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SOMMAIRE
Présidence de M. Jean-Marie Le Guen
1. Rappel au règlement.
MM. Jean-Marc Ayrault, le président.
2. Libertés et responsabilités des universités. – Suite de la discussion d'un projet de loi adopté par le Sénat après déclaration d’urgence (nos 71, 80)
discussion des articles (suite)
Après l'article 14
Amendement n° 216 : MM. Alain Claeys, Benoist Apparu, rapporteur de la commission des affaires culturelles ; Mme Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ; M. Pierre Cohen. – Rejet.
Rappels au règlement
MM. Jean-Pierre Soisson, Jean-Marc Ayrault.
Reprise de la discussion
Amendement n° 215 : Mme Michèle Delaunay, M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Pierre Cohen. – Rejet.
Amendement n° 220 : MM. Jean-Yves Le Déaut, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Jean-Pierre Soisson, Alain Claeys. – Rejet.
Article 15
MM. Alain Claeys, Jean-Yves Le Déaut, Pierre Cohen.
Amendement n° 150 rectifié : MM. Paul Giacobbi, le rapporteur, Mme la ministre. – Retrait.
Amendement n° 221 : MM. Régis Juanico, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Jean-Pierre Soisson, Daniel Goldberg, Mme Michèle Delaunay. – Rejet par scrutin.
Amendement n° 47 : M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Pierre Cohen. – Adoption.
Amendement n° 272 : Mme la ministre, MM. le rapporteur, Pierre Cohen. – Adoption.
Amendement n° 301 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 259 : Mme Valérie Rosso-Debord, M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Daniel Fasquelle. – Adoption.
Adoption de l’article 15 modifié.
Après l'article 15
Amendement n° 173 : MM. Régis Juanico, le rapporteur, Mme la ministre, M. Pierre Cohen. – Rejet.
Article 16
Amendement n° 48 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 302. – Adoption.
Amendement n° 204 : MM. Pierre Cohen, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 222 : MM. Daniel Goldberg, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 223 : MM. Daniel Goldberg, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Adoption de l’article 16 modifié.
Après l'article 16
Amendement n° 172 : MM. Pierre Cohen, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Article 17
Amendement n° 119 : Mme Jacqueline Fraysse, M. le rapporteur, Mme la ministre, Mme Françoise Guégot, M. Régis Juanico. – Rejet.
Amendement n° 49. – Adoption.
Amendement n° 50 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 51 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement no 224 : MM. Daniel Goldberg, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Claude Goasguen, Pierre Cohen, Patrick Braouezec. – Rejet par scrutin.
Amendement n° 276 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 17 modifié.
Article 17 bis
MM. Jean-Pierre Door, Daniel Fasquelle.
Amendement n° 277. – Adoption.
Amendement n° 22 rectifié avec le sous-amendement n° 316 : MM. Claude Goasguen, le rapporteur, Mme la ministre, M. Régis Juanico. – Adoption du sous-amendement n° 316 et de l’amendement n° 22 rectifié modifié.
Adoption de l’article 17 bis modifié.
M. le rapporteur.
Suspension et reprise de la séance
Article 18
M. Régis Juanico.
Amendement no 321 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Amendement n° 121 : MM. Patrick Braouezec, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Jean-Paul Anciaux, Claude Goasguen. – Rejet.
Amendement no 320 : Mme la ministre.
Amendement no 322 : Mme la ministre. – Adoption des amendements nos 322 et 320.
Adoption de l’article 18 modifié.
Article 19
Amendement n° 122 : Mme Jacqueline Fraysse, M. le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 52 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 19 modifié.
Article 20
Amendements nos 53 et 225 : MM. le rapporteur, Daniel Goldberg, Mme la ministre, M. Jean-Yves Le Déaut. – Rejets.
Amendement n° 278 : MM. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 54 rectifié : M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Jean-Yves Le Déaut. – Adoption.
Adoption de l’article 20 modifié.
Article 21
Amendement n° 123 : MM. Patrick Braouezec, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendements nos 253 et 226 : MM. Daniel Fasquelle, Daniel Goldberg, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejets.
Amendements nos 260, 132 et 227 : Mme Valérie Rosso-Debord, MM. Daniel Fasquelle, Jean-Yves Le Déaut, le rapporteur, Mme la ministre. – Retrait des amendements nos 260 et 132 ; rejet de l’amendement n° 227.
Amendement n°s 55 rectifié et 133 : M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Daniel Fasquelle. – Retrait de l’amendement n° 133 ; adoption de l’amendement n° 55 rectifié.
Amendement n° 255 : MM. Daniel Fasquelle, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 228 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 56 rectifié : MM. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 24 : M. Claude Goasguen. – Retrait.
Amendement n° 57 rectifié : MM. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 21 modifié.
Après l'article 21
Amendement n° 263 avec les sous-amendements nos 317 et 318 : MM. Daniel Fasquelle, le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption des sous-amendements et de l’amendement modifié.
Article 22. – Adoption
Article 23
M. Jean-Claude Fruteau.
Amendement n° 58. – Adoption.
Amendement n° 279. – Adoption.
Amendement n° 280. – Adoption.
Amendement no 310 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Adoption de l’article 23 modifié.
Article 23 bis
Amendement n° 281 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 282 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 23 bis modifié.
Après l'article 23 bis
Amendement n° 175 : MM. Pierre Cohen, le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption de l’amendement n° 175 modifié.
Article 23 ter
Amendement n° 311 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Amendement no 319 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Adoption de l’article 23 ter modifié.
Article 24
M. Paul Giacobbi, Mme la ministre.
Amendement de suppression n° 124 : Mme Jacqueline Fraysse, M. le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 60 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 229 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 61 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 62 : M. le rapporteur, Mme la ministre, M. Patrick Braouezec. – Adoption.
Adoption de l’article 24 modifié.
Article 25
Amendement n° 283 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 25 modifié.
Après l'article 25
Amendement n° 144 : Mme Jeanny Marc. – Retrait.
Article 26
Amendement n° 63 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 26 modifié.
Après l'article 26
Amendement n° 64 rectifié : M. le rapporteur, Mme la ministre, MM. Jean-Pierre Soisson, Daniel Fasquelle, Pierre Cohen. – Adoption.
Article 27
Amendement n° 284 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 27 modifié.
Après l'article 27
Amendement n° 285 rectifié : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Article 28
Amendement n° 286 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 28 modifié.
Après l'article 28
Amendement n° 273 : Mme la ministre, M. le rapporteur, Mme Valérie Fourneyron. – Adoption.
Article 28 bis. – Adoption
Après l'article 28 bis
Amendement n° 274 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Avant l'article 29
Amendement n° 149 : Mme Jeanny Marc. – Retrait.
Article 29
Mme Jeanny Marc, MM. Louis-Joseph Manscour, Alfred Marie-Jeanne, Mmes Christiane Taubira, la ministre.
Amendement n° 287 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 288 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 289 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 148 : Mme Jeanny Marc. – Retrait.
Amendement n° 275 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Amendement n° 127 : MM. Patrick Braouezec, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Adoption de l’article 29 modifié.
Article 30
Amendement n° 230 : M. Armand Jung. – Retrait.
Amendement n° 66. – Adoption.
Amendement n° 67. – Adoption.
Amendement n° 68. – Adoption.
Amendement n° 69. – Adoption.
Amendement n° 323 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Adoption de l’article 30 modifié.
Après l'article 30
Amendement n° 307 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Article 31
Amendement n° 290 avec le sous-amendement n° 324 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption du sous-amendement et de l’amendement modifié.
Amendement n° 291 rectifié. – Adoption.
Adoption de l’article 31 modifié.
Article 31 bis
Amendement n° 292. – Adoption.
Adoption de l’article 31 bis modifié.
Après l'article 31 bis
Amendement n° 293 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 294 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Article 32. – Adoption
Article 32 bis
Amendement n° 296 rectifié : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Adoption de l’article 32 bis modifié.
Article 32 ter
Amendement de suppression n° 72 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
L’article 32 ter est supprimé.
Après l'article 32 ter
Amendements nos 154 et 156 : MM. Alain Claeys, Patrick Braouezec, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejets.
Amendement n° 164 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 169 : MM. Jean-Yves Le Déaut, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 170 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 271 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Article 33. – Adoption
titre
Amendement n° 234 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
seconde délibération
Article 5
Amendement n° 1 : Mme la ministre, MM. le rapporteur, Claude Goasguen, Patrick Braouezec, Pierre Cohen. – Adoption de l’amendement n° 1 rectifié.
Adoption de l’article 5 modifié.
explications de vote
M. Yvan Lachaud, Mme Françoise Guégot, MM. Alain Claeys, Patrick Braouezec.
vote sur l’ensemble
Adoption de l’ensemble du projet de loi.
M. Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires culturelles.
Mme la ministre.
3. Ordre du jour des prochaines séances
(La séance est ouverte à quinze heures.)
Il y a quelques semaines, j’ai sollicité le Président de la République, qui a la maîtrise de l’ordre du jour de la session extraordinaire, afin que soit organisée au moins une fois par semaine, pendant cette session extraordinaire, une séance de questions au Gouvernement. En effet, il est une chose extraordinaire : nous sommes en session, mais nous ne pouvons pas exercer véritablement nos compétences de contrôle de l’exécutif. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche. – Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Dans toute autre démocratie parlementaire, le Premier ministre serait venu pour s’expliquer sur les conditions de libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien,…
Monsieur le président, madame la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, le groupe socialiste, à travers mon intervention, demande aujourd’hui que le ministre des affaires étrangères soit entendu dès demain par la commission des affaires étrangères. Même si vous ne pouvez pas me répondre maintenant, je souhaite que vous puissiez vous informer sur ce point et transmettre cette réponse à l’Assemblée nationale. Nous sommes ici les députés de la nation.
Suite de la discussion d’un projet de loi
adopté par le Sénat après déclaration d’urgence
M. Claeys a la parole.
Cet amendement tend à préciser que la mise en place des PRES – pôles de recherche et d’enseignement supérieur – indispensables à la réorganisation de nos universités, est de la responsabilité des conseils d’administration de chacune des universités concernées.
Ce sujet est essentiel. Il ne figurait pas dans la loi sur la recherche, ce que je regrette. Mais, alors que l’on traite de la gouvernance des universités et que l’on veut renforcer le pouvoir des présidents et des conseils d’administration, il serait utile de préciser dans la loi que les conseils d’administration ont la responsabilité des PRES pour chacune des universités concernées.
La commission a cependant repoussé cet amendement, non qu’elle ne soit pas d’accord sur le fond, mais parce qu’il semble mettre totalement les PRES sous la tutelle des conseils d’administration, alors qu’ils sont l’émanation d’un partenariat entre des universités et des grandes écoles. C’est le seul point qui nous différencie au regard de votre amendement.
Vous avez la parole, monsieur Claeys.
C’est tout le sens de cet amendement, qu’il aurait été intéressant d’adopter.
(L'amendement n'est pas adopté.)
Monsieur Ayrault, j’ai bien noté votre volonté que la souveraineté nationale puisse être mieux tenue informée des grands problèmes du moment. Or le règlement de notre assemblée ne prévoit pas – peut-être est-ce dommage – de questions au Gouvernement pendant les sessions extraordinaires. Je rappelle que nous avions tous souhaité cette disposition en d’autres moments parce que les sessions extraordinaires étaient, à l’époque, restreintes à un ou deux débats et ne couvraient pas une période longue au cours de laquelle la souveraineté nationale aurait pu s’exprimer.
J’aimerais également lui rappeler une autre règle : lorsque le Président de la République ou le Premier ministre sont à l’étranger, l’Assemblée ne débat pas des sujets qui concernent leur déplacement. C’est une règle générale…
La parole est à Mme Michèle Delaunay, pour le défendre.
S’il apparaît important que les scientifiques éclairent la société sur les résultats de leurs travaux, cela ne peut être le seul critère d’évaluation.
Il s’agit de permettre aux représentants des étudiants de prendre part au conseil de l’agence d’évaluation. C’est une pratique universitaire communément admise. Il est souhaitable qu’ils prennent part à l’évaluation des formations et des établissements d’enseignement supérieur.
Cet amendement s’inscrit dans la suite de la déclaration de Bologne, où les ministres de l’éducation des vingt-neuf pays européens ont fixé une série d’objectifs, dont le développement d’instruments communs permettant une évaluation sur des critères objectifs.
L’évaluation doit certes être fondée sur des critères objectifs, mais elle doit également être adaptée à chacune des universités, parce qu’une université peut avoir des étudiants ayant des difficultés liées à leur origine sociale ou à l’origine de leur baccalauréat. L’effort de l’université pour élever le niveau de formation de ces étudiants doit aussi être pris en considération, et une procédure nationale d’évaluation avec des critères objectifs ne permettrait pas forcément de tenir compte de la réalité de chacune des universités.
J’ajoute qu’il manque dans la rédaction que vous proposez un élément qui est pour nous essentiel, c’est que cette procédure doit s’inspirer des meilleures pratiques internationales et ne pas être fondée uniquement sur une procédure nationale.
Lors de l’examen du pacte pour la recherche, il y avait eu un long débat sur l’évaluation, et nous étions tous tombés d’accord sur le fait qu’il fallait au moins des critères objectifs nationaux,…
Il nous paraît donc intéressant de reprendre l’idée que l’évaluation doit certes prendre en compte des particularités de l’université, vous avez raison, mais sur la base de certains critères, ce qui permet d’avoir au moins des références. Si vous êtes d’accord, il n’y a pas de raison de ne pas accepter cet amendement.
(L’amendement n’est pas adopté.)
La parole est à M. Jean-Yves Le Déaut, pour le défendre.
Nous sommes amenés, dans les conseils régionaux, à discuter de contrats de projet. L’État souhaite que les conseils régionaux s’impliquent dans une politique d’enseignement supérieur et de recherche. Celle-ci est de sa compétence. Néanmoins, comme chaque région comprend l’importance d’avoir des universités fortes, visibles au niveau européen, les conseils régionaux et d’autres collectivités locales ont au fil des années financé de plus en plus le développement de l’université en se disant que, si l’université était forte et si des centres de recherche étaient forts, on pouvait soutenir l’innovation au niveau des régions.
Une partie de la politique définie par l’État se fait dans des contrats de projet, l’autre dans des contrats d’établissement, et un certain nombre de décisions prises dans le cadre des contrats d’établissement impliquent de fait les conseils régionaux. Cet amendement, qui devrait, je crois, recueillir l’unanimité de cette assemblée, prévoit donc que, dans le cadre strict des compétences obligatoires du conseil régional, les conseils régionaux peuvent être associés aux contrats d’établissement. Cela permettrait d’avoir une politique plus claire.
Je vous le disais hier, en Lorraine, qui est une petite région, le conseil régional consacre à peu près 40 millions d’euros par an aux universités. C’est le cas en Alsace, et l’effort est encore plus important en Rhône-Alpes, en PACA, dans d’autres régions plus importantes ou en Aquitaine. Il est donc important d’associer les conseils régionaux à ces contrats.
Aujourd’hui, la politique universitaire est négociée entre l’État central et l’État au niveau de la région, représenté par le préfet de région. Ce n’est pas satisfaisant. Si l’on veut progresser, on doit associer, à sa demande, la collectivité qui, du fait de sa compétence en termes d’innovation, joue un rôle important dans le développement de l’université en région.
Nous sommes tous d’accord sur l’importance qu’ont les conseils régionaux dans la politique universitaire française. Ils investissent de plus en plus, notamment, bien sûr, pour la construction des bâtiments, mais pas seulement. Certaines régions, notamment la mienne, investissent également dans la recherche. Nous avons cependant estimé qu’il n’était pas satisfaisant de rendre de fait obligatoire leur présence dans le contrat pluriannuel d’établissement.
Le contrat pluriannuel d’établissement, c’est une relation entre l’État, la tutelle des universités, et les universités. Qu’il y ait à côté une négociation sur les domaines de compétence de la région entre l’établissement universitaire et la région, les statuts de l’université peuvent le prévoir, ce qui ne posera aucun problème et s’organisera naturellement, mais la tutelle de l’État, dont vous regrettiez hier l’absence relative, s’exprimera à travers le contrat pluriannuel avec l’établissement universitaire.
La région a un rôle dans l’élaboration de la stratégie d’établissement. Puisqu’elle finance l’université, elle doit siéger dans le conseil d’administration, qui est le lieu stratégique de la prise de décision pour l’avenir de l’université, sa stratégie de formation et de recherche. Cela correspond d’ailleurs à la mission qui lui a été donnée. Cela lui permet de vérifier la cohérence de la politique de formation de l’université en formation initiale et en formation continue avec tous les leviers de la politique de formation professionnelle. Mais le contrat d’établissement pluriannuel, lui, comme l’a très bien expliqué le rapporteur, est un outil qui règle les relations entre l’État et l’établissement.
J’ajoute que les montants versés par les régions pour financer l’université et ceux versés par l’État ne sont pas comparables. Pour certaines régions qui s’investissent fortement, c’est environ un milliard d’euros. L’État s’investit à hauteur de 10 milliards d’euros, et il doit aussi avoir une politique de gestion des ressources humaines, puisqu’il rémunère l’ensemble des personnels de l’université et qu’il est en plus chargé de vérifier la cohérence interrégionale de notre service public de l’enseignement supérieur.
Pour toutes ces raisons, je crois qu’il faut vraiment différencier. La région a évidemment sa place au conseil d’administration en tant que partenaire et décideur au sein de l’université, elle n’a pas à être associée au contrat pluriannuel.
Les régions ont la charge de la création des BTS, l’État des IUT. Or il peut y avoir concurrence sur un même bassin de formation entre certains départements d’IUT et des BTS. Que la région puisse être consultée sur de tels sujets, cela ne me paraît invraisemblable, et cela ne remet pas en cause le rôle prépondérant de l’État.
Les régions ont donc pris petit à petit, parce que l’État l’a demandé, un rôle important, dans des domaines majeurs comme l’environnement, la valorisation et l’innovation. Nous ne demandons pas que les régions soient associées pour la totalité des compétences, cette intervention serait limitée au cadre strict des compétences du conseil régional. L’innovation en fait partie. Comment voulez-vous travailler sur la valorisation dans les universités, sur des incubateurs, s’il n’y a pas un lien très étroit entre la région et les universités ?
Je pense que vous avez eu tort de refuser cet amendement, car c’est ainsi que devra être l’université de demain : la compétence de l’État, une autonomie des établissements et un lien fort avec les régions.
(L’amendement n’est pas adopté.)
La parole est à M. Alain Claeys.
Cet article, comme l’article 16, traite de sujets extrêmement sensibles aux yeux de tous les acteurs du monde universitaire. C’est si vrai que la conférence des présidents d’université qui s’est tenue à la fin du mois de juin s’est exprimé sur ce sujet des emplois contractuels.
Votre projet de loi, madame, ouvre aux universités la possibilité de recruter des contractuels à deux niveaux : au niveau des personnels administratifs de catégorie A, que nous aborderons à l’occasion de l’examen des amendements à l’article 16, et au travers du recrutement d’enseignants-chercheurs contractuels. S’il est vrai qu’une telle faculté peut être utile de façon ponctuelle, pour faire venir de l’étranger tel ou tel enseignant-chercheur et assumer leur rémunération, il ne faudrait pas que de proche en proche ces emplois contractuels se substituent aux emplois statutaires. Nous l’avons dit depuis le début du débat : nous faisons de cette question un point fort de nos propositions et de notre opposition au texte tel qu’il est parvenu à l’Assemblée nationale.
La lettre de cadrage que le Président de la République vous a adressée nourrit encore nos inquiétudes : elle vous fixe, madame, des objectifs de réduction du nombre des emplois statutaires qui font craindre pour nos universités des restrictions dans les années à venir en ce domaine, en contradiction avec les besoins qui s’y manifestent.
D’autre part, il n’est pas opportun de réintroduire par ce biais l’expérimentation à laquelle vous aviez dû renoncer sous la pression des présidents d’université. En effet, l’amendement du Sénat, que vous avez accepté, voire inspiré, permettra à l’État de fixer pour chaque université, contrat d’établissement par contrat d’établissement, un pourcentage d’emplois contractuels par rapport à sa masse salariale. Si, au Sénat, l’opposition a pu sembler ambiguë sur ce point, je vous assure que la nôtre sera dépourvue de toute ambiguïté : nous refusons un traitement différent selon le contrat d’établissement, la discipline ou la nature de l’université. Il faut qu’il y ait une règle générale, qui s’impose à tous et à chacune des universités. Le point est essentiel : à défaut d’une telle règle, c’est la porte ouverte aux expérimentations.
Notre exigence a été confortée par l’amendement proposé par M. le rapporteur à la commission des affaires culturelles. Vous qui êtes, monsieur le rapporteur, attentif à toutes les sources de financement possibles des universités, vous avez en effet proposé que ce pourcentage se rapporte à la masse salariale comprise dans la dotation de l’État, à l’exclusion, par exemple, des ressources en provenance des fondations. Un tel amendement ne peut que renforcer nos craintes et nos critiques. Il s’agit là d’un vrai débat, d’une vraie différence entre nous, et non d’un prétexte à polémique, et je n’ai pas besoin de faire de grands développements pour vous démontrer qu’une telle exclusion des ressources venant des fondations ne peut que multiplier nos craintes.
Pour nous, les emplois contractuels ne sont envisageables que s’il s’agit de disposer de la souplesse nécessaire pour les quelques cas qu’on ne peut pas résoudre dans le cadre du statut de la fonction publique. Mais s’ils sont là pour se substituer à terme aux emplois statutaires, nous sommes contre. La meilleure façon de régler ce problème est donc de fixer des règles : c’est le sens des amendements que nous allons défendre.
Que les universités doivent pouvoir recruter par contrat des enseignants étrangers, ou pour des métiers qui n’existent pas dans la fonction publique, de cela nous ne disconvenons pas. Mais nous nous opposons à un amendement qui tente d’enfoncer un coin dans le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche, puisqu’il ne fixe pas aux universités un taux maximal de personnels contractuels. On a vu où cela a conduit des entreprises publiques, qui aujourd’hui ne le sont plus.
Mme la ministre nous a assurés de la pureté de ses intentions. Nous aimerions la croire, mais notre longue expérience de parlementaire nous a enseigné qu’il valait mieux poser certains verrous.
Un amendement défendu au Sénat proposait qu’un tel taux soit fixé par décret en Conseil d’État. Il a été refusé, et ce taux sera fixé par le contrat d’établissement. Ce n’est pas faire preuve d’une imagination débordante que de craindre qu’on ne fixe aux universités qui voudraient entrer dans l’expérimentation un taux de contractuels beaucoup plus élevé que les normes couramment admises, et qu’on en arrive ainsi à la privatisation partielle de certaines universités.
Nous souhaiterions donc qu’il y ait des verrous, même si, je le répète, nous ne sommes pas opposés à la possibilité de recruter des contractuels. Notre souhait est conforté par l’amendement de M. le rapporteur, qui est d’inspiration plus libérale encore que le projet de Mme la ministre. Mais vous vous en expliquerez, monsieur le rapporteur.
Voilà ce que nous souhaiterions, monsieur le rapporteur, madame la ministre : que le texte mette en place des verrous. Ou alors indiquez-nous comment vous comptez vous y prendre pour éviter des dérives que nous refusons.
Cet article est la troisième source des graves dangers dont le texte est porteur, et je voudrais compléter ce que nos collègues Alain Claeys et Jean-Yves Le Déaut viennent de dire à ce propos.
En effet, même si vous nous avez assurés en commission que vous déploieriez auprès du Président de la République toute votre force de conviction afin d’obtenir un arbitrage très favorable, votre lettre de cadrage nous a appris que votre ministère devra, comme tous les autres, respecter le sacro-saint principe de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Un tel objectif est en contradiction avec les mesures qui ont déjà été votées, celles dont on peut penser qu’elles vont l’être et toutes celles qui sont en préparation à en croire ce que vous nous avez promis ; il est en contradiction avec les ambitions que vous affichez, en particulier en matière de missions de service public, qui supposent au contraire des créations d’emplois. Nous savons très bien que l’université ne pourra pas améliorer l’encadrement et l’orientation de ses étudiants, mener une véritable politique de ressources humaines, assurer l’accompagnement de la formation continue, enfin faire fonctionner tous les dispositifs que nous allons mettre en place dans les six prochains mois sans création d’emplois.
Nous sommes donc là à un moment de vérité. Si votre intention est de plier les universités à la logique qui nous est bien connue, il n’y a pas de duperie : le Président de la République a été élu sur un mandat de désengagement de l’État et de rétrécissement la puissance publique. Mais si on veut au contraire permettre aux universités d’affronter tous ces défis, conformément à leur mission de service public, il faudra créer des postes de fonctionnaires – j’y reviendrai. Vous avez brièvement évoqué à ce propos le lien entre les collectivités locales et les fondations, mais je ne sais pas si cela sera du goût des collectivités territoriales.
Sinon, les universités devront trouver des ressources propres dans une dynamique qui les associe à des structures privées. Mais il me semble que nous ne pouvons pas assigner une véritable ambition aux universités sans un lien direct entre les missions de service public et la fonction publique.
Je sais ce que vous allez dire, parce que je connais le refrain : la fonction publique est gangrenée et figée dans ses cloisonnements.
C’est ouvrir la porte à une remise en cause extrêmement grave, notamment pour les universités soumises à une logique de privatisation. Les cadres d’emploi de la fonction publique deviendront obsolètes puisque les rémunérations et les carrières seront individualisées. Ce n’est pas un déroulement de carrière figé et uniforme que je défends, mais des critères de progression clairement définis.
Ce texte est réellement une porte ouverte à la remise en cause de la mission de service public des universités. C’est pourquoi nous vous demandons de réfléchir aux amendements que nous proposons
La parole est à M. Paul Giacobbi, pour le soutenir.
Par ailleurs, la dotation de fonctionnement de l’État est depuis 2002 intégrée à la dotation globale de décentralisation de la collectivité territoriale de Corse, laquelle verse une subvention de fonctionnement à l’université.
Depuis 2004, un cadre conventionnel original associe l’État, la collectivité territoriale de Corse et l’université. Il me semble donc logique d’en tenir compte dans cet article qui ne me paraît pas dans son état actuel adapté au régime particulier de l’enseignement supérieur en Corse. Je ferai la même observation à propos de l’article 24, que nous examinerons tout à l’heure. En effet, la CTC est d’ores et déjà propriétaire ou affectataire des biens immobiliers de l’université.
On augmente là le périmètre de la ressource qui peut être considérée dans le cadre de la convention prévue pour accroître l’autonomie de l’université. Il peut y avoir bien entendu d’autres rédactions, mais il faudrait à tout le moins adapter d’une manière ou d’une autre cet article et l’article 24 aux dispositions spécifiques à la Corse.
En outre, l’amendement me semble en partie contradictoire avec les lois de décentralisation qui donnent une spécificité à la Corse. Enfin, en quoi l’article 15, tel qu’il est rédigé, entrerait-il en conflit avec le statut de la Corse et aux dispositions régissant la dotation globale de décentralisation ?
Le contrat prévu par le projet de loi est conclu entre l’État et l’université et porte sur la formation, le service public d’enseignement supérieur, les objectifs et les résultats de l’université en matière de formation et de recherche. La convention tripartite qui, depuis la loi du 13 mai 1991, régit les relations entre la collectivité territoriale de Corse, l’État et l’université ne relève pas du cadre de cette loi. Il s’agit en effet d’une convention ad hoc régissant l’organisation très particulière de l’université de Corte. Lors de la signature de la prochaine convention tripartite, la collectivité pourra, si elle le souhaite, aborder la question de sa dotation globale de décentralisation, mais cela n’entre pas dans le cadre national que fixe la loi dont nous débattons aujourd’hui.
Je reviendrai néanmoins sur cette question à propos de l’article 24, pour lequel il me semble difficile d’admettre qu’une collectivité puisse contracter pour une propriété dont elle n’est pas propriétaire.
Je suis saisi d’un amendement n° 221.
J’indique d’ores et déjà que, sur le vote de cet amendement, je suis saisi, par le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche, d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l'enceinte de l'Assemblée nationale.
La parole est à M. Régis Juanico, pour soutenir cet amendement.
Comme l’a dit M. Cohen, nous souhaiterions une clarification de votre part quant aux moyens financiers qui accompagneront cette réforme dans les prochaines années et à la dotation des universités. Nous sommes notamment très inquiets de la tonalité de la lettre de mission qui vous a été adressée par le Président de la République, tonalité nettement plus libérale que les propos que vous tenez depuis lundi après-midi devant la représentation nationale.
Comment cela peut-il être compatible avec le respect de l’égalité des chances et de l’égalité de traitement des différentes universités, qu’il s’agisse de grands pôles universitaires ou d’universités de taille moyenne ou de plus petite taille ?
Nous sommes également inquiets, comme l’a dit M. Cohen, de l’exigence qui vous est imposée dans votre lettre de mission de respecter l’objectif de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite, notamment dans l’enseignement supérieur. Nous vous demandons donc de mettre en place des garde-fous, en particulier pour ce qui est de la possibilité de recourir, dans la masse salariale, à des emplois contractuels, et cela non seulement pour les enseignants chercheurs, qui sont visés par notre amendement n° 221, mais également, comme nous le verrons tout à l’heure, pour les personnels IATOS, car il ne convient de ne pas faire de différence entre ces deux catégories.
Il convient de limiter l’émergence au sein des universités d’un corps contractuel dérogatoire au statut des corps de la fonction publique et de faire en sorte que la part de la masse salariale que chaque établissement peut consacrer au recrutement d’enseignants chercheurs contractuels soit fixée par décret, et non pas renvoyée au contrat pluriannuel de chaque établissement. Si tel était le cas, en effet, cette proportion varierait selon les établissements, ce qui ouvrirait la voie à une université non pas à deux vitesses, mais à quatre-vingts ou quatre-vingt-cinq vitesses !
Il faut veiller à ce que, dans un contexte de suppression d’emplois publics, le recrutement des contractuels ne donne pas lieu au remplacement d’emplois publics par des emplois de droit privé au sein des universités.
Je vous le dis très sincèrement, monsieur Juanico : nous sommes fiers de la culture du résultat.
J’en viens à la lettre de mission qu’a reçue la ministre, dont on nous répète constamment qu’elle reprend l’un des thèmes de campagne du Président de la République, à savoir le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Il s’agit certes d’un engagement du Président de la République, que nous souhaitons tenir, mais cela ne signifie par pour autant que cet engagement sera appliqué de la même façon dans tous les ministères. Il va de soi qu’une régulation s’opérera entre les différents ministères.
Mme la ministre a indiqué à plusieurs reprises, en particulier dans la discussion générale, qu’un effort budgétaire massif de l’État sera réalisé au ministère de l’enseignement supérieur, comme cela a été annoncé à plusieurs reprises, notamment dans les premiers cycles universitaires. C’est là en effet qu’en termes de taux d’encadrement et de nombre d’heures par élève, les difficultés sont les plus grandes, avec des différences considérables entre les premiers cycles et les classes préparatoires, les IUT et les STS. L’engagement du Président de la République figure donc bien dans la lettre de mission reçue par la ministre, comme dans celles qu’ont reçues tous les ministres.
Pour en revenir à l’amendement que nous examinons, il faut rappeler que le projet de loi vise précisément à différencier les règles et les termes du contrat conclu avec l’État en fonction du bassin d’emploi et du projet de l’université, afin de tenir compte de la spécificité de chacune des universités. Il importe de reconnaître cette spécificité, y compris pour ce qui concerne les emplois, afin de fixer le pourcentage maximum d’emplois contractuels que nous affecterons à chaque université.
Parallèlement à cette liberté, l’État doit évidemment être le garant du bon fonctionnement du service public de l’enseignement supérieur – car il s’agit pour nous, et je tiens à le redire solennellement, d’un service public. Il faut donc trouver les marges d’équilibre entre la liberté des universités et le regard attentif de l’État.
Le projet de loi vise à donner de la souplesse au recrutement des enseignants-chercheurs sur des contrats à durée déterminée, en permettant leur titularisation au bout de six ans et à celui des contractuels de catégorie A, sur des contrats à durée déterminée ou indéterminée. Aujourd’hui, en effet, les universités n’ont pas ces possibilités et bricolent de la précarité pour leurs personnels avec des contrats qui ne sont pas prévus par la loi, usant de subterfuges pour trouver les marges de souplesse que la loi ne leur reconnaît pas. Ne vous en déplaise, je suis donc aussi la ministre qui résorbera la précarité dans l’université. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire. – Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.) Je suis la ministre qui donnera à ces personnels de vrais contrats durables et légaux, qui leur donneront droit à une indemnisation chômage et à un vrai statut.
Il faut naturellement des garde-fous pour s’assurer que tout se passe bien. Le texte en prévoit de nombreux. Est ainsi prévue la création d’un comité technique paritaire dans l’université, qui sera responsable de l’ensemble de la gestion des ressources humaines et à qui le conseil d’administration devra soumettre la politique de recrutement contractuel. Ce comité technique paritaire, qui répond à une demande formulée depuis des années par les syndicats de personnel dans l’université, nous le créons avec cette loi.
Il existe d’autres garde-fous, comme le contrat pluriannuel qui sera conclu entre l’État et l’université. Nous proposons que ce contrat pluriannuel fixe – et c’est là une demande qui a fait un temps l’objet d’un consensus fugitif au sein du groupe socialiste du Sénat – un pourcentage de la masse salariale consacré au recrutement de contractuels enseignants-chercheurs. Je propose, quant à moi, d’aller plus loin en fixant pour les contractuels de catégorie A recrutés par l’université un pourcentage maximal, ce qui garantit, pour répondre aux observations très justes de M. Le Déaut, que nos intentions sont pures.
Je vais en donner des exemples. L’université de Strasbourg, dont il a beaucoup été question hier avec M. Bur, qui était ici tout à l’heure, et M. Jung ici présent, veut concevoir un pôle de recherche et d’enseignement supérieur transfrontalier. Ne pensez-vous pas que des professeurs venus de l’autre côté de la frontière pourraient souhaiter être recrutés à l’université de Strasbourg ? Or ces professeurs, monsieur Jung, ne sont pas intéressés par le statut de la fonction publique française. Ils souhaitent un emploi pérenne, c’est-à-dire un emploi qui ne les place pas dans la précarité. C’est précisément ce que prévoit le texte dont nous débattons.
Autre exemple : la compétence immobilière dont disposeront les universités dans le cadre de la nouvelle loi. Aujourd’hui, les universités ont-elles des architectes ? Emploient-elles des chefs de chantier ?
Je tiens à corriger une inexactitude que M. Goasguen a très justement relevée. (« Bravo ! » sur quelques bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Ces emplois qui participeront à l’exécution du service public de l’enseignement supérieur seront tous des emplois publics, des contrats à durée indéterminée publics – mais oui, monsieur Cohen ! Conformément à la jurisprudence du Conseil d’État, c’est bien de l’emploi public que nous créerons dans les universités.
J’en viens enfin aux fondations. Vous avez rappelé à juste titre que l’État n’évoquerait, dans le contrat pluriannuel, que la masse salariale qu’il donne aux universités. Dans un contrat, en effet, l’État ne peut fixer d’obligations que sur ses engagements : il s’engage à donner de l’argent et à cet engagement doit correspondre un engagement synallagmatique des universités. Les fondations ne sauraient donc être comprises dans ce cadre.
Soyons réalistes : nous allons, grâce à cette loi, créer des fondations universitaires, des fondations partenariales ; mais savez-vous combien coûte, tout compris – charges sociales incluses –, un professeur d’université chaque année ? Entre 150 000 et 200 000 euros ! Pour un seul professeur, pour un seul poste ! On part de zéro. Alors, avant que les fondations universitaires ne soient susceptibles de modifier le rapport entre contractuels et emplois statutaires dans la masse salariale, monsieur Cohen, nous ne ferons plus, ni vous ni moi, de la politique ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre.)
Par ailleurs, je dis aux députés socialistes que nous avons assisté à une première : en commentant la lettre de mission que le Président de la République a adressée à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, ils se sont immiscés dans le fonctionnement du pouvoir exécutif. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Monsieur Goldberg, veuillez poursuivre votre propos.
Je vous ai écoutée avec attention : vous avez dit qu’il faut que nos universités puissent recruter avec souplesse. Il y a en effet certains dispositifs dans le projet de loi qui assouplissent les procédures de recrutement, notamment les comités de sélection que vous voulez mettre en place. Mais nous, nous ne parlons pas ici de souplesse au niveau des procédures de recrutement, mais du statut des personnels recrutables. Pour nous, souplesse et autonomie, ça ne veut pas dire précarité et précarisation des personnels des universités (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche), qu’il s’agisse des enseignants-chercheurs ou des IATOS.
Vous avez évoqué des possibilités de titularisation au bout d’un certain nombre d’années. Mais rien ne figure dans votre projet de loi à ce propos.
Vous nous avez également parlé de personnels de catégorie A non enseignants qui pourraient être recrutés par voie contractuelle, mais sans nous préciser que ces personnels n’existent pas dans la fonction publique d’État. C’est véritablement ce qui pose problème. Si la mesure concerne des métiers ou des profils dont la catégorie d’emploi n’existe pas dans la fonction publique d’État, nous sommes tout à fait ouverts à ce type de proposition ; mais étendre cette possibilité à l’ensemble des professionnels non enseignants de l’université est inacceptable.
Ensuite, je vous ai entendu dire, pour ce qui concerne les personnels enseignants, que l’on ne trouve pas toutes les compétences dans les universités.
On a évoqué souvent ce que proposaient nos collègues socialistes du Sénat. Je voudrais donc, par souci de clarté, relire l’amendement qu’ils ont présenté. (Vives protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Vous avez la parole, madame Delaunay.
(Il est procédé au scrutin.)
L'amendement n° 221 est rejeté. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Je suis saisi d’un amendement n° 47.
La parole est à M. le rapporteur, pour le soutenir.
Certes, des universités iront de plus en plus vers la recherche de fonds propres. Nous savons que c’est parfois nécessaire, que certains contrats doivent être conclus entre les entreprises et les universités, qu’il faut pouvoir créer des services permettant à l’université d’avoir une capacité d’expertise dans le monde économique et social. Mais il n’empêche : si l’on rajoute à tous les emplois contractuels déjà existants ceux que votre texte va créer, je considère, madame la ministre, que vous allez légiférer la précarité. Vous n’allez pas, avec cette loi, la faire disparaître.
(L'amendement est adopté.)
La parole est à Mme la ministre, pour le soutenir.
Or, dès que vous êtes arrivés au pouvoir, en 2002, vous avez tout arrêté. Les chercheurs sont alors descendus dans la rue, et le débat a été relancé. Cela dit, le meilleur moyen de garder nos éminences grises consiste à élaborer une politique vraiment ambitieuse pour la recherche et l’université, et à créer des postes.
L’ennui, c’est que ces cerveaux sont partis. Maintenant, pour les inciter au retour, nous en sommes réduits à créer des emplois parallèles, qui peuvent répondre à des situations ponctuelles, mais qui, s’ils étaient développés en masse, remettraient clairement en cause l’équilibre de l’université. C’est un véritable danger. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
(L'amendement est adopté.
La parole est à M. le rapporteur, pour le soutenir.
(L'amendement est adopté.)
La parole est à Mme Valérie Rosso-Debord, pour le soutenir.
Des inquiétudes se sont effectivement exprimées, notamment dans les rangs des doyens des facultés de médecine et de droit, à propos de la place des UFR dans l’élaboration du budget de l’établissement dont elles font parties.
Cet amendement permettrait de lever toute ambiguïté, en les associant – ainsi que les services communs, tels que la médecine préventive ou les activités physiques et sportives – à la définition de leur dotation de fonctionnement pour qu’elles puissent bénéficier de moyens adaptés.