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SOMMAIRE
présidence de M. Marc-Philippe Daubresse
M. le président.
1. Élection des juges de la Cour de justice de la République
2. Rappel au règlement
MM. François Brottes, le président.
3. Libertés et responsabilités des universités. – Suite de la discussion d'un projet de loi adopté par le Sénat après déclaration d’urgence (nos 71, 80)
discussion des articles (suite)
Article 1er (suite)
Mme Sandrine Mazetier, MM. Pierre Cohen, Daniel Goldberg, Régis Juanico, Pierre-Alain Muet, Étienne Pinte, Daniel Fasquelle.
Amendements nos 95 et 177 : M. Patrick Braouezec, Mme Sandrine Mazetier, M. Benoist Apparu, rapporteur de la commission des affaires culturelles ; Mme Valérie Pecresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ; M. Noël Mamère. – Rejets.
Amendement n° 96 : MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 135 : MM. Alfred Marie-Jeanne, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 240 : MM. Daniel Fasquelle, le rapporteur, Mme la ministre, M. Alain Claeys. – Retrait.
Adoption de l’article 1er.
Avant l'article 2
Amendement n° 25 : MM. Claude Goasguen, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Alain Claeys, Pierre Cohen, Jean-Marc Ayrault.
Sous-amendement n° 303 à l’amendement n° 25 : M. le rapporteur. – Adoption du sous-amendement.
Adoption de l’amendement n° 25 modifié.
Rappel au règlement
MM. Jean-Marc Ayrault, le président.
Article 2
M. Serge Letchimy, Mme la ministre.
Amendements nos 97 et 157 : MM. Patrick Braouezec, Jean-Marc Roubaud, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejets.
Amendements nos 241 et 242 : MM. Daniel Fasquelle, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejets.
Amendement n° 5 : MM. Claude Goasguen, le rapporteur, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Soisson. – Retrait.
Adoption de l’article 2.
Article 3
Adoption de l’article 3.
Article 4
Amendement de suppression n° 98 : MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 85 : MM. Sébastien Huyghe, le rapporteur, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Soisson. – Retrait.
Amendements nos 6 et 165 : MM. Claude Goasguen, Jean-Marc Roubaud, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejets.
Amendements identiques nos 99 et 178 : MM. Noël Mamère, Daniel Goldberg, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Pierre Cohen, Jean-Pierre Soisson. – Rejet.
Adoption de l’article 4.
Article 5
MM. Claude Goasguen, Louis Cosyns, Bernard Depierre.
Amendement n° 101 : MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 162 et amendements identiques nos 27, 161 et 181 : M. Jean-Marc Roubaud. – Retrait de l’amendement n° 162.
MM. le rapporteur, Jean-Marc Roubaud, Jean-Yves le Déaut, Mme la ministre. – Adoption des amendements identiques.
Amendements nos 8 et 9 : MM. Claude Goasguen, le rapporteur, Mme la ministre.
Amendement n° 268 : MM. Yves Durand, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Daniel Goldberg, Patrick Braouezec, Pierre Cohen. – Adoption des amendements nos 8 et 9 ; l’amendement n° 268 tombe.
Suspension et reprise de la séance
Amendement n° 179 : MM. Régis Juanico, le rapporteur, Mme la ministre, M. Jean-Yves Le Déaut. – Rejet.
Amendement n° 131 : MM. Étienne Pinte, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 93 : MM. Jean-Pierre Soisson, le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 166 : MM. Jean-Marc Roubaud, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendements identiques n° 11 et 100 : M. Claude Goasguen. – Retrait de l’amendement n° 11.
MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet de l’amendement n° 100.
Amendement n° 243 : MM. Daniel Fasquelle, le rapporteur, Mme la ministre. – Retrait.
Amendement n° 10 : MM. Claude Goasguen, le rapporteur, Mme la ministre. – Retrait.
Amendement n° 12 avec le sous-amendement n° 304 : Mmes Martine Lignières-Cassou, la ministre. – Adoption du sous-amendement et de l’amendement modifié.
Amendements nos 134 et 306 : Mmes Marie-Anne Montchamp, la ministre. – Retrait de l’amendement n° 134 ; adoption de l’amendement n° 306.
Amendement n° 7 : M. Claude Goasguen. – Retrait.
Amendements nos 102 rectifié et 194 : MM. Noël Mamère, Yvan Lachaud, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejets.
Adoption de l’article 5 modifié.
Article 6
MM. Jacques Domergue, Bernard Depierre, Mme Jeanny Marc, M. Régis Juanico.
Amendement n° 199 : MM. Régis Juanico, le rapporteur, Mme la ministre, M. Patrick Braouezec. – Rejet.
Amendements nos 87, 158 et amendements identiques nos 103 et 201 : MM. Sébastien Huyghe, Jean-Marc Roubaud, Patrick Braouezec, Régis Juanico, le rapporteur, Mme la ministre, M. Noël Mamère, Mme Sandrine Mazetier. – Rejets.
Amendement n° 297 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendements nos 28, 88, 159, amendements identiques nos 104 et 237 et amendement n° 13 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption de l’amendement n° 28 ; les amendements nos 88, 159, 104, 237 et 13 tombent.
M. Sébastien Huyghe.
Amendements identiques nos 105 et 238 et amendements identiques nos 14 et 129 : MM. Patrick Braouezec, Régis Juanico, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet des amendements nos 105 et 238.
M. Claude Goasguen. – Retrait de l’amendement n° 14.
M. Daniel Fasquelle. – Retrait de l’amendement n° 129.
Amendement n° 29 et amendements identiques nos 106 et 239 : M. le rapporteur, Mme la ministre, MM. Noël Mamère, Jean-Yves Le Déaut. – Adoption de l’amendement n° 29 ; les amendements nos 106 et 239 tombent.
Amendement n° 298. – Adoption.
Amendement n° 145 rectifié : Mme Jeanny Marc, M. le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 30 : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendements identiques nos 31, 15, 185 et 195 : MM. le rapporteur, Pierre Cohen, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 32. – Adoption.
Amendement n° 245 : MM. Daniel Fasquelle, le rapporteur, Mmes la ministre, Martine Lignières-Cassou. – Adoption.
Amendement n° 203 : MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Jean-Yves Le Déaut, Noël Mamère, Jean-Pierre Gorges, Mme Françoise Guégot.
Suspension et reprise de la séance
MM. Alain Claeys, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet de l’amendement n° 203.
Amendement n° 146 : Mme Jeanny Marc. – Retrait.
Amendement n° 33 rectifié : M. le rapporteur, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 34. – Adoption.
Amendement n° 35. – Adoption.
Amendement n° 107 : MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 308 : Mme la ministre, M. le rapporteur. – Adoption.
Amendement n° 202 : MM. Daniel Goldberg, le rapporteur, Mme la ministre, MM. Noël Mamère, Jean-Yves Le Déaut, Claude Goasguen, Alain Claeys. – Rejet.
Adoption de l’article 6 modifié.
Renvoi de la suite de la discussion à la prochaine séance.
4. Proclamation des juges de la Cour de justice de la République.
5. Ordre du jour de la prochaine séance.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
Le scrutin est ouvert. Il sera clos à dix-huit heures.
Depuis le début de la session extraordinaire, nos travaux se déroulent dans plusieurs lieux en même temps : dans l’hémicycle mais aussi en commission. Or, au nom du groupe socialiste, je souhaite faire observer que la procédure n’a pas été respectée ce matin lorsqu’a été convoquée la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi sur le dialogue social et sur la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs – texte qui, au demeurant, n’instaure aucun service minimum et vise surtout à remettre en cause le droit de grève.
Mon propos ne porte cependant pas sur le fond mais sur la forme : la grande majorité des membres de ladite commission ont été informés de la tenue de la réunion de neuf heures trente sur le coup de onze heures, ce qui pose la question de la légitimité de la constitution du bureau de cette commission.
Ce rappel au règlement vise à ce que cette remarque à propos de ce qui semble au groupe socialiste un vice de procédure figure bien dans le compte rendu de la séance de cet après-midi.
Suite de la discussion d’un projet de loi
adopté par le Sénat après déclaration d’urgence
Or, nous l’avons exprimé hier de manière assez claire, rien dans les articles qui suivent l’article 1er ne vient conforter ces nouveaux objectifs du service public de l’enseignement supérieur. Nous nous étonnons donc que ces légitimes, belles et ambitieuses missions ne soient assorties d’aucune mesure concrète.
En effet, si l’on examine lesdites missions les unes après les autres, on se rend compte que « la formation initiale et continue » aurait mérité un vrai projet de loi, qui aurait permis l’accès de tous à l’enseignement supérieur, puisque la notion de service public implique ici que l’État s’engage à faire en sorte que toutes les universités soient accessibles à tous. Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège que l’on nous tend, qui voudrait faire croire que nous entendons que n’importe quel bachelier devrait pouvoir aller où il veut, comme il veut. Non, il est de la responsabilité des universités, grâce à un système de formation appropriée, d’offrir un véritable cursus aux étudiants en fonction de leur profil et de leurs capacités.
Or l’enseignement supérieur est différencié en cycles d’études courts – IUT, BTS – et parcours longs, ce qui en dévoie le fonctionnement. Il est facile à un bon étudiant de s’inscrire en IUT pour ensuite parvenir au doctorat. Beaucoup plus difficile sera la situation d’un étudiant un peu moins capable, un peu moins de compétent, qui se retrouvera plongé dans un cursus long, d’autant plus inapproprié que les deux ou trois premières années, en particulier, mériteraient un bien meilleur encadrement. Vous ne serez donc pas, avec un tel projet, au rendez-vous de la première mission relative à la « formation initiale et continue ».
Je passe sur la deuxième mission, « la recherche scientifique et technologique, la diffusion et la valorisation de ses résultats », puisque nous aurons l’occasion d’en débattre à plusieurs reprises. En effet – heureusement et malheureusement –, la recherche donne souvent l’impression d’être l’image des universités alors qu’on oublie trop qu’une des missions essentielles du service public de l’enseignement supérieur reste la formation initiale et la formation continue.
Lorsque l’on considère les autres missions, madame la ministre, on s’aperçoit que l’on se trouve au cœur des difficultés des universités et que vous n’y répondez pas. Par exemple, en ce qui concerne « l’orientation et l’insertion professionnelle », troisième mission, les universitaires ont consenti énormément d’efforts, depuis une bonne quinzaine d’années, pour proposer et créer des parcours professionnalisants. Or, comme vous avez reçu un mandat du président de la République pour réaliser une réforme et que vous ne disposez pas des moyens de réaliser cette promesse électorale, vous n’êtes pas capable de nous dire aujourd’hui si, dans le cadre des négociations que vous menez avec les universités, vous pourrez leur donner les moyens de mettre réellement en œuvre ces parcours professionnalisants et une véritable orientation.
Je n’insiste pas sur un point qui, malheureusement, reste toujours dans l’ombre. La société du XXIe siècle a besoin de citoyens éclairés sur les choix scientifiques et technologiques. Nombre de débats politiques sont orientés par les découvertes scientifiques et technologiques. Or, la diffusion de l’information scientifique et technique reste dispersée. Les seuls aujourd’hui qui soient en mesure de diffuser une telle culture – et sans moyens –, sont les associations, alors que ni l’État ni les régions ni les autres collectivités ne disposent de réels moyens pour établir sur ce point des partenariats avec les universités.
Je ne m’étendrai pas davantage sur les deux dernières missions, l’une relative à « la participation à la construction de l’Espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche », l’autre concernant « la coopération internationale ». Ici aussi, vous vous payez de mots. Les sénateurs, si je ne m’abuse, ont en effet estimé qu’il fallait ajouter ces missions puisqu’il paraît impossible d’envisager l’avenir de nos universités sans évoquer leur dimension européenne et internationale. Or, ici encore, aucun moyen, aucune volonté précise ne figurent dans ce projet pour que ces missions soient mises en œuvre.
Je souhaite revenir sur trois points, pour nous fondamentaux, puisque nous avions voulu qu’ils figurent dans des articles additionnels avant l’article 1er.
Le premier prévoit une loi de programmation quinquennale sans laquelle on se demande ce que deviendraient les engagements de l’État ; une telle loi les inscrirait en effet dans la durée. Le deuxième point est la création d’un plan pluriannuel de recrutement de personnels statutaires, tant il est vrai qu’ici aussi l’on ne peut se contenter de mots mais qu’il faut des engagements ; on ne saurait confier au seul personnel recruté de façon contractuelle sur fonds privés les missions du service public de l’enseignement supérieur. Enfin, il s’agit de définir des mécanismes de rapprochement entre les grandes écoles et les universités, sujet sur lequel on a pu constater un large accord.
Nous aurions préféré, plutôt, ainsi que cela a été dit par plusieurs orateurs hier, qu’une simple loi sur la gouvernance des universités, un texte instituant une vraie gouvernance publique par le biais de mécanismes de régulation de l’enseignement supérieur.
La question de l’insertion professionnelle n’est pas étrangère aujourd’hui à l’enseignement supérieur et aux universités. Dès 1984, la loi Savary abordait déjà cette question puisqu’y figurait le qualificatif d’EPSCP, ou établissement public, scientifique, culturel et, je le souligne, « professionnel ». Ainsi que le rappelaient à l’instant mes collègues Daniel Goldberg et Pierre Cohen, des filières professionnelles se sont donc développées depuis une vingtaine d’années dans les universités, qui répondent à cette mission d’insertion professionnelle.
Le chômage des jeunes est une préoccupation de la représentation nationale. Nous ne pouvons nous satisfaire sur ces bancs d’un taux de chômage des moins de vingt-cinq ans supérieur à 20 %. C’est un problème qu’il nous faut prendre très au sérieux, alors que plus on est diplômé de l’enseignement supérieur, plus on a de chance d’échapper au chômage.
Or, pour traiter de ces questions d’insertion professionnelle, la droite nous propose ses vieilles recettes. (Protestations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) J’en ai rappelé quelques-unes hier en traitant des réformes de l’université que vous avez tenté de mettre en place ces vingt dernières années et des échecs auxquels elles ont abouti. Dois-je faire mention du CIP de M. Balladur, le contrat d’insertion professionnelle, ce SMIC-jeunes contre lequel j’ai, à l’époque, manifesté dans la rue aux côtés des étudiants ? (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Dois-je également rappeler le CPE, le contrat première embauche, cette autre solution que votre famille politique essayait l’année dernière d’apporter au chômage des jeunes ? (Interruptions sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
À chaque fois,...
Voilà pourquoi, s’il est essentiel de rappeler dans l’article 1er la mission d’insertion professionnelle de l’université, encore ne faut-il pas la faire endosser par la seule université. Il serait trop facile ensuite de renvoyer la faute à cette dernière en cas d’échec des jeunes sur le marché du travail.
Vous-même, madame la ministre, n’avez-vous pas souligné, en commençant votre intervention liminaire, que l’écart existant en France entre la dépense par étudiant, soit 7 000 euros, et celle par lycéen, soit 10 000 euros, était considérable, et que cet écart était tout aussi considérable par rapport aux autres pays européens, qu’on le mesure soit par rapport à la part des dépenses universitaires dans la richesse nationale, soit en termes de dépenses par étudiant ? Ces deux nouvelles missions renvoient donc bien à la question des moyens.
Presque toutes les interventions d’hier ont d’ailleurs porté sur les faiblesses de notre système universitaire : la faiblesse de l’encadrement des étudiants en premier cycle – laquelle explique l’importance des échecs –, le rôle, le statut et la rémunération des doctorants, qui ne sont pas tout à fait dignes d’une économie développée, ou encore les 90 000 étudiants qui quittent chaque année l’université sans diplôme.
Nous l’avons tous reconnu sur ces bancs, l’autonomie des universités est un sujet important, mais ce n’est pas en définissant les compétences d’un président d’université ni en fixant le nombre des membres du conseil d’administration que l’on répondra à ces vrais problèmes que sont la situation des doctorants, l’échec dans le premier cycle, ou encore l’articulation entre l’enseignement et la recherche et leur pleine inscription dans l’espace européen de l’enseignement supérieur.
Dans ces conditions, le sentiment qui domine est celui d’une réforme incomplète, inachevée. On peut donc se demander si ce qui est affirmé comme une priorité est vraiment traité comme tel en ce début de législature.
Si les projets de loi dont nous discutons dans l’urgence en ce mois de juillet sont fondamentaux pour le Président de la République, force est de reconnaître, madame la ministre, qu’il n’accorde pas à l’université la place qui devrait être la sienne dans les priorités de notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Le projet de loi relatif aux libertés et responsabilités des universités que vous nous proposez, répond, me semble-t-il, à cette préoccupation, mais – j’y reviendrai – ce n’est qu’une étape.
Doter nos universités d’une gouvernance clarifiée et ainsi renforcée, de même que leur attribuer de nouvelles compétences, n’est pas une réforme marginale. Encore faudra-t-il leur donner les moyens d’assumer ces responsabilités. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.) Nous y veillerons lors de l’examen du budget pour 2008.
Il était temps qu’un gouvernement fasse enfin de la réforme de nos universités une ardente obligation.
À peine plus d’un tiers d’une classe d’âge atteint le niveau de la licence dans l’enseignement supérieur, contre le double aux États-Unis ;
Le taux d’échec en première année est de 50 % alors que la création en 1986 de premiers cycles aussi proches que possible des lycées avait justement pour objectif de le diminuer – une plus grande liberté expérimentée à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines dans les années quatre-vingt-dix avait donné de très bons résultats dans le délai des cinq années qui avait été alors accordé pour mener cette expérience, et je regrette beaucoup que l’on n’ait pas poursuivi cette modernisation de nos universités ;
Plus de 90 000 étudiants quittent chaque année l’enseignement supérieur sans avoir obtenu le moindre diplôme ;
Un an après l’obtention de leur diplôme, plus de la moitié des diplômés universitaires bac+4 recherchent malheureusement un emploi. Tous ces chiffres sont consternants.
L’article 1er du projet de loi dont nous discutons répond à certains des problèmes majeurs de notre université : difficulté d’accès au diplôme, professionnalisation des études, orientation active ou encore – l’un des points fondamentaux de cet article, comme vient de le rappeler l’un de nos collègues – aide à l’insertion professionnelle.
L’attribution à nos universités de cette nouvelle mission, comme c’est déjà le cas dans nombre de grandes écoles, est indispensable. Encore faut-il, madame la ministre, qu’elles créent les instances adéquates.
Je le répète, il s’agit, avec ce texte, d’une première étape. Il faudra que, très rapidement, vous nous proposiez les autres réformes que vous nous avez annoncées.
Il en va d’ailleurs de même s’agissant de la création d’un espace de l’enseignement supérieur en Europe. Si des partenariats importants ont été tissés entre certaines de nos universités et des universités européennes, ces liens doivent être encouragés et multipliés. Par exemple, les bourses accordées aux étudiants qui souhaitent partir à l’étranger ne sont pas toutes utilisées dans certaines universités. Il convient donc de sensibiliser nos étudiants afin qu’ils profitent de ces bourses et de faire en sorte que nos établissements d’enseignement supérieur tissent des liens encore plus forts avec d’autres universités en Europe.
Je souhaite également appeler votre attention, madame la ministre, s’agissant des missions du service public de l’enseignement supérieur, sur ce que l’on appelle parfois les universités de proximité. Par le maillage du territoire national qu’elles assurent, elles jouent un rôle important – je le sais pour enseigner dans l’une d’entre elles –, dans la mesure où elles permettent à des jeunes d’accéder à l’enseignement supérieur. En matière de démocratisation de l’enseignement supérieur, les universités de proximité jouent donc un rôle essentiel, d’autant qu’elles ont démontré leur capacité à innover sur le plan pédagogique, à tisser des liens avec le monde professionnel, à créer des diplômes qui ont une vraie finalité professionnelle, et, sur le plan de la recherche, à participer, avec les entreprises, à la création et à l’animation de pôles de compétitivité.
Je souhaiterais être rassuré, à l’occasion de ce débat, quant à la pérennité de ces universités qui sont indispensables si l’on veut atteindre l’objectif que vous avez rappelé hier, à savoir amener 50 % d’une classe d’âge au niveau de la licence contre 37 % aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Je suis saisi de deux amendements, nos 95 et 177, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Patrick Braouezec, pour soutenir l’amendement n° 95.
(L'amendement n'est pas adopté.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Noël Mamère, pour le soutenir.
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Alfred Marie-Jeanne, pour le soutenir.
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Daniel Fasquelle, pour le soutenir.
Beaucoup de diplômes ont d’ailleurs été créés en relation avec le monde professionnel. L’insertion professionnelle conduit aussi à faire évoluer nos diplômes, de façon que les étudiants trouvent réellement des débouchés. On ne peut avoir de solutions à nos problèmes en augmentant sans cesse les moyens donnés à l’université ; il convient surtout de mieux les mobiliser. Les universités de proximité sont justement l’un des instruments du maillage du territoire et de mobilisation des moyens permettant l’insertion professionnelle de nos jeunes.
Je souhaite donc que le rôle essentiel joué par les universités de proximité soit rappelé dans le cadre des missions d’enseignement supérieur.
Je vous propose, monsieur Fasquelle, de retirer votre amendement. En effet, en commission, Mme la ministre nous a rassurés sur le devenir des universités de proximité. Je vous rappelle qu’il ne s’agit pas, en tant que telle, d’une mission de l’enseignement supérieur.
J’ai compris que l’université de la Côte d’Opale était implicitement sous-jacente, mais il y en a bien d’autres qui maillent le territoire national. L’article L. 123-2 du code de l’éducation dispose que l’enseignement supérieur contribue à la croissance régionale et nationale, à l’essor économique et à la réalisation d’une politique de l’emploi prenant en compte les besoins actuels et leur évolution prévisible, à la réduction des inégalités sociales et culturelles, en assurant à tous ceux et à toutes celles qui en ont la volonté, la capacité d’accès aux formes les plus élevées de la culture et de la recherche.
Le maillage du territoire national est aujourd’hui très bien assuré dans le domaine de l’enseignement supérieur. Il n’est pas question de réduire ce déploiement, de supprimer les sites. La présence marquée des collectivités territoriales dans les conseils d’administration des universités démontre la volonté du Gouvernement de poursuivre ce maillage territorial.
Je vous demande donc, monsieur Fasquelle, de retirer votre amendement, qui est satisfait par le code de l’éducation.
Aujourd’hui, je crois que la bonne réponse pour les territoires réside dans les pôles de recherche et d’enseignement supérieur – les PRES. Il est important de pouvoir mettre des universités en réseau par rapport à des pôles d’excellence, qui existent sur l’ensemble du territoire, afin qu’elles acquièrent une taille optimum et jouent un rôle en matière de recherche au niveau international. C’est, je crois, la voie qu’il faut choisir.
En laissant croire que l’on pourra mailler notre territoire à partir d’universités de proximité, on risque de reproduire la même erreur commise, tant par la droite que par la gauche, lorsque l’on a multiplié sur le territoire des IUT, pour donner satisfaction à un certain nombre d’élus locaux. Concrètement, je pense qu’il faut évaluer chacune des universités, afin d’analyser ses potentialités pour fonctionner en réseau. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Il faut obtenir un maillage efficace du territoire, ce qui ne fait aucun doute, car les collectivités territoriales et l’État sauront épauler et accompagner les universités, qui souhaitent être présentes sur l’ensemble du territoire national.
(L'article 1er est adopté.)
La parole est à M. Claude Goasguen, pour soutenir cet amendement.
Comme lui, je pense qu’il ne faut pas faire de distinction trop formelle entre les universités regroupées et l’université dite de proximité. Le regroupement d’universités ne signifie pas que les universités dites de proximité – celles qui sont situées dans les villes moyennes – vont disparaître. Actuellement, certaines universités débordent très largement les villes dans lesquelles elles se trouvent. Quand on regarde par exemple la géographie des universités bordelaises, on s’aperçoit que dans tout le Sud-Ouest, des entités universitaires appartiennent à telle ou telle université de Bordeaux. La notion de proximité géographique est donc, en réalité, assez différente de la notion d’université et de regroupement universitaire.
L’inconvénient, c’est que, à force de privilégier, pour des raisons très défendables d’aménagement du territoire, un éclatement universitaire, qui nous coûte cher sur le plan du fonctionnement et ne donne pas tous les résultas escomptés, on ne peut ambitionner, dans le même temps, la compétitivité internationale, mission fixée par la politique universitaire
Je suggère de ne supprimer aucune université. Chaque entité peut conserver son université. Je souhaite que ce texte donne la possibilité à certaines universités qui le désirent de se rapprocher. Je m’aperçois avec satisfaction que ce mouvement, que l’on n’aurait pas soupçonné en France, ces dernières années, apparaît à Strasbourg, à Marseille et dans beaucoup de grandes universités, car ce sont elles qui vont s’orienter d’abord vers le regroupement. Mais, pour autant, je n’exclus pas que des universités de plus petite dimension y viennent.
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce qui a été dit tout à l’heure. En parlant de pôle d’excellence et d’université de proximité, je crains que l’on n’ait dans l’avenir une dichotomie. Lorsque les petites universités auront leur autonomie, grâce aux fondations, donc des moyens supplémentaires, elles se crisperont sans doute davantage que les grandes universités. Je crains paradoxalement que ce qui est fait pour les petites universités ne les desserve et qu’elles n’aient plus de difficultés que d’autres à entrer dans les PRES.
En revanche les grandes universités parisiennes, marseillaises, lyonnaises, bordelaises, toulousaines ont d’autres objectifs et se regrouperont. C’est la raison pour laquelle je voudrais que l’on incite les universités à se regrouper. J’avais proposé que, après le « libre choix », la délibération statutaire du conseil d’administration soit approuvée par un arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur, ce qui est normal, compte tenu des conséquences financières. Mais il semble que, juridiquement, un décret soit plus convenable. Je suis naturellement prêt à accepter cette modification. Ce serait un test pour notre loi d’orientation sur la gouvernance qu’il ne faut pas négliger.
Je ne pense pas que ce texte désavantage les petites universités. Je crois, au contraire, qu’elles seront les premières à se saisir de l’autonomie, pour fusionner demain, afin de constituer des ensembles plus cohérents, plus vastes, permettant une concurrence plus saine avec les grandes universités.
Nous avons accepté cet amendement, pour encourager la fusion des universités françaises.
Quel instrument allons-nous utiliser pour leur permettre de se regrouper ? Mon prédécesseur, François Goulard, a créé, par la loi de 2006, le pôle de recherche et d’enseignement supérieur. Cet instrument très puissant a d’ores et déjà permis la conclusion de neuf PRES – trois sont en voie de conclusion.
Cet instrument extrêmement puissant permet de regrouper, sous un même label, des universités, des écoles, des grandes écoles, voire des centres de recherche. Le PRES de Lyon, par exemple, regroupe toutes les universités lyonnaises, les écoles normales supérieures de Lyon, Veto de Lyon, l’IEP de Lyon, l’École centrale, l’École supérieure de physique-chimie de Lyon, etc. Le pôle de Lyon donne, sur le plan international, l’université de Lyon. C’est important en matière d’attractivité, de cohérence, de lisibilité des formations, de rationalité, en matière d’écoles doctorales, de passerelles, de doubles cursus. C’est vraiment l’instrument de l’avenir.
Quand on dit pôle d’enseignement grand et puissant, on pense grande agglomération. Non ! Le PRES a aussi vocation à accueillir les petites universités. J’ai dit hier à M. Juanico que Saint-Étienne avait vocation à rejoindre le PRES de Lyon.
Prenons, pour mieux comprendre, le PRES en constitution en Languedoc-Roussillon : l’université de Montpellier, l’université de Perpignan, l’université de Nîmes, les Mines d’Alès. On voit bien que le pôle de recherche et d’enseignement supérieur devient aussi un outil d’aménagement du territoire, qui permet à des petites structures universitaires de continuer à exister, en s’inscrivant dans une carte cohérente de formation, dans un projet de recherche et également dans une logique de territoire.
Quelle sera la stratégie du Gouvernement ? Il n’y aura pas de fusion forcée. Si les universités ont envie de fusionner – et on arrive à l’amendement de M. Goasguen –, si elles pensent que la taille critique est un argument très important pour améliorer leur carte de formation, si elles pensent qu’elles peuvent faire jouer des synergies en se regroupant, comme c’est le cas à Strasbourg ou à Aix-Marseille, il faut évidemment leur permettre d’entrer dans les PRES.
Je suis favorable à l’amendement n° 25 de M. Goasguen, sous réserve d’un sous-amendement n° 303, visant à ce que le regroupement soit approuvé par décret, dès lors qu’il a une incidence financière et qu’il s’agit de créer une nouvelle offre de formation.
Lors de différentes auditions, au cours de ces derniers mois, nous avons eu le sentiment que les organisations de recherche étaient dans une situation d’attente vis-à-vis des PRES et ne participaient pas au projet universitaire. Quelles instructions avez-vous donné aux organismes de recherche pour participer aux PRES ?
Certes, monsieur Claeys, il est possible de faire un PRES national, mais ne cherchons pas à compliquer les choses. Faisons déjà converger les écoles et les universités ; les organismes de recherche y viendront.
Le classement de Shanghai a amené les universités à s’interroger sur leur rang international. Un grand nombre de présidents d’université ont estimé que leurs structures étaient trop petites, tant aux plans national qu’international. Cela les a conduits à souhaiter des formes de collaboration, de rapprochement, voire de fusion.
Le groupe socialiste est favorable à l’amendement de M. Goasguen. Mais il me semble que, jusqu’à présent, les universités qui le souhaitaient pouvaient fusionner.
Les collaborations au niveau du doctorat et avec un certain nombre de laboratoires de recherche sont des plus opportunes. Mais il aurait fallu les envisager aussi avec les organismes de recherche. Cela dit, elles n’ont rien à voir avec les RTRA, qui existent depuis longtemps, que vous avez labellisés, et qui permettent aux chercheurs de se retrouver sur un thème donné pour être plus performants au plan international. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
L’amendement de M. Goasguen nous a donné l’occasion d’avoir échange tout à fait utile.
Je vous invite, madame la ministre, à faire preuve de plus de volontarisme, car il y a là un véritable enjeu pour l’avenir de notre pays ! Or, vous n’allez pas jusqu’au bout de la démarche lorsque vous vous contentez de laisser entendre que les organismes de recherche rejoindront les PRES s’ils le veulent bien et qu’en tout état de cause, il faut les laisse vivre. Il faudrait précisément inciter au décloisonnement, et le faciliter. Lorsqu’un PRES est constitué, c’est une première étape dont il faut se féliciter, car c’est loin d’être évident, les obstacles étant nombreux. Or, lorsque, d’un seul coup, la situation se débloque, et que l’université et les grandes écoles se mettent autour d’une table, il est important d’y associer les organismes de recherche. Leur présence dans les PRES est indispensable. Comment pouvez-vous, d’un côté, défendre les pôles de compétitivité et, de l’autre, prôner le laisser-faire pour les organismes de recherche ? Les résistances sont nombreuses, et le conservatisme est souvent de mise. Alors, sur ce point, madame la ministre, montrez de la détermination ! Soyez plus volontariste ! Vous témoignerez ainsi de votre ambition pour l’université française, ce dont nous ne doutons pas.
Évidemment, les déclarations d’intention ne suffisent pas, les moyens doivent suivre. Il faut un vrai plan en faveur de l’enseignement supérieur en France. Et c’est précisément cela qui manque ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Mes collègues l’ont dit, mais nous ne cesserons de le répéter : si l’on veut créer de la dynamique dans notre pays, il faut s’en donner les moyens. Or vous avez pris une décision très lourde de conséquences, en faisant voter des allégements fiscaux pour une petite catégorie de Français (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire), sans grand impact économique. Ces treize à quinze milliards d’euros représentaient un formidable levier pour relancer la croissance. Je ne suis pas surpris, au moment où le Sénat est en train d’examiner le projet de loi fiscal, que, même au sein de la majorité, un ancien ministre de l’économie et des finances, Jean Arthuis, ait exprimé il y a quelques heures son doute sur l’impact économique de ces mesures fiscales.
« I. – Rédiger ainsi la dernière phrase de l’alinéa 2 de cet amendement :
« Le regroupement est approuvé par décret. »
« II. – En conséquence, dans la première phrase de l’alinéa 2 de cet amendement, substituer au mot : “ déterminer ”, le mot : “ demander ”. »
Quel est l'avis de la commission sur ce sous-amendement ?
(Le sous-amendement est adopté.)
(L'amendement, ainsi modifié, est adopté.)
Je suis, par conséquent, persuadé qu'une approche performante de la gouvernance des universités et un approfondissement de la responsabilité sont nécessaires. Mais je ne retrouve pas dans votre texte la porté effective de cet objectif ; car, une gouvernance fondée sur plus de libertés et de responsabilités devrait permettre, au-delà des universités, de mieux impliquer les institutions locales pour sortir de la conception nationale étriquée et centralisée de la responsabilité que vous voulez remettre en cause.
Cela aurait permis, si l'autonomie que vous souhaitez était fondée sur la prise en compte de la singularité, que, à défaut d'un mode de gouvernance issu du centre étatique, soit instaurée une gouvernance partagée au niveau local, garantissant ainsi les intérêts publics du projet universitaire.
J'aurais d'autant plus partagé une telle ambition que l'université est au cœur du développement local et que sa réforme doit tenir compte de deux enjeux majeurs que l'on ne peut occulter.
Le premier est l'accès démocratique de tous à l'éducation, au savoir, à la connaissance et à l'enseignement, d'une manière générale.
Le second est la capacité de l'université à s'intégrer dans son environnement naturel, politique, économique, social et culturel ; autrement dit, dans les lieux où s'inscrit sa dynamique locale, nationale et internationale.
Madame la ministre, les réformes dites de gouvernance ne construisent pas à elles seules l'autonomie. Ce sont les réformes collectivement partagées qui fondent une gouvernance imprégnée de libertés et de responsabilités, et non l'inverse. De nombreux éléments démontrent que vous avez privilégié la forme au détriment du fond.
C'est pour cela que je veux vous sensibiliser sur trois risques.
Le premier risque est celui du laminage progressif de la notion de service public. Si l'université est bien un vecteur de progrès pour l'homme et un moyen de construction de son avenir, il ne faut pas l'inscrire dans un processus d'abandon des valeurs liées à l'intérêt général.
Il y a aussi un deuxième risque : que, sous prétexte de lutter contre la massification et faute d'avoir mis dans votre projet suffisamment de moyens pour combattre la précarité, il n'assure pas l'égalité des chances. Cette observation est d'autant plus importante que votre loi s'appliquera à des régions défavorisées où les conditions de vie sociale sont souvent la cause des échecs.
Je le dis car, originaire d'un pays en voie de développement, je sais que le rôle de l'éducation et de l'enseignement supérieur dans l'émancipation des hommes est primordial.
Vous parlez de libertés : la première des libertés est, selon moi, d'abord celle de l'esprit.
Le troisième risque est celui qui pourrait conduire à ignorer les réalités de l'histoire et les contraintes de la géographie. Vous l'avez partiellement évité en recourant à l'article 38 de la Constitution, qui vous permettra de légiférer par ordonnance pour tenir compte de la situation particulière des universités d'outre-mer. Même si ce choix traduit une volonté d'écoute, j'aurais souhaité – et c'est un message que j'adresse à l'Assemblée – que cette procédure n'ait qu'un caractère exceptionnel. Elle comble un vide et elle montre l'insuffisance des moyens institutionnels actuels pour répondre au problème des spécificités outre-mer.
Madame la ministre, la solution retenue au Sénat par votre amendement est insuffisante, en son état actuel. L'amendement ne retient en effet que le titre II du projet de loi et il ne vous permet donc pas de répondre pleinement à la situation de l'université d’Antilles-Guyane.
Il laisse en effet de côté le titre III, qui concerne les nouvelles responsabilités des universités. Ce titre III comporte des sujets importants, car l'on ne peut dissocier les enjeux de la gouvernance de ceux de la responsabilité.
Pour vous convaincre, et à titre d'exemple, en son état actuel, l'article 21 dispose que la moitié des membres du comité de sélection doit être extérieure à l'établissement, et que la présence de ces membres extérieurs est indispensable pour permettre à ce comité de siéger valablement. L'application de cette règle grèvera de manière significative le budget de l'université d’Antilles-Guyane. En outre, alors que votre réforme vise à faciliter le recrutement des enseignants-chercheurs, elle rendra cette procédure plus difficile outre-mer.
Aussi, puisqu'il s'agit d'un amendement gouvernemental, je vous demande de bien vouloir accepter d'en étendre la porté en y incluant le titre III.
Je vous remercie pour la qualité de votre écoute, mais j’exprime un double souhait.
Tout d'abord, que la préparation de ces ordonnances se fasse dans le cadre d'une large concertation et ne se limite pas à entendre les seuls recteurs. Elle doit aussi prendre en compte le point de vue de la communauté universitaire.
Ensuite et plus fondamentalement, je souhaite qu'une fois cette ordonnance prise, elle fasse l'objet d'une procédure de ratification formelle devant la représentation parlementaire. Cette manière de faire irait au-delà de l'obligation constitutionnelle prévue par l'article 38, qui ne fait peser sur le Gouvernement que l'obligation de déposer un projet de loi.
Un tel débat me paraît en effet être l'occasion de renseigner la représentation parlementaire sur les solutions retenues. Il devrait permettre à celle-ci d'avoir une vision plus précise de la réalité des particularismes ultra-marins et de la pertinence des solutions qui leur auront été apportées. C'est là une première occasion de nous montrer comment vous entendez restaurer la place du Parlement et donner à votre réforme une plus grande légitimité outre-mer. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
La parole est M. Patrick Braouezec, pour soutenir l’amendement n° 97.
La majorité des deux tiers nous semble être la seule à même de maintenir un minimum de démocratie au sein de l’université. Elle constitue en outre une garantie pour la légitimité du président. La majorité simple rendrait en effet sa position plus fragile.
Au moment où les pouvoirs du président sont accrus, il nous semble important de conserver ce mode de scrutin pour les décisions prises au sein de la communauté universitaire.
D’autre part, les élus étudiants doivent se voir assurer de bonnes conditions d’exercice de leur mandat : d’une part, ce sont eux les premiers concernés et les plus nombreux ; d’autre part, comme nous les députés, ils sont amenés à travailler dans de nombreuses commissions et structures. Aussi proposons-nous qu’ils bénéficient d’un nombre raisonnable d’élus : quatre ou six.
L’objet de ce projet de loi est de dégager une majorité au sein du conseil d’administration pour faciliter la gouvernance. Cet amendement propose de revenir aux modalités de vote de la loi de 1984. Or nous savons, compte tenu des expériences des uns et des autres, qu’elles ne constituent pas une garantie du bon fonctionnement des conseils d’administration.
Considérer que la majorité des deux tiers est synonyme de démocratie et de légitimité me semble un raccourci un peu rapide. Nous sommes tous élus à la majorité absolue et nous n’avons ni problème de légitimité, ni problème de démocratie.
(L'amendement n'est pas adopté.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Daniel Fasquelle, pour les soutenir.
Quant à l’amendement n° 242, il vise à préciser que « les statuts définissent les structures internes, lesquelles prennent en compte les besoins des grands secteurs de formation et de recherche de l’établissement ». Dans le cas des universités pluridisciplinaires, il est en effet important que les différentes disciplines puissent s’organiser, dans un dialogue avec la direction de l’université.
Le projet de loi entend donner davantage de moyens d’action au président et au conseil d’administration, ce qui est une très bonne chose car les pouvoirs de décision aujourd’hui sont malheureusement trop nombreux, ce qui est une source de paralysie. Mais, s’il importe de renforcer les pouvoirs du président et du conseil d’administration, il serait bon que ceux-ci s’exercent en collaboration avec les différentes composantes.
L’amendement n° 241 ne nous paraît pas de nature rédactionnelle : il modifie l’architecture globale du texte. Le conseil d’administration doit définir les structures internes, tout comme il doit définir les statuts : ce sont deux choses différentes. Dans d’autres articles de ce projet de loi, nous verrons qu’il revient au conseil d’administration d’organiser les structures internes, notamment pour la création des UFR. Nous y reviendrons.
S’agissant de l’amendement n° 242, je précise que nous allons à plusieurs reprises discuter de la prise en compte des besoins des grands secteurs de formation et nous satisferons certaines de vos demandes. Il n’est pas nécessaire d’alourdir le texte en faisant des répétitions à tous les articles.
(L'amendement n'est pas adopté.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Claude Goasguen, pour le soutenir.
Hier, certains orateurs ont souligné que les grandes universités étrangères sont en général des établissements où le pouvoir se partage autour d’un président qui incarne leur image. Je suggère ici que l’on permette aux universités d’une taille leur assurant une compétitivité internationale de se doter d’une organisation interne décentralisée. C’est un débat que nous allons avoir : il est indispensable. Il ne s’agit pas de défendre à tout prix les corporatismes des facultés de droit et de médecine – encore qu’il n’y ait rien d’infamant à défendre les disciplines –, mais de prendre en compte les organisations transversales comme l’AES. Pour cela, il faut prévoir des modalités de gouvernance décentralisée qui conviennent aux grandes universités, de 40 000 à 50 000 étudiants, tout en évitant d’étouffer les disciplines.
Le projet défend le principe de l’autonomie des universités. Laissons-les donc s’organiser : les statuts prévoiront les modalités propres à chaque établissement. Certes, il est nécessaire de créer des garde-fous pour éviter qu’un président tout puissant ne brime ses composantes. Mais n’alourdissons pas le projet par des amendements visant à régenter les relations entre l’université et ses composantes.
L’université n’est pas un émiettement de composantes. Le système que vous proposez dans votre amendement, avec des contrats d’objectifs pour chacune des composantes, risquerait de se transformer en usine à gaz pour le pauvre président obligé de signer jusqu’à vingt contrats d’objectifs. Ce serait d’une complexité inouïe, qui aboutirait à une balkanisation de l’université.
J’ajoute que, pour les UFR de médecine, reste un statut dérogatoire issu de la loi Debré : elles signent une convention avec le président de l’université.
Si nous allons vers l’autonomie, ce que je souhaite, laissons faire les statuts. Ne faisons pas les choses à moitié. N’encadrons pas trop, sinon nous allons faire du mauvais travail avec des amendements inutiles. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)