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SOMMAIRE
Présidence de M. Marc Le Fur
1. Dialogue social et continuité du service public dans les transports terrestres. – Suite de la discussion d'un projet de loi adopté par le Sénat après déclaration d’urgence (nos 101, 107)
Rappel au règlement
Mme Catherine Coutelle.
discussion des articles (suite)
Article 4 (suite)
Amendement n° 32 : MM. Hervé Mariton, président de la commission spéciale ; Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité. – Adoption.
Amendement n° 27 deuxième rectification : MM. Jacques Kossowski, rapporteur de la commission spéciale, le ministre, Yanick Paternotte, Jean Mallot. – Adoption.
Amendement n° 118 : MM. Michel Destot, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 119 : MM. Michel Destot, le rapporteur.
Rappel au règlement
MM. Alain Néri, le rapporteur.
Reprise de la discussion
MM. le ministre, François Brottes, Jean-Claude Viollet. – Rejet par scrutin de l’amendement n° 119.
Amendement n° 120 : MM. Michel Destot, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 91 : M. Jean-Frédéric Poisson. – Retrait.
Adoption de l’article 4 modifié.
Article 5
MM. Jean-Paul Lecoq, François Brottes, Jean Mallot, Marc Dolez, Yves Cochet, Jean-Patrick Gille, Alain Néri, Christian Eckert, Mme Marylise Lebranchu, MM. Yanick Paternotte, le ministre.
Amendements de suppression nos 68 et 107 : M. Roland Muzeau, Mme Marylise Lebranchu, MM. Hervé Mariton, président de la commission spéciale ; François Brottes, Jean-Yves Le Bouillonnec, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 130. – Rejet.
Amendement n° 33 avec le sous-amendement n° 188 : MM. le rapporteur, Jean-Frédéric Poisson, le ministre, François Brottes. – Adoptions du sous-amendement et de l’amendement modifié.
Amendement n° 131. – Rejet.
Amendement n° 132. – Rejet.
Amendement n° 133 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 135 : M. François Brottes. – Retrait.
Amendement n° 136. – Retrait.
Amendement n° 137 : M. François Brottes. – Rejet.
Amendement n° 138 : MM. François Brottes, le président de la commission, Roland Muzeau. – Adoption.
Amendement n° 71 : MM. Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
MM. Roland Muzeau, le ministre, le rapporteur.
Amendement n° 34. – Adoption.
Amendement n° 35 : Mme Marylise Lebranchu, M. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
M. François Brottes.
Suspension et reprise de la séance
Amendement n° 36 : MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendements identiques nos 11 et 69 : MM. Yves Cochet, Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 139 : MM. Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 140 : M. Jean Mallot. – Rejet.
Amendement n° 141. – Rejet.
Amendement n° 129 rectifié : MM. le rapporteur, le ministre, Roland Muzeau, François Brottes, le président de la commission. – Adoption.
Amendement n° 142 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 143 : MM. François Brottes, le rapporteur. – Rejet.
Amendement n° 144 : MM. Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, le ministre, Alain Néri, Yves Cochet. – Rejet.
Amendement n° 87 : MM. Michel Grall, le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendements identiques nos 70 et 145 : MM. Roland Muzeau, Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Adoption de l’article 5 modifié.
Article 6
MM. Jean-Paul Lecoq, Jean Mallot, Alain Néri, Christian Eckert, Mme Marylise Lebranchu, M. le ministre.
Amendement de suppression n° 108 : MM. Marc Dolez, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 146. – Rejet.
Amendement n° 147. – Rejet.
Amendement n° 72 : MM. Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendements identiques nos 12 et 149 : MM. Yves Cochet, Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 37 avec le sous-amendement n° 184 : MM. le rapporteur, Jean-Yves Le Bouillonnec, le ministre. – Rejet du sous-amendement ; adoption de l’amendement.
Amendement n° 38. – Adoption.
Amendement n° 100 : M. Yanick Paternotte. – Retrait.
Adoption de l’article 6 modifié.
Article 7
MM. Jean-Paul Lecoq, Rémi Delatte.
Amendement n° 39 : MM. le président de la commission, François Brottes. – Adoption.
Amendement n° 40 : MM. le président de la commission, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 41. – Adoption.
Adoption de l’article 7 modifié.
Article 7 bis
Amendement n° 42 : MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 43 : MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 7 bis modifié.
Après l'article 7 bis
Amendement n° 121 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Article 8
MM. Jean-Paul Lecoq, Jean Mallot.
Amendement de suppression n° 109 : M. François Brottes. – Retrait.
Amendement n° 122 : MM. Christian Eckert, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 123 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 124 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendements nos 44 et 125 : M. le président de la commission, Mme Catherine Coutelle, MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption de l’amendement n° 44, l’amendement n° 125 tombe.
Amendement n° 126 : M. François Brottes. – Retrait.
MM. François Brottes, le président de la commission.
Amendement n° 127 : MM. Jean Mallot, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 128. – Rejet.
Adoption de l’article 8 modifié.
Suspension et reprise de la séance
Article 9
MM. Jean-Paul Lecoq, Roland Muzeau.
Amendements de suppression nos 73 et 110 : MM. Roland Muzeau, Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 112 avec le sous-amendement n° 190 : MM. le ministre, le président de la commission, Roland Muzeau, Jean-Yves Le Bouillonnec. – Adoptions du sous-amendement et de l’amendement modifié.
L’article 9 est ainsi rédigé.
Article 10
M. Jean-Paul Lecoq.
Amendement de suppression n° 111 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 101. – Rejet.
Amendement n° 74 : MM. Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendements identiques nos 45 et 152 : MM. le rapporteur, Jean Mallot, le président de la commission, le ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 10 modifié.
Article 11
M. Jean-Paul Lecoq.
Amendement n° 46. – Adoption.
Amendement n° 47. – Adoption.
Amendement n° 48. – Adoption.
Adoption de l’article 11 modifié.
Après l'article 11
Amendement n° 76 : M. Roland Muzeau. – Rejet.
Amendement n° 92 rectifié avec les sous-amendements nos 185 et 186 : MM. le président de la commission, Patrice Verchère, le rapporteur, le ministre. – Adoptions des sous-amendements nos 185 et 186 et de l’amendement modifié.
Titre
Amendements nos 102 et 77 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet de l’amendement n° 102.
MM. Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet de l’amendement n° 77.
MM. le ministre, le président de la commission.
explications de vote
MM. François Brottes, Roland Muzeau, Yanick Paternotte, Christian Blanc.
vote sur l’ensemble
Adoption, par scrutin, de l’ensemble du projet de loi.
M. le ministre.
2. Ordre du jour de la prochaine séance
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
Suite de la discussion d’un projet de loi adopté par le Sénat après déclaration d’urgence
Après avoir bénéficié d’une convention collective des télécoms, qui prévoyait des avantages intéressants, les salariés dépendent aujourd’hui d’une convention collective relative aux prestations de services, qui prévoit un SMIC sec sans mutuelle, alors qu’ils devront bientôt acquitter des franchises...
Nous en revenons à la discussion du projet de loi.
La parole est à M. le président de la commission spéciale chargée d’examiner le présent projet, pour le soutenir.
(L’amendement est adopté.)
La parole est à M. le rapporteur de la commission spéciale, pour le soutenir.
Il nous a paru correspondre pleinement à l’esprit du projet de loi, soucieux des réalités du terrain et de la bonne information de toutes les parties prenantes.
Faire la loi, c’est aussi faire en sorte qu’elle soit compréhensible, applicable et exempte d’impossibilités ou de dispositions qui ne pourraient qu’attirer sur nous des commentaires désagréables de l’opinion. Celle-ci pourrait, par exemple, nous reprocher de prévoir des dispositions superfétatoires ou redondantes, qui surchargeraient encore l’administration ou les canaux d’information. En l’occurrence, comment diffuser les données mentionnées dans l’amendement ? Par le biais d’une radio locale ? Il me paraît important de le savoir, si nous voulons nous prononcer valablement.
(L’amendement est adopté.)
La parole est à M. Michel Destot, pour le soutenir.
En effet, nous souhaitons supprimer l’obligation faite à l’autorité organisatrice de tenir le préfet informé de la définition des dessertes prioritaires et des niveaux de service attendus, ainsi que des plans de transport adapté et d’information des usagers, qui revient d’une certaine manière à instaurer un contrôle de légalité a priori, contraire au principe de libre administration des collectivités locales.
Je rappelle que les dessertes prioritaires doivent, une fois définies, être intégrées au périmètre de la convention, afin de s’imposer à l’exploitant. En d’autres termes, elles ne sont pas fixées au coup par coup, mais en amont, ce qui n’interdit évidemment pas de les faire évoluer par avenant. Toutefois, elles n’ont en aucun cas à être transmises au préfet, pas plus que les plans de transport adapté et d’information des usagers. À cet égard, la formulation actuelle du texte, très imprécise, pourrait, je le répète, contrevenir à la libre administration des collectivités locales.
Si la rédaction actuelle est maintenue, que fera le préfet de ces données ? Va-t-il émettre un avis ?
Elle a jugé ensuite, suivant une jurisprudence administrative constante, que la notion de carence entraînant l’intervention du représentant de l’État devait être entendue largement et inclure la notion non seulement d’absence, mais aussi d’insuffisance manifeste.
Enfin, elle a fait sienne la rédaction du Sénat, qui demande que le représentant de l’État soit tenu informé tout au long du processus défini à l’article 4.
Voilà pourquoi elle a repoussé les amendements de suppression des alinéas 14 et 15 du projet de loi. En ce qui concerne l’amendement n° 118, elle a estimé en outre que la rédaction disposant que « le représentant de l’État est tenu informé » devait être maintenue, puisqu’elle ne vise pas à instaurer un contrôle de légalité a priori.
Pardon ! Je n’en suis pas coutumier des lapsus, mais j’assume celui-ci : il s’agit simplement de l’informer au fur et à mesure de l’évolution de la situation.
Avis défavorable.
(L’amendement n’est pas adopté.)
La parole est à M. Michel Destot, pour le soutenir.
Dans un contexte extrêmement délicat et aussi politique, affaiblir les collectivités territoriales et les autorités organisatrices de transport, c’est leur porter un véritable coup dur. Monsieur le ministre, vous nous avez annoncé un geste depuis le début de notre débat sur ce texte ; il est temps de passer aux actes.
Vous êtes presque tous maires, conseillers généraux ou conseillers régionaux et vous le savez bien, en particulier les maires : le préfet n’intervient qu’en cas de mauvaise gestion de nos villes ou en cas de difficultés. Sinon, il n’intervient pas. Il s’agit, simplement de prévoir le cas où une entreprise montrerait de la mauvaise volonté : le préfet sera alors en mesure de lui envoyer un courrier pour la mettre en garde et la prévenir qu’il pourrait aller plus loin.
Depuis le début de nos travaux, vous n’avez, je le sais, qu’une envie : rejeter ce projet de loi… Vous l’avez dit, vous ne voulez pas de ce texte et vous ne voulez pas qu’on avance. Pour ma part, et c’est le cas aussi de certain de nos collègues, je me sens redevable envers les électeurs qui m’ont élu. J’ai eu la chance d’être réélu au premier tour, je dois la vérité à mes électeurs. Or nous avons été élus sur le programme du Président de la République qui promettait le service minimum. (Protestations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Par ailleurs, mieux vaut être prudent : vous ne savez pas ce que l’avenir vous réserve. Nous aussi avons connu une époque où nombreux étaient ceux sur nos bancs qui, élus au premier tour en 1981, ont eu quelques problèmes électoraux par la suite.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis du Gouvernement sur cet amendement ?
(Il est procédé au scrutin.)
L’amendement n° 119 est rejeté.
Je suis saisi d’un amendement n° 120.
La parole est à M. Michel Destot, pour le soutenir.
(L’amendement n’est pas adopté.)
La parole est à M. Jean-Frédéric Poisson, pour le soutenir.
Je mets aux voix l’article 4, modifié par les amendements adoptés.
(L’article 4, ainsi modifié, est adopté.)
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Notons tout d’abord que, dans les entreprises chargées de l’exploitation d’un service public, la loi impose le dépôt préalable d’un préavis de grève de cinq jours par un syndicat représentatif. Ce délai est destiné, selon les articles L.521-2 et suivants du code du travail, à négocier en vue de rechercher une réponse aux revendications et d’éviter une désorganisation de la vie sociale. Dès lors, pourquoi ajouter une dispositif de recensement des catégories d’agents, de leurs effectifs et des moyens matériels correspondant au service prévu dans un plan de transport adapté ?
Par ailleurs, pourquoi serait-ce aux organisations syndicales de proposer, de co-décider, d’approuver le recensement des effectifs et moyens « matériels indispensables à l’exécution conformément aux règles de sécurité en vigueur du niveau de service prévu dans le plan de transport adapté » ? En temps normal, les organisations syndicales ne sont pas cogestionnaires.
Quant à la démarche qui consiste à les associer « à la révision de l’organisation du travail » et « aux conditions dans lesquelles les personnels non grévistes sont réaffectés en vue de la mise en œuvre du plan de transport adopté », elle est totalement irréaliste. Le syndicat défend les intérêts des salariés, dont il est le porte-parole et le représentant. Il agit pour défendre la condition du salariat, l’intérêt général. Il n’a pas pour fonction de combattre tout ou partie des travailleurs et de faire pression sur leur libre choix.
En outre, le paragraphe 2 de l’article 5 s’attaque au droit individuel du salarié de faire grève, puisqu’il lui impose d’informer le chef d’entreprise ou la personne désignée par lui de son intention de participer à la grève, au plus tard quarante-huit heures avant le début de celle-ci, faute de quoi il sera passible d’une sanction disciplinaire. En France, le droit de grève est un droit individuel du salarié, et non pas un droit du syndicat, comme le prévoient certaines législations étrangères. Sa définition vaut pour le secteur privé comme pour le secteur public. C’est un droit individuel exercé collectivement, de manière concertée, en vue de faire aboutir des revendications.
On ne peut ignorer que le salarié est dans une relation de subordination juridique à l’égard de l’employeur, ni sous-estimer le contexte des relations sociales. Avec les dispositions du paragraphe 2 de l’article 5, il sera soumis, tout particulièrement pendant cette période de déclaration d’intention de faire grève, aux pressions, intimidations et culpabilisations de l’employeur et de ses représentants.
Cette réalité n’a d’ailleurs pas échappé à la chambre sociale de la cour d’appel de Grenoble qui, dans un arrêt CGT Rhodia Chimie contre SA Rhodia Chimie du 29 avril 2002, a eu à connaître d’une atteinte caractérisée au droit de grève. Dans cette entreprise, les chefs d’équipe avaient en effet posé aux salariés la question suivante : « Serez-vous grévistes le 30 janvier 1998 ? ». La position de la Cour d’appel est claire : « Attendu cependant que la grève est une cessation collective et concertée du travail en vue d’appuyer des revendications professionnelles ; qu’ainsi la société Rhodia Chimie ne pouvait interroger chaque salarié sur ses motivations sans exercer une pression inacceptable sur chacun des salariés pris individuellement ; qu’en interrogeant chaque salarié individuellement sur ses motivations, la direction de la société Rhodia Chimie a contribué à écarter chaque salarié du mouvement collectif pour le replacer dans un rapport individuel de subordination ; qu’ainsi l’employeur a porté atteinte au libre exercice du droit de grève et, par conséquent, à l’intérêt collectif ; qu’il convient d’accorder au syndicat CGT une somme de 7 500 euros à titre de réparation. »
Le libre consentement du salarié dans le cadre de l’exercice de son droit de grève doit être scrupuleusement respecté jusqu’au déclenchement du conflit. Il doit pouvoir se joindre librement au mouvement ou s’en retirer. Porter atteinte à sa liberté en le menaçant de sanctions disciplinaires constitue une violence illicite.
J’ajoute que si un salarié qui aura fait connaître son intention de faire grève a le droit de changer d’avis et de se présenter à son poste, il en va tout autrement de celui qui n’est pas convaincu de la nécessité de la grève 48 heures avant, mais qui décide, dans les heures qui précèdent, de participer au mouvement. Cette différence est significative de votre approche du problème et ignore ce que toutes les études montrent, y compris dans le domaine électoral : beaucoup de nos concitoyens se déterminent au moment du vote. Allez-vous dénier aux salariés la liberté de changer d’avis ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Par ailleurs, il est précisé dans le sixième alinéa de l’article 5 que les salariés qui n’auront pas déclaré leur intention de participer à la grève au plus tard quarante-huit heures avant le début du mouvement seront sanctionnés. Or M. Bussereau a déclaré ce matin sur RMC que le texte ne visait pas à punir. J’imagine donc que le Gouvernement nous proposera un amendement visant à supprimer cet alinéa ; dans le cas contraire, il devra démentir les propos de M. Bussereau. Quoi qu’il en soit, il serait souhaitable que les ministres se mettent d’accord avant le vote de la CMP demain, afin que nous puissions y voir clair. C’est grave ! On n’a pas le droit de jouer ainsi avec les salariés. Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles !
Ensuite, l’alinéa 2 de l’article 5 décrit les modalités du recensement, par l’accord de prévisibilité du service, des effectifs et des moyens matériels indispensables à l’exécution du service. On nous dit qu’il est hors de question, en période de perturbation, de sacrifier la sécurité. Il faut donc en conclure que si, sur une ligne, le nombre des agents est insuffisant, le service ne pourra pas être assuré. Autrement dit, c’est bien du nombre de non-grévistes que dépendra le respect des priorités de service définies à l’article 4. Passez-moi l’expression, mais on a mis la charrue avant les bœufs.
Non seulement le projet de loi remet en cause cette liberté fondamentale qu’est le droit de grève, puisque le salarié ne pourra plus changer d’avis pendant 48 heures – ce qui est extravagant –, mais il sanctionne celui qui ne se déclarera pas, sans préciser d’ailleurs quelle sera la sanction : avertissement, retenue sur salaire ?
Je termine en précisant, monsieur le président, qu’en intervenant sur l’article, j’ai défendu par avance l’amendement de suppression.
La parole est à M. Jean Mallot.
Passons sur le I, qui est inutile puisque la date butoir du 1er janvier 2008 le rend inopérant, et venons-en tout de suite au plan de prévisibilité du service que, faute d’accord collectif, l’entreprise devra définir. Ce plan variera en fonction non seulement du nombre de grévistes mais aussi de la nature des emplois qu’ils occupent, car les modalités du service ne seront évidemment pas les mêmes selon que les salariés qui déclareront leur intention de faire grève seront des chauffeurs de véhicules de grande capacité ou des chauffeurs de véhicules de petite capacité, par exemple. Je souhaite donc bonne chance aux entreprises, qui devront prévoir des centaines de cas de figure.
La situation se complique encore dans le cas où la grève prendrait de l’ampleur. Pourra-t-on faire appel à des personnels d’autres entreprises, comme l’a suggéré M. Bussereau, ou redéploiera-t-on des personnels de l’entreprise, comme c’est envisagé dans le rapport de la commission spéciale ? Je souhaiterais que vous nous indiquiez laquelle de ces deux positions est celle du Gouvernement, monsieur le ministre. Il faudra éclaircir ce point.
Par ailleurs, que se passera-t-il si l’entreprise ne définit pas de plan de prévisibilité ?
Monsieur le ministre, j’ai lu attentivement le compte rendu des débats qui se sont déroulés au Sénat. À l’un de nos collègues sénateurs qui vous ont interrogé sur ce point, vous avez répondu que les arrêts Air France et Rhodia…
Monsieur le ministre, vous avez récemment indiqué dans une interview que le Gouvernement serait vigilant à l’égard des entreprises qui utiliseraient ce préavis pour faire pression sur les salariés. Cela montre qu’il existe bel et bien un risque.
Enfin, je terminerai en répondant au rapporteur, qui nous a expliqué qu’il devait la vérité à ses électeurs. Mais, monsieur Kossowski, nous devons tous la vérité à nos électeurs. De quoi s’agit-il en fait ? De faire croire aux Français, par le biais d’une communication habile, pour ne pas parler de propagande (Exclamations et rires sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire), qu’à la rentrée, ils bénéficieront d’un service minimum garanti. Mais, et chacun le sait ici, c’est une tromperie…
Voici ce que le candidat Sarkozy a déclaré : « Je garantirai trois heures de transport en commun pour aller au travail, et trois heures pour en revenir. Il est inacceptable que les Français soient pris en otage par les grèves. » (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Voici à présent ce que Nicolas Sarkozy a déclaré sur TF1 : « Le service minimum – dont on ne trouve trace, d’ailleurs, dans la rédaction du projet de loi –, voilà vingt ans qu’on en parle et vingt ans qu’on ne le fait pas ; nous, nous le ferons. » (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Il a été rappelé que le droit de grève est un droit constitutionnel et individuel. En revanche, le préavis de grève est le fait des organisations syndicales. Le II de l’article 5 prévoit même une menace de sanction en cas de non-déclaration. Nous voyons là, évidemment, une atteinte extrêmement grave au droit individuel de grève. Ce type de disposition aura pour première conséquence de renforcer les tensions dans l’entreprise et non pas le dialogue social, dont vous vous repaisssez.
On pourrait dire, sans vouloir être pédant, qu’il va y avoir en outre un effet systémique. L’anticipation, 48 heures à l’avance, du nombre de grévistes allongera la liste.
En effet, cet article commence par l’appel à la négociation d’un accord de prévisibilité en cas de perturbations prévisibles du trafic et se conclut par la sanction – financière ou disciplinaire – …
Pourtant, de nombreux progrès ont déjà été faits en la matière dans des entreprises de transport mais aussi dans des services publics. De manière générale, on observe que l’amélioration de la prévisibilité est progressive et proportionnelle à la qualité du dialogue social dans l’entreprise.
Bref, vous allez instaurer un simulacre de négociation, qui risque de remettre en cause les bonnes pratiques déjà existantes. Comme le disait à l’instant Yves Cochet, le I est donc inutile, voire susceptible de générer plus de problème qu’il n’en résout.
Mais c’est avec la suite du texte que tout bascule. Vous ne parlez plus en effet de perturbations, et vous en revenez à votre obsession : la grève. Dès lors, il est non plus question de dialogue mais de sanction. Comme l’ont respectivement déclaré le président et le rapporteur de la commission spéciale, on en arrive au point dur de votre texte, à la pierre angulaire du projet. Tel est bien votre objectif : il s’agit d’imposer l’obligation aux grévistes de se déclarer quarante-huit heures à l’avance, et donc de créer un préavis individuel, assorti de surcroît de sanctions.
Là encore, vous restreignez la concertation puisque les quarante-huit dernières heures sont souvent les plus propices pour trouver un accord et éviter le conflit. Vous passez de la défiance vis-à-vis du dialogue social à la défiance à l’égard des salariés eux-mêmes.
Je l’ai dit, la prévisibilité fonctionne déjà bien dans de nombreux services publics et dans les entreprises de transport. À l’inverse, et comme l’a dit M. Cochet, la déclaration préalable quarante-huit heures à l’avance risque d’entraîner un recul car les salariés, pour éviter tout risque de sanction, auront intérêt, par précaution, à se déclarer grévistes, quitte à ne pas passer à l’acte, ce qui aura pour conséquence de maximiser le nombre de grévistes potentiels et, donc, de minorer le plan de transport adapté qui sera mis en place. Alors que les syndicats n’ont pas manqué de vous le faire savoir, vous persistez dans cette voie.
Vous persistez car cette disposition est l’objectif principal de la loi. Vous forgez ici une arme de dissuasion contre la grève. Tout le monde sait que cette mesure n’aura aucun impact sur 95 % des dysfonctionnements qui affectent les transports en commun.
Contrairement à ce qui est toujours affirmé, votre stratégie n’est ni la mise en place d’un service garanti ni celle d’un développement de la culture du dialogue social. Elle consiste à briser la capacité de résistance des salariés…
Monsieur le ministre, au lieu d’apporter des réponses efficaces pour résorber les dysfonctionnements réels du transport et lutter contre le réchauffement climatique (Rires sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) en investissant dans le rail, ou en rétablissant les subventions pour les projets de TCSP, vous instrumentalisez l’aspiration légitime des Français à une organisation durable des transports en commun, pour doter votre gouvernement d’une arme visant à dissuader les salariés d’exercer leur droit de grève, garanti pourtant par la Constitution. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Cela devrait vous appeler à la réflexion, mes chers collègues. Nul ne peut en effet contester la volonté qui présidait aux décisions du Conseil national de la résistance.
Vous nous expliquez que tout cela n’est pas grave et qu’il suffit de demander aux salariés de se déclarer gréviste quarante-huit heures à l’avance afin de prévoir les moyens à mettre en place pour assurer la continuité dans le service public. Mais, monsieur le ministre, ce faisant, vous commettez une grave erreur. Vous prétendez que les cinq jours de préavis ne sont pas suffisants pour engager le dialogue social et faire en sorte d’éviter la grève. La loi prévoit pourtant qu’il est obligatoire d’engager la négociation dans ces cinq jours de préavis. Malheureusement, ce n’est pas souvent le cas. Il faudrait imposer que les négociations s’engagent réellement durant les jours de préavis.
Qui plus est, en obligeant les salariés à indiquer quarante-huit heures à l’avance s’ils feront grève ou non, vous ramenez en réalité la durée du préavis à trois jours et vous vous privez de deux jours de négociations, souvent les deux jours décisifs puisque ce sont les deux derniers. Cette mesure, dont on peut douter de l’efficacité, est un premier faux pas.
Deuxième faux pas : vous savez très bien que, lorsqu’un préavis de grève a été déposé, c’est en général que la situation n’est pas idyllique entre le patron et les salariés. Prétendre dans ces conditions qu’il va être simple de se déclarer gréviste, qu’il n’y aura ni pression ni intimidation et que tout va se dérouler dans le meilleur esprit du monde, c’est du rêve ! Vous savez bien qu’en période de pré-conflit, la situation est tendue ; et le patronat n’hésite jamais à en tirer profit pour faire pression sur les salariés et affaiblir leur volonté de lutter pour défendre leur droits légitimes.
N’ayons pas peur des mots : vous instaurez avec cette article 5 une obligation soumise à des sanctions, dont il faudra d’ailleurs que vous nous précisiez, monsieur le ministre, si elles sont disciplinaires ou pécuniaires.
Vous n’osez pas le dire, mais vous voulez remettre en cause le droit de grève. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) C’est pour cette raison qu’il vous faudra affronter la décision du Conseil constitutionnel. Car le droit de grève est inscrit dans la Constitution et toute atteinte contre lui sera sanctionnée !
Vous prenez là un gros risque et vous ne faites rien pour que le dialogue social s’engage dans la sérénité. Soyez conscient de tout cela, monsieur le ministre : vous saurez faire preuve de sagesse et de raison, et vous supprimerez l’article 5, qui est un article liberticide et scélérat. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Tout à l’heure, trois amendements ont courageusement été retirés, les nos 99, 81 et 82. Ces amendements étaient fondamentaux, dans la mesure où, comme le rappelait Yves Cochet, vous aviez fait campagne – et c’est votre droit – sur le thème d’un service minimum, instauré notamment aux heures de pointe : trois heures le matin, le soir, voire le midi. Or vous vous apercevez que ces promesses sont irréalistes et irréalisables, au regard du droit et du principe de la liberté du droit de grève, comme au regard des questions techniques d’organisation des services et de moyens en personnel.
Vous avez donc reculé, et je m’étonne, monsieur le ministre, que vous veniez pourtant de réutiliser l’expression de service minimum. Votre projet n’instaure pas un service minimum : c’est un plan de transport adapté. Soit.
Sans alourdir la discussion, je voudrais aussi insister sur un fait que le rapporteur lui-même a reconnu lorsque nous avons évoqué la question des transports scolaires.
Le ministre citait dernièrement sur une radio un accord faisant référence, celui de la RATP. Selon lui, la loi était faite pour parvenir partout à ce genre d’accords exemplaires. Ce ne sont pas les propos que tiennent d’autres acteurs, entrepreneurs ou syndicalistes. Pour FO, par exemple, ce texte constitue une remise en cause individuelle du droit de grève.
La majorité assume sans doute cette remise en cause, mais que constate-t-on dans les faits ? Jusqu’à aujourd’hui, un salarié était libre d’attendre la fin des négociations en cours pour se déclarer ou non gréviste, parce qu’il n’était pas dans un rapport de chantage avec son employeur.
Désormais, il n’aura plus la possibilité de choisir la grève a posteriori, en cas d’échec de la négociation, ce qui le poussera à se déclarer gréviste par anticipation, avec quarante-huit heures d’avance. D’où une situation absurde dans laquelle il faudra recourir à un préavis individuel qui, de facto, videra de leur substance les deux derniers jours de négociations.
Les syndicalistes que vous citez généralement comme étant raisonnables considèrent que le délai de prévenance de quarante-huit heures revient à se priver de deux journées qui permettraient d’éviter la grève, car la grève n’est pas une fin en soi. (« Ah ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Ils considèrent également que l’obligation de se déclarer sous peine de sanction va occasionner une dégradation du climat social et durcir les mouvements de grève. Sans doute vouliez-vous bien faire.
Pourquoi voulez-vous qu’un salarié qui doute de l’issue positive du dialogue qui s’est instauré dans son entreprise renonce à déposer un préavis de grève ? Votre dispositif va inciter la totalité des salariés à se déclarer grévistes. Dans ces conditions, même si certains travaillent finalement, aucun plan n’aura pu être mis en place de manière prévisionnelle, puisqu’on aura annoncé 100 % de grévistes...
Aujourd’hui, un chef d’entreprise qui fait bien son travail – et ils sont nombreux – sait évaluer les risques de crise. Il sait comment fonctionne son entreprise, il connaît l’origine et les cause d’un préavis, et peut anticiper sur ses effets. Votre texte va le priver de cette visibilité.
Un parlementaire, devenu important représentant de l’UMP, m’avait ici même expliqué à quel point certains textes de loi avaient fait reculer le dialogue social entre des syndicats, qu’il souhaitait plus forts, et un patronat, réaliste et généralement enclin à résoudre les crises. J’avais été sensible à ses arguments, mais je vois qu’aujourd’hui vous faites exactement le contraire en privant les partenaires sociaux de cette formidable possibilité d’arriver, avec quarante-huit heures de plus, à un accord qui permettrait d’éviter la grève. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Un point d’histoire tout d’abord : M. Néri nous a expliqué que, en 1946, le droit le grève était arrivé, d’un seul coup, comme par hasard.
Je voudrais maintenant revenir sur un aspect à la fois juridique et pratique.
Il n’y a jamais vraiment eu de débat idéologique sur le rapport de la commission Manderkeln. Chacun s’est accordé à reconnaître que la composition et la qualité du travail de cette commission avaient fait de cette somme écrite une base importante et intéressante.
Page 82 du rapport, la commission dit ceci : « La seule contrainte que recèle la déclaration est d’imposer aux salariés d’effectuer leur choix deux jours avant la grève. S’il s’agit bien d’une restriction au regard de la situation actuelle, elle ne remet en cause en aucune façon le droit de grève, ni d’ailleurs aucun autre droit fondamental. Elle se borde à édicter une condition préalable à l’exercice de ce droit. Or, on sait que toute mesure de réglementation du droit de grève est juridiquement possible dans la mesure où elle est justifiée par les exigences de la continuité du service et qu’elle respecte les principes dégagés par la jurisprudence du Conseil constitutionnel : proportionnalité de la mesure, efficacité et rationalité. La déclaration individuelle répond, en droit, à ces exigences. »
Par ailleurs, vous m’avez interrogé sur la question des sanctions. Je vous l’ai dit : les sanctions sont disciplinaires.
Le code du travail ne prévoit pas de sanction prédéterminée, à la différence du statut de la fonction publique. Il se contente de mentionner que, dans certains cas, il y a faute disciplinaire.
S’agissant de la déclaration prévue par le projet, c’est à l’employeur, sous le contrôle du juge, d’apprécier s’il y a matière à engager une procédure disciplinaire. Et la sanction qui est applicable est fonction des dispositions du règlement intérieur de l’entreprise.
Nous n’avons rien inventé avec ce texte. Les sanctions, importantes et dures, que nous avons rappelées de façon précise, sont celles qui s’appliqueraient à tout entrepreneur qui utiliserait cette déclaration à d’autres fins que l’organisation du service.
La déclaration individuelle préalable est précédée, et je le rappelle spécialement pour Mme la ministre Lebranchu, d’une obligation de négociation préalable. C’est ce que nous avons voulu inscrire dans ce texte.
La déclaration et l’exercice du droit de grève sont juridiquement distincts, et j’insiste sur ce point. La déclaration répond à deux objets : organiser le service et informer l’usager. Sa méconnaissance, la déclaration inexacte, la déclaration tardive peuvent constituer une faute disciplinaire dans le cadre du droit commun, à laquelle est applicable le pouvoir de direction du chef d’entreprise. L’éventuelle sanction ne concerne donc pas le droit de grève, mais la seule déclaration. Elle est en revanche sans incidence sur l’exercice du droit de grève. Sa méconnaissance n’entache pas la régularité de l’exercice du droit de grève par le salarié concerné.
Je l’ai dit avant-hier, mais je le répète : si vous souhaitez faire grève aujourd’hui dans notre pays, vous pouvez le faire. Demain, avec ce texte, si un agent des transports publics terrestres de voyageurs souhaite cesser son travail, il pourra le faire. La réalité est là.
Un simple point pratique enfin. Si vous reconnaissez qu’il est important d’informer les usagers, de pouvoir leur dire, par exemple, si leur train de sept heures deux partira, il faut savoir quarante-huit heures avant si le conducteur du sept heures deux sera au travail ou non ! Et si ce conducteur s’est déclaré gréviste, ce qui est son droit, il faut tout simplement savoir si d’autres salariés non grévistes pourront conduire ce train.
La parole est à M. Roland Muzeau, pour soutenir l’amendement n° 68.
L'article 5 aborde la question de la prévisibilité du service en cas de grève ou de perturbation prévisible et crée à la charge du salarié une obligation nouvelle, celle d'informer le chef d'entreprise de son intention de participer à la grève quarante-huit heures avant le déclenchement de celle-ci.
Pour tenter de justifier cette disposition – unanimement dénoncée par les organisations syndicales, monsieur le ministre – constituant bel et bien une atteinte caractérisée au droit individuel de grève pourtant constitutionnellement reconnu, le Gouvernement et ses relais banalisent cette atteinte, la qualifie de pragmatique, comme étant strictement et absolument nécessaire à la prévisibilité, laquelle correspondrait à une attente majeure des usagers devenus clients.
Nous refusons ce marché de dupes qui réduit la problématique de la continuité du service public à la question des conditions d'exercice du droit de grève et conduit à grignoter un droit essentiel au monde du travail. C'est le sens de notre amendement de suppression.
À l'appui de la jurisprudence constante en la matière, au fil des amendements suivants, j’entrerai plus avant dans le détail des mauvais coups portés au droit de grève par cet article. Dans l'immédiat, permettez-moi d'insister sur la réalité des préoccupations premières, essentielles des usagers, exprimées depuis de longues années au fur et à mesure des abandons successifs de l'État, de son désengagement en matière de transport. Ces préoccupations sont le service maximum, la qualité, la fiabilité du service public.
Pour reprendre les mots de la responsable du comité des usagers d'une ligne que je connais bien, la ligne 13 du métro parisien desservant notamment Gennevilliers et Asnières, qui a connu ce week-end un incident grave ayant fait plusieurs blessés, « l'usager aujourd'hui est l'otage de la pénurie, du manque de personnel, de la vétusté du matériel, de l'entretien confié au moins-disant… » Le service minimum est-il la réponse à cette situation de sous-investissement lourd, permettra-t-il d'améliorer l'offre et le service de transport en diminuant les perturbations récurrentes que les usagers subissent quotidiennement et indépendamment de la grève ?
La réponse est non, parce que le service minimum, c'est déjà le cas tous les jours pour les 20 000 voyageurs aux heures de pointes sur la ligne 13 qui détient le triste record du taux de surcharge du réseau parisien, avec plus de quatre personnes au mètre carré. Les motifs de dysfonctionnements quotidiens ne manquent pas. Toujours selon cette responsable de comité d'usagers, « l'ensemble des kilomètres perdus à cause de tous ces motifs correspond à la fermeture de la ligne 13 pendant 93 jours ! » Chiffre sans comparaison aucune avec celui des perturbations liées aux mouvements sociaux…
Au regard de cette réalité, vous comprenez, mes chers collègues, que je préfère savoir le directeur général de la RATP centré sur les voies et moyens de faire rouler tous les jours à 100&nbs