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SOMMAIRE
PRÉSIDENCE DE M. MARC-PHILIPPE DAUBRESSE
1. Travail, emploi et pouvoir d'achat. – Suite de la discussion, après déclaration d'urgence, d'un projet de loi (nos 4, 62)
Rappel au règlement
M. Jean-Pierre Brard, Mme Christine Lagarde, ministre de l’économie, des finances et de l’emploi.
discussion des articles (suite)
Article 2
M. François de Rugy, Mme Pascale Got, MM. Roland Muzeau, Jean-Claude Sandrier, Guy Geoffroy,
Amendement n° 123 : MM. Jean-Claude Sandrier, Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des finances ; Mme la ministre, M. Jean-Yves Le Bouillonnec. – Rejet.
Amendements nos 60 rectifié et 400 : MM. Louis Giscard d’Estaing, Jean-Pierre Brard, le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoption de l’amendement n° 60 rectifié ; l’amendement n° 400 tombe.
Amendement n° 28 : MM. René Couanau, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 274 : MM. Jean-Louis Idiart, le rapporteur général, Mme la ministre, MM. Jean-Pierre Soisson, François de Rugy, Michel Bouvard. – Rejet.
Adoption de l’article 2 modifié.
Après l'article 2
A la demande du Gouvernement, les amendements nos 275, 267 et 276 seront examinés après l’article 5.
Amendement n° 442 : MM. François Scellier, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Brard. – Retrait.
Amendement n° 442 repris par M. Jean-Pierre Brard. – Rejet.
Amendement n° 266 : MM. Philippe Vigier, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Article 3
Mme Corinne Erhel, MM. André Wojciechowski, Alain Cacheux, Jean Launay, Roland Muzeau, François de Rugy, Jean-Yves Le Bouillonnec, Louis Giscard d’Estaing,
Amendement n° 277 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 124 : MM. Jean-Claude Sandrier, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 278 : MM. Jean-Yves Le Bouillonnec, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
M. Jean-Louis Idiart.
Suspension et reprise de la séance
Amendement n° 279 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 280 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 281 : Mme Michèle Delaunay, M. le rapporteur général, Mme la ministre, M. François Brottes. – Rejet.
Amendement n° 61 : M. le rapporteur général, Mme la ministre, MM. Michel Bouvard, Alain Cacheux, Serge Letchimy. – Rejet.
Amendement n° 346 : MM. François de Rugy, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 347 : MM. François de Rugy, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 407 : MM. Jean-Claude Sandrier, M. le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 181 : MM. Thierry Lazaro, M. le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 341 rectifié. – Adoption
Amendement n° 62. – Adoption
Amendement n° 203 : MM. Thierry Lazaro, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 342 rectifié. – Adoption.
Amendement n° 63 et sous-amendement n° 477 : MM. le rapporteur général, Mme la ministre, M. Roland Muzeau. – Adoption du sous-amendement n° 477 et de l’amendement n° 63 modifié.
Adoption de l’article 3 modifié.
Après l'article 3
Amendement n° 296 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 291 : MM. François Brottes, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 295 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 294 : MM. François Brottes, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 293 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 290 : MM. Jean-Louis Idiart, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 283 : MM. Alain Cacheux, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 302 rectifié : MM. Guillaume Garot, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement 183 rectifié : MM. Thierry Lazaro, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 333 rectifié : MM. Victorin Lurel, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 334 rectifié. – Rejet.
Amendements nos 315 deuxième rectification et 314 deuxième rectification : MM. François Brottes, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 235 deuxième rectification : M. Jean-Claude Lenoir, le rapporteur général, Mme la ministre. – Retrait.
Amendement n° 268 : MM. Philippe Vigier, le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoption de l’amendement rectifié.
Amendement n° 282 : MM. Alain Cacheux. – Rejet.
Amendement n° 284. – Rejet.
Amendement n° 285. – Rejet.
Amendement n° 286 : MM. Victorin Lurel, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 287 : MM. Jean-Louis Idiart, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 288 : MM. Jean-Louis Idiart, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Brard. – Rejet.
Amendement n° 289 : MM. Jean-Louis Idiart, le rapporteur général, Mme la ministre, MM. Jean-Pierre Brard, Victorin Lurel. – Rejet.
M. Jean-Pierre Brard.
Suspension et reprise de la séance
Article 4
Mme Danièle Hoffman-Rispal, MM. Jean-Louis Idiart, Jean Launay, Roland Muzeau, Guillaume Garot.
Renvoi de la suite de la discussion à la prochaine séance.
2. Ordre du jour de la prochaine séance
(La séance est ouverte à quinze heures.)
Madame la ministre de l’économie, des finances et de l’emploi, je vous propose d’abréger de même vos souffrances et donc de répondre à la question que je vous ai posée ce matin concernant votre lettre de mission. En effet, un tel acte adressé à un ministre et signé du Président de la République doit, selon l’article 19 de la Constitution, être contresignée, et non pas cosignée, par le Premier ministre. Qu’en est-il en l’occurrence ?
Cette lettre de mission, qui n’est pas une lettre de mise en garde, est signée par deux personnes, que je cite dans l’ordre protocolaire – lequel n’a sans doute rien à voir avec les dispositions de la Constitution auxquelles vous faites référence : le Président de la République et le Premier ministre. L’un et l’autre ont signé cette lettre : je vous laisse le soin de l’exégèse sur les problèmes de co-signature ou de contre-signature.
Ce document est d’ailleurs disponible sur le site Internet de la Présidence de la République – www.elysee.fr –, in extenso et en langue française, ce qui est le signe d’un gouvernement moderne, ouvert, transparent...
Ce texte définit exactement les tâches qui me sont confiées pour les mois et même, j’ai plaisir à le dire, pour les années à venir. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
La parole est à M. François de Rugy, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
Sur le fond, sans vouloir ouvrir un grand débat, car nous avons déjà parlé de sujets plus importants que celui abordé par cet article,...
Or de nombreuses études ont montré que lorsqu’un étudiant est obligé de consacrer du temps à gagner de l’argent pour payer une partie de ses frais d’études, ses résultats s’en ressentent, ce qui est d’ailleurs logique.
Je ne suis pas contre le fait que des étudiants aient un petit boulot par-ci par-là, notamment l’été. Cela peut permettre un contact avec l’entreprise, ce qui est très positif. Seulement, la réalité vécue par les étudiants de France n’est pas toujours aussi rose. Il suffit de faire un tour dans les commerces de restauration rapide pour se rendre compte que les étudiants y sont employés à mi-temps ou à temps partiel, et à des postes dont ils ne peuvent pas tirer grand-chose en termes d’expérience professionnelle. Quant au revenu qu’ils perçoivent, il n’est pas très élevé. Il leur permet tout juste de payer une partie de leurs frais de logement ou d’études.
Pour ce qui est de la forme, je ne comprends pas bien non plus l’objectif visé en la matière, et je souhaiterais donc, madame la ministre, quelques éclaircissements.
Si un étudiant remplit lui-même une déclaration d’impôt – et je me souviens avoir été dans ce cas-là – il risque peu d’être imposable s’il touche un revenu à mi-temps ou à temps partiel qui ne dépasse pas le plafond indiqué dans le projet de loi. La fiscalité française est en effet telle avec l’impôt progressif que ce n’est pas parce que l’on va gagner deux ou trois SMIC sur toute une année que l’on va payer des impôts. Voilà pourquoi je ne vois pas bien l’intérêt de la mesure envisagée.
Si encore elle visait ceux qui auraient la chance de trouver un emploi très fortement rémunéré, je comprendrais, mais comme vous avez plafonné le revenu en question, vraiment, je le répète, je n’en vois pas bien l’intérêt.
La question peut se poser, en revanche, si l’étudiant est rattaché au foyer fiscal de ses parents, car on risque alors de tomber à nouveau dans l’un de ces effets pervers que nous avons déjà dénoncés à propos d’autres articles du projet de loi, celui, en l’occurrence, de favoriser ceux qui touchent déjà le plus de revenus. Pour de tels parents, le fait de rattacher leur enfant à leur foyer fiscal peut en effet leur permettre d’éviter que son salaire ne les fasse changer de tranche. C’est là que l’on ne comprendrait plus très bien le sens de la mesure proposée.
En effet, il ne s’agirait plus d’aider les étudiants qui en ont le plus besoin, comme cela paraîtrait logique, mais ceux dont les familles disposent déjà de revenus élevés. En raisonnant par l’absurde – mais c’est ainsi que l’on comprend parfois le sens d’une mesure – on pourrait même se demander si, dans le fond, des parents n’auraient pas intérêt à faire embaucher leurs enfants et à leur faire verser un revenu assez important pour, du coup, ne pas payer d’impôt supplémentaire sur ce revenu.
Si telle n’était pas l’explication de cette mesure, je ne verrais alors vraiment pas l’intérêt qu’elle présente. Je vous remercie donc par avance, madame la ministre, des éclaircissements que vous pourrez nous apporter.
Mme Pascale Got.
Le travail étudiant est une réalité subie par près d’un jeune sur deux. Il constitue un palliatif aux défaillances de notre système d’aides sociales. Face à cette réalité, un véritable accompagnement est nécessaire, qui doit passer par des mesures prioritaires tendant à l’autonomie des étudiants. Dès lors, la fiscalité n’est peut-être pas le levier prioritaire parce que l’immense majorité des étudiants n’est pas imposable, que c’est un nouvel avantage fiscal pour les familles plus aisées et que le salariat étudiant s’en trouve conforté. On ne peut pas s’en satisfaire, car celui-ci est souvent facteur d’échec et d’abandon des études.
Ces dernières années, les étudiants ont dû faire face à l'augmentation effarante des prix des loyers – plus de 25 % en huit ans –, mais aussi à celle des tarifs de restauration collective, de cotisation sociale étudiante, d'inscription à l’université, de transports, toutes charges qu’ils parviennent de moins en moins à assumer, la revalorisation des aides qui leur sont proposées aux étudiants sur la même période n'ayant pas suivi la même courbe, comme on pouvait s'y attendre. Nul n'ignore qu'existe désormais dans notre pays une population d'étudiants pauvres, dont certains – de plus en plus nombreux – sont contraints de se tourner vers les associations caritatives. Un rapport des Restos du cœur en fait d’ailleurs état.
Alors que pareille situation devrait vous interpeller, vous proposez aujourd'hui un dispositif qui, loin de répondre aux besoins des étudiants, leur propose simplement de « travailler plus pour gagner plus », comme si tout étudiant avait vocation à exercer une activité salariée pour financer ses études. Sous prétexte d'améliorer la situation des étudiants, vous normalisez l’anomalie qu’est l'obligation faite à des jeunes en formation de travailler, souvent dans des conditions difficiles, avec des horaires impossibles et pour des salaires de misère, afin de financer des études que cette même activité met en péril. L’UNEF dispose de documents à ce sujet.
Nous ne saurions cautionner une telle démarche. Pour nous, le temps est venu de définir un véritable statut de l'étudiant reposant sur l'affirmation du droit à l'autonomie et assorti d'une allocation d’autonomie à caractère universel. Permettre aux étudiants et à tous les jeunes en formation de suivre leurs études dans les meilleures conditions sans devoir recourir à l'endettement ou être condamnés à la précarité est un enjeu primordial. Pourtant, vous ne semblez pas en avoir pris la mesure.
Prenons l’exemple d’un étudiant qui travaille 12 heures par semaine au SMIC pendant les mois d'études et à plein temps pendant les deux mois de vacances. Son revenu annuel est de 6 000 euros net environ, ce qui lui permet aujourd'hui d'être non imposable et de déclencher la prime pour l'emploi à hauteur de 660 euros. Cet étudiant n'aura aucun intérêt à faire jouer le nouveau dispositif. De fait, celui-ci n’intéressera pas les étudiants les plus en difficulté, mais – comment ne pas le voir ? – d'abord les familles dont les étudiants sont rattachés au foyer fiscal des parents.
Outre ces précisions, nous présenterons des amendements tendant à répondre de façon plus efficace et plus juste aux besoins réels des étudiants. (Applaudissements sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Mon histoire personnelle n’intéresse personne, mais elle me permet de parler, comme d’autres ici probablement, en parfaite connaissance de cause. Voilà tout juste quarante ans, dans la foulée du baccalauréat, je démarrais des études supérieures tout en étant en situation – certes pas dans l’obligation – d’exercer une activité professionnelle. Cela n’a pas fait de moi un héros de la nation ! Pour moi, comme pour tous ceux qui étaient dans le même cas, nous sommes des gens ordinaires. (Approbation sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Il faut en finir avec l’affirmation selon laquelle un étudiant doit disposer de tout son temps pour étudier,…
Il s’agit donc d’une excellente mesure, dont beaucoup – les étudiants comme leur famille – regretteront de ne pas avoir bénéficié plus tôt. Le groupe UMP et son associé dans cette bataille pour l’emploi, le groupe Nouveau centre, s’attacheront vigoureusement à ce que l’article 2 soit voté. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
La parole est à M. Jean-Claude Sandrier, pour soutenir l’amendement n° 123.
Votre dispositif vise, au fond, à faire en sorte que les emplois occupés par des étudiants en cursus scolaire ou universitaire fassent l'objet d'une franchise d'imposition dans le cadre de l'impôt sur le revenu. Il coûte pour le moment une trentaine de millions d'euros et concernerait environ 450 000 étudiants et lycéens, soit une prime fiscale de moins de 70 euros par an. Voilà qui est loin de la véritable aide à la scolarité qui pourrait résulter de la création d'une allocation d'études et d'autonomie, visant notamment à éviter que nombre de lycéens et d'étudiants soient contraints de distribuer des journaux gratuits le matin ou le soir à la sortie des gares de banlieue ou de se transformer en vendeurs de hamburgers les soirs et le week-end. Il est douteux que cela les aidera à avoir une promotion salariale plus tard !
Le dispositif qui nous est proposé est donc une incitation clairement affichée à la généralisation et au développement des emplois destinés aux étudiants, qui sont, pour une bonne part, des emplois à temps très partiel et à forte rentabilité pour les employeurs en question.
Le dispositif présente par ailleurs d'autres caractéristiques soigneusement masquées pour le moment.
Si l'on défiscalise les emplois étudiants, on procédera également à une forme de disparition d'un certain montant de revenus – en l'occurrence 3 750 euros – qui peut, dans certains cas, faire perdre le bénéfice de la prime pour l'emploi aux jeunes concernés. Si vous gagnez 7 000 euros par an, en accumulant les heures à temps partiel et les jobs en période de vacances scolaires et que la moitié de ce revenu est franchisé, que va-t-il rester pour le calcul de la prime pour l'emploi ?
Autre observation : la franchise de cotisation d'impôt sur le revenu peut-elle aller jusqu'à mettre en cause la réalité des périodes travaillées par les jeunes, alors même que le calcul de certaines prestations – je pense aux retraites –est étroitement dépendant de la réalité des périodes de travail effectuées ?
Cela fait en tout cas beaucoup de raisons pour rejeter a priori cet article 2 dans sa rédaction actuelle. On sent confusément qu'il n'a d'ailleurs d'intérêt que pour les ménages ayant des enfants étudiants ou élèves rattachés et dont les revenus se situent dans les tranches les plus élevées du barème de l'impôt progressif.
Nous proposons donc d'ouvrir une piste de réflexion différente, faisant mieux droit à ces attentes, et nous vous invitons, en conséquence, à adopter le présent amendement.
Monsieur Sandrier, je voudrais vous convaincre que c’est une très belle mesure. Le fil directeur de ce texte, c’est la revalorisation du travail. Quoi de mieux que de commencer à revaloriser le travail en direction des jeunes,…
La mesure est sage et très bien proportionnée. L’exonération joue, en effet, à hauteur d’un maximum de trois SMIC mensuels pour les jeunes âgés de vingt-cinq ans au plus.
Monsieur Sandrier, vous évoquiez le problème de la prime pour l’emploi. Vous avez certainement remarqué que l’article était rédigé afin de permettre l’option. On peut bénéficier ou non de cette exonération, pour limiter d’éventuels effets pervers.
C’est donc une très belle mesure et je voudrais reprendre les propos de Guy Geoffroy. Il disait avec une grande éloquence que nombre d’entre nous auraient aimé pouvoir bénéficier d’une telle exonération. Vous auriez dû ajouter, cher collègue, que beaucoup sur ces bancs risquent de regretter de ne pas avoir voté cette disposition cet après-midi. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Voici en effet un texte où souffle un vent de liberté, puisque l’option est présente entre la PPE et la faculté de bénéficier de l’exonération d’impôt sur trois mois équivalents SMIC.
Vous demandez, monsieur Sandrier, un rapport supplémentaire. Mme la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a lancé un chantier sur les conditions de la vie étudiante. Cette concertation dure depuis plus de soixante heures. Elle donnera lieu à un rapport d’étape, qui sera publié le 16 juillet. Je vous invite vivement à lire les conclusions de ce rapport pour en savoir davantage sur les mesures qui seront proposées.
Le Gouvernement demande le rejet de cet amendement.
Le fait que, demain, nous puissions, les uns et les autres, regretter de ne pas avoir voté ce dispositif n’a aucun intérêt. Je ne trouve aucun intérêt personnel dans l’argumentation que je développe au sein de cet hémicycle. Je ne vois pas comment mon intérêt personnel me pousserait à voter pour cette mesure ou à la rejeter.
Que cherchez-vous ? Vous prétendez vouloir favoriser le travail des étudiants qui ont besoin de travailler pour continuer à étudier. Vous recueillez par là même l’assentiment de tous. Mais cette intention ne correspond pas à la réalité. Vous créez en fait un effet d’aubaine en termes de déduction fiscale. Et nous ne pouvons l’accepter.
Les amendements que nous avons déposés rejoignent votre idée de l’accompagnement nécessaire pour les étudiants qui ont besoin de travailler. Mais nous ne pouvons vous suivre en approuvant un processus qui ouvre un champ de défiscalisation à titre d’aubaine. Là se trouve le clivage. S’il est idéologique, je persiste sur nos positions.
Dois-je rappeler qu’il est plus indispensable de travailler quand on est étudiant et que l’on est issu d’une famille modeste que lorsque sa famille est aisée ? C’est parfois même vital. Il n’est pas interdit, dans le même temps, à une famille aisée de vouloir que le parcours éducatif de son fils ou de sa fille passe par le travail. Ce n’est pas contestable.
Mais de quoi parlons-nous ? De déduction fiscale, donc de l’engagement de l’État. De l’effort consenti par la collectivité nationale et par nos compatriotes qui acquittent l’impôt, en déduisant la participation de certains.
Nous sommes d’accord pour que cet effort soit fait en direction des étudiants qui éprouvent des difficultés à continuer à étudier, mais nous ne voulons pas que cela permette à des familles qui ont la capacité d’assumer l’éducation de leurs enfants de bénéficier d’allégements fiscaux. Voilà où est la différence.
Je suis maire d’une ville universitaire. Je sais ce que pèsent les 3 000 étudiants que ma ville accueille dans son budget d’aide sociale. Je sais combien l’augmentation de l’aide au logement de ces étudiants favoriserait leur consommation. Je sais ce qui leur permettrait d’éviter d’aller travailler la nuit à Rungis et d’étudier le jour. Un certain nombre de dispositifs leur permettraient de mieux se soigner, plutôt que d’aller chercher refuge dans les centres médico-sociaux des communes. Les problèmes de transport, d’éloignement obèrent la vie des étudiants.
S’il s’agit d’aider les étudiants qui n’ont pas assez de ressources, soit l’État fait le choix de les accompagner, soit il mobilise difficilement des fonds, compte tenu de l’état du budget en avantages fiscaux, mais, dans ce cas, il fait en sorte que cette aide soit centrée sur ceux qui en ont le plus besoin.
Nous sommes devant ce choix. Nous le portons très simplement à la connaissance de nos concitoyens. Pour ceux qui ont des revenus modestes et dont les enfants ont besoin d’être accompagnés, la réponse de la République et de son budget est nécessairement positive. Mais nous pensons que ces avantages ne doivent pas être étendus de manière inconsidérée. Sinon, lors de l’élaboration du budget, nous vous rappellerons à qui vous avez octroyé des avantages et apporté votre soutien. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. le rapporteur général pour soutenir l’amendement n° 60 rectifié.
Comme l’a parfaitement décrit M. Geoffroy, cette mesure permet d’aider l’étudiant à assumer lui-même l’ensemble de ses frais de vie – et pas seulement de scolarité – qui constituent un frein puissant à l’ascenseur social que représentent les études supérieures. C’est là un principe d’équité, mais aussi de dignité pour l’étudiant, quel que soit le milieu familial dont il est issu.
Vous voulez, monsieur Le Bouillonnec, que la famille, lorsqu’elle en a les moyens, prenne totalement ses enfants en charge durant leur parcours scolaire et universitaire.
Mais, monsieur Brard, si nous siégeons ensemble dans cette assemblée…
Madame la ministre, vous avez dit qu’il s’agissait d’une mesure de liberté. Les mots ont leur importance. Dès lors que la liberté de quelqu’un est en danger, je pense que nos efforts peuvent se conjuguer.
Il y a des jeunes dont la liberté est en danger : ce sont des Séquano-nocéens, que vous connaissez d’ailleurs. Ils ne bénéficient pas de cette liberté. Ils n’entrent pas du tout dans le schéma de M. Geoffroy, qui se donne le cilice tous le matins et qui veut que les jeunes soient élevés à la dure.
Il y a les enfants et petits-enfants de Jean-René Fourtou, de la famille Dewavrin, de Lindsay Owen-Jones, de Liliane Bettencourt, de Martin Bouygues, de Bruno Bich, d’Hubert Martini, de Jean Reno, d’Arthur et de quelques autres, tous voisins d’un collègue dans le temps du père de Louis Giscard d'Estaing.
Alors, de grâce, pas d’abus de langage ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Madame la ministre, l’article 2 de votre projet de loi prévoit d’étendre l’exonération actuellement limitée aux rémunérations perçues par des jeunes gens âgés de vingt et un au plus pour les emplois qu’ils occupent pendant les seules vacances scolaires ou universitaires aux salaires perçus par les élèves ou étudiants en contrepartie d’une activité exercée durant l’année scolaire ou universitaire. Notre amendement entend préciser que cette extension ne pourra concerner que les jeunes non rattachés fiscalement au foyer parental et, par nature, plus exposés à la rudesse des conditions de vie des étudiants, fort peu décrites par Louis Giscard d’Estaing tout à l’heure.
L’enquête sur les conditions de vie des étudiants, en particulier sur leur santé, menée par la Mutuelle des étudiants – la LMDE…
Nombre d’étudiants sont dans des situations très précaires, ce qui a des conséquences dramatiques sur leur santé. Selon l’étude de la LMDE, les étudiants les plus en difficulté ne consultent plus les spécialistes les plus chers, comme les ophtalmologistes et les dentistes. Cette étude met aussi en évidence les problèmes psychologiques et les fatigues sévères que connaissent les étudiants. Ces deux problèmes ne sont pas, d’après Bruno Julliard, simplement liés au stress des examens. La précarité sociale des étudiants est déterminante.
Alors, je veux bien, monsieur Geoffroy, qu’on les fasse marcher à coups de trique…
Ce n’est pas avec un petit morceau de sparadrap que vous panserez les plaies et que vous parviendrez à cacher la réalité des conditions de vie des étudiants ainsi que les inégalités sociales qui traversent notre société et dont vous prenez timidement conscience. Malheureusement, votre politique est très insuffisante en la matière. Elle ne répondra pas aux besoins considérables de la jeunesse de notre pays, qui a eu l’occasion de s’exprimer lors du débat sur le CPE.
Monsieur Louis Giscard d’Estaing, vous nous avez raconté une expérience personnelle qui a le mérite d’être la vôtre.
Dans ma ville, par exemple, nous avons dû, pour des élèves de classe préparatoire qui vivent dans ces conditions déplorables ouvrir la bibliothèque municipale pendant la nuit afin que ces jeunes socialement défavorisés puissent travailler normalement.
Pour ces jeunes-là, vous ne faites rien ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine et du groupe socialiste, radical et citoyen.)
(L'amendement est adopté.)
Je suis saisi d’un amendement n° 28.
La parole est M. René Couanau, pour le soutenir.
Nous sommes si convaincus de sa valeur, madame la ministre, que nous considérons, compte tenu de l’allongement des cursus universitaires, notamment du fait des séjours à l’étranger et des stages, que la limite d’âge de vingt-cinq ans fixée au 1er janvier n’est pas appropriée. Nous souhaiterions que cette limite soit constatée au 31 décembre de l’année d’imposition. Passer de vingt-cinq à vingt-six ans permettrait d’aligner ce dispositif sur de nombreuses mesures applicables en matière d’emploi, généralement réservées aux plus de vingt-six ans. Nous y gagnerions en efficacité et sans doute aussi en justice, compte tenu de la longueur de certains cursus universitaires.
En l’occurrence, le seuil de vingt-cinq ans est celui qui vaut en matière fiscale et c’est jusqu’à la date du 1er janvier que le rattachement au foyer parental est ouvert. C’est également le seuil qui intervient pour l’attribution du RMI. Il est plus sage d’en rester à la date du 1er janvier et de ne pas créer un nouveau seuil.
De surcroît, on passe le bac à dix-sept ans.
Cela étant, si l’étudiant atteint l’âge de vingt-six ans au cours de l’année fiscale considérée, il aura droit à cette exonération. Votre amendement est donc satisfait par la rédaction actuelle, sans que l’on ait besoin de modifier la date. C’est la raison pour laquelle, je vous suggère de retirer votre amendement ; l’expertise est formelle.
Je reconnais bien là, madame la ministre, les réflexes administratifs et techniques classiques auxquels nous étions habitués jusqu’à présent. Il me semblait pourtant que nous étions entrés dans une période…
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Jean-Louis Idiart, pour le soutenir.
Pour ma part, je ne parlerai pas de mon cas personnel parce que je pense que nous représentons le peuple.
Avec les mesures que vous proposez, et que nous critiquons, vous continuez à faire des cadeaux aux plus favorisés, et je ne pense pas seulement aux étudiants. Si vous aviez réellement envie de vous préoccuper du sort des étudiants, vous proposeriez autre chose, parce qu’il y a beaucoup à faire pour eux. Pour ma part, je vous propose, pour les tranches supérieures de l’impôt sur le revenu, de limiter la possibilité de déduire les revenus apportés aux étudiants.
M. Gilles Carrez,
Si vous voulez vraiment agir dans ce secteur, après n’en avoir pas eu le courage entre 1997 et 2002, …
Au lieu de cela, vous préférez rogner des petits riens sur le travail étudiant, qui devrait être traité de la même manière quels que soient les revenus des parents. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Amendement d’un autre âge, socialisme d’un autre âge ! Vous nous ramenez à des temps dépassés. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Revenons un peu au fond des choses. Tout à l’heure, mes propos ont été caricaturés. J’ai pourtant bien expliqué que je n’avais rien contre le fait que les étudiants travaillent, soulignant que cela pouvait même leur être bénéfique en termes d’expérience. Seulement, je ne vois pas en quoi la disposition proposée est utile. L’exemple que vous avez cité, monsieur Giscard d’Estaing, le démontre à la perfection : en quoi le fait qu’aucun mécanisme de ce genre n’existait vous a-t-il empêché de faire des stages rémunérés ? Si nous voulons que les étudiants fassent un travail formateur, en lien avec leurs études, point n’est besoin de cette mesure. C’est à d’autres dispositifs qu’il nous faut travailler.
S’agissant des étudiants qui sont obligés de travailler, je pourrais vous citer l’exemple d’un jeune garçon qui est venu m’exposer son cas la semaine dernière : travaillant dans une société de restauration rapide à mi-temps, il souhaite être kinésithérapeute. Il lui faut pour cela 8 000 euros par an, auxquels il devra ajouter 4 000 euros de loyer, selon une estimation basse, et quelques milliers d’euros de dépenses courantes. Pensez-vous que la mesure proposée ici pourrait l’aider un seul instant sachant que ses parents ne sont pas imposables sur le revenu ? Mais vous n’avez même pas accepté l’amendement réservant le bénéfice de la mesure aux étudiants faisant l’objet d’une déclaration indépendante.
Je ne suis fermé à aucune proposition – il n’y a pas que les aides directes – mais je me demande pourquoi vous êtes obsédés par cette idéologie que je qualifierai de « fiscalisme », selon laquelle une mesure fiscale permettrait de tout régler. Une disposition comme celle-là ne règle rien ou presque pour les étudiants. M. Idiart et M. Brard et M. Sandrier avant lui ont eu raison de le souligner.
Je ne peux pas laisser passer vos propos, monsieur le rapporteur général. Vous m’accusez d’être mesquin parce que je considère qu’il est anormal de faire des cadeaux à certains redevables de l’impôt sur le revenu. Mais c’est vous qui avez fait le choix de tout rattacher à l’impôt. Personne ne vous a demandé d’aller dans ce sens. Notre rôle à nous est de veiller à ce que les choses se fassent dans la plus grande justice possible. Et nous continuerons à être vigilants car, depuis le début de la législature, nous retrouvons les mêmes travers dans vos textes. Non, nous ne sommes pas favorables à ce que la majorité paie pour des cadeaux faits à une minorité qui n’en a pas besoin. Et je parle ici non des étudiants, mais des parents fortunés de certains d’entre eux.
Nous avons une constante qui n’est pas, comme vous dites, de donner plus aux riches, mais de donner plus d’autonomie aux étudiants. C’est la raison pour laquelle nous avons créé les bourses de mérite, en plus des bourses classiques, lesquelles ont été revalorisées. Le montant consacré aux bourses étudiantes dans le budget de l’État n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. De plus, la loi de finances de l’an dernier a permis la récupération des intérêts d’emprunt sur les prêts étudiants, dans le même souci d’autonomie.
L’amendement que vous proposez est un amendement anti-autonomie : il renforce la dépendance de l’étudiant à l’égard de sa famille.
Vous avez donné, monsieur de Rugy, l’exemple des études de kinésithérapeute. Nous pourrions citer aussi celui des grandes écoles. Si nous voulons qu’un certain nombre de jeunes issus des classes moyennes y aient accès dans de meilleures conditions, avec moins de charges d’emprunt, cela suppose d’adopter cette mesure de responsabilisation des étudiants et des familles. Elle est en cohérence avec toutes les lois que nous avons votées depuis cinq ans en faveur des étudiants ; elle va dans le même sens que la loi sur l’autonomie des universités, qui permettra qu’il y ait demain des universités plus efficaces et des étudiants plus autonomes.
Vous refusez cette cohérence car, depuis vingt ans, à chaque fois que vous avez été au pouvoir, vous n’avez rien souhaité faire en faveur des étudiants et de la modernisation des universités. La rupture est là aussi ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
(L'amendement n'est pas adopté.)
(L'article 2, ainsi modifié, est adopté.)
J’en viens donc à l’amendement n° 442.
La parole est à M. François Scellier, pour le soutenir.
Si telle est bien la cible de votre amendement – les junior entreprises –, le Gouvernement l’approuve, dans le souci de responsabilité et de liberté évoqué tout à l’heure par le vice-président Bouvard, et il lève le gage. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Monsieur le rapporteur général, vous qui êtes depuis longtemps dans le champ politique, vous avez bien compris qu’à trop en faire, on finit par risquer d’attirer l’attention. Vous nous avez accusés d’être mesquins parce que nous refusons des déductions fiscales de quelques centaines d’euros à des familles déjà fort « étoffées ». Mais il est vrai que, d’une certaine manière, c’est être mesquin que de se battre pour quelques centaines d’euros quand il s’agit de gens qui brassent des millions.
Je vais vous donner quelques exemples, en suivant la liste publié dans le magazine Challenges. Commençons par les « riches pauvres » avec Yves Gonnord, de la famille Fleury-Michon. La saucisse ne rapporte plus autant que par le passé, vous savez.
Passons maintenant aux petits pois,…
Il faut que l’opinion sache que ce que nous voulons faire : interdire que de telles personnes, via leurs conseillers financiers, bénéficient de ces quelques lentilles, monsieur Bouvard. Vous savez bien pourquoi les riches sont riches : c’est parce qu’ils sont âpres et qu’ils se jettent sur tout ce qui est à portée de leurs mains, en s’emparant du fruit du travail des autres. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Vous n’allez tout de même pas me faire croire que c’est Bernard Arnault lui-même qui a accumulé par son seul travail, même en se levant tôt et en se couchant tard, 23 milliards d’euros !
Certes, vous n’êtes pas mesquins : quand on aime on ne compte pas ! Vous savez que les privilégiés que vous avez mis en appétit sont insatiables.
Prenons le cas d’un étudiant membre d’une société de personnes exerçant une activité agricole. À ce titre, il perçoit une rémunération qui n’a aucun rapport avec une junior entreprise. L’amendement permet-il d’exclure cette rémunération de l’exonération ?
Prenons maintenant l’exemple des bénéfices non commerciaux. Ils concernent, en général, des professions réglementées. On voit mal un étudiant exercer la profession réglementée de pharmacien, d’avocat ou de médecin. Quelle profession pourra-t-il exercer ? Celle d’artiste peintre, de prostituée ? (Sourires)
Madame la ministre, je souhaite que vous m’assuriez qu’il s’agit exclusivement de l’activité exercée dans le cadre de junior entreprises.
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à M. Philippe Vigier, pour le soutenir.
Voilà pourquoi nous souhaitons instituer un crédit d’impôt, de façon à favoriser l’autonomie des étudiants, notion qui nous semble extrêmement importante. Il a été dit tout à l’heure que le travail des jeunes tendait à se développer, et pas seulement durant les vacances d’été, en raison notamment de l’augmentation du coût des formations.
Il nous paraît essentiel d’aider les classes moyennes. On sait en effet que certaines familles engagent d’importants moyens financiers pour permettre à leurs enfants d’avoir accès à l’enseignement supérieur.
Madame la ministre, je vous demande d’accueillir favorablement cet amendement, car il faut faire le pari de l’intelligence et faire en sorte que le plus grand nombre d’étudiants puissent suivre une formation supérieure, ce qui permettra à l’ascenseur social de se remettre en marche.
(L'amendement n'est pas adopté.)
La parole est à Mme Corinne Erhel.
Ce dispositif, qui a déjà existé en 1995, a été supprimé par le gouvernement de M. Juppé, son efficacité ayant alors été jugée toute relative en matière d’accession à la propriété, pour un coût beaucoup trop onéreux. Vous avez choisi de le réintroduire. Dans un contexte budgétaire contraint, n'aurait-il pas été plus efficace et surtout plus juste de cibler cette mesure ?
Le dispositif est ouvert à tous, y compris à ceux qui sont déjà propriétaires de leur résidence principale et qui souhaitent en changer. Il n'est donc pas réservé aux seuls primo-accédants. Il concerne les emprunts à venir mais aussi ceux en cours depuis moins de cinq ans. Il ne sera donc pas déterminant dans la décision d'acheter ou de construire, et risque d'aboutir à un pur effet d'aubaine.
Il ne prend pas non plus en compte les revenus de l'emprunteur, si bien que la mesure profitera d’abord à ceux qui ont la capacité d'emprunt la plus élevée. Il aurait été préférable de fixer un plafond de revenus. En effet, il aurait été plus logique et plus équitable de concentrer l'effort de la collectivité sur les personnes qui n'ont pas la capacité financière d'acheter et d'emprunter.
En ce qui concerne la qualité des logements, le texte proposé ne fait pas référence aux exigences de haute qualité environnementale et n'impose aucune obligation en termes de performances énergétiques. Or les économies d'énergie ont un effet positif pour la collectivité mais aussi sur les budgets des ménages, notamment des plus modestes. La création de logements économes en énergie ou la réalisation de travaux d'économies d'énergie dans les logements anciens sont des secteurs créateurs d'emplois. Cela rejoint l’un des objectifs de votre texte.
Par ailleurs, la mise en œuvre de cette mesure risque d'alimenter encore un peu plus l'inflation immobilière.
On voit bien que, faute de ciblage, ces dispositions risquent de peser lourd sur les finances publiques.
On peut également exprimer de lourdes craintes sur le devenir du prêt à taux zéro. Or, pour les plus modestes, c’est un outil essentiel dans la décision d'acheter puisqu'il est constitutif de l'apport personnel.
Enfin, si la volonté de devenir propriétaire est une ambition légitime, l'urgence actuelle est de combler la pénurie de l'offre locative par la réalisation – construction ou réhabilitation – de logements confortables, économes en énergie, à prix modérés, accessibles à tous.