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SOMMAIRE
PRÉSIDENCE DE M. RUDY SALLES
1. Demande de suspension de séance
MM. Michel Bouvard, vice-président de la commission des finances ; le président.
Suspension et reprise de la séance
PRÉSIDENCE DE M. JEAN-MARIE LE GUEN
2. Rappels au règlement
MM. Jean-Pierre Brard, Jean-Louis Idiart, M. Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des entreprises et du commerce extérieur ; Jean-Marc Ayrault, Jérôme Chartier, Jean-Pierre Brard, le président.
Suspension et reprise de la séance
3. Travail, emploi et pouvoir d'achat. – Suite de la discussion, après déclaration d'urgence, d'un projet de loi (nos 4, 62)
discussion des articles (suite)
Rappel au règlement
M. Jean-Louis Idiart.
Article 1er (suite)
Mme Laurence Dumont, MM. Jean-Claude Sandrier, Jean-Pierre Brard, Dominique Dord, Marc Dolez, Serge Letchimy.
Rappel au règlement
MM. Alain Vidalies, le secrétaire d’État.
Amendements de suppression nos 122, 234, 399 et 432 : MM. Roland Muzeau, Gaëtan Gorce, Mme Martine Billard, MM. Jean-Pierre Brard, Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des finances, Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi ; MM. Henri Emmanuelli, Pierre-Alain Muet.
Rappel au règlement
M. Arnaud Montebourg.
Rejet des amendements nos 122, 234, 399 et 432.
Rappel au règlement
M. Jean-Pierre Brard.
Amendements nos 168 et 236 : MM. Roland Muzeau, Paul Giacobbi, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Brard. – Rejets.
M. Jean-Pierre Brard.
Suspension et reprise de la séance
Amendement n° 272 : MM. Michel Liebgott, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Gaëtan Gorce. – Rejet.
Amendement n° 404 : MM. Jean-Pierre Brard, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 34 avec le sous-amendement no 473 : MM. Dominique Tian, rapporteur pour avis de la commission des affaires culturelles ; le rapporteur général, Mme la ministre, M. François Brottes. – Adoptions du sous-amendement n° 473 modifié et de l’amendement n° 34 modifié.
Amendement n° 206 : MM. Pierre-Christophe Baguet, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Alain Vidalies. – Retrait.
Amendement n° 465 : MM. Gaëtan Gorce, le rapporteur général, Mme la ministre.
Amendements nos 204 et 238 : M. Pierre-Christophe Baguet, Mme Martine Billard, MM. Gaëtan Gorce, Alain Vidalies, Mme la ministre. – Rejet des amendements nos 465, 204 et 238.
Amendement n° 7 : MM. le rapporteur pour avis de la commission des affaires culturelles, le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoption de l’amendement modifié.
Amendement n° 8 : MM. le rapporteur pour avis de la commission des affaires culturelles, le rapporteur général, Mme la ministre. – Retrait.
Amendements nos 205 et 340 : MM. Pierre-Christophe Baguet, Jean-Charles Taugourdeau, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques ; le rapporteur général, Mme la ministre, MM. Alain Vidalies, Henri Emmanuelli. – Retrait de l’amendement n° 205.
Adoption de l’amendement n° 340 modifié.
Suspension et reprise de la séance
Amendement n° 239 : MM. Michel Liebgott, le rapporteur général, Mmes la ministre, Martine Billard. – Rejet.
Amendement n° 35 : M. le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoption.
Amendements identiques nos 224 et 264 : MM. Marc Le Fur, Charles de Courson, le rapporteur général, Mme la ministre, Mme Marylise Lebranchu. – Retraits.
Amendement n° 257 : MM. Charles de Courson, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Soisson, Mme Martine Billard. – Retrait.
Amendements nos 258, 259, 260, 261, 262 et 263 : M. Charles de Courson, Mme la ministre. – Retraits.
Amendement n° 448 : MM. Pierre Morange, le rapporteur général, Mme la ministre. – Rejet.
Amendement n° 254 : MM. Charles de Courson, le rapporteur général, Mme la ministre, M. Jean-Pierre Soisson. – Rejet.
Amendement n° 36 : M. le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 37 : M. le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoption.
Amendement n° 38 : M. le rapporteur général, Mme la ministre, M. Alain Vidalies. –.Adoption.
Amendements n° 39, 40, 41 : M. le rapporteur général, Mme la ministre. – Adoptions.
Renvoi de la suite de la discussion à la prochaine séance.
4. Ordre du jour de la prochaine séance
(La séance est ouverte à quinze heures.)
Dans le cadre de la préparation de ces deux derniers débats, la commission des finances auditionne actuellement le Premier président de la Cour des comptes. Je sollicite donc, avec le président de la commission et le rapporteur général, une suspension de séance d’une demi-heure afin de nous permettre d’achever cette audition.
(La séance, suspendue à quinze heures cinq, est reprise à quinze heures quarante, sous la présidence de M. Jean-Marie Le Guen.)
La parole est d’abord à M. Jean-Pierre Brard.
Ce matin, à la suite de la discussion générale sur le projet relatif au travail, à l’emploi et au pouvoir d’achat, Mme la ministre de l’économie et des finances a répondu aux orateurs, ou plutôt nous espérions qu’elle le ferait : elle a certes répondu à ceux de l’UMP qui, pour l’essentiel, s’étaient bornés à illustrer et à répéter les propos que leur mentor avait tenus pendant la campagne électorale, mais le seul député de l’opposition qui ait eu droit à une réponse est le président de la commission des finances. Encore ai-je trouvé cette réponse assez insolente, la ministre lui ayant expliqué qu’il avait déjà bien de la chance d’occuper ce poste par la grâce incommensurable du Président de la République et des députés de l’UMP qui, paraît-il, l’avaient voulu − ce qui, au demeurant, est une parfaite affabulation.
Depuis quand, dans cet hémicycle, ne répond-on pas aux orateurs qui soutiennent les motions de procédure ? Depuis quand, même, ne répond-on pas aux orateurs de l’opposition qui se sont exprimés dans la discussion générale ? Monsieur le secrétaire d’État chargé des entreprises et du commerce extérieur et monsieur le secrétaire d’État chargé de la consommation et du tourisme, puisque Mme Lagarde n’est pas là, vous pourrez lui traduire mes propos à votre manière : cela écorchera peut-être moins ses oreilles encore inexpérimentées. Continuer de la sorte serait prendre le risque de voir le débat se dérouler dans des conditions inappropriées. À moins que cette façon de ne pas respecter le Parlement ne soit l’une des conséquences de la fameuse rupture et de la présidentialisation, et n’anticipe sur les modifications constitutionnelles que l’on nous promet.
Préalablement à notre débat, nous exigeons de connaître les impôts et tarifs concernés, par exemple ceux des crèches ou des cantines, le nombre de contribuables touchés, l’ampleur des effets en termes financiers. Nous n’avons pas eu, ce matin, de réponse à ces questions : nous souhaitons les obtenir avant de poursuivre le débat, faute de quoi nous demanderions une suspension de séance. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.)
Vous avez donc bien conscience, les uns et les autres, que nous ne sommes pas là pour ne pas répondre. (« Ah ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.) En présentant ce texte, nous avons la volonté d’agir, et c’est pourquoi nous répondrons aux questions que vous voudrez bien nous poser.
Cela étant, il y a des temps de réponse adaptés, et j’aurai l’occasion au cours de la discussion des amendements que vous avez déposés d’apporter toutes les précisions que vous souhaitez. Soyez assurés qu’avec la ministre de l’économie et avec mon collègue Luc Chatel, nous débattrons, car, vous l’avez remarqué, ce texte traduit les engagements du candidat Nicolas Sarkozy, élu Président de la République. C’est donc un texte sur lequel nous allons vous opposer un certain nombre d’arguments qui ont été validés par le résultat de l’élection présidentielle et des élections législatives.
Travailler plus pour gagner plus, c’était un slogan de campagne électorale. Maintenant, il faut clarifier les choses, monsieur Novelli, pour que les Français ne soient pas trompés.
La question que nous posons d’emblée est très importante. Il ne faudrait pas que les Français qui, demain, effectueraient des heures supplémentaires – si on leur demande d’en faire, parce qu’ils ne décideront pas seuls, et cela sera sans doute assez marginal – se retrouvent piégés par le relèvement du revenu fiscal de référence, s’ils doivent payer leur taxe d’habitation plus chère ou s’ils subissent des modifications de leurs tarifs sociaux par exemple dans les crèches ou les cantines scolaires. Vous aurez fait croire à ceux qui auront la possibilité de travailler plus qu’ils gagneraient plus, mais, dans la réalité, ils seront piégés.
M. Ayrault n’était pas là ce matin ; je voudrais donc lui apporter quelques informations.
Ainsi que l’a précisé le président de la commission des finances, 412 amendements seront examinés, dont un certain nombre déposés par l’opposition. Nous aurons donc l’occasion, article par article, amendement par amendement, de demander des informations précises afin de voter en connaissance de cause. Pour l’heure, nous avons terminé la discussion générale. La motion de renvoi en commission vient d’être repoussée et nous avons commencé d’entendre les orateurs inscrits sur l’article 1er, c'est-à-dire que nous n’avons même pas encore examiné le premier amendement.
Enfin, je regrette de devoir faire observer, monsieur Brard, que ce que vous avez dit n’est pas exact. Ce matin, Mme Lagarde n’a pas répondu qu’à un seul intervenant, en l’occurrence le président de la commission des finances. Elle a aussi répondu à M. Idiart.
La parole est à M. le secrétaire d'État chargé des entreprises et du commerce extérieur.
Je lis, page 5 : « Pour préserver l’économie d’autres avantages fiscaux ou sociaux soumis à condition de ressources dont bénéficieraient les salariés concernés, il est proposé de réintégrer dans le revenu fiscal de référence la rémunération des heures supplémentaires et complémentaires. Cette rémunération sera également prise en compte dans le calcul des limites conditionnant le bénéfice de la prime pour l’emploi (PPE). »
Vous avez ainsi la réponse à votre interrogation : ces rémunérations seront effectivement prises en compte dans le revenu fiscal de référence. Cela veut dire que, si nous adoptons ce texte, un salarié payé 1,2 SMIC qui effectuerait chaque semaine quatre heures supplémentaires exonérées fiscalement et socialement, toucherait 2 500 euros, comme l’a indiqué Mme la ministre, diminués, comme c’est logique, des 490 euros de la prime pour l’emploi. Le gain net pour ce salarié serait donc d’environ 2 000 euros. Voilà la réponse que je voulais vous donner. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
La majorité de l’Assemblée s’est prononcée pour le rejet de la motion de renvoi en commission. Soit. Mais un élément nouveau est intervenu, vous le savez, monsieur Chartier, puisque vous étiez là, ainsi que beaucoup de nos collègues : nous venons d’auditionner le Premier président de la Cour des comptes. Or que nous a-t-il dit ? Que vos comptes de l’année dernière n’étaient pas sincères.
J’en fixe la durée à cinq minutes.
(La séance, suspendue à quinze heures cinquante-cinq, est reprise à seize heures.)
Reconnaissez, chers collègues, que vous n’êtes pas prêts sur ce texte ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Vous soutenez un projet dont vous ne connaissez pas les conséquences. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.) Vous n’en connaissez les conséquences ni pour les finances publiques ni pour les personnes à qui il va s’appliquer. C’est la raison pour laquelle nous demandons que la représentation nationale soit informée. Ce n’est pas parce qu’un nouveau Président de la République a été élu un soir de mai que nous sommes aujourd’hui dans une sorte d’empire où il faudrait tout accepter et se taire ! Nous sommes des élus de la République. Nous formons le Parlement et nous demandons des explications !
Une supercherie, car si tous les salariés sont potentiellement concernés, le choix de faire des heures supplémentaires ne leur appartient pas. Ce sont les employeurs qui décident en fonction de leurs seuls besoins. Je ne connais aucun salarié qui annonce à son employeur en arrivant le matin qu’il va travailler huit, neuf ou dix heures. Les travailleurs n’ont pas le choix, et ils n’ont même pas celui de refuser des heures supplémentaires. En effet, depuis la loi de cohésion sociale de janvier 2005, un licenciement individuel peut intervenir si le salarié s’oppose à une modification essentielle de son contrat de travail. Refuser des heures supplémentaires entrera dans cette définition et pèsera comme une menace sur tous les salariés.
Lors de la campagne présidentielle, on a voulu faire rêver les Français et leur faire croire qu’ils pourraient librement décider et de leur temps de travail, et de leur rémunération. Cette poudre aux yeux n’aura servi que d’appât électoral et le réveil sera dur pour ceux qui se rendront compte qu’il ne leur appartient pas de pouvoir travailler plus. La mesure prévue par l’article 1er ne peut se substituer à une véritable politique salariale. Demain, au salarié qui sollicitera une augmentation de salaire, on répondra à coup sûr : « Faites des heures sup ! » (« Très juste ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.)
Cet article est aussi un leurre, car si on veut vraiment favoriser la création d’emplois, pourquoi ne pas proposer aux entreprises des moyens efficaces d’embaucher davantage plutôt que de les inciter à faire travailler plus les employés qu’elles ont déjà ? Soyez sûrs que l’exonération de cotisations des heures supplémentaires n’aura pas d’autre conséquence que de laisser les chômeurs à la porte des entreprises et de favoriser les contrats à temps partiel, sans espoir d’évolution. Tout ce qui contribue à rendre moins coûteuse pour les entreprises une heure supplémentaire par rapport à une heure dite normale les incitera à imposer des heures supplémentaires à leurs salariés plutôt qu’à proposer des contrats à plein temps ou à embaucher davantage.
La réduction des cotisations sur les heures supplémentaires revient à amplifier les effets négatifs de la politique de baisse du coût du travail orchestrée par le précédent gouvernement. Dès 2003, les charges sociales des bas salaires ont été aveuglement réduites pour toutes les heures travaillées, et notamment les heures supplémentaires. Cette politique d’exonération massive coûte cher : 20 milliards d’euros par an en moyenne. Elle conduit au développement d’emplois précaires peu qualifiés et peu rémunérés : les désormais fameuses « trappes à bas salaires ». Désormais, plus des trois quarts des embauches se font sur des emplois à temps partiel et de faible durée.
Enfin, cet article est une vraie tromperie. Si une partie supplémentaire de la rémunération des salariés est exonérée de cotisations sociales, elle génèrera moins de droits sociaux, notamment pour le calcul des pensions de retraite qui est effectué sur la base d’un salaire de référence hors heures supplémentaires. C’est donc leur avenir que les salariés mettront dans la balance s’ils travaillent plus maintenant en oubliant leur retraite de demain.
Pour résumer, cet article est une supercherie, car ce n’est pas le salarié qui choisit son temps de travail. C’est un leurre, car ce dispositif pénalisera un peu plus encore la lutte contre le chômage. C’est une tromperie, car il aggravera un peu plus, demain, le problème du pouvoir d’achat des retraites des actifs d’aujourd’hui et des comptes de la sécurité sociale. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.)
Il est dans la droite ligne des cadeaux aux entreprises sans réelle portée sur l’emploi. Je rappelle que 65 milliards d’euros sont inscrits à ce titre dans le budget chaque année. C’est le premier budget de l’État, avant celui de l’éducation nationale. Nous aurons l’occasion d’y revenir lors de la discussion de nos amendements.
En juin 2006, la Cour des comptes fustigeait l’inefficacité des exonérations de cotisations sociales en faisant remarquer que, sur 20 milliards d’euros d’exonérations compensées par l’État, 17 milliards ne servaient pas l’emploi. Mais vous persistez dans cette voie.
Vous persistez en vous faisant les chantres de la bonne gestion, mais en creusant la dette allégrement alors même qu’ici, pendant cinq ans, nous avons entendu en boucle les discours sur la gravité de la dette, l’urgence de la réduire et de tout subordonner à cet objectif numéro un, car nous étions les mauvais élèves de l’Europe.
Tout le monde s’accorde à dire que le paquet fiscal que vous nous proposez n’est pas financé. Vous misez sur une éventuelle hausse des recettes et sur une baisse des dépenses sans nous préciser lesquelles. Ce paquet fiscal représente 15 milliards d’euros de moins-values fiscales, 15 milliards qui profiteront d’abord et essentiellement aux plus aisés.
Vous habillez toute votre politique d’une rhétorique sur le retour de la croissance en insistant sur la bienveillance de l’Eurogroupe. Mais cela est loin de nous rassurer, car si nos partenaires européens semblent moins inquiets, je ne peux m’empêcher de croire qu’il y a une raison valable, c’est l’affirmation de nouvelles recettes.
Les moins-values fiscales sur les plus riches devront être compensées. Elles le seront sans doute par de nouvelles contributions indirectes – la fameuse TVA sociale – ou par la pression sur les collectivités territoriales, avec les conséquences négatives à en attendre en matière d’investissements, c’est-à-dire en termes d’emploi.
Le choc fiscal que vous annoncez n’est rien d’autre que la restauration des privilèges, le retour d’une société de rentiers – les voilà les vrais oisifs qui font de l’argent en ne faisant rien ! –,…
Vous êtes engagés dans un processus qui a déjà eu lieu dans les pays anglo-saxons, les États-Unis de M. Reagan et la Grande-Bretagne de Mme Thatcher. (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Vous avez parlé de « choc de confiance ». Moi, je vois le choc, mais je ne vois pas la confiance. Depuis des années, vous utilisez les mots en essayant de les dévitaliser, comme si vous étiez un dentiste, pour que cela ne fasse plus mal. Hélas, la maladie est toujours là !
Venons-en à l’essentiel. Du point de vue idéologique, nous l’avons entendu hier, vous opposez l’individu à la collectivité. Vous voulez développer l’illusion de la réussite individuelle qui serait assurée dès lors qu’elle triomphe au détriment du collectif, au détriment des autres. Vous opposez les Français les uns aux autres, au mépris, vous le savez, de nos traditions de solidarité. Dans les entreprises, il y aura ceux qui veulent ou qui peuvent faire des heures supplémentaires et ceux qui n’en font pas.
Avec votre système, quand un chef d’entreprise – sans qu’il soit pervers pour autant – aura à choisir entre une embauche nouvelle et des heures supplémentaires exemptées de cotisations sociales et défiscalisées au titre de l’impôt sur le revenu, il optera nécessairement pour la seconde solution. De ce fait, quand un ouvrier partira en retraite, dans une entreprise qui en emploie trente ou quarante, il ne sera pas remplacé pourvu qu’on trouve sur place les personnels compétents permettant de compenser son départ par des heures supplémentaires.
Ce qui est pervers, dans votre système, ce n’est pas seulement qu’il rompt avec nos traditions de solidarité que, depuis toujours, vous cherchez consciemment à briser, c’est que vous videz en même temps les caisses de l’État et des régimes sociaux.
Je ne sais pas si ce texte sera la panacée. Mais il a un immense mérite que vous n’avez pas, monsieur Brard. Il essaie d’apporter des solutions à deux maux qui minent notre société depuis longtemps : l’insuffisance du pouvoir d’achat des salariés les plus modestes – que vous prétendez pourtant vouloir défendre – et celle de la croissance française. Le mérite de ce projet de loi n’est donc pas mince. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre.)
Oui, le problème des Français, particulièrement des plus modestes, c’est leur pouvoir d’achat.
Quelles ont été vos propositions au cours des deux campagnes électorales qui viennent de s’achever, chers collègues de l’opposition ? Les Verts nous ont assurés qu’il fallait travailler 32 heures.
Mme Royal, quant à elle, prétendait qu’il fallait fixer le SMIC à 1500 euros pour augmenter le pouvoir d’achat.
Nous, nous ne sommes pas des magiciens. Nous pensons seulement que, pour que les Français qui en ont le plus besoin puissent gagner plus, il faut les laisser travailler plus. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Nous n’avons pas de botte secrète ! Nous proposons de travailler plus, en essayant de ne pas imposer davantage le revenu de ce surcroît de travail, et nous souhaitons charger moins l’entreprise, pour que le coût du travail ne la mette pas hors des conditions de la compétition mondiale. Voilà qui nous paraît relever du bon sens. Pas d’idéologie ni de dogmatisme, mais un peu de pragmatisme, s’il vous plaît !
J’en viens au second mal auquel ce texte tente de répondre. En France, nous avons – chacun le reconnaît – une croissance insuffisante.
Oui, nous pensons qu’il faut changer de philosophie et passer de la doctrine Aubry, qui nous pénalise depuis des années, au pragmatisme de Sauvy, qui nous permettra de rechercher ce supplément de croissance. Du mythe du partage du temps de travail, selon lequel on travaillerait moins pour travailler tous – nous le constatons depuis cinq ans : cela ne marche pas en France –, passons à l’évidence que « mon travail crée ton travail ». Quand l’un travaille plus, il gagne plus et, comme il dépense plus, il achète plus de services à l’autre. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
Faut-il le rappeler ? Ce ne sont pas les salariés qui choisissent d’effectuer des heures supplémentaires, mais les employeurs qui les imposent de façon unilatérale pour répondre à un surcroît d’activité. J’ajoute que, depuis cinq ans, le recours aux heures supplémentaires a été largement favorisé, notamment du fait de l’augmentation de leur contingent annuel de 130 à 180 heures en 2002, puis à 220 heures en décembre 2004.
Faute d’une activité économique suffisante, ces mesures n’ont pas permis d’accroître sensiblement le nombre d’heures de travail, et le nombre d’heures supplémentaires par salarié est resté très inférieur au plafond. La mesure envisagée ne peut donc en aucun cas se substituer à une véritable politique salariale. En réalité, la réduction des cotisations sociales sur les heures supplémentaires ne fera qu’amplifier les effets négatifs de la politique de baisse généralisée du coût du travail menée sans aucune contrepartie depuis cinq ans.
Cette politique d’exonération massive, qui coûte en moyenne 20 milliards d’euros par an, a conduit au développement d’emplois précaires peu qualifiés et peu rémunérés, ce qu’a d’ailleurs dénoncé à juste titre la Cour des comptes. Avec cette nouvelle exonération, qui vise à rendre une heure supplémentaire moins coûteuse qu’une heure normale, les salariés qui subissent le temps partiel ne passeront pas à temps plein, tandis que les demandeurs d’emploi resteront à la porte des entreprises.
De plus, comme l’ont démontré plusieurs économistes, la détaxation risque d’inciter à la déclaration d’heures supplémentaires fictives, qui remplaceront certains éléments de salaire comme les primes. C’est si vrai que le projet de loi prévoit un délai de carence d’un an. D’ailleurs, comment contrôlerez-vous la réalité des heures supplémentaires déclarées aux services fiscaux et aux URSSAF ?
Enfin, la défiscalisation des heures supplémentaires n’aura aucun effet pour plus de la moitié des ménages, qui ne paient pas d’impôt. En revanche, le dispositif de détaxation met en péril le financement de la protection sociale. En effet, le projet de loi ne dit rien de la manière dont l’État compensera – s’il les compense jamais – le manque à gagner des régimes de sécurité sociale ou les pertes de recettes subies par les retraites complémentaires et par l’assurance chômage.
Le premier concerne l’asphyxie des collectivités locales. Comment financer, en effet, les différentes mesures contenues dans ce texte ? Je ne m’interrogerai pas sur leur pertinence ; d’autres l’ont fait avant moi. Mais il apparaît clairement que le coût de la plupart des réformes annoncées par le Gouvernement sera financé par d’autres acteurs, notamment les collectivités locales, le consommateur et la sécurité sociale. Qui paiera, au final, sinon l’assuré social, le contribuable local et le consommateur ?
Le Premier ministre a lui-même annoncé dans son discours de politique générale qu’en 2008, les dotations de l’État aux collectivités locales ne pourraient pas augmenter plus que l’inflation. Le Gouvernement fait peser là une réelle menace d’asphyxie sur les finances des collectivités locales, notamment d’outre-mer, structurellement plus fragiles encore que celles de l’hexagone. Cette décision, annoncée sans la moindre concertation avec les grandes associations d’élus locaux, concrétise l’abandon unilatéral par l’État du pacte de croissance et de stabilité qui le liait depuis de nombreuses années aux collectivités locales.
Les collectivités locales d’outre-mer souffrent d’avoir des ressources financières à la fois plus incertaines que dans l’hexagone et inférieures à celles des collectivités de métropole. Les bases fiscales y sont beaucoup plus faibles et une telle décision met donc en péril la nécessaire remise à niveau des économies ultramarines.
Privées des ressources qu’elles attendaient, les collectivités locales devront de plus, in fine, prendre en charge le financement de nombreuses mesures annoncées.
Celui lié au renforcement du bouclier fiscal prévu à l'article 5 du projet de loi qui n’évoque pas la répartition du coût entre l'État, les collectivités locales et les organismes de sécurité sociale.
Celui lié à la substitution progressive du revenu de solidarité active au RMI puisqu'il semble que l’État ne compensera aux départements que 50 % du surcoût occasionné.
Quant aux nouvelles exonérations de charges prévues à l'article 1er, on ne sait pas si elles seront intégralement compensées à la sécurité sociale. Enfin, le projet de loi sur les universités que nous examinerons à la fin du mois amènera de facto les collectivités régionales à investir dans le patrimoine immobilier universitaire.
Concernant l’outre-mer, une discrimination importante touche les chômeurs. Connaissez-vous le taux de chômage en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane ? Il se situe entre 25 % et 30 %.
Nous proposerons tout d'abord de mettre fin au scandale de la non-intégration de ces chômeurs dans les statistiques nationales. À quel titre les 220 000 chômeurs décomptés outre-mer ne figurent-ils pas dans les statistiques nationales ? Nous vous demanderons de faire cesser cette discrimination en adoptant une mesure de justice et d’égalité.
Nous vous proposerons, d'autre part, par des amendements après l'article 1er, de bonifier – idéalement de 20 % – les dispositifs d'exonération de charges pour nos jeunes diplômés sans emploi afin de lutter contre ce fléau qu'est, outre-mer, le chômage des jeunes et plus singulièrement celui des jeunes diplômés.
Enfin, nous vous proposerons de traiter un autre problème crucial outre-mer, et en particulier aux Antilles, celui de la pollution des terres au chlordécone et aux pesticides. Les agriculteurs dont la production est devenue impropre à la consommation sont privés de revenus et se voient confrontés à des contentieux sociaux et fiscaux inextricables du fait de cette catastrophe environnementale. L'État, et singulièrement le ministère de l'agriculture, en est entièrement responsable pour avoir laissé entrer dans ces territoires des poisons interdits partout ailleurs. Le groupe socialiste, radical et citoyen vous propose donc, en guise de compensation, d'exonérer ces agriculteurs de cotisations.
Sur l’ensemble de ces sujets, auxquels je reviendrai naturellement au moment de la discussion des amendements, nous souhaitons que nos propositions soient entendues.
Enfin, je souhaite intervenir sur la question du logement social et le dispositif du projet de loi relatif à la déductibilité des intérêts d’emprunt. Quels que soient la pertinence et l'intérêt de cette mesure, je tiens à souligner qu'elle n'apportera rien outre-mer. En effet, ce dispositif est exclusif de la défiscalisation de l'achat immobilier outre-mer. Ainsi, en réalité, aucun effort supplémentaire n’est consenti dans ce texte pour le logement outre-mer. Permettez-moi donc, monsieur le secrétaire d’État, de vous poser une question très simple : comment l'État va-t-il payer sa dette relative au logement social et consacrer des moyens à la construction de logements outre-mer alors que les besoins sont estimés à 120 000 logements supplémentaires ?
Pour conclure, je rappellerai le point de vue du sénateur UMP de l’Ardèche Henri Torre qui, dans son rapport d’information de novembre 2006 consacré au logement outre-mer, dénonçait « la politique suicidaire » et « la gestion hasardeuse » du Gouvernement dans ce domaine, qui a conduit à une situation sans précédent. La dette en matière de logement social se situerait selon lui « dans une fourchette comprise entre 500 millions et un milliard d'euros ». Cette situation me semble extrêmement grave et il faut absolument trouver des moyens de compensation pour y remédier. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
Nous tenterons donc, mesdames et messieurs les députés, de répondre à toutes vos questions, comme j’ai commencé à le faire tout à l’heure pour celles du président Ayrault lorsqu’il m’a interrogé.
Monsieur Vidalies, nous discutons d’un texte qui a des conséquences fiscales : vous appelez d’ailleurs ce projet de loi le « paquet fiscal ».
Je suis saisi de quatre amendements de suppression, nos 122, 234, 399 et 432.
La parole est à M. Roland Muzeau, pour soutenir l’amendement no 122.
D’abord, vous trompez délibérément les salariés sur la nature et la portée exacte de votre texte, vous les trompez sur la marchandise. Loin de permettre à « ceux qui veulent travailler plus de gagner plus », votre réforme est un leurre. Elle ne va pas desserrer l'étau des heures supplémentaires contraintes, dont l'employeur, je vous le rappelle, décide seul, sans que le salarié ne puisse ni les exiger ni les refuser.
Les 650 salariés en CDI et les 150 salariés précaires de l'usine Kronenbourg, à Obernai, au cœur de l'Alsace, en ont apporté la preuve il y a quelques semaines en faisant grève pendant quatre jours contre les heures supplémentaires. Après s'être débarrassée d'une brasserie en Lorraine, leur direction, pour faire face aux besoins de sa production, avait décidé d'imposer 100 heures supplémentaires de travail à chaque salarié. Conséquence : l’usine passait à la semaine de 48 heures, samedi compris, et les cadences explosaient. Les grévistes ont demandé que les heures supplémentaires soient mises en place sur la seule base du volontariat et il a fallu quatre jours de grève pour qu’ils obtiennent gain de cause.
Cette grève a clairement révélé l'hypocrisie des objectifs de la politique que vous défendez. Et des exemples il y en a eu d’autres, beaucoup d’autres, dans les mois qui viennent de s’écouler. Je ne citerai que le cas de l’usine Bosch de Vénissieux où, sous la menace de la suppression de l’entreprise et de sa délocalisation, il a été imposé aux salariés de revenir aux 39 heures... sans gagner plus. Faudra-t-il demain que les salariés multiplient des bras de fer comme chez Kronenbourg pour faire respecter le principe du volontariat ?
Autre hypocrisie, avec votre dispositif, le gain en termes de pouvoir d'achat pour les salariés sera illusoire, et vous le savez bien, puisqu'il n'est question pour vous que d'une politique d’affichage. Les quelques euros de plus que toucheront les salariés seront demain très vite annulés par le blocage du salaire de base auquel vous encouragez implicitement les employeurs et par les augmentations de dépenses que vous avez programmées, aussi bien en ce qui concerne les dépenses de santé – franchises et déremboursements – qu’avec l'augmentation probable et seulement ajournée de la TVA prétendument sociale.
Enfin, votre mesure va aggraver les inégalités. Les allégements de cotisations et de contributions fiscales seront à proportion des salaires, donc d'autant plus faibles que les salaires sont plus bas. Les salariés précaires et sous contrat temporaire, comme les salariés travaillant dans les branches et entreprises où des accords prévoient des majorations pour heures supplémentaires inférieures à 25 %, seront écartés de l'essentiel de la mesure.
C'est ainsi que la plupart des salariés dont le temps de travail est le plus long et les salaires les plus bas – cette France qui se lève tôt, chère à notre Président – ne tireront aucun bénéfice de vos mesures : je pense en particulier aux salariés du secteur des hôtels, cafés et restaurants.
Je voudrais revenir, pour en terminer, sur les propos de M. Carrez, qui nous expliquait doctement, hier, que le partage du temps de travail était une impasse. Mais que dire de vos mesures sinon, qu'à l'évidence, l'allongement du temps de travail de ceux qui ont un emploi aura une incidence, non seulement sur les salaires, qui seront tirés vers le bas, mais encore sur l'embauche !
La seconde raison, c’est que nous n’avons toujours pas de réponse sur la manière dont ces exonérations, notamment sociales, vont pouvoir être compensées et remboursées à la protection sociale. J’espère que Mme Lagarde pourra nous donner toutes les informations nécessaires. Comment voter en faveur d’un dispositif aussi coûteux – sinon par un acte de foi que nous vous laissons partager, chers collègues de la majorité, mais auquel nous ne sommes pas forcés d’adhérer – sans savoir, compte tenu de l’état de nos finances sociales, comment ces exonérations seront compensées ?
Enfin, nous n’avons pas non plus obtenu de réponse sur les conséquences que ce texte aura éventuellement pour les salariés qui bénéficient de la PPE ou qui, en raison de l’intégration de ces rémunérations supplémentaires dans leur revenu fiscal de référence, risquent de perdre d’autres avantages, tels que des exonérations ou des réductions de taxe d’habitation. On nous a donné des indications sur la situation du salarié gagnant 1,2 SMIC, mais qu’en est-il de celui que le dispositif privera du bénéfice de la PPE ? Bien qu’il travaille plus, il subira une diminution de sa rémunération et une réduction des droits qui y sont attachés. C’est un des paradoxes de votre texte.
Nous aimerions obtenir des réponses sur l’ensemble de ces points, car ils conditionnent manifestement l’efficacité de ces dispositions. Nous ne sommes pas d’accord sur les fondements de votre politique, mais nous aimerions au moins avoir des explications. Sinon, je serai forcé d’en conclure que, pour le Gouvernement, plus il y a de flou, plus on rit ! (Sourires.) Pour notre part, nous n’avons pas forcément envie de rire des dispositions que vous proposez. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.)
Cette loi, nous dit-on, serait absolument nécessaire, car les Français seraient des fainéants qui ne voudraient pas travailler. Pourtant, selon les chiffres du Bureau des statistiques du travail, en 2005, un Français a produit en moyenne 71 900 dollars de richesse, un Américain 81 000 – donc un petit peu plus –, un Anglais 64 100, un Allemand 59 100 et un Japonais 56 300. Le moins que l’on puisse dire est que les Français sont parmi les mieux classés. Par ailleurs, selon Eurostat, au troisième trimestre 2006, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine contre 36,1 heures en moyenne dans l’Union à quinze. Les chiffres ne vont donc pas tous dans le sens que vous souhaitez.
Je salue Mme la ministre de l’économie, qui vient de nous rejoindre. Devant la commission, vous nous avez dit, madame la ministre, que ce texte ne nécessitait pas d’étude d’impact, l’expression du suffrage universel en tenant lieu. Une telle étude serait pourtant utile. En effet, si l’on envisage aujourd’hui d’expérimenter le RSA – auquel sont consacrés les articles 8 à 11 du projet –, c’est bien parce que les lois précédentes ont créé des usines à gaz telles que les gens au RMI rencontrent beaucoup de difficultés lorsqu’ils veulent reprendre le travail. Il serait tout de même absurde de commettre, à propos des heures supplémentaires, les mêmes erreurs que celles que les gouvernements UMP ont commises au cours des cinq dernières années.
J’insisterai sur deux points. Tout d’abord, rien ne prouve que l’augmentation des heures supplémentaires travaillées par salarié accroîtra la productivité d’une entreprise. Au-delà d’un certain seuil, on obtient même généralement l’effet contraire : la productivité par heure travaillée baisse, quel que soit le type d’activité.
S’agissant ensuite des créations d’emplois, il est bien évident qu’une entreprise qui aura la possibilité d’augmenter les heures supplémentaires à moindre coût, et donc de faire travailler des salariés en poste et déjà formés, n’embauchera pas des intérimaires ou des salariés en CDD.
Enfin, en ce qui concerne l’aspect sanitaire de ces mesures, je rappelle que l’on a constaté, ces derniers mois, une augmentation du nombre des suicides en entreprise. Beaucoup de salariés, pris entre le marteau et l’enclume, c’est-à-dire entre l’entreprise et les clients, ne parviennent plus à répondre à la pression de la première ni aux demandes des seconds et en arrivent à se suicider. Si, comme cela est écrit dans le rapport, vous comptez augmenter le nombre des heures de travail autorisées jusqu’à 48 heures hebdomadaires, il est à craindre que le nombre des suicides au travail augmente.
Quant au nombre des arrêts-maladie, dont les rapports nous apprennent qu’ils sont repartis à la hausse, il est à craindre qu’il ne continue d’augmenter car, à vouloir tirer toujours plus sur la corde, on en arrive à ce que les salariés ne tiennent plus le coup physiquement, tombent malades et creusent ainsi un peu plus le déficit de la sécurité sociale.
Le conformisme de la pensée de nos collègues de l’UMP est frappant. Si nous ne faisons pas comme les autres, si nous ne suivons pas les pires exemples étrangers, nous ne sommes pas au niveau. M. Dord a indiqué tout à l’heure qu’aucun autre pays n’avait mis en place les 35 heures comme nous.
Vous avez la mentalité soumise des esclaves du libéralisme intégral. (Rires sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.) Vous vous soumettez à la loi d’airain de l’exploitation (Exclamations sur les mêmes bancs), laquelle a aujourd’hui pour nom les actionnaires – encore que vous n’accordiez pas la même confiance à tous, madame la ministre, préférant le cénacle restreint des conseils d’administration à l’assemblée générale, qui a déjà un parfum de démocratie et empêche d’arranger ses petits comptes.
Comprenez donc, mes chers collègues, que la France peut toujours rayonner et que nous ne la laisserons pas mettre sous l’éteignoir, comme vous voulez le faire en pratiquant, comme les autres, l’ultralibéralisme.
Vous prônez de nouveau l’allégement des charges, madame Lagarde, alors que Philippe Séguin a dit tout à l’heure devant la commission des finances – MM. Carrez et Migaud étaient présents – que la Cour des comptes ne pouvait pas savoir si de telles exonérations étaient utiles ou non, la preuve n’en étant pas établie. Vous agissez donc uniquement par idéologie,…
Enfin, je terminerai par un scoop. Tout à l’heure, madame Lagarde, quand vous n’étiez pas là, je me suis plaint qu’ignorant les règles de notre assemblée, vous n’ayez pas répondu aux orateurs de l’opposition, sauf à Didier Migaud, à qui vous avez rappelé que, s’il était président de la commission des finances, c’était par la grâce du Président de la République et de la majorité…
Je vous cite, madame Lagarde : « Je me permets, monsieur Brard, de réitérer mes propos » – vous aggravez votre cas (Sourires). « Vous pensez trop. L’étendue de votre culture, l’impertinence de vos références nous l’ont d’ailleurs confirmé. Vous pensez trop et cela nuit à votre sens pratique (Rires et applaudissements sur divers bancs),…
Madame la ministre, mon sens pratique, je l’ai acquis – et ce sont mes deux fiertés – non seulement parce que je suis fils d’ouvrier et instituteur de la République (Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire)…
Au plan économique, je développerai quelques arguments, en évitant les effets de manche et les polémiques stériles.
En revanche, la politique de réduction autoritaire du temps de travail a été décevante.
Cette réduction autoritaire du temps de travail a un effet dramatique sur nos finances publiques, puisqu’elle se traduit aujourd’hui par un coût de compensation de 11 milliards d'euros. Nous serions engagés depuis longtemps dans un processus de diminution de la dette si nous n’avions pas hérité de ce fardeau ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire - Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen.)