglage fin des mesures concrètes. On doit s'attaquer aux problèmes les plus importants, qu'il s'agisse des émissions de gaz à effet de serre ou des pollutions diverses qui portent atteinte à notre santé.
Il faut évidemment engager un vaste plan de maîtrise de la consommation d'énergie avec, comme toile de fond, cette idée assez simple que la réduction de la demande est la voie la plus efficace et la moins coûteuse pour réduire la facture énergétique de chaque Français et de la France. Il faut bien entendu commencer par les secteurs où il y a des gisements d'économies importants, où l’on dispose de vraies marges de manœuvre pour obtenir des résultats visibles. C'est le cas des bâtiments anciens. Il faudra donc se mettre d'accord sur des objectifs de réduction de la consommation du parc existant à des échéances déterminées, ce qui suppose un plan de mise aux normes, la généralisation des constructions HQE ou encore une politique de labellisation lisible et identifiable. Je crois qu'il faut dire la vérité aux Français, expliquer qu'il ne s'agit pas seulement d'un coût, mais d'un investissement – les mesures financières permettant cette mutation –, avec, en face, un vrai retour sur investissement grâce à la réduction de la facture énergétique. Cela, indépendamment des créations d'emplois attendues dans les secteurs du bâtiment et des services à l'énergie si l'offre des entreprises est au rendez-vous.
On sait aussi que la restauration de la compétitivité des transports publics massifiés jouera un rôle clef. Derrière ce terme un peu obscur se cache une refondation de notre politique des transports. Il ne s'agit pas seulement de programmer de nouvelles infrastructures, il s'agit, au contraire, de faciliter la mobilité des personnes et des marchandises par des modes de transport faiblement émetteurs : le rail – fret et voyageurs –, la voie fluviale, le transport maritime et les transports en commun. Pour que tout cela soit possible, il faudra simultanément une offre de services nouveaux, une organisation plus concurrentielle du secteur et une nouvelle façon de programmer nos infrastructures. Plus de tramways et de trains de fret là où leur compétitivité globale est meilleure que celle des autres modes de transport. S'y ajoutera un volet technologique, indispensable pour réduire les pollutions des véhicules, combiné à une évolution de la réglementation.
On sait aussi que la biodiversité doit devenir une dimension essentielle de l'action publique et privée. C’est probablement un des consensus partagés, transversaux, les plus novateurs de ce Grenelle. Peut-être était-ce un sujet moins connu que d’autres, même si, sur ces bancs, d’aucuns y sont déjà très largement impliqués. Mais on sait aujourd'hui qu'avec l'extinction de certaines espèces, l’effet du réchauffement climatique, mais aussi une gestion inadaptée de l'espace et des ressources, on remet en cause, de façon irréversible, l'avenir.
Il faudra également aider les Français à mieux consommer avec cette idée que le meilleur moyen de militer pour la planète, c'est encore de consommer intelligemment. Il s'agit d'apporter des réponses simples – très opérationnelles et qui ne coûtent pas plus cher – à la question que tout le monde se pose : « Comment je fais, au quotidien, pour améliorer ma santé, celle de mes enfants, améliorer et protéger mon environnement ? ». Comment ? Eh bien grâce à des écolabels, à l'étiquetage énergie, aux bilans carbone sur les produits, à une publicité responsable, à la limitation du nombre d'intermédiaires entre le producteur et le consommateur, au développement des produits bio dans la restauration collective. On voit bien qu'on est à la fois sur des sujets de santé, de pouvoir d'achat, de réduction des coûts – et pas seulement énergétique –, de constitution de nouvelles filières agricoles.
Enfin, il faut engager – et c'est un objectif que je partage avec mon ami Michel Barnier, que je remercie d’être présent à cet instant – une réflexion sur l'avenir de notre agriculture.