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SOMMAIRE
PRÉSIDENCE DE M. RUDY SALLES
1.
Rappel au règlement
M. Manuel Valls.
discussion des articles (suite)
Article 2 bis
M. Christophe Caresche.
Amendement de suppression n° 3 : M. Guy Geoffroy, rapporteur de la commission des lois ; Mme Rachida Dati, garde des sceaux, ministre de la justice ; MM. Michel Vaxès, Arnaud Montebourg, Michel Hunault, Noël Mamère, Jean-Marc Ayrault. – Adoption.
L’article 2 bis est supprimé ; l’amendement n° 94 tombe.
Article 2 ter
Amendement n° 4 avec le sous-amendement n° 99 : M. le rapporteur, Mmes Marietta Karamanli, la garde des sceaux, MM. Jérôme Lambert, Michel Hunault. – Rejet du sous-amendement n° 99 ; adoption de l’amendement n° 4.
Adoption de l’article 2 ter modifié.
Après l'article 2 ter
Amendement n° 5 : M. le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Adoption.
Amendements nos 70 et 71 : Mme Delphine Batho, M. le rapporteur, Mme la garde des sceaux, M. Bruno Le Roux.
M. Arnaud Montebourg.
Rejets des amendements nos 70 et 71.
M. Manuel Valls.
Suspension et reprise de la séance
Amendement n° 72 : Mme Delphine Batho, M. le rapporteur, Mme la garde des sceaux, MM. Noël Mamère, Bruno Le Roux, Jacques Alain Bénisti, Jean-Luc Warsmann, président de la commission des lois.
Rappel au règlement
M. Manuel Valls.
Rejet de l’amendement n° 72.
Suspension et reprise de la séance
M. le président.
Rappel au règlement
M. Julien Dray.
Reprise de la discussion
Amendement n° 73 : Mme Delphine Batho, M. le rapporteur, Mme la garde des sceaux, M. Jean-Yves Le Bouillonnec. – Rejet.
Article 3
Mme Delphine Batho, M. Noël Mamère.
Amendements de suppression nos 26, 40 et 74 : MM. Noël Mamère, Michel Vaxès, Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, Mme la garde des sceaux, M. Jacques Alain Bénisti, Mme Delphine Batho. – Rejet.
Amendement no 41 : MM. Michel Vaxès, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 6. – Adoption.
Amendement n° 77 : Mme Delphine Batho, M. le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 75 rectifié : Mme Delphine Batho, M. le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 7 rectifié. – Adoption.
Amendement n° 27 : MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 8 rectifié. – Adoption.
Amendement n° 9. – Adoption.
Adoption de l’article 3 modifié.
Article 4
Amendements de suppression nos 28, 42 et 78 : MM. Noël Mamère, Michel Vaxès, Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Adoption de l’article 4.
Article 5
MM. Serge Blisko, Michel Vaxès, Jacques Domergue, Michel Hunault, Noël Mamère.
Amendements de suppression nos 29, 43 et 80 : MM. Noël Mamère, Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur, Mmes la garde des sceaux, Marylise Lebranchu. – Rejet.
Amendement n° 81 : MM. Serge Blisko, le rapporteur, Mme la garde des sceaux, M. Jean-Yves Le Bouillonnec. – Rejet.
Amendement n° 10 : MM. Serge Blisko, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Adoption.
Amendement n° 11. – Adoption.
Adoption de l’article 5 modifié.
Article 6
Amendements identiques nos 30, 44 et 82 : MM. Noël Mamère, Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 83 : MM. Serge Blisko, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 12. – Adoption.
Adoption de l’article 6 modifié.
Après l'article 6
Amendement n° 65 rectifié : MM. Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 66 : MM. Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Article 7
Amendements de suppression nos 31, 45 et 84 : MM. Noël Mamère, Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Adoption de l’article 7.
Article 8
Amendements de suppression nos 32, 46 et 85 : MM. Noël Mamère, Serge Blisko, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Adoption de l’article 8.
Article 9
Amendements de suppression nos 33, 47 et 86 : MM. Noël Mamère, Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 13. – Adoption.
Amendement n° 14. – Adoption.
Amendement n° 15. – Adoption.
Adoption de l’article 9 modifié.
Après l'article 9
Amendement n° 79 : MM. Manuel Valls, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Avant l'article 10
Amendement n° 16. – Adoption.
Article 10
Amendement n° 34 : MM. Noël Mamère, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Amendement n° 87 : MM. Serge Blisko, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Rejet.
Adoption de l’article 10.
Après l'article 10
Amendement n° 68 rectifié : MM. Serge Blisko, le rapporteur, Mme la garde des sceaux. – Adoption.
Article 11
Amendements de suppression nos 35 et 69. – Rejet.
Adoption de l’article 11.
explications de vote
MM. Noël Mamère, Michel Hunault, Jacques Alain Bénisti, Manuel Valls.
vote sur l’ensemble
Adoption, par scrutin, de l’ensemble du projet de loi.
Mme la garde des sceaux.
2. Nomination d’un député en mission temporaire.
3. Ordre du jour des prochaines séances
(La séance est ouverte à quinze heures.)
Cet article vise à rendre systématique l’enquête de personnalité mise à la disposition du juge, afin qu’il puisse déroger aux peines planchers, aussi bien en matière criminelle qu’en matière délictuelle. Sinon, comment le juge pourra-t-il exercer son pouvoir de dérogation tel qu’il est prévu dans le texte ? La question mérite d’être posée. Le Sénat a considéré que le juge devait être éclairé sur la personnalité du prévenu pour pouvoir juger en connaissance de cause. Or la commission nous propose, de façon inexplicable, de supprimer l’article, restreignant ipso facto la faculté du juge de déroger aux peines prévues.
Deux arguments sont invoqués à l’appui de l’amendement de suppression, et ils sont, à nos yeux, spécieux.
L’enquête de personnalité, dit-on, bénéficierait systématiquement à l’accusé. Elle se contente pourtant de retracer les éléments du curriculum vitae, d’une trajectoire personnelle, et je ne vois pas en quoi elle viendrait automatiquement conforter ou infirmer l’accusation. L’enquête éclaire le juge dans sa décision.
En commission, vous avez déclaré, madame la ministre, que l’enquête de personnalité serait obligatoire uniquement pour les récidivistes et pas pour ceux comparaissant devant le juge pour la première fois. Là aussi, il y a à redire. En effet, en cas de récidive, les peines encourues sont beaucoup plus lourdes. C’est précisément dans ce cas de figure que l’enquête de personnalité est totalement justifiée. Dès lors, pourquoi la supprimer sous le prétexte fallacieux que seuls les récidivistes y auraient droit ?
Les deux arguments ne sont pas recevables. M. Vidalies l’avait d’ailleurs souligné en commission des lois. Ils sont même choquants dans la mesure où priver le juge de la possibilité d’exercer son droit de dérogation en raison du caractère prétendument partial de l’enquête de personnalité correspond à une conception de la justice qui n’est pas la nôtre.
Je suis saisi d’un amendement n° 3 tendant à supprimer l’article 2 bis.
La parole est à M. le rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour défendre cet amendement.
En effet, il existe un décalage entre l’objectif visé et le texte tel que la Haute assemblée l’a voté et que je vous lis : « Le procureur de la République ne peut prendre aucune réquisition tendant à retenir l’état de récidive légale s’il n’a préalablement requis [...] afin de vérifier la situation matérielle, familiale et sociale de l’accusé... ». La mesure qu’il vous est proposé d’inscrire dans le code pénal est générale, c’est-à-dire que le procureur, chaque fois qu’il entendra lever l’état de récidive légale, sera obligé de procéder à cette enquête. Tel n’est pas notre but, qui est plus modeste. Nous voulons qu’il y ait enquête dans le cas où la récidive légale mise en jeu pourrait entraîner le prononcé de peines minimales, que vous craignez de voir se transformer en peines automatiques. L’amendement du Sénat, c’est-à-dire le nouvel article, déborde donc trop largement la cible.
Dès lors, les autres arguments n’en prennent que plus de poids, et notre collègue les a balayés trop rapidement.
En effet, cette disposition est en grande partie satisfaite par le droit existant car l’enquête rapide est déjà obligatoire dans de nombreux cas susceptibles de concerner les récidivistes, notamment en cas de réquisition de détention à l’encontre de majeurs de moins de vingt et un ans, ou dans le cadre de la comparution immédiate, ou encore dans celui de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.
Elle sera aussi inutilement lourde quand il s’agira de faits qui, bien que commis en récidive, sont d’une gravité si faible que, si le juge devait déroger aux peines minimales, ce serait pour des raisons tenant aux circonstances de l’infraction, et non à la personnalité du prévenu.
Enfin, il pourrait découler de l’article 2 bis des conséquences absurdes, voire ubuesques. Ainsi, l’enquête serait exigée pour des récidivistes à qui sont reprochés des délits passibles d’une peine inférieure à trois ans d’emprisonnement, pour lesquels, justement, des peines minimales ne sont pas requises !
Pour toutes ces raisons, j’ai proposé à la commission des lois, qui a bien voulu me suivre, la suppression de l’article 2 bis, qui passe par l’adoption de l’amendement n° 3.
Comme le rappelait M. Zocchetto, le rapporteur au Sénat, si le procureur, en application de l’article 41 du code de procédure pénale, peut requérir les services compétents pour vérifier la situation matérielle, familiale et sociale, et recueillir des informations sur les mesures propres à favoriser l’insertion sociale de l’intéressé, vous savez fort bien, madame la ministre, monsieur le rapporteur, que ces enquêtes ne sont pas systématiques et que, quand bien même elles sont prescrites, elles ne sont pas toujours réalisées. Par ailleurs, le président de la chambre criminelle de la Cour de cassation a affirmé la nécessité, en matière délictuelle, pour le juge d’instruction d’effectuer systématiquement une enquête de personnalité avant de clore une information.
En l'état du droit, ce n'est effectivement ni obligatoire, ni fréquent. De même, en matière criminelle, l'enquête de personnalité, qui n'est pas systématiquement actualisée avant l'audience, n'est pas satisfaisante au regard de l'importance que revêt la qualité de l'information de la cour d'assises pour appliquer les dispositions relatives aux peines minimales.
Voilà pourquoi il nous paraît indispensable que le ministère public ne puisse prendre aucune réquisition tendant à retenir la circonstance aggravante de récidive – car il s’agit bien de cela – s’il n'a pas préalablement requis la réalisation d'une enquête de personnalité de l'intéressé et ses garanties d'insertion ou de réinsertion.
Les arguments que vous nous avancez, monsieur le rapporteur, ne peuvent donc nous convaincre, et le meilleur traitement des récidivistes qu'entraînerait ce nouvel article est tout aussi spécieux. Pour toutes ces raisons, nous voterons résolument contre cet amendement qui ne fait que confirmer, dans les faits sinon dans la lettre, le caractère automatique des peines planchers.
Nous traitons d’un sujet fondamental sur lequel Mme la ministre doit nous donner, premièrement, des explications plus précises que le simple mot « Favorable », deuxièmement, les arguments lui permettant de démontrer la conformité de son texte à la Constitution.
S’agissant des autres informations que vous m’avez demandées hier, je vous réponds sans avoir aucunement besoin d’injonction. Au 1er juillet 2007, la population pénitentiaire s’élevait à 61 810 personnes placées sous écrou, parmi lesquelles 4 979 sont en aménagement de peine, dont plus de 2 000 sous bracelet électronique. En effet, toutes les personnes placées sous écrou ne sont pas en détention. Le nombre des aménagements de peine a augmenté de près de 28 %, celui des placements sous bracelet électronique de près de 59 %, grâce à une augmentation de 75 % du nombre des conseillers d’insertion et de probation depuis 2002.
Pour répondre à M. Montebourg, 1,1 milliard d’euros en autorisations d’engagement a été destiné aux investissements pour la construction et la rénovation des prisons depuis 2002, pour 13 200 places au total. C’est la conséquence de la loi Perben votée par le Parlement – je salue d’ailleurs la présence de son auteur. 2 031 places seront ouvertes en 2008, de même que 49 centres éducatifs fermés – il y en a 29 aujourd’hui. Je confirme à ce propos le financement des cinq centres à dominante pédopsychiatrique. Voilà les réponses aux questions que vous m’avez posées. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Tout Français comprend que, même avec les aménagements de peine, quand la surpopulation des établissements pénitentiaires atteint 15 000 personnes, les conditions de détention sont telles que la réinsertion est particulièrement difficile, que l’on soit en détention provisoire ou en train de purger sa peine. Et c’est particulièrement vrai pour les jeunes.
Or, avec votre projet de loi, vous décidez sciemment d’aggraver cette situation ! La responsabilité que vous prenez aujourd’hui, vous la porterez demain. Nous, c’est le résultat qui nous préoccupe.
Mais où sont les postes d’éducateur et de juge délégué, ces postes qui permettront à l’ensemble de la chaîne de fonctionner, afin que les citoyens constatent que l’État de droit est enfin respecté, et que l’éducation, la prévention des délits et des sanctions adaptées permettent de lutter contre la récidive et contre l’extension de cette violence dont la société souffre tant aujourd’hui ?
Telle est la réalité. J’ai du reste été frappé par la réaction, hier, au cours de la discussion générale, de certains députés de l’UMP, qui ont fait mine de s’étonner de notre discours sur la lutte contre la violence, comme si nous en avions changé ! Croyez-vous vraiment que les députés socialistes viennent de découvrir ce problème ? (« Oui ! » sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
(L'amendement est adopté.)
Cet amendement fait l’objet d’un sous-amendement n° 99.
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement n° 4.
Toutefois, il nous est apparu en commission que rendre systématique cette nouvelle disposition pourrait présenter des inconvénients, dont nous avons discuté de manière très libre. Du reste, il y a autant d’arguments qui plaident pour le maintien du texte du Sénat que pour son aménagement, en vue de pallier les effets indésirables que pourrait avoir son adoption en l’état.
L’amendement n° 4, prévoit donc que le président de la juridiction, au moment du prononcé de la sentence, « informe » – et non « avertit » – le condamné des risques qu’il encourt en cas de récidive ou de multirécidive, tout en donnant au juge la possibilité dans certains cas de ne pas le faire « s’il l’estime opportun » – l’application de la disposition est donc laissée à sa libre appréciation.
L’information donnée par le juge au condamné doit être en effet suffisamment précise et personnalisée pour avoir du sens. Si elle reste trop générale, le condamné la percevra comme une formule officielle, voire une « rubrique », parmi d’autres : il ne sentira pas qu’elle lui est personnellement destinée et elle perdra alors beaucoup de sa portée. En revanche, si elle est personnalisée, comme le nombre des jugements correctionnels prononcés chaque année s’élève à 400 000, on courra le risque d’une réelle inégalité dans la personnalisation de l’information, entraînant à son tour un risque de nullité. Or il serait dommage que l’article 2 ter, qui est une bonne disposition, fasse prendre des risques de nullité pour de simples raisons de forme.
Prenons par ailleurs l’exemple, ni ubuesque ni caricatural, d’un président de cour d’assises qui vient de condamner pour plusieurs assassinats un accusé à une peine de réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de trente ans : imagine-t-on que ce magistrat puisse informer le condamné devant les familles des victimes, le public et la presse que s’il commet un nouvel assassinat il sera passible d’une peine minimale de quinze ans ? Cela serait contraire à l’objectif recherché et troublerait pour le moins les familles des victimes.
Telle est la raison pour laquelle la commission a décidé de proposer cet amendement, tout en précisant que sa rédaction est perfectible. Je propose donc que l’Assemblée le vote dans sa rédaction actuelle mais que, à l’occasion de la commission mixte paritaire, députés et sénateurs tentent de trouver ensemble la formulation définitive qui permettra de traduire dans la loi l’intention des sénateurs, que nous partageons, mais tout en en supprimant les effets indésirables.
Lorsque je lis l’exposé sommaire de l’amendement présenté par M. le rapporteur, les bras m’en tombent !
« Tout d’abord, affirme cet exposé, il est nécessaire que cette information soit suffisamment précise et personnalisée si on souhaite qu’elle ait véritablement un impact sur le condamné, et il ne faut pas que le Président se borne à indiquer les règles générales applicables en cas de récidive mais bien qu’il précise clairement le montant maximum de la peine qui serait encourue en cas de commission en récidive de la même infraction, ainsi que le montant de la peine minimale alors prévue par la loi. Tout cela prendra un certain temps, et il semble matériellement impossible que cette information soit donnée à l’issue des 400 000 jugements correctionnels prononcés chaque année. » En clair, l’exposé des motifs suggère que la disposition est bien trop compliquée puisque les juges eux-mêmes, qui sont pourtant des praticiens du droit prononçant chaque jour de nombreux jugements, ne seront pas en mesure de fournir l’explication nécessaire aux condamnés ! Comment, dans ces conditions, nos concitoyens pourraient-ils la comprendre ?
Je poursuis ma lecture : « mais surtout, il est des hypothèses dans lesquelles cette information serait totalement incongrue : tel serait le cas d’une personne qui a commis un crime ou un délit de façon occasionnelle dans des circonstances qui rendent impossible ou très peu probable une éventuelle récidive. La traiter comme un récidiviste en puissance pourrait même laisser penser que la juridiction ne croit pas que la peine qu’elle prononce a un effet dissuasif. » Là, le rapporteur passe aux aveux ! En admettant, en effet, que la peine prononcée par une juridiction peut ne pas avoir de caractère dissuasif aux yeux du condamné, il reconnaît que tout ce que nous affirmons depuis hier sur le faible caractère dissuasif des peines encourues aux yeux de certains condamnés est vrai. Il l’a écrit noir sur blanc dans l’exposé sommaire !
Pour conclure, j’ajouterai simplement que mes propos n’avaient pas d’autre objectif que de vous amener à réfléchir à cette question.
(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
(L'amendement est adopté.)
(L'article 2 ter, ainsi modifié, est adopté.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement n° 5.
(L'amendement est adopté.)
Christophe Caresche l’a noté hier soir : votre texte est fondé sur la fameuse théorie des « noyaux durs ». Certains mineurs sont en effet des délinquants endurcis. Malheureusement, le problème est bien plus massif que cela. Souvent, pour étayer ladite théorie on cite le chiffre selon lequel 5 % des mineurs délinquants commettraient 50 % des actes délictueux ; or ce chiffre est faux. L’enquête de Sébastien Roché démontrait qu’il ne s’agissait pas de 5 % des délinquants mais malheureusement de 5 % d’une classe d’âge, ce qui est bien différent.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à une délinquance massive, notamment de la part de mineurs. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion hier, forts de multiples témoignages, de revenir sur la lenteur des décisions de justice concernant les mineurs primo-délinquants, et sur le sentiment d’impunité qui en découle et qui entraîne la réitération puis la récidive.
Vous avez affirmé hier, madame la garde des sceaux, que vous partagiez notre point de vue sur la nécessité de prévoir une sanction précoce pour les primo-délinquants. Aussi les amendements que nous proposons visent-ils à ramener le délai butoir prévu, de six mois à trois mois pour les décisions d’audience du juge des enfants. Il s’agit donc par là de mesurer la valeur de vos intentions et la sincérité de vos engagements en termes de moyens.
Les amendements nos 70 et 71 présentent un réel intérêt. Ils mettent en effet en évidence l’inadaptation de l’ordonnance de 1945 pour certaines dispositions qui peuvent paraître ou obsolètes ou incohérentes entre elles. Il s’agit de la remettre à plat en prévoyant des procédures adaptées pour les 10-13 ans, les 13-16 ans et les 16-18 ans.
Nous souhaitons donc entamer ce chantier et nous attacherons à faire en sorte que l’on puisse juger plus rapidement les mineurs. Je rappelle d’ailleurs que la loi sur la prévention de la délinquance a mis en place une procédure de présentation immédiate devant le tribunal pour enfants, pour des mineurs récidivistes âgés de plus de seize ans.
Dans la mesure où nous pourrons examiner de telles dispositions le moment venu, le Gouvernement est défavorable, en l’état, aux deux amendements.
Il y a donc deux logiques contradictoires et nous maintenons nos amendements.
Rédigeons-nous des rapports pour trouver des solutions à des problèmes sur lesquels nous ne disposons pas d’éléments ou bien sommes-nous en séance pour essayer d’apporter de justes réponses à des problèmes que nous rencontrons tous, au quotidien, sur le terrain, solutions qui pourraient être adoptées à l’unanimité ?
La question essentielle est celle de la prise en charge des primo-délinquants, que le projet – qui est, j’insiste, un texte d’affichage – ne permet que d’entamer. Vous ne seriez de toute façon pas quitte en adoptant les amendements.
Il reste en effet bien d’autres mesures à prendre, bien d’autres moyens à mettre en œuvre. Ces amendements sont les premiers qui pourraient marquer votre volonté d’aller au-delà d’un texte qui se contente de faire suite à la campagne électorale, votre volonté de combattre vraiment la primo-délinquance. On sait bien, en effet, dans nos quartiers, qu’il existe un réel problème de prise en charge à la sortie du commissariat, du palais de justice, de jeunes délinquants parfois pris en flagrant délit, faute d’une prise de conscience de la notion de délais à respecter et faute d’une réelle prise en compte de la notion de ligne jaune à ne pas franchir.
Les amendements nos 70 et 71 sont les premiers d’une série que nous présenterons pendant toute la discussion afin que vous vous attaquiez décidément à la prévention de la récidive, ce que ne fait pas votre texte inefficace, voire dangereux pour nos concitoyens. Aussi, madame la garde des sceaux, je vous demande de ne pas attendre les résultats d’une commission, mais de prendre toutes vos responsabilités, de manière que vous puissiez exprimer votre souhait de voir ces amendements votés à l’unanimité. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
On nous fait légiférer sur des sujets dont on attend le résultat d’un rapport qui sera rendu par une commission qu’on n’a pas encore créée,…
Au cours du débat, nous avons fait état de nombreux témoignages de terrain. Nous nous sommes faits les porte-parole – même s’ils ne nous ont pas attendus pour s’exprimer – des professionnels du monde judiciaire et du monde policier qui, invariablement, ont affirmé qu’au lieu de faire des lois, il nous fallait leur donner des moyens !
À propos du fonctionnement de la chaîne pénale, des délais de jugement, M. Beschizza – pourtant un militant aux idées proches des vôtres, madame la garde des sceaux –, est allé jusqu’à déclarer qu’on ne trouvait pas de cas de récidive tant il est vrai qu’il faudrait d’abord qu’on condamne les gens dans un délai suffisamment proche du moment où ils ont commis des infractions pour qu’on constate qu’ils réitèrent et qu’ils récidivent. M. Beschizza conclut que, dépourvue de moyens, il s’agit d’une loi pour rien.
Ainsi Mme Batho soutient-elle un amendement en notre nom et souhaite des réponses plus rapides de la part du juge. Or l’on nous répond : surtout pas ! Il faut attendre ! Ainsi sommes-nous montés à la tribune, Christophe Sirugue, député de Chalon-sur-Saône, Didier Mathus, député de Montceau-les-Mines, et moi-même, pour dénoncer la situation du tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône, celui de notre ressort à tous trois ! Eh bien, aujourd’hui, au parquet, on inscrit en rouge en marge des décisions concernant les mineurs : « En attente d’exécution » !
Nous réclamons donc des moyens. Alors que, hier, Mme la ministre s’est engagée, bien gentiment d’ailleurs, à nous donner tous les éléments budgétaires nécessaires, tout à l’heure elle ne nous a plus rien dit. Elle nous a parlé de 1,1 milliard d’euros pour les prisons, mais on ne sait toujours pas comment seront financés les CEF, on ne sait pas non plus comment vous allez recruter les juges délégués aux victimes alors que vous diminuez le niveau des recrutements à l’École nationale de la magistrature ;…
Je crains que l’écart entre le discours et la réalité ne soit source de graves déconvenues, comme le disait l’instant le président de notre groupe, Jean-Marc Ayrault. Madame la ministre, nous n’avons toujours pas les réponses que nous vous avons demandées ! Quel va être l’effort budgétaire national consacré à l’exécution des peines avant que ne soient rendues, dans je ne sais combien de mois, les conclusions du rapport de la mission d’information ? Ce rapport sera sans doute très utile, mais nous savons déjà, pour notre part, quelle sera notre contribution ; nous vous en avons déjà donné les éléments au cours de la discussion, forts notamment de témoignages, d’avis autorisés montrant de façon concordante qu’à l’évidence la priorité à laquelle ne répond pas votre texte, ce sont les moyens d’exécuter les lois existantes. Or vous en avez déjà fait approuver six, en la matière, en l’espace de cinq ans et les décrets d’application de la dernière n’ont même pas encore paru !
Nous vous remercions donc par avance, madame la ministre, pour vos réponses. Si vous ne nous en donnez pas, nous demanderons désormais les nécessaires suspensions de séance. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. – Murmures sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
(La séance, suspendue à quinze heures cinquante-cinq, est reprise à seize heures dix.)
Nous en venons à l’amendement n° 72.
La parole est à Mme Delphine Batho, pour le défendre.
Notre amendement est en tout à fait en rapport avec le projet de loi puisqu’il s’agit, en prononçant des sanctions éducatives dans un délai plus rapide, de prévenir la récidive.
Tous ces points méritent d’être retenus, et le seront probablement, au titre des conclusions de la mission d’information qui a été créée ce matin. Nous avons là une occasion, qu’il nous faut saisir, de travailler ensemble utilement au profit de tous les mineurs.
À quelques jours d’intervalle, vous êtes capables de faire un cadeau de 13 milliards d’euros à un tout petit pourcentage de la population…
Vous ne pouvez pas affirmer que l’ordre que vous voulez faire régner dans notre pays est un ordre juste !
Je soutiens l’amendement n° 72 qui, selon le rapporteur, est si évident qu’il figurera dans les conclusions de la mission d’information, que nous examinerons en leur temps, c’est-à-dire dans plusieurs mois ! Or, la disposition proposée est si ancrée dans la réalité quotidienne que nous aurions pu aller plus loin et demander, en cas de faits constatés nécessitant une sanction éducative, la mise en place d’un suivi du mineur dès la sortie du commissariat. Là se pose le problème des psychologues, que nous avons abordé en commission. Je me suis renseigné sur les effectifs susceptibles d’assurer cette prise en charge en Seine-Saint-Denis : ils sont trois pour tout le département ! Avec le renfort prévu sur la ville d’Epinay-sur-Seine, ils seront quatre à la rentrée. Autant dire que la prise en charge des mineurs délinquants n’est pas du tout à la hauteur des besoins. Mettons-nous, avec cet amendement, dans l’obligation d’apporter une réponse correspondant à la réalité vécue par les jeunes, à une dimension temporelle signifiante pour eux. Une réponse rapide doit intervenir dans les trois mois, ce terme étant un maximum, pas un délai normal. Je vous demande donc, monsieur le rapporteur, de ne pas nous renvoyer à l’hypothétique rapport de la mission que nous allons mettre en place. La prise en charge des mineurs délinquants, qui permet d’éviter la récidive, est trop importante pour nos concitoyens pour la renvoyer aux calendes parlementaires.
L’opposition joue son rôle d’une manière qui me laisse dubitatif. Elle nous explique que cette loi ne servira à rien et qu’elle est inutile pour nous dire, trente secondes après, qu’elle est dangereuse et qu’elle va saturer les prisons. (« Elle est les deux à la fois ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.) Ce n’est guère convaincant ! Il faut choisir : ou elle est inutile, ou elle va déstabiliser l’administration pénitentiaire de notre pays. Si une majorité peut être fière de ses votes en matière pénitentiaire, c’est bien la nôtre.
Je rappelle, par ailleurs, que le projet de loi n’a pas pour objet une refonte de l’ordonnance de 1945. Que n’aurions-nous entendu si nous avions introduit quelques amendements en ce sens ! Vous nous auriez reproché sur tous les tons de vouloir, dans la précipitation, retravailler l’ordonnance de 1945. Aujourd’hui, notre propos est de tenir la promesse du Président de la République. Pour le reste, la législature n’en est qu’à son début. Là encore, je ne peux accepter cette accusation de manœuvre dilatoire : ce matin, un mois seulement après notre élection, nous avons créé une mission d’information sur l’exécution des décisions pénales. On ne peut pas dire que nous ayons tardé ! Avant la fin de l’année, les rapporteurs de cette mission – dont l’un sera spécialement chargé des sanctions à l’encontre des mineurs – présenteront leur travail. Nous travaillerons sans tabou, sans fermer les yeux sur ce qui ne va pas. Nous examinerons, peine par peine, les délais dans lesquels elles sont prononcées, le fonctionnement et les dysfonctionnements de la chaîne pénale et les conséquences qui en découlent. Peine par peine, nous proposerons les modifications législatives, réglementaires, fonctionnelles ou les demandes de moyens qui s’imposeront. Mme la garde des sceaux a aimablement indiqué qu’elle attendrait nos résultats pour poursuivre le travail législatif. Nous allons donc prendre le taureau par les cornes, tant pour les mineurs que pour les majeurs. Le travail sera fait et il y aura un suivi. Encore une fois, un mois après les élections, on ne peut pas nous reprocher d’enterrer les sujets.
Enfin, on peut se faire plaisir en proposant des amendements mais pourquoi proposer, sans aucune étude d’impact, de rendre des décisions dans un délai n’excédant pas trois mois ? Pourquoi pas deux ou quatre ? Ce n’est pas sérieux. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.) Sur le fond, le rapporteur a émis un avis positif, que je partage. Il y a des difficultés, nous le savons, et elles sont inscrites parmi les priorités de la commission des lois pour cette législature. Pour l’heure, restons dans l’ordre du jour de l’Assemblée, qui est de traduire dans les faits la promesse du Président de la République en votant la loi relative à la lutte contre la récidive. J’espère que l’opposition votera de manière plus conforme à ses déclarations.
J’en appelle à la sérénité des débats. (Murmures sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Monsieur le président de la commission des lois, je vous ai connu plus calme. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
D’abord, vous me permettrez de vous dire qu’aucun d’entre nous n’a qualifié de « sérieux » ou de « pas sérieux » les articles qui nous sont présentés. Le fait, monsieur le président de la commission des lois, de qualifier de « pas sérieux » l’amendement présenté de façon très argumentée par Delphine Batho vous fait sortir du rôle qui est le vôtre. Ce n’est pas à vous, non plus, de rappeler au président de séance comment doit se dérouler celle-ci.
Je demande donc au président de la commission des lois de bien vouloir rester dans son rôle. Nous pouvons travailler avec lui, je crois, de façon très sereine. La mission d’information à laquelle nous allons participer peut être un élément extrêmement positif. Si nous voulons éviter de terminer trop tard, examiner les autres amendements avec sérénité et enrichir nos débats, il me semble qu’un autre ton est indispensable. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
(La séance, suspendue à seize heures trente, est reprise à seize heures trente-cinq.)
Monsieur Warsmann, je voudrais vous dire avec amitié et tout le respect qui vous est dû, que c’est la première fois qu’un président de la commission des lois nous dit qu’il est là pour exécuter les engagements du Président de la République.
On peut certes réfléchir à l’évolution des institutions, mais la commission des lois n’est pas le lieu d’exécution des engagements. Elle est d’abord et avant tout, comme le définit la Constitution, le lieu central de la réflexion du législateur. Si le Parlement n’est plus qu’un lieu d’exécution, c’est une évolution intéressante des institutions, mais elle ne semble pas comprise dans les thèmes dont doit débattre la fameuse commission chargée de réfléchir aux engagements pris lors de la campagne présidentielle.
Monsieur le président de la commission des lois, vous nous avez reproché d’avoir retenu de façon arbitraire un délai maximal de trois mois. Ce n’est pas une idée nouvelle, je vous renvoie aux débats précédents. Ce délai de trois mois avait été évoqué par un certain nombre d’amendements lors des discussions précédentes. C’est un moyen terme entre la réalité actuelle de non-exécution d’un certain nombre de décisions de justice en raison de difficultés réelles et une solution idéale. Il répond à la volonté d’avancer malgré tout par rapport à un problème dont personne ne nie l’existence.
On aurait pu sombrer dans l’irresponsabilité, en exauçant le rêve de chacun : l’exécution immédiate. Mais nous savons que ce n’est pas réalisable aujourd’hui, d’un coup de baguette magique. Le délai de trois mois nous semble donc raisonnable. En effet, vous savez – vous l’avez évoqué à plusieurs reprises au cours des débats – qu’à partir du moment où nous nous trouvons face à des adolescents, nous nous situons dans l’instantané. La durée de la réponse judiciaire va donc à l’encontre ce que nous recherchons.
Quand, dans une cité, un jeune qui a fait une bêtise ressort libre, sans la moindre sanction, avec un sentiment d’impunité totale et même comme grandi aux yeux des autres par son acte, cela a des effets dévastateurs non seulement pour lui, mais aussi sur son entourage. C’est pour cela qu’il nous faut avancer. Si une sanction éducative était prise dans un délai de trois mois, ce serait déjà un premier pas.
La parole est à Mme Delphine Batho, pour le soutenir.
Récemment, dans mon département, deux mineurs ont été interpellés de nuit, pour avoir jeté des parpaings sur des véhicules en circulation. L’un d’entre eux avaient déjà commis un certain nombre d’actes de délinquance. Il a donc été, selon le processus prévu, conduit devant le juge des enfants.
L’autre, comme c’était la première fois qu’il jetait des parpaings sur un véhicule, a été relâché sans recevoir la moindre convocation ultérieure. C’est pourtant un acte grave !
Monsieur Bénisti, il n’est nulle part fait mention dans l’ordonnance de 1945 qu’un mineur – il avait quatorze ans – ayant commis un tel acte ne doive pas être sanctionné. Notre problème ne porte pas simplement sur le texte de l’ordonnance de 1945, dont on peut discuter – il a été tellement modifié,
Le problème posé n’est pas celui du texte, c’est celui de l’obligation de moyens et de résultat qu’il faut se fixer.
Monsieur le président de la commission des lois, les amendements que j’ai présentés ne sont absolument pas hors sujet. Le projet de loi qui nous est présenté ne s’intitule pas « projet de loi de lutte contre les récidivistes » mais « projet de loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs ». Nous considérons, avec mes collègues du groupe socialiste, que la prévention de la récidive fait partie de cette lutte.
L’amendement n° 73 tend à compléter la dernière phrase de l’avant-dernier alinéa de l’article 15-1 de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945, en précisant que le suivi de l’exécution de la sanction éducative par la protection judiciaire de la jeunesse se fait pas le biais de la mise en place d’un tuteur, d’un éducateur référent. Nous savons qu’un certain nombre de mineurs sont « baladés » – pardonnez-moi cette expression – d’un éducateur à un autre pour la mise en place des mesures éducatives. Ils ne bénéficient donc pas de cette prise en charge personnalisée suivie et continue qui permet un véritable travail éducatif.
Il s’agissait d’une proposition de la commission d’enquête sénatoriale de 2002, qui n’a malheureusement pas été reprise parce que cela implique la mise en place d’un certain nombre de moyens dédiés à l’exécution de ces sanctions éducatives.
La commission, pour les mêmes raisons évoquées lors de l’examen des amendements précédents, a jugé cette idée très intéressante. Cependant, dans l’attente des conclusions de la mission d’information, je vous suggère de ne pas retenir cet amendement.
Nous avions souhaité remettre à plat l’ordonnance de 1945, mais nous n’y sommes pas parvenus. Aujourd’hui, l’occasion s’offre à nous – même si cela demande du temps et si tel n’est pas l’objet principal du texte que nous examinons aujourd’hui.
Trois principes régissent cette ordonnance : primauté de l’éducatif ; juridictions spécialisées ; atténuation de responsabilité. Il s’agit de revoir cette ordonnance à l’aune de ces trois principes afin d’aboutir à une réelle protection des mineurs, qu’ils soient victimes ou auteurs d’actes d’infractions. Unissons nos efforts pour tout remettre à plat. Certes, vos propositions sont intéressantes, mais il s’agit de les mettre en cohérence avec le texte.
Engager une réflexion sur le traitement de la délinquance des mineurs, dans le cadre des compétences du juge pour enfants, des mesures éducatives ou du tribunal pour enfants, suppose de prendre en considération la minorité, donc, la responsabilité des parents, dans le respect de l’esprit de l’ordonnance de 1945. Dès lors qu’une mesure technique ou juridique porte atteinte aux principes de cette ordonnance, nous nous y opposons.
À M. Warsmann avec qui nous avons beaucoup débattu pendant la précédente législature, j’indique qu’il n’y a aucune contradiction dans la position du groupe socialiste : nous refusons la comparution immédiate de mineurs devant le juge pour enfants, et, nous souhaitons, par le biais de nos amendements, que la saisine du juge lui permette de rendre un jugement dans un délai de trois mois.
Cela dit, l’improvisation d’une rencontre immédiate avec le juge est contraire à l’importance que l’ordonnance de 1945 attache à la convocation par le juge et à la réunion de toutes les informations sur la situation du mineur et de sa famille ainsi que sur les circonstances des faits.
Nous ne proposons pas de laisser de côté ce problème dans l’attente d’ultimes réflexions. Même si nous critiquons les instruments de lutte contre la récidive que vous avez choisis, nous partageons l’objectif poursuivi. Dans ces conditions, nous considérons que vous pourriez au moins tenter d’améliorer les conditions d’exercice des juges pour enfants.
Je vous rappelle qu’un juge pour enfants n’ouvrira un dossier que si celui-ci pose problème. Aucun juge – vous pouvez leur poser la question – ne vous dira qu’il consulte l’ensemble des dossiers : tout simplement parce que ce n’est matériellement pas possible. Ce qui signifie que l’ouverture d’un dossier n’a rien à voir avec la volonté du juge de faire avancer les choses.
C’est la raison pour laquelle, je vous pose la question de fond, madame la garde des sceaux, à savoir l’instrument d’application des dispositions de la loi. La commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Outreau – dont les conclusions qui ont été adoptées à l’unanimité des membres de cette assemblée, ont été lâchement négligées par la majorité, à l’opposé de ses propres convictions – nous a montré la réalité des moyens mis en œuvre tant pour traiter les procédures d’instruction que pour les personnes en détention préventive.
Madame la garde des sceaux, vous ne parviendrez pas à obtenir un dispositif efficace si vous ne vous posez pas d’emblée le problème des moyens mis en œuvre. Si vous ne le faites pas, vous accréditerez l’idée que vous ne visez que l’affichage au détriment des solutions.
Je rappelle que les décrets d’application des deux derniers textes de loi qui ont été votés, n’ont pas tous été publiés. Comment appliquer une loi si l’on ne peut appliquer la précédente ? Je souhaite bien du plaisir à ceux qui devront s’y atteler ! La jurisprudence aura de quoi faire !
(L'amendement n'est pas adopté.)
De l’autre, la version présentée dans l’hémicycle, tout en précaution et prudence, qui prétend que les spécificités à valeur constitutionnelle de la justice des mineurs sont préservées dans ce texte.
C’