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SOMMAIRE
Présidence de M. Marc Le Fur
1. Dialogue social et continuité du service public dans les transports terrestres. – Discussion d'un projet de loi adopté par le Sénat après déclaration d’urgence (nos 101, 107)
discussion des articles (suite)
Article 2 (suite)
Amendement n° 158 : MM. Alain Vidalies, Jacques Kossowski, rapporteur de la commission spéciale ; M. Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité ; Roland Muzeau. – Rejet.
Amendement n° 159 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 160 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre, Alain Néri, Jean-Claude Viollet. – Rejet.
Amendement n° 161 : MM. Marc Dolez, le rapporteur, le ministre, Alain Néri, Michel Destot. – Rejet.
Amendements nos 56 et 162 : MM. Roland Muzeau, Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre.
Suspension et reprise de la séance
M. François Brottes. – Rejets des amendements nos 56 et 162.
Amendement n° 57 : MM. Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 163 : MM. Alain Vidalies, le ministre, le rapporteur, Jean-Claude Viollet. – Rejet.
Amendement n° 164 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 58 : MM. Jean-Paul Lecoq, le rapporteur, le ministre, Roland Muzeau. – Rejet.
Amendement n° 165 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 18 avec le sous-amendement no 183 : MM. le rapporteur, François Brottes, le ministre,
Sous-amendement n° 189 : MM. Jacques Desallangre, le rapporteur, le ministre, François Brottes, Hervé Mariton, président de la commission spéciale.
Retrait du sous-amendement n° 183 ; adoption du sous-amendement n° 189 et de l’amendement n° 18 modifié ; les amendements nos 51 et 166 tombent.
Amendement n° 167 : MM. Jean Mallot, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendements nos 168 et 60 : MM. Alain Vidalies, Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejets.
Amendement n° 19 : MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 169 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre, Roland Muzeau. – Rejet.
Amendement n° 170 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre, Mme Marylise Lebranchu. – Rejet.
M. Alain Vidalies.
Suspension et reprise de la séance
Amendements identiques nos 61 et 171 : MM. Jean-Paul Lecoq, Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, le président de la commission spéciale, le ministre, Alain Vidalies. – Rejet.
Amendement n° 20 : MM. le rapporteur, le ministre, François Brottes. – Adoption.
Amendement n° 172 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 21 : MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 173 : MM. Marc Dolez, le rapporteur, le ministre, Jean-Yves Le Bouillonnec, Jean-Claude Viollet, le président de la commission spéciale, Alain Vidalies, Daniel Paul, Roland Muzeau. – Rejet.
Amendement n° 175 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendements identiques nos 62 et 174 : MM. Roland Muzeau, Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement no 63 rectifié : MM. Daniel Paul, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 98 : MM. Christian Blanc, le rapporteur, le ministre, Alain Vidalies, le président. – Adoption.
Amendement n° 176 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement no 177 rectifié : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre, François Brottes. – Rejet.
Amendement n° 64 : MM. Roland Muzeau, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendements nos 178 et 22 : MM. Alain Vidalies, le rapporteur, le président de la commission spéciale, le ministre, François Brottes, Jean-Yves Le Bouillonnec. – Rejet de l’amendement n° 178 ; adoption de l’amendement n° 22 ; les amendements nos 65 et 88 tombent.
Suspension et reprise de la séance
Adoption de l’article 2 modifié.
Après l'article 2
Amendements identiques nos 75 rectifié et 179 : MM. Daniel Paul, Alain Vidalies, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Article 3
M. Jean-Paul Lecoq.
Amendements de suppression nos 66 et 105 : MM. Roland Muzeau, François Brottes, le rapporteur, le ministre, Jean-Yves Le Bouillonnec. – Rejet.
Amendement n° 180 : MM. François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Amendement n° 23 : MM. le rapporteur, le ministre. – Adoption.
Amendement n° 86 : MM. Philippe Vitel, le rapporteur, le ministre. – Retrait.
Adoption de l’article 3 modifié.
Avant l'article 4
Amendement n° 24 : MM. le rapporteur, le ministre, François Brottes, Jean-Yves Le Bouillonnec. – Adoption.
Article 4
MM. Daniel Paul, Marc Dolez, Jean Mallot, Alain Vidalies, Yanick Paternotte, Christian Eckert, François Brottes, Alain Néri, Maxime Bono, Mme Catherine Coutelle.
M. Alain Vidalies.
Suspension et reprise de la séance
Amendements de suppression nos 67 et 106 : MM. Roland Muzeau, François Brottes, le rapporteur, le ministre. – Rejet.
Renvoi de la suite de la discussion à la prochaine séance.
2. Ordres du jour des prochaines séances
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
Suite de la discussion d’un projet de loi adopté par le Sénat après déclaration d’urgence
J’en profiterai pour rappeler les conditions créées par l’annonce même de la loi. Jusqu’à présent, à la SNCF ou à la RATP, des accords existaient qui avaient fait la preuve de leur efficacité. Du reste, personne ne les met sérieusement en cause, puisqu’il est simplement proposé de les adapter. Il est vrai que, au moment du débat de mai 2006, quand votre majorité, le gouvernement et M. Perben ont choisi — option que nous défendons aujourd’hui — de privilégier la négociation, la charte de la prévisibilité s’appuyait sur une référence à un accord de branche. Sans doute, la négociation de cet accord n’est pas intervenue comme nous l’aurions souhaité, mais c’est manifestement parce que vous avez annoncé la loi. De ce point de vue, les déclarations des représentants de l’Union des transports publics, l’UTP, devant la commission spéciale ont été assez édifiantes. Je vous renvoie au rapport : ils ont dit, en des termes choisis, que la négociation n’était pas leur choix prioritaire. Ils ont benoîtement expliqué que, dès lors que, à la fin de l’année 2006, la France était entrée dans le processus démocratique de l’élection présidentielle, dès lors que s’était profilée la perspective qu’un des candidats puisse, une fois élu, mettre en œuvre son programme, dès lors que la loi avait été annoncée, ils n’avaient plus aucune raison de poursuivre la négociation, ils n’avaient, en tout cas, pas plus de conviction que d’enthousiasme pour la faire aboutir. C’est ainsi qu’ils ont tranquillement attendu la loi.
Cet état d’esprit risque de se manifester de nouveau par la suite. En effet, lorsque, dans le projet de loi, vous dites que, en cas d’échec de la négociation, on aura recours à un décret, c’est-à-dire à l’intervention du pouvoir réglementaire, l’histoire est déjà écrite. S’il y avait eu une négociation, je pense qu’elle aurait abouti, mais ceux qui l’ont refusée, parce que vous leur aviez promis la loi, la refuseront de nouveau à l’avenir puisque vous leur promettez le décret. La ligne de partage entre nous passe bien là, entre le pari de la négociation qu’il fallait mener jusqu’au bout et à laquelle il fallait donner toutes les chances de prospérer, et ce que vous nous proposez.
Nous avons donc souhaité, à travers cet amendement, faire des propositions reposant sur deux principes que nous déclinerons dans des amendements ultérieurs : d’une part, le principe majoritaire pour la validité des accords, car de cette question dépend le contenu même de la démocratie sociale, et, d’autre part, la remise en œuvre du principe de faveur, car les salariés et l’ensemble des petites ou moyennes entreprises demandent que l’on réhabilite la référence à l’accord de branche. C’est autour de ces deux principes que nous articulons notre proposition. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
D’autre part, il est vrai que le projet affiche un objectif d’efficacité : une signature doit être obtenue au plus tard le 1er janvier 2008. Vous le rappeliez tout à l’heure, cela est conforme à l’engagement du Président de la République comme à l’obligation de résultats qu’a évoquée le ministre du travail, Xavier Bertrand. Il est donc normal de prévoir le cas où la négociation n’aboutirait pas, même si nous espérons que cela n’arrivera pas. Mais je veux rappeler – et ceci est important – que, même après le 1er janvier 2008, même après l’entrée en vigueur éventuelle du décret en Conseil d’État, si un accord est conclu, ce sont ses dispositions qui prévaudront.
J’ajoute que cet amendement comporte des dispositions dérogatoires au droit commun de la négociation collective en ce qui concerne les conditions de majorité et la question de la hiérarchie des normes. Or, ce n’est bien sûr pas le but du présent texte que d’ouvrir de tels débats, qui font par ailleurs l’objet de concertations avec les partenaires sociaux. Je suis persuadé que nous aurons l’occasion de revenir sur cette question à l’occasion de l’examen de prochains amendements.
En outre, l’application du décret a vocation à s’effacer chaque fois qu’un accord sera conclu, même après le 1er janvier 2008, afin de privilégier chaque fois la négociation collective.
J’ai entendu vos questions, qui étaient sincères, et je tiens à vous répondre tout aussi sincèrement. Telle est notre logique. Il ne s’agit absolument pas d’un décret d’application, mais d’un décret à vocation supplétive.
C’est bien volontairement que vous avez omis de répondre à une question fondamentale. Depuis la loi Fillon de 2004, vous avez inversé la hiérarchie des normes.
Par ailleurs, je vous remercie, monsieur le ministre, d’avoir bien précisé qu’il ne s’agissait pas d’un décret d’application, mais d’un décret supplétif. Cela me paraît extrêmement important dans la perspective d’un recours devant le Conseil constitutionnel : le Conseil précise en effet que c’est le législateur, et lui seul, qui a compétence pour encadrer l’exercice du droit de grève. Si c’est un décret d’application, la question pouvait se poser ; si ce n’en est pas un, je vous remercie de l’avoir précisé car cela permettra au Conseil constitutionnel de se prononcer en toute cohérence.
S’agissant de la hiérarchie des normes, question qui a été soulevée hier, et de nouveau à l’instant par Roland Muzeau : premièrement, la position qui a été adoptée, c’est tout simplement la reprise de la position commune des organisations syndicales de juillet 2001 ; deuxièmement, le dispositif reste encadré par l’accord de branche ; troisième élément très important : cela reste encadré par la loi sur des points qui ne sont pas mineurs, comme les salaires, la prévoyance et les classifications
(L'amendement n’est pas adopté.)
Je crois que, sur le fond, il a déjà été débattu à l’article 1er. Je vous demande donc, M. Vidalies, de le soutenir brièvement.
Nous souhaitons que l’article 2 ne s’applique qu’aux entreprises de cinquante salariés et plus – je ne reviens pas sur l’argumentation que j’ai déjà exposée, concernant plus particulièrement la position de l’UPA. Cela soulève d’ailleurs une difficulté d’interprétation du projet : nous débattons depuis quelques heures de la notion d’accord-cadre, mais c’est tout de même une novation juridique dont la définition n’est pas très précise. Le rapporteur s’est naturellement posé la question puisque je lis dans son rapport, à la page 159 : « La notion d’accord-cadre n’est pas juridiquement très définie ». Nous sommes en train de faire la loi à l’Assemblée nationale sur la base d’un concept dont le rapporteur lui-même relève qu’il n’est pas très défini. C’est tout de même une circonstance un peu étonnante.
Demain, je vous laisse à penser les difficultés d’interprétation que cela peut soulever pour ce qui concerne notamment l’insertion de cette nouveauté dans la hiérarchie des normes, à côté des concepts mieux maîtrisés d’accord d’entreprise, d’accord de branche, de convention interprofessionnelle. Vous avez sans doute vos raisons pour imaginer cette notion sui generis, mais cela mériterait d’être précisé. En tout cas, voilà un motif de plus pour écarter les petites entreprises du champ d’application de cette invention, comme elles l’ont du reste demandé devant notre commission.
Et quand bien même la négociation n’aurait pas lieu – ce qui peut arriver –, le texte du projet de loi prévoit d’ores et déjà qu’un accord de branche peut intervenir, lequel s’appliquera dans les entreprises dépourvues d’accord-cadre. Cet amendement est donc inutile, voire contre-productif.
En outre, la notion d’accord-cadre permet de rendre compte que l’accord d’entreprise donne les règles du jeu de la négociation préalable. Il ne fait pas de doute, dans le texte de l’article 2, qu’il s’agit d’un accord d’entreprise de droit commun.
(L'amendement n'est pas adopté.)
L’amendement propose d’utiliser le mandatement pour les organisations syndicales non représentées dans l’entreprise. Cette proposition n’a aucun contenu particulier du point de vue idéologique, et vous pourriez parfaitement l’accepter puisque vous souhaitez que la négociation ait lieu, y compris dans les petites entreprises. Nous préférerions la branche, mais si votre solution doit être retenue, il faut prévoir dans le texte la référence au mandatement, qui apparaît déjà dans deux lois votées sous deux majorités différentes – la loi du 13 juin 1998 et la loi du 4 mai 2004. Ce serait un complément utile au dispositif et permettrait de mieux reconnaître le rôle des syndicats.
Soit l’amendement crée une nouvelle procédure de mandatement spécifique à la signature des accords-cadres – ce qui semble résulter de l’exposé sommaire –, et il est dans ce cas très lacunaire sur le plan du régime juridique du mandatement : absence de définition juridique des salariés mandatés, absence de définition des mentions devant figurer dans le mandat, des conditions d’approbation de l’accord signé par un salarié mandaté et des conditions d’entrée en vigueur de l’accord de mandatement, etc. ; il me semble pour le moins lourd de créer ainsi un nouveau régime qui n’est pas nécessaire au regard du droit existant. Soit l’amendement ne crée pas une nouvelle procédure – solution qui aurait ma préférence –, et à l’évidence il est inutile.
En outre, la procédure de droit commun de mandatement est d’ores et déjà prévue de manière précise et détaillée à l’article L. 132-26 du code du travail, introduit par la loi du 4 mai 2004 à laquelle vous avez fait référence. Et cette procédure trouve à s’appliquer dans l’ensemble des entreprises dès lors qu’un accord de branche le prévoit, sans qu’il soit besoin de le préciser expressément.
Monsieur le ministre, j’avais espéré que vous alliez vous reprendre sur cet article. Peut-être allez-vous faire un geste.
Dernier élément : vous dites que l’amendement est superfétatoire parce que la loi de 2004 existe. Mais dans la loi du 31 mars 2005 – la vôtre ! – portant réforme de l’organisation du temps de travail dans l’entreprise, je lis à l’article 3 que « dans les entreprises de vingt salariés au plus, l’accord d’entreprise peut être conclu en l’absence de délégué syndical ou de délégué du personnel désigné […] par un salarié expressément mandaté ». Vous nous dites que l’amendement est inutile à cause de l’existence de la loi de 2004, alors que, dans votre loi de 2005, vous avez cru bon de mentionner la possibilité de mandataires ! Soit vous voulez encourager le dialogue social et il faut en donner des signes ; soit vous ne le souhaitez pas, parce que le seul but de ce texte serait de réduire le droit de grève.
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Marc Dolez, pour le soutenir.
Cette proposition fait écho à une position que nous avons été nombreux à défendre dans cet hémicycle depuis le début de la discussion, et qui est relayée par nombre d’acteurs de terrain qui trouvent totalement irréaliste, le délai fixé pour la signature des accords-cadres.
Les entreprises auront donc plusieurs mois, jusqu’à janvier 2008, pour faire aboutir les négociations. Mais si elles n’y parviennent pas, elles auront la possibilité de poursuivre les négociations après cette date, comme M. le ministre et moi-même l’avons répété. Une fois l’accord signé, c’est lui qui s’appliquera et non plus les dispositions prévues par le décret du Conseil d’État. La dernière phrase de l’alinéa 3 est très claire à cet égard : « l’accord de branche ou l’accord-cadre régulièrement négocié après cette date s’applique dès sa signature, en lieu et place de ce décret ».
Or, pour les accords-cadres, vous fixez la date de signature au 1er janvier prochain. Août, septembre, octobre, novembre, décembre : cela fait cinq mois. Chacun sait qu’en août, il ne va pas se passer grand-chose. Vous allez partir en vacances et nous aussi ! À moins que vous ne teniez vraiment à mettre en place cette négociation en plein mois d’août. Alors, c’est un aveu, les masques tombent : vous voulez mener la négociation pendant que les travailleurs prennent des vacances bien méritées, même si certains ne peuvent malheureusement pas en profiter pleinement.
Alors, monsieur le ministre, si vous voulez vous montrer cohérent, donnez du temps à la négociation, et repoussez le délai d’un an. Ce sursis ne sera peut-être pas nécessaire, l’accord sera peut-être conclu avant. Mais donnez du temps au temps. Vous avez ainsi l’occasion de tenir votre promesse de nous réserver une heureuse surprise (Applaudissements sur quelques bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Roland Muzeau, pour soutenir l’amendement n° 56.
Le gouvernement précédent, qui défendait alors son projet de modernisation du dialogue social, a choisi le statu quo, en maintenant en l'état les règles de représentativité et de validité des accords. Or, la présomption de représentativité, datant de 1966, est inadaptée à l'évolution du paysage syndical. Le fait que des syndicats minoritaires puissent engager la majorité des salariés est devenu intenable depuis l’adoption de la loi Fillon de 2004, un texte qui a largement favorisé l'autonomie de la négociation au niveau de l'entreprise, et qui autorise un accord d'entreprise à déroger à un accord de branche – dans un sens défavorable aux salariés, bien entendu.
Vous êtes restés sourds aux deux principales recommandations du CES, partagées par la CFDT et la CGT : la refondation de la légitimité syndicale sur le vote de tous les salariés, et l'affirmation du principe majoritaire comme condition de validité des accords. À l’époque, j’avais défendu au Sénat ces propositions d'évolution, conditions de l'amélioration de la démocratie sociale française. Je me souviens du refus de la majorité UMP, désireuse – comme le MEDEF – de ne pas perdre les acquis de la loi Fillon : la possibilité de négocier au plus près du terrain avec des partenaires pas nécessairement syndiqués ou minoritaires, voire ultraminoritaires, c'est-à-dire avec des partenaires dociles.
Cette attitude me paraissait paradoxale de la part de ceux qui ne manquaient pas de s'inquiéter de la faiblesse des protagonistes sociaux et de l'émiettement syndical. Je mesure, à présent, la logique d'une telle attitude. C'est le moyen le plus sûr de régler son compte au syndicalisme, et de le discréditer.
Monsieur le ministre, une occasion nouvelle vous est offerte de faire la preuve que tout cela n'est que fantasme, et que ce gouvernement de rupture est, effectivement, décidé à donner tout son sens à la négociation.
En présentant l'article 2 de ce projet de loi, vous nous avez dit désirer un dialogue maximum. Je vous ai déjà fait part de mes doutes sur les chances de réussite de cette négociation à marche forcée d’un accord-cadre de prévention des conflits. Je veux bien les faire taire un moment, et vous proposer un dialogue social de qualité, mettant véritablement les organisations syndicales et les directions d'entreprises de transport face à leurs responsabilités.
L’amendement n° 56 n'exclut aucun syndicat représentatif de la négociation, mais il conditionne la validité de l'accord-cadre d'entreprise à sa signature par la ou les organisations majoritaires en voix. Et, pour mesurer l'audience des organisations syndicales, nous envisageons – comme nous y invite le CES – la tenue d'une élection de représentativité.
Vous allez m'objecter que notre proposition vient trop tôt, que les partenaires sociaux sont saisis de cette question et qu'il faut leur faire confiance. Ce n'est qu'argutie : le Gouvernement brusque les négociations lorsque cela l’arrange, lorsqu’il le juge opportun, comme ce texte en témoigne. Les vraies raisons sont donc à rechercher ailleurs : la majorité d'engagement prend à rebours la philosophie de la loi Fillon de 2004.
Depuis le début de nos travaux, nous cherchons à comprendre le revirement de la majorité qui, en 2006, estimait qu’il ne fallait pas voter de loi, mais recourir à la négociation qui donnait de bons résultats. J’ai fini par comprendre la cause de cette volte-face puisque vous nous l’avez donnée hier : l’élection présidentielle et la rupture.
J’ai donc décidé de ne plus utiliser nos arguments, mais seulement ceux qui sont susceptibles de vous convaincre. Je vais vous faire une lecture qui nécessitera, je pense, une suspension de séance pour que nous reprenions, dans un esprit très consensuel, l’ensemble de nos travaux.
Je pense que nous avons la réponse à nos problèmes. Je vous demande d’appliquer les propositions du Président de la République. Sur cette question, nous sommes prêts à vous suivre ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
J’ajoute que l’observation attentive des amendements socialistes et communistes est pleine d’enseignements pour nous. Là où le groupe socialiste propose, avec l’amendement n° 162, la signature de l’accord-cadre « par une ou des organisations syndicales ayant recueilli plus de la moitié des suffrages au premier tour des dernières élections professionnelles » – si j’ai bien compris –, M. Muzeau et ses collègues proposent, par l’amendement n° 56, la signature de l’accord « par une ou des organisations syndicales de salariés ayant recueilli au moins la moitié des suffrages exprimés lors de la dernière élection professionnelle de représentativité organisée nationalement tous les cinq ans ».
De telles divergences montrent qu’il n’y a pas de consensus sur cette question complexe…
Bien des questions restent posées : combien de suffrages faut-il recueillir ? Sur quel type d’élection se fonder ? Selon quelle périodicité ?
Avis défavorable aux amendements.
Mais vous connaissez suffisamment le droit du travail pour n’avoir pas compris ce que vous avez lu. Le souhait que vous avez exprimé avec votre amendement traduit de l’impatience – je ne dis pas un manque de confiance dans les partenaires sociaux.
Quant à vous, monsieur Muzeau, je ne vous reconnais plus ! Je vous ai connu sénateur serein et patient ; je vous retrouve député impatient !
Vous voulez aller plus vite que la négociation en cours entre les partenaires sociaux. Les grands discours s’arrêtent toujours au mur des réalités. Les partenaires sociaux qui suivent nos débats pourront le constater : certains parlent de leur faire confiance et d’autres leur font effectivement confiance – et c’est nous, pas vous ! Voilà pourquoi le Gouvernement est défavorable à ces deux amendements. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Vous ne pouvez pas nier, monsieur le ministre, que le bouleversement de la hiérarchie des normes a conduit à ce que des accords soient conclus par des syndicats minoritaires. Presque systématiquement, des recours s’en sont suivis – d’ailleurs difficiles à former car le droit d’opposition n’est pas si simple que cela à faire valoir –, quand les accords n’ont tout simplement pas été cassés par les tribunaux : la signature d’un accord majoritaire est toujours préférable.
Certes, vous êtes ministre du travail depuis peu de temps, mais j’imagine que vous avez révisé vos fiches comme vous le faisiez lorsque vous vous occupiez de la sécurité sociale, même si vous nous avez mis dans la vue 4 milliards de déficit supplémentaire !
Vous ne pouvez pas tourner autour du pot plus longtemps : si nous voulons redonner à notre droit du travail de justes fondements et prévenir les conflits – même s’ils auront lieu –, il faut poser la question de l’accord majoritaire. Beaucoup de grands patrons ont certes tenté de contourner le problème en organisant un vote du personnel sur des sujets simples : travailler 39 heures en étant payé 35 ou faire des heures supplémentaires obligatoires comme dans certaines brasseries alsaciennes.
Ces pratiques ont fait des ravages et les conflits sociaux se sont multipliés. On vient par ailleurs de citer la missive, que dis-je, l’ordre de M. Sarkozy puisque, depuis un mois, vous le rabâchez : Nicolas Sarkozy a parlé, le Parlement doit se coucher, la majorité n’ayant plus qu’à adopter ! (« Oh ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Première proposition : « Je souhaite également, écrivait M. Sarkozy, adopter le principe de l’accord majoritaire ».
Deuxième proposition : « Je veux faire du dialogue social un préalable obligatoire et je propose pour cela de consacrer […] une règle simple, que j’inscrirai dans une loi organique : le Gouvernement devra proposer aux partenaires sociaux de négocier avant toute intervention d’un nouveau texte […]. » Faisons-le !
Troisième proposition : « Ce n’est que si la négociation échoue ou est refusée que l’État sera autorisé à intervenir. » Or vous proposez exactement l’inverse !
Je comprends que les esprits soient troublés, monsieur le président : au nom de mon groupe, je demande donc une suspension de séance de quinze minutes pour examiner le texte de cette lettre et le communiquer à nos collègues.
Suspension et reprise de la séance
(La séance, suspendue à vingt-deux heures vingt, est reprise à vingt-deux heures trente.)
Forts de cette nouvelle certitude, nous constatons avec un certain désarroi que, malgré notre désir de parvenir à un vote unanime sur un amendement de consensus, la majorité et le Gouvernement marquent leur rupture totale avec le Président de la République.
Nous, l’opposition, n’avons pas vocation à être les gardiens du temple (Sourires), mais face à une majorité qui se dit légitime parce qu’elle s’engage à les tenir, c’est nous qui, dans le cas présent, exprimons les engagements de Nicolas Sarkozy, qu’Alain Vidalies connaît par cœur.
Il faut, dit-il, un nouveau souffle dans le dialogue social ; il faut que la loi ne prenne pas trop de place par rapport à la négociation sociale. Or, que nous propose le ministre ce soir, au banc du Gouvernement ? Un décret au lieu des négociations ! N’est-ce pas une trahison de la parole du Président de la République ? Ce n’est pas acceptable ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Nous proposons, dans un amendement de la même veine, que les propos de Nicolas Sarkozy, que l’accord majoritaire devienne la règle, afin de respecter la représentativité des salariés. Nous sommes d’accord en cela avec le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, à une exception près.
Enfin, le candidat Nicolas Sarkozy concluait en disant que l’État ne sera autorisé à intervenir que si la négociation échoue ou si elle est refusée. Or que faisons-nous ? Nous légiférons, au cœur de l’été, pour que la loi s’impose à toutes les négociations, avec une date butoir très rapprochée !
Il est important pour la suite de nos travaux que vous repreniez vos esprits, chers collègues (Sourires) parce que vous êtes en train de trahir les engagements de votre candidat tout en ne cessant de nous dire que vous les exécuterez. Vous l’avez fait jusqu’à présent, j’en conviens, avec un certain sens du détail, mais sur cet amendement, il semble que vous ayez eu un moment de faiblesse. Il est tout aussi important que le Gouvernement nous dise s’il compte continuer à trahir la parole présidentielle – ce qui pourrait nous conduire à un débat à fronts renversés… (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
(L’amendement n’est pas adopté.)
(L’amendement n’est pas adopté.)
La parole est à M. Roland Muzeau, pour le soutenir.
Dans l’esprit du législateur, la raison d’être du préavis de grève applicable dans le cadre du secteur public était de permettre de nouer un dialogue et d’ouvrir des négociations sur l’objet de la grève.
Le problème, même si l’on vous crédite de ne pas vouloir travestir la nature du préavis en délai supplémentaire afin d’organiser le service minimum, c’est que vous tenez à cette période de dialogue, en toutes circonstances, quel que soit le motif de la grève. Ce n’est plus du pragmatisme, c’est de la schizophrénie ! Comment en effet contraindre l’employeur et les organisations syndicales à discuter de sujets généraux de notre législation sociale sur lesquels ils n’ont pas le pouvoir d’agir directement ?
Les revendications professionnelles liées à l’organisation et aux conditions de travail, aux salaires, à la protection de l’emploi, à la prévoyance, aux droits collectifs, sont souvent internes à l’entreprise ou au secteur d’activité. Mais les griefs peuvent aussi être généraux, extérieurs à l’établissement, et les grèves interprofessionnelles ne sauraient être négligées. Si les griefs notifiés à l’employeur sont extérieurs à l’entreprise, rien ne justifie une négociation préalable.
A moins que, comme semblent le révéler les débats au Sénat, le Gouvernement ne veuille éviter que les salariés du secteur public des transports ne s’engagent dans une grève pour des motifs qui ne les concerneraient pas directement… Sachant que les mauvais coups à venir en matière de protection sociale auront du mal à passer, votre ambition, monsieur le ministre, serait-elle d’empêcher la participation des salariés du secteur public aux conflits nationaux interprofessionnels ? Décidément, les grèves de 1995 et celles, plus récentes, contre le CPE vous ont marqués ! Mais en enserrant ainsi l’exercice du droit de grève, vous allez conduire les travailleurs à faire entendre leurs désaccords et leurs aspirations par des actions plus radicales. Auriez-vous oublié Metaleurop ?
Notre amendement prend en compte la particularité des mouvements interprofessionnels ou spontanés. Pour éviter de placer les acteurs sociaux dans des situations ubuesques et insolubles, il vise à limiter la négociation préalable aux préavis déposés pour des motifs liés au fonctionnement de l’entreprise.
(L’amendement n’est pas adopté.)
La parole est à M. Alain Vidalies, pour le soutenir.
Comprenez que les employeurs ont sur ce point la même interrogation que les organisations syndicales. Ils se demandaient, devant la commission, ce qu’ils feraient face à une revendication visant la politique du Gouvernement et non la direction de l’entreprise.
Pour alléger ce carcan, nous vous proposons, après M. Muzeau, un amendement qui vise à préciser que ce dispositif ne s’applique qu’aux revendications dont la satisfaction relève d’une décision de la direction de l’entreprise. Il est en effet absurde d’imposer un tel système aux revendications interprofessionnelles, alors même que l’un des interlocuteurs n’est pas en mesure d’apporter de réponse, et cela risque de générer des crispations au sein de l’entreprise.
Il s’agit d’une vraie question pour les salariés et pour les entreprises. Si nous voulons être efficaces, il suffit de préciser – c’est ce à quoi tend notre amendement, que vous pouvez au demeurant sous-amender – que les revendications de nature interprofessionnelle échappent au champ d’application de la loi. Si les organisations syndicales qui déposent le préavis estiment qu’il s’agit d’une revendication de nature interprofessionnelle, et qu’elle concerne donc plusieurs entreprises, la décision n’appartient plus à la direction de l’entreprise ; dans le cas où cette interprétation de la revendication serait contestée, prévoyez une procédure d’arbitrage ou arbitrez vous-même, car telle est alors la fonction du ministre. Les acteurs concernés sont suffisamment responsables pour que cela ne pose pas de grandes difficultés. Ne vous abritez donc pas derrière le prétexte de ne pas savoir si l’on est face à un mouvement interprofessionnel ou à un conflit qui concerne seulement l’entreprise. Il me semble plus sérieux d’aller jusqu’au bout de votre démarche, afin de résoudre un problème qui risque de créer de graves difficultés dans notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Alain Vidalies, pour le soutenir.
Le droit actuel prévoit que chaque organisation syndicale est libre de déposer un préavis et responsable des suites qui en découlent. Votre texte évoquant, au pluriel, les organisations syndicales représentatives qui envisagent de déposer un préavis, il s’agit d’une véritable révolution : les différents syndicats devraient parvenir à un accord avant tout préavis !
S’il s’agit d’une erreur – ce que j’espère –, le texte doit être précisé pour être conforme au code du travail. Si, en revanche, monsieur le ministre, vous confirmez la rédaction de cet alinéa, nous devrons débattre longuement de cette modification, qui serait alors l’une des plus importantes de votre projet.
Le texte de l’article 2 est clair sur ce point. L’alinéa 5, par exemple, montre que l’accord-cadre prévoit « les conditions dans lesquelles une organisation syndicale représentative procède à la notification à l’employeur des motifs pour lesquels elle envisage de déposer le préavis de grève ». La précision apportée par cet amendement, qui a été accepté par la commission, correspond tout à fait à la démarche du projet de loi.
C’est un très bon amendement de précision.
(L'amendement est adopté.)
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq, pour le soutenir.
Initialement, le texte visait l'ensemble des organisations syndicales représentatives au sein de l'entreprise. Mais, à la suite des auditions auxquelles la commission spéciale sénatoriale a procédé et en particulier à celle de la présidente de la SNCF, qui a souhaité que soient améliorées les modalités du système de prévention des conflits, le rapporteur a proposé que la procédure de négociation soit réservée aux organisations ou à l'organisation ayant initialement soulevé le problème.
Prenant l'exemple des syndicats de représentants des conducteurs qui ne partagent pas nécessairement les revendications sur les conditions de travail des commerciaux, Mme Procaccia a fait valoir en séance publique au Sénat que cette modification, qui se « contentait » de prendre en considération une pratique en vigueur à la SNCF et à la RATP, permettrait « d'alléger la procédure de négociation et éviterait d'avoir à débattre avec certains syndicats de revendications qui ne les concernent pas s'il s'agit de syndicats catégoriels ». Mais la souplesse ainsi recherchée va à l'encontre de l'objectif de renforcement du dialogue social interne à l'entreprise qu’affiche le texte. Il est à craindre également qu'une telle restriction ne conduise à segmenter les questions auxquelles les directions d'entreprises peuvent être confrontées, multipliant ainsi les sources de conflits.
Vous connaissez trop bien le monde de l'entreprise pour ignorer que des dispositions prises pour une catégorie de salariés doivent être conçues de manière globale, dans la mesure où elles ont un impact direct sur le quotidien professionnel de l'ensemble des salariés de l'entreprise, fussent-ils d'une autre catégorie. Vous ne pouvez penser un seul instant que les cadres intermédiaires, par exemple, ne seront pas directement touchés par les contraintes supplémentaires imposées aux salariés que le plan transport juge indispensables.
En outre, la solution restrictive retenue par le Sénat, sur laquelle, monsieur le ministre, vous avez du reste émis un avis de sagesse – peut-être nous surprendrez-vous encore ! – est ambiguë car, vous l'avez noté, « chaque négociation, et non pas seulement celle qui porte sur le préavis de grève, implique la convocation de l'ensemble des organisations syndicales représentatives ». La négociation préalable à tout dépôt de préavis restreignant déjà largement l'exercice individuel du droit de grève, vous ne pouvez permettre qu'elle déroge en outre aux règles de droit commun en matière de négociation. Ou alors, dites-nous explicitement qu'elle est, en réalité, destinée à autre chose qu’à la négociation.
Par ailleurs, dans la mesure où vous acceptez les accords minoritaires et où l'article 3 du projet de loi rend impossible le dépôt d'un nouveau préavis sur le même sujet, cette disposition prive les organisations syndicales non consultées préalablement d'un moyen d'interpeller la direction de l'entreprise, donc, de la possibilité d’échanges portant sur leurs revendications, ce qui annonce la déresponsabilisation collective des acteurs sociaux. C'est socialement explosif et économiquement contre-productif.
Nous souhaitons donc que les employeurs soient tenus d'associer à la consultation l'ensemble des organisations syndicales présentes dans l'entreprise et non pas seulement l’organisation ou les organisations ayant notifié leur intention de déposer un préavis de grève. Tel est le sens de notre amendement n° 58. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
La commission a rejeté cet amendement, car il ne nous paraît pas souhaitable en l’occurrence de remettre en cause un ajout du Sénat. La concertation préalable avec les organisations qui envisagent de déposer un préavis de grève est, selon nous, un facteur de souplesse. En outre, rien n’empêche toutes les organisations qui le souhaitent de participer à la négociation. L’exemple de la RATP montre d’ailleurs le succès de ce dispositif, mis en pratique depuis plus de dix ans.
Pour toutes ces raisons, le Gouvernement est défavorable à cet amendement.
Cette procédure de révision annuelle, une fois l’accord signé, permet par exemple de prendre en considération l’inflation ou les augmentations individuelles. Or seuls les signataires des accords y sont aujourd’hui invités.
Il nous semble anormal que le texte prolonge ces dispositions défavorables au dialogue social et à la richesse de ses échanges, divisant ainsi les organisations syndicales et empêchant un dialogue collectif sur des questions pourtant indissociables, comme l’a rappelé Jean-Paul Lecoq en défendant notre amendement. On ne peut tenter de résoudre un problème catégoriel sans que cela excède la catégorie professionnelle concernée par le préavis de grève ou rejaillisse fortement sur l’ensemble de l’entreprise. C’est une question importante à laquelle vous devriez réfléchir.
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Alain Vidalies, pour le soutenir.
Sans doute émettrez-vous, dans un souci de cohérence, un avis favorable à cet amendement.
(L’amendement est adopté.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement n° 18.
Naturellement, nous souhaitons tous que des accords puissent être signés sur cette question importante. Le décret en Conseil d’État sera, en quelque sorte, le dernier recours. Il ne vaudra qu’autant qu’un autre accord ne sera pas signé ; en pratique, si un accord est signé après le 1er janvier 2008, ses dispositions prévaudront sur celles du décret.
Pour des raisons évidentes d’harmonisation et de cohérence juridique, afin que les garanties soient les mêmes dans toutes les entreprises, il est nécessaire que le contenu minimal des règles applicables – soit le délai pour la négociation, le type d’informations à transmettre aux organisations syndicales représentatives ou les conditions d’élaboration du relevé de conclusion de la négociation préalable – soit identique dans tous les cas.
Cet amendement le précise très clairement s’agissant des accords-cadres, tandis qu’un amendement à venir le précisera pour les accords de branche.
Vous portez atteinte au droit de grève, c’est un fait. (« Non ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Mais vous portez aussi atteinte, nous semble-t-il, au droit à négocier. En effet, il est prévu huit jours de discussion au terme desquels un accord est, ou non, conclu. En cas d’accord, on en reste là : la vie continue. Mais s’il y a désaccord, on entre dans la logique du préavis, et la grève ne peut avoir lieu qu’au bout de cinq jours. Mais l’article L. 521-3 du code du travail continue de s’appliquer. Les parties intéressées doivent donc profiter de la durée du préavis pour poursuivre la négociation : c’est ce que nous rappelons dans ce sous-amendement. En effet, dans votre esprit, et dans la lettre de ce texte, ces cinq jours ne comptent pour rien : ce sont cinq jours inutiles, cinq jours de tension, pendant lesquels les gens attendent le début de la grève et ne se parlent plus. Cela nous semble extrêmement préjudiciable, non seulement au dialogue social, mais au service rendu aux usagers et à la vie de l’entreprise.
Il est donc très important pour nous de connaître votre sentiment sur ce sous-amendement. Si vous le refusez, ces cinq jours ne serviront qu’à décourager tout le monde et à semer le trouble dans l’entreprise ; ils représenteront du temps perdu et coûteront très cher à l’économie. Dans le cas contraire, vous acceptez que la discussion puisse continuer pendant cette période, afin d’éviter la grève.
Avis favorable sur l’amendement n° 18.
La réponse du ministre est troublante : bien que nous disions la même chose que Roland Muzeau, il accepte un amendement, mais pas l’autre. Pourquoi pas ? C’est son droit.