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N° 3436
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ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DOUZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 15 novembre 2006.
RAPPORT
FAIT
AU NOM DE LA COMMISSION DES LOIS CONSTITUTIONNELLES, DE LA LÉGISLATION ET DE L'ADMINISTRATION GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE SUR LE PROJET DE LOI ADOPTÉ PAR LE SÉNAT (N° 3338), relatif à la prévention de la délinquance,
PAR M. Philippe Houillon,
Député.
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Voir les numéros :
Sénat : 433, 476, 477 et T.A. 134 (2005-2006)
INTRODUCTION 11
I. LA POLITIQUE DE LUTTE CONTRE LA DÉLINQUANCE MENÉE DEPUIS 2002 : UNE RÉUSSITE À APPROFONDIR 13
A. UNE POLITIQUE DÉTERMINÉE DE LUTTE CONTRE LA DÉLINQUANCE 13
1. Une réorganisation des forces de sécurité intérieure 13
a) La réforme de l’architecture générale de la sécurité intérieure 13
b) Les nouvelles orientations de la politique de sécurité publique 14
a) La loi du 9 septembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice 16
b) La loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure 16
c) La loi du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité 17
d) La loi du 12 décembre 2005 sur le traitement de la récidive. 18
B. UN COUP D’ARRÊT À LA HAUSSE CONSTANTE DE LA DÉLINQUANCE 18
1. Une baisse globale de la délinquance 18
2. Une efficacité accrue des services de police et de gendarmerie 19
3. Les excellents résultats en matière de délinquance de voie publique 20
C. LES NOUVEAUX VISAGES DE LA DÉLINQUANCE EXIGENT UNE RÉPONSE PLUS DIVERSIFIÉE 20
1. Les nouveaux visages de la délinquance 20
a) La forte progression des « violences non crapuleuses » 21
b) La progression de la délinquance de mineurs de plus en plus jeunes 22
c) L’émergence de nouvelles formes de délinquance 23
2. L’exigence d’une réponse diversifiée 24
II. UN PROJET DE LOI QUI APPORTE DES RÉPONSES ADAPTÉES AUX ÉVOLUTIONS DE LA SOCIÉTÉ 24
A. LE MAIRE AU CœUR DU DISPOSITIF DE PRÉVENTION DE LA DÉLINQUANCE 24
1. Le maire, un acteur en première ligne en matière de prévention de la délinquance 24
2. De nombreuses dispositions du projet de loi consacrent ce rôle 25
a) Des structures partenariales coordonnées par le maire 26
b) Le développement des moyens d’information 26
c) Des procédures adaptées au nouveau rôle du maire comme pivot de la politique de prévention 27
B. LA PRÉVENTION DE LA DÉLINQUANCE DES MINEURS 28
1. Les exigences particulières de la prévention de la délinquance des mineurs 28
2. Les dispositions du projet 29
3. Plaidoyer pour une réforme d’ensemble de l’ordonnance de 1945 33
a) La nécessité d’une refonte globale est devenue une évidence 33
b) Les orientations d’une réforme future 34
C. LA RÉNOVATION DE LA LUTTE CONTRE LA TOXICOMANIE 35
D. DES RÉPONSES CONCRÈTES A DES PROBLÈMES SPÉCIFIQUES 37
1. La réforme de l’hospitalisation d’office est devenue urgente 37
2. La réponse au problème crucial de la délinquance dans les transports 38
3. Les dispositions protégeant les mineurs de messages pornographiques ou violents 39
a) Protéger les plus jeunes des messages violents ou pornographiques 39
b) Donner les moyens aux enquêteurs de démanteler les réseaux de pédopornographie sur Internet. 39
4. La prévention des troubles du quotidien 40
a) La lutte contre les troubles de voisinage 40
b) La prévention des accidents impliquant des chiens dangereux 40
c) L’évacuation forcée en cas de stationnement irrégulier des gens du voyage 40
Audition de M. Nicolas Sarkozy, ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire, sur le plan national de prévention de la délinquance. 43
Audition de MM. Nicolas Sarkozy, ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de l’aménagement du territoire, Pascal Clément, garde des Sceaux, ministre de la Justice, Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des solidarités, Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités territoriales et Philippe Bas, ministre délégué à la Sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille, sur le projet de loi, adopté par le Sénat, relatif à la prévention de la délinquance 63
DISCUSSION GÉNÉRALE 91
EXAMEN DES ARTICLES 91
CHAPITRE IER : Dispositions générales 99
Article premier (art. L. 2211-1, L. 2211-4 [nouveau], L. 2512-13-1 [nouveau], L. 2215-2, L. 3214-1 et L. 5211-59 et L. 5211-60 [nouveaux] du code général des collectivités territoriales) : Animation et coordination de la politique de prévention de la délinquance par le maire 99
Article premier bis (art. L. 121-1-1 [nouveau] du code de l’action sociale et des familles) Présence de travailleurs sociaux dans les commissariats 110
Article 2 (art. L. 121-2 et L. 121-6 du code de l’action sociale et des familles) : Délégation de compétences du département aux communes en matière d’action sociale 111
Article 2 bis : Création d’un fonds pour la prévention de la délinquance 113
Article 3 (art. 13-3 [nouveau] et 21-1 de la loi n° 82-1153 du 30 décembre 1982 ; art. 1er de l’ordonnance n° 59-151 du 7 janvier 1959) : Participation des autorités organisatrices de transports collectifs de voyageurs à la prévention de la délinquance 115
Article 4 (art. 35 et 39-1 [nouveau] du code de procédure pénale) : Composante judiciaire de la prévention de la délinquance : reconnaissance explicite par la loi du rôle du ministère public en matière de prévention 116
Article additionnel après l’article 4 (art. 40-2 du code de procédure pénale) : Modalités d’information rendue des personnes ou autorités à l’origine de la plainte de la décision de justice 119
Après l’article 4 120
CHAPITRE II : Dispositions de prévention fondées sur l’action sociale et éducative 120
Article 5 (art. L. 121-6-2 [nouveau] du code de l’action sociale et des familles) : Partage de l’information entre les professionnels de l’action sociale, le maire et le président du conseil général 120
Article 6 (art. L. 141-1 et L. 141-2 [nouveaux] du code de l’action sociale et des familles) : Création et attributions du conseil pour les droits et devoirs des familles –Accompagnement parental proposé par le maire 126
Article 7 (art. L. 552-7 ([nouveau] du code de la sécurité sociale) : Saisine du juge des enfants par le maire en matière de tutelle aux prestations familiales 131
Article 8 (art. L. 2212-2-1 [nouveau] du code général des collectivités territoriales) : Rappel à l’ordre par le maire 133
Article 8 bis (art. L. 122-8 [nouveau] du code de l’éducation) : Contribution de l’Éducation nationale à la lutte contre les violences 137
Article 9 (art. L. 121-1, L. 131-6, L. 131-8, L. 131-10 et L. 214-13 du code de l’éducation) : Information du maire sur l’absentéisme scolaire – Concours de l’Éducation nationale à la prévention de la délinquance 137
Après l’article 9 144
CHAPITRE III : Dispositions tendant à limiter les atteintes aux biens et à prévenir les troubles de voisinage 144
Article 10 (art. L. 111-3-1 et L. 160-1 du code de l’urbanisme) : Études de sécurité publique en matière d’urbanisme 144
Article 11 (art. 25, 26, 26-1 et 26-2 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965) : Règles de vote sur les fermetures de portes dans les copropriétés 146
Article 11 bis (art. 127-1 du code de la construction et de l’habitation) : Participation possible des communes aux dépenses de sécurité des immeubles 147
Article 11 ter (art. 129-4-1 [nouveau] du code de la construction et de l’habitation) : Pouvoirs du maire en matière d’application des règles de sécurité des locaux contenant des matières explosives ou inflammables 148
Article 11 quater (art. 1728 et 1729 du code civil) : Résiliation du bail en cas de troubles de voisinage 149
Article 12 (art. L. 121-4-1 [nouveau], L. 325-7, L. 325-8, L. 325-10 et L. 330-2 du code de la route) : Répression des conducteurs étrangers pour excès de vitesse - Fonctionnement des fourrières 152
Article additionnel après l’article 12 (art. 707-1 et 707-4 du code de procédure pénale) : Transposition de la décision-cadre concernant l’application du principe de reconnaissance mutuelle aux sanctions pécuniaires 155
Article 12 bis (art. L. 211-11, L. 211-14, L. 215-1, L. 215-2, L. 215-2-1 [nouveau] et L. 215-3 du code rural ; art. 131-16, 131-35-2 [nouveau], 222-44 et 434-41 du code pénal) : Durcissement de la législation relative aux chiens dangereux 156
Article additionnel après l’article 12 bis (art. L. 211-11 bis [nouveau] du code rural) : Subordination de la détention de chiens dangereux à l’obtention d’un certificat 160
Articles 12 ter et 12 quater (art. 9 et 9-1 de la loi n°2000-614 du 5 juillet 2000) : Évacuation forcée en cas de violation des règles sur le stationnement des gens du voyage 161
Article additionnel après l’article 12 quater (art. L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales) : Conditions du pouvoir de réquisition du préfet 165
CHAPITRE IV : Dispositions fondées sur l’intégration 165
Article 13 (art. 4, 6-1 [nouveau] et 7 de la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003) : Création d’un service volontaire citoyen de la police nationale 165
Article 14 (art. L. 121-20 [nouveau] du code de l’action sociale et des familles) : Prise en compte des périodes de service civil volontaire dans la fonction publique 169
CHAPITRE V : Dispositions relatives à la prévention d’actes violents pour soi-même ou pour autrui 171
Article 15 (art. 222-48-1 du code pénal) : Répression des violences au sein du couple 171
Article 16 (art. 226-14 du code pénal ) : Secret médical 176
Article 17 (art. 32 à 39 de la loi n° 98-468 du 17 juin 1998 ; art. 227-22-1 [nouveau] du code pénal ; art. 60-3 et 77-1-3 [nouveaux] et 99-4 du code de procédure pénale) : Protection des mineurs vis-à-vis des messages pornographiques ou violents - Lutte contre la pédophilie sur Internet 178
Article additionnel après l’article 17 (art. 50-1 [nouveau] de la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse) : Saisine du juge des référés par le parquet en vue de la fermeture d’un site Internet illégal 184
Article additionnel après l’article 17 (art. 565-1 à 565-5 [nouveaux] du code monétaire et financier) : Gel des flux financiers des personnes organisant des jeux prohibés sur Internet 184
Article additionnel après l’article 17 (art. 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique) : Obligations à l’égard des fournisseurs d’accès à Internet en matière de jeux d’argent en ligne 185
Après l’article 17 185
Article 17 bis : Création d’une infraction de non-dénonciation volontaire de la disparition d’un enfant 186
Article 18 (art. L. 3211-11 du code de la santé publique) : Renforcement du dispositif de contrôle des sorties d’essai des personnes placées en établissements psychiatriques 187
Article 19 (art. L. 3213-9-1 [nouveau] du code de la santé publique Mise en place d’un traitement national des données en matière d’hospitalisation d’office 189
Article 20 (art. L. 3212-1 du code de la santé publique) : Application exclusive de l’hospitalisation d’office en cas d’atteintes à la sûreté des personnes ou à l’ordre public 192
Articles 21 et 22 (art. L. 3213-1, L. 3212-4 et L. 3213-2 du code de la santé publique) : Réforme de l’hospitalisation d’office 194
Article 23 (art. L. 3213-5-1 [nouveau] du code de la santé publique) : Possibilité pour le représentant de l’État dans le département d’ordonner une expertise médicale 197
Article 24 (art. L. 3213-7 et L. 3213-8 du code de la santé publique) : Extension au classement sans suite des dispositions applicables aux non-lieu, relaxe ou acquittement en raison de l’irresponsabilité pénale 198
Article 25 (art. 706-53-5 et 706-53-10 du code de procédure pénale) :Renforcement des obligations des personnes inscrites au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) 200
Article 26 (art. 133-13, 133-14 et 133-16 du code pénal) : Allongement des délais de réhabilitation pour les récidivistes 202
Article additionnel après l’article 26 (art. 132-71-1 [nouveau], 222-3, 222-8, 222-10, 222-12, 222-13, 222-14-1 [nouveau], 222-15, 222-15-1 [nouveau], 433-7, 433-8 et 433-10 du code pénal) : Définition du guet-apens - Alourdissement des peines en cas de violences volontaires avec armes sur une personne dépositaire de l’autorité publique, un sapeur-pompier ou un agent d’un exploitant de réseau de transport public de voyageurs - Création du délit d’embuscade 206
Article additionnel après l’article 26 (art. 322-11-1 [nouveau] du code pénal et L. 2339-5 du code de la défense) : Création d’une infraction spécifique de détention ou transport sans motif légitime de substances ou produits incendiaires ou explosifs 208
Article 26 bis : Renforcement de l’information de la partie civile sur l’évolution de la procédure 209
Après l’article 26 bis 210
CHAPITRE VI : Dispositions tendant à prévenir la toxicomanie et certaines pratiques addictives 210
Avant l’article 27 210
Article 27 (chapitre III du titre Ier du livre IV de la troisième partie du code de la santé publique) : Réforme de l’injonction thérapeutique 210
Article 28 (art. L. 3421-1, L. 3421-4, L. 3421-5 et L. 3421-6 [nouveaux] du code de la santé publique, art. 227-18 et 227-18-1 du code pénal, art. L. 235-1 et L. 235-3 du code de la route) Création d’une circonstance aggravante à l’usage illicite de produits stupéfiants lorsqu’il est le fait de certaines personnes dans l’exercice de leurs fonctions – Autorisation du dépistage de l’usage de produits stupéfiants dans les lieux où s’effectue le transport public de voyageurs - Répression de la provocation à l’usage ou au trafic de stupéfiants 213
Après l’article 28 217
Article 29 (chapitres III, IV et V [nouveaux du titre II du livre IV de la troisième partie du code de la santé publique, art. 132-45 du code pénal) : Extension de l’utilisation de l’injonction thérapeutique 217
Article 30 (art. 41-2 du code de procédure pénale) : Extension des mesures de composition pénale 220
Article 31 (art. 495 du code de procédure pénale) : Traitement de l’usage de stupéfiants par le biais de l’ordonnance pénale 223
Article 32 (art. 706-32 du code de procédure pénale) : Dispositions sur les coups d’achat 224
Article 33 (art. 131-35-1, 221-8 et 223-18, 222-39, 222-44, 312-13 et 322-15 du code pénal) : Création d’une peine de stage de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants 227
Article 34 (art. 222-12, 222-13, 222-14, 222-24, 222-28, 222-30 et 227-26 du code pénal) : Instauration d’une circonstance aggravante pour certaines infractions commises sous l’emprise manifeste d’un produit stupéfiant ou en état d’ivresse manifeste 229
CHAPITRE VII : Dispositions tendant à prévenir la délinquance des mineurs 234
Article 35 (art. 5, 7-1 et 7-2 [nouveaux] de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945) : Aménagement des mesures alternatives aux poursuites applicables aux mineurs - Application de la composition pénale aux mineurs 234
Article 36 (art. 8 de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945) : Juge des enfants 240
Article 37 (art. 10-2, 11-2 et 12 de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945) : Contrôle judiciaire 242
Article 38 (art. 13-1 [nouveau] et 14-2 de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945) : Organisation des audiences du tribunal pour enfants - Procédure de présentation immédiate devant la juridiction pour mineurs 245
Article 39 (art. 15, 15-1, 16 et 16 ter [nouveau]) : Nouvelles sanctions éducatives – Mesure d’activité de jour 248
Article 40 (art. 20-7 de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945) : Mesure d’activité de jour et ajournement 254
Article 41 (art. 33 de l’ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945) : Nouvelle hypothèse de placement dans les centres éducatifs fermés 255
CHAPITRE VIII : Dispositions organisant la sanction – réparation et le travail d’intérêt général 256
Article 42 (art. 131-8 du code pénal et 41-2 du code de procédure pénale) : Ouverture de la possibilité d’accomplir un TIG au profit d’une personne morale de droit privé chargée d’une mission de service public 256
Article 43 (art. 131-3 et 131-8-1 [nouveau] du code pénal) : Instauration de la sanction-réparation 258
Après l’article 43 260
Article 44 (art. 41-1 du code de procédure pénale ; art. 131-16, 131-35-1, 222-45, 223-18, 224-9, 225-20, 227-29 et 321-9 du code pénal ; art. L. 3353-4, L. 3355-3 et L. 3819-11 du code de la santé publique) : Stage de responsabilité parentale 260
Article additionnel après l’article 44 (art. 131-21, 227-32 [nouveau] et 442-16 [nouveau] du code pénal) : Généralisation de la peine de confiscation 267
Après l’article 44 268
CHAPITRE IX : Dispositions diverses 268
Article 45 (art. 375-2 du code civil) : Assistance éducative des mineurs en danger : possibilité de placement en internat 268
Article additionnel après l’article 45 (art. 60-1, 77-1-1 et 99-3 du code de procédure pénale) : Possibilité de transmission de pièces sous forme numérique 269
Article additionnel après l’article 45 (art. 706-71 du code de procédure pénale) : Extension des possibilités de recours à la visio-conférence 270
Article additionnel après l’article 45 (art. 712-17 du code de procédure pénale) : Contrôle des obligations liées au PSEM 270
Article 45 bis (art. 727-1 du code de procédure pénale) : Écoutes par l’administration pénitentiaire de conversations téléphoniques passées par les personnes condamnées 271
Article additionnel après l’article 45 bis (art. 398-1 du code de procédure pénale) : Coordination avec le code de l’environnement 272
Après l’article 45 bis : 273
Article 46 (art. L. 2213-18, L. 2213-9, L. 2512-16 du code général des collectivités territoriales ; art. 21, 23 et 23-2 de la loi du 15 juillet 1845 ; art. 21, 44-1 et 529-4 du code de procédure pénale) : Pouvoirs de police judiciaire des gardes champêtres et des agents de la ville de Paris – Police des chemins de fer 273
Article 47 : Extension du champ d’application de la loi du 15 juillet 1845 sur la police des chemins de fer 280
Après l’article 47 280
Article 48 : Date d’entrée en vigueur des dispositions du I de l’article 17 281
Après l’article 48 281
CHAPITRE IX : Dispositions diverses 282
Article 49 (art. L. 2542-1 du code général des collectivités territoriales) : Application en Alsace-Moselle 282
Article 50 (art. L. 2573-1 et L. 5832-13 du code général des collectivités territoriales ; art. L. 131-1-1, L. 131-2-1 [nouveaux], L. 132-2 et L 132-3 du code des communes de la Nouvelle Calédonie ; art. L. 131-1-1, L. 131-2-1 et L. 131-2-2[nouveaux] et L. 132-2 du code des communes applicable à la Polynésie française) : Application des dispositions relatives aux pouvoirs du maire à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française 282
Article 51 : Application des autres dispositions du projet de loi à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna 283
TABLEAU COMPARATIF 285
ANNEXE AU TABLEAU COMPARATIF 489
AMENDEMENTS NON ADOPTÉS PAR LA COMMISSION 549
PERSONNES ET ORGANISATIONS ENTENDUES PAR LE RAPPORTEUR 570
La France s’est engagée depuis quatre ans et demi dans une politique résolue de lutte contre l’insécurité. Parfois critiquée, cette politique a connu des résultats incontestables, mettant fin à la dégradation continue des chiffres de la délinquance entre 1997 et 2002.
Ces résultats ont été obtenus grâce à la mobilisation de moyens humains, budgétaires et juridiques qui ont permis d’accroître sensiblement l’efficacité de la police et la gendarmerie d’une part, de la justice d’autre part.
Pour autant, les violences urbaines du mois de novembre 2005 nous ont rappelé que l’effort devait être maintenu, amplifié et diversifié. En effet, ces événements n’ont fait que révéler une réalité que beaucoup d’élus locaux pouvaient déjà ressentir : celle de la transformation de la délinquance, devenue plus violente et plus jeune. Face à ce véritable phénomène de société, il serait vain de croire que la solution pourrait venir des seules forces de police et de gendarmerie, qui ont déjà fourni des efforts remarquables, même s’il est toujours possible et souhaitable d’améliorer le cadre de leur action.
Ainsi, la voie qu’il faut maintenant poursuivre est celle d’une approche différente de la délinquance prenant en compte l’ensemble des facteurs qui peuvent être à son origine : il s’agit donc de mettre en œuvre une véritable politique de prévention de la délinquance, ce qui revient à considérer que cette politique ne concerne pas seulement la police et la justice, mais l’ensemble des acteurs sociaux qu’ils soient publics ou non (collectivités locales, associations, éducation nationale, bailleurs sociaux, transporteurs publics, travailleurs sociaux…).
Pourtant, si chacun s’accorde sur la priorité à donner à la prévention de la délinquance, de nombreuses divisions persistent sur les modalités concrètes de mise en œuvre. En effet, compte tenu du nombre d’acteurs concernés, il est primordial d’organiser la coordination entre eux, ce qui peut être source de conflits de compétence et d’oppositions sur les finalités de la prévention de la délinquance.
La prévention peut en effet avoir plusieurs acceptions. Selon une distinction traditionnelle, on peut dégager trois niveaux de prévention :
— la prévention primaire qui constitue l’ensemble des moyens orientés vers la modification des conditions criminogènes de l’environnement physique et social global susceptible d’entraîner le passage à l’acte délinquant ;
— la prévention secondaire qui se concentre vers l’identification et l’intervention préventive à l’égard de groupes ou de populations qui présentent des facteurs de risque de délinquance du fait de leur environnement social, de leurs difficultés scolaires… ;
— la prévention tertiaire qui concerne les actions pouvant être entreprises pour éviter la récidive par des actions individualisées à l’égard des délinquants.
Ces trois niveaux de prévention ne sont pas antinomiques mais doivent être associés. Il est donc aussi absurde de fonder une politique de prévention sur la seule crainte de la prison que d’imaginer que la prévention consiste seulement à agir sur l’amélioration de l’environnement social global, sans chercher spécifiquement à empêcher des actes de délinquance.
Le Gouvernement a donc décidé de déposer un projet de loi sur la prévention de la délinquance afin de refonder les outils dont nous disposons dans ce domaine. En raison du nombre des acteurs impliqués et des incontestables résistances culturelles de certains à agir dans un domaine considéré comme « sécuritaire », le processus législatif a été long à mettre en œuvre.
Cependant, la priorité portée sur la prévention a conduit à l’adoption d’autres textes qui, associés au présent projet de loi, donneront un cadre global et cohérent à la nouvelle politique de prévention de la délinquance. Parmi ces textes figurent notamment la loi du 31 mars 2006 sur l’égalité des chances ou encore le projet de loi réformant la protection de l’enfance, adopté en première lecture par le Sénat le 21 juin 2006.
Ainsi, il est aujourd’hui important d’apporter les outils nécessaires à la mise en œuvre d’une politique hardie de prévention de la délinquance, ce que permet ce projet de loi, déposé le 28 juin 2006 sur le bureau du Sénat qui l’a adopté le 21 septembre 2006.
I. LA POLITIQUE DE LUTTE CONTRE LA DÉLINQUANCE MENÉE DEPUIS 2002 : UNE RÉUSSITE À APPROFONDIR
La lutte contre l’insécurité a constitué l’une des principales priorités de la majorité élue en 2002. Après plusieurs années de montée continue de la délinquance, la tendance s’est, de fait, retournée grâce à la mise en œuvre d’une politique déterminée.
L’architecture générale de la sécurité intérieure a en effet connu des réformes sans précédent depuis 2002 qui ont permis d’accroître sensiblement l’efficacité des forces qui y sont consacrées.
Au niveau du pilotage tout d’abord, une véritable révolution a eu lieu avec la mise en œuvre, enfin, d’une politique unifiée de sécurité intérieure. Ainsi, pour la première fois, le décret du 15 mai 2002 relatif aux attributions du ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales dispose que « pour l’exercice de ses missions de sécurité intérieure, le ministre de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales est responsable de l’emploi des services de la gendarmerie nationale ». Il en résulte une unification du commandement de la police et de la gendarmerie nationales permettant une utilisation plus rationnelle et plus cohérente de nos deux forces de sécurité intérieure, sans remettre en cause leurs spécificités, et notamment le statut militaire de la gendarmerie.
Cette rationalisation s’est par ailleurs traduite par le redéploiement des zones de compétence entre la police et la gendarmerie, attendu depuis si longtemps. Il était en effet impératif d’adapter la carte des circonscriptions à la réalité de la délinquance. Cette nécessité était au demeurant inscrite dans la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité de janvier 1995 et avait été réaffirmée dans le rapport remis par Roland Carraz et Jean-Jacques Hyest au Premier ministre en 1998, mais auquel aucune suite n’avait été donnée. Le redéploiement rationnel et équilibré des forces de police et de gendarmerie, conduit depuis 2003 est aujourd’hui quasiment parvenu à son terme.
Dans le domaine budgétaire, le rapprochement police/gendarmerie s’est traduit très concrètement par la création d’une mission interministérielle unique « sécurité » regroupant les programmes police nationale et gendarmerie nationale. Les budgets consacrés aux forces de sécurité intérieure, police et gendarmerie, sont désormais discutés et votés au cours d’un même débat au Parlement : cela permet d’avoir une vue d’ensemble de la politique de sécurité intérieure de la France.
Mieux organisées, les forces de sécurité intérieure ont également fait l’objet d’une remobilisation pour lutter plus efficacement contre la délinquance.
Contrairement à certaines affirmations, la police de proximité n’a pas été supprimée, mais profondément réformée. Une police de proximité doit être une police aux services des citoyens et qui assure sa sécurité. On ne peut donc pas évaluer son efficacité au regard du nombre d’implantations de la police et de la gendarmerie, mais à la présence effective des forces de l’ordre pour lutter contre la criminalité, par un travail de voie publique, notamment en période nocturne. Or l’augmentation considérable du nombre d’implantations immobilières entre 1997 et 2002 avait entraîné une mauvaise réparation des effectifs, totalement déconnectée des heures et des lieux où sont commis effectivement les actes de délinquance.
Depuis 2002, la police de proximité a donc été réformée afin d’apporter davantage de « sécurité de proximité », en développant les capacités d’investigation et la présence aux heures les plus sensibles, en particulier la nuit. C’est pourquoi un rééquilibrage du dispositif de la sécurité publique, privilégiant les principes de mutualisation et de mobilité des moyens au travers de la fusion ou de la suppression de secteurs, a été engagé depuis la fin 2002. En effet, un trop grand nombre d’implantations immobilières, comme cela pouvait également être observé dans la gendarmerie avant la création des communautés de brigades, implique un trop grand nombre de personnels chargés des missions d’accueil et de secrétariat par rapport à ceux qui sont effectivement présents sur la voie publique.
Les modalités d’application ont été consacrées par l’instruction ministérielle du 24 octobre 2002 relative à l’adaptation de l’action des services territoriaux de la sécurité publique au renforcement de la lutte contre les violences urbaines et la délinquance : il s’agit ainsi de concilier la présence dans les secteurs et l’investigation de terrain, de développer l’initiative opérationnelle et le traitement judiciaire, et de renforcer la présence nocturne des effectifs, grâce à un nouveau champ d’autonomie décisionnelle et de souplesse d’organisation offert aux chefs de service.
Cela a permis de renforcer une action judiciaire de proximité. En effet, la répression de la délinquance est la mission de tout policier ou de tout gendarme, et non des seuls services de police judiciaire spécialisée. Cette activité judiciaire de proximité faisait l’objet d’une forte attente de la part des Français qui ne pouvaient accepter l’impunité de fait entourant certaines formes de délinquance dites « mineures », mais qui empoisonnent leur vie quotidienne.
Des adaptations opérationnelles ont également été mises en œuvre pour mieux lutter contre la délinquance. C’est par exemple le cas de la nouvelle doctrine d’emplois des CRS et des gendarmes mobiles, formalisée dans l’instruction du 30 octobre 2002 commune à l’emploi des forces mobiles de la police et de la gendarmerie nationales. Cette doctrine consiste à utiliser ces forces au plus près du terrain, leur emploi étant déconcentré au niveau des préfets des zones de défense, afin qu’elles contribuent davantage à la lutte contre la délinquance. Ces forces étaient en effet trop souvent cantonnées à la préservation de l’ordre public par le déploiement d’effectifs en grand nombre.
Dans le domaine crucial de la lutte contre l’économie souterraine, la mise en place des GIR (groupes d’intervention régionaux), dès 2002, a permis d’apporter une réponse concrète à la lutte contre l’économie souterraine et les différentes formes de délinquance organisée, en associant dans une même structure, dans chaque région, des policiers, des gendarmes, des douaniers, des fonctionnaires des services fiscaux, des fonctionnaires de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, de la direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle, soit 1 398 personnes sur l’ensemble du territoire. Les GIR, depuis leur création, ont participé à plus de 2 100 affaires, conduisant au placement en garde à vue de près de 15 000 personnes, saisissant plus de 1 500 armes, 5 tonnes de résine de cannabis, 86 kilos d'héroïne, 56 kilos de cocaïne et l'équivalent de près de 48 millions d'euros.
Le caractère prioritaire de la lutte contre l’insécurité s’est également manifesté par les crédits importants consacrés à cette politique qui ont fait l’objet, dès l’été 2002, d’une programmation ambitieuse.
Pour la police et la gendarmerie nationales, la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) du 30 août 2002 fixait des objectifs très ambitieux tant en termes de recrutement (6500 dans la police nationale, 7000 dans la gendarmerie nationale) que de crédits d’équipement et d’investissement (1175 millions d’euros supplémentaires pour la police, 1025 millions pour la gendarmerie).
Comme le montre le rapport pour avis de notre collègue Guy Geoffroy (1) sur les crédits de la mission sécurité pour 2007, cet objectif très ambitieux a été quasi entièrement respecté, ce qui est exceptionnel pour une loi de programmation. Il en résulte aujourd’hui des forces de sécurité plus nombreuses, mieux équipées et qui ont retrouvé le moral.
Pour la justice, la loi d’orientation et de programmation du 9 septembre 2002 a permis de la doter des moyens nécessaires à son fonctionnement, même si l’effort doit être maintenu pour parvenir à l’objectif d’une part de 3% du budget de l’État fixé par la commission d’enquête sur l’affaire dite d’Outreau. (2)
Depuis le début de la législature, le budget de la justice a augmenté de près de 1,8 milliard d’euros, soit une augmentation sans précédent de 38 % en cinq ans, traduisant la continuité de l’engagement du Gouvernement en faveur de la justice. La part du budget de la justice est ainsi portée cette année à 2,34 % du budget de l’État, contre 1,69 % en 2002.
La loi d’orientation et de programmation a doté la justice de moyens budgétaires, mais aussi juridiques permettant de simplifier la procédure pénale et d’accroître son efficacité : citons l’instauration du placement sous surveillance électronique (PSE) dans le cadre d’un contrôle judiciaire, l’instauration du « référé-détention » et la procédure de jugement simplifiée permettant de régler par ordonnance pénale du président du tribunal correctionnel les délits les plus simples et les plus courants prévus par le code de la route. La loi du 9 septembre 2002 a également instauré une justice de proximité, composée de juges non professionnels qui ont la charge d’apporter une réponse rapide aux petits litiges de la vie quotidienne, à l’image des anciens « juges de paix ».
La LOPJ a aussi apporté d’importantes modifications à l’ordonnance de 1945 relative à l’enfance délinquante : elle a ainsi introduit la possibilité de prononcer des sanctions éducatives à l’encontre des mineurs de plus de dix ans ; elle permet également que des mineurs de 13 à 16 ans soient placés en détention provisoire en cas de manquement aux obligations d’un contrôle judiciaire ; elle a également institué une procédure rapide de « jugement à délai rapproché » pour les mineurs de plus de 16 ans. Enfin, la plus grande innovation de cette loi en la matière réside sans doute dans la création des centres éducatifs fermés pour les mineurs récidivistes.
Une réforme du cadre d'action de la police et de la gendarmerie a été mise en place par l’adoption de la loi pour la sécurité intérieure, permettant ainsi une réponse à la délinquance du « quotidien ».
En premier lieu, cette loi traite de la nouvelle organisation de l’action en matière de sécurité intérieure en affirmant le rôle prépondérant des préfets, en créant une réserve civile de la police nationale et en renforçant les prérogatives de la police judiciaire (extension des compétences des OPJ, visite de véhicules facilitées…).
En second lieu, un véritable cadre est créé en ce qui concerne les traitements automatisés d’information dans le domaine de la sécurité intérieure, donnant ainsi une base législative aux fichiers STIC, de la police nationale, et JUDEX, de la gendarmerie, ainsi qu’à leur consultation.
En troisième lieu, un accent est mis sur le renforcement des moyens de la police scientifique et technique, par l’extension du fichier des empreintes génétiques et la possibilité offerte d’effectuer des prélèvements sur les personnes concernées par une procédure.
Enfin, la loi pour la sécurité intérieure visait à créer de nouvelles incriminations afin de répondre aux évolutions de la délinquance. Ainsi, le racolage, même passif, a été institué en délit, de même que l’installation sans titre sur un terrain, l’exploitation de la mendicité, les menaces ou entraves en réunion dans les halls d’immeuble…
La loi du 9 mars 2004, dite loi « Perben II » a doté notre justice des moyens qui lui manquaient pour lutter contre la criminalité et la délinquance organisées. Elle a ainsi institué diverses procédures et techniques d’investigation spéciales, tant dans le cadre de l’enquête que de l’instruction, telles l’infiltration de réseaux par des enquêteurs, la prolongation exceptionnelle de la garde à vue pour une durée maximale de 96 heures - comme en matière de trafic de stupéfiants et de terrorisme -, les conditions spécifiques pour mener des perquisitions, notamment de nuit en cas de risque immédiat de disparition de preuve, les interceptions des correspondances émises par voie de télécommunications ou la possibilité de captation et de conservation des paroles prononcées à l’insu des intéressés, ce procédé très intrusif s’avérant indispensable au démantèlement de groupes criminels très organisés et étant prévu dans la législation d’un grand nombre de pays européens.
Cette loi a aussi institué la procédure dite du « plaider coupable », dont le but est d’alléger les audiences correctionnelles trop souvent engorgées. L’instauration de cette nouvelle procédure de jugement des délits par « comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité » permet au procureur de la République de proposer à une personne qui encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et qui reconnaît avoir commis un délit, une peine d’amende ou d’emprisonnement, au plus égale à la moitié de la peine encourue, qui, en cas d’accord, est homologuée par le président du tribunal de grande instance.
La loi de 2004 a enfin instauré le fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS) destinée à prévenir le renouvellement des infractions les plus graves et, en cas de récidive, à faciliter l’identification de leurs auteurs. Devant le nombre élevé de récidivistes en matière de mœurs - un condamné sur sept en moyenne -, la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure a permis l’inscription dans un fichier des empreintes génétiques (FNAEG) des personnes soupçonnées d’avoir commis un certain nombre de crimes et délits, notamment en matière sexuelle, ce qui facilite l’élucidation des crimes sexuels. Pour permettre la prévention, il était utile de créer un fichier spécifique comportant pour une durée assez longue l’adresse régulièrement actualisée des personnes inscrites, pouvant être consultée soit par les autorités judiciaires ou de police judiciaire dans le cadre des procédures concernant des infractions sexuelles, soit par les autorités préfectorales pour connaître les antécédents d’une personne voulant exercer une activité la mettant en relation avec des mineurs.
Fruit des propositions de la mission d’information sur le traitement de la récidive des infractions pénales (3), la loi du 12 décembre 2005 a pris la mesure de l’ampleur des faits commis en récidive.
La loi de 2005 vise à réprimer plus durement les auteurs des faits commis en état de récidive légale, dont la définition a été élargie. Elle limite ainsi à deux le nombre de condamnations assorties d’un sursis avec mise à l’épreuve pouvant être prononcées à l’encontre d’un prévenu en situation de récidive légale.
Elle a aussi instauré les moyens d’une réelle prévention de la récidive grâce à un meilleur suivi des condamnés les plus dangereux, notamment par la création du « bracelet électronique mobile ». Les détenus sexuels les plus dangereux peuvent être désormais placés sous surveillance électronique mobile (PSEM) garantissant leur localisation sur l’ensemble du territoire national.
En matière de délinquance comme dans d’autres domaines, l’analyse des statistiques est toujours délicate. Néanmoins, l’observation des évolutions de « l’état 4001 », c'est-à-dire le nombre de crimes et délits constatés par les services de police et les unités de gendarmerie, permet de dégager de grandes tendances :
— entre 1997 et 2002, la délinquance globale a connu une augmentation continue, qui a atteint + 17,76 % sur la période : le nombre de crimes et délits a alors atteint un maximum historique de 4 113 882 pour l’année 2002 ;
— entre 2002 et 2005, à la suite d’un retournement de tendance au cours du deuxième semestre de 2002, une baisse continue de 8,23 % a pu être observée. En 2005, 3 775 838 faits ont été constatés. Cette tendance se poursuit en 2006 puisqu’en septembre 2006, 3 734 470 faits avaient été constatés sur 12 mois glissants.
Un tel écart entre deux périodes successives ne relève pas du hasard, mais résulte d’une action déterminée des services de la police et de la gendarmerie nationales. En effet, il existe des indicateurs permettant de montrer que la baisse du nombre de faits de délinquance est liée à l’action des services et non à une stratégie de maquillage des statistiques.
Il peut certes arriver que des victimes soient incitées à ne pas déposer de plainte, mais l’existence de comportements répréhensibles isolés ne doit pas occulter une réalité : les services de police et de gendarmerie sont plus efficaces dans la lutte contre la délinquance en 2006 qu’en 2002.
Le premier de ces indicateurs est le taux d’élucidation des crimes et délits par les forces de police et de gendarmerie. En effet, si ce taux augmente parallèlement à la baisse du nombre de faits constatés, cela invite à penser que cette baisse n’est pas artificielle, mais réellement liée à l’action des services. L’amélioration du taux d’élucidation est par ailleurs un élément essentiel de la politique de lutte contre l’impunité, fondée sur la mise en œuvre d’une réponse pénale systématique en cas de crime ou de délit.
Or, ce taux connaît une augmentation constante et significative. Après avoir perdu 3 points entre 1998 et 2002, il est passé de 25 % à 33% entre 2002 et 2005. Ce taux était même de 36,27 % en octobre 2006. Cette hausse traduit l’implication plus grande des services de police et de gendarmerie dans la lutte contre l’impunité, qui se manifeste aussi par une augmentation du nombre de personnes mises en cause (de 906 423 en 2002 à 1 066 902 en 2005), ou de gardes à vue (passée sur la même période de 381 342 à 498 555).
Un autre élément à prendre en compte pour avoir une vue d’ensemble de l’efficacité des services de police et de gendarmerie dans la lutte contre la délinquance réside dans la part des faits révélés par l’action des services. En effet, se focaliser sur le nombre de crimes et de délits pourrait inciter les forces de l’ordre à ne pas développer une action d’initiative, laquelle a pour conséquence immédiate une augmentation automatique de la délinquance constatée. Or, au contraire, la baisse de cette dernière s’est accompagnée d’une hausse de 24 % du nombre de faits révélés par l’action des services, passés de 255 266 en 2002 à 317 422 en 2005. Ce phénomène se poursuit en 2006 puisque le nombre d’infractions révélées à l’initiative des services a encore crû de 16,39 % en octobre par rapport au même mois de l’année précédente.
Au-delà du bilan statistique, ces évolutions indiquent une claire réorientation de l’action policière, davantage focalisée sur la recherche des auteurs d’infraction. Cela s’est par exemple manifesté lors des émeutes de novembre 2005 où les forces de sécurité ne se sont pas contentées, comme c’était le cas auparavant dans ce genre de situation, de faire du maintien de l’ordre mais ont aussi cherché à traduire des coupables devant la justice.
L’indicateur de la délinquance de voie publique (4) est important car il souligne la contribution de la présence policière dans la baisse de la délinquance. En effet, cette forme de délinquance quotidienne prospère lorsque les forces de sécurité sont moins présentes aux heures et sur les lieux où se commettent les infractions. Contrairement aux violences intrafamiliales par exemple, les infractions de voie publique peuvent donc diminuer par une organisation plus adaptée des services de police et de gendarmerie.
Or, force est de constater que la délinquance de voie publique a explosé pendant les années de mise en place de la police de proximité (+ 10% entre 1997 et 2002), alors que sa réforme a permis d’obtenir une baisse continue de cet indicateur. Cette diminution de 21 % entre 2002 et 2005, et qui se poursuit en 2006, est directement liée à l’organisation rénovée des forces de police et de gendarmerie chargées de la mission dite de « sécurité publique ».
Si les chiffres globaux de la délinquance marquent un recul, ils ne doivent pas cacher deux phénomènes très préoccupants : les actes de délinquance sont le fait d’auteurs de plus en plus jeunes et de plus en plus violents.
Les statistiques publiées par l’Observatoire national de la délinquance font état de ces deux phénomènes :
1997 |
2002 |
2005 |
1996/ |
1997/ |
2002/ | |
Atteintes aux biens |
2 685 053 |
3 059 062 |
2 633 571 |
- 4,8 |
14,1 |
-13,9 |
dont vols de véhicule |
321 418 |
283 617 |
173 897 |
- 49,6 |
-2,5 |
-38,7 |
dont vols avec armes |
20 838 |
24 998 |
17 120 |
-22,9 |
+27,5 |
-31,5 |
dont incendies volontaires biens publics |
3 006 |
5 626 |
7 109 |
+137,6 |
+67,5 |
+26,4 |
Atteintes volontaires à l’intégrité physique |
244 880 |
381 053 |
411 350 |
80,4 |
47,9 |
+8,0 |
Violences physiques non crapuleuses |
105 116 |
159 366 |
188 494 |
+96,2 |
+40,3 |
+18,3 |
dont violence à dépositaire |
12 913 |
19 740 |
23 373 |
+104,6 |
+33,7 |
+18,4 |
dont coups et blessures |
81 636 |
125 198 |
148 651 |
+98,1 |
+42,5 |
+18,7 |
Violences physiques crapuleuses |
80 859 |
133 501 |
124 857 |
+56,2 |
66,4 |
-6,5 |
Violences sexuelles |
22 136 |
26 203 |
23 868 |
+24,0 |
12,2 |
-8,9 |
Infractions aux stupéfiants |
86 961 |
108 121 |
144 561 |
+81,6 |
5,4 |
+33,7 |
Source : Observatoire national de la délinquance (extraits)
a) La forte progression des « violences non crapuleuses »
Avec 411 350 atteintes volontaires à l’intégrité physique constatées en 2005 par les services de police et les unités de gendarmerie, soit une hausse de 5 % par rapport à 2004, le seuil de 400 000 a été pour la première fois franchi.
Au cours du premier semestre 2006, 218 300 faits d’atteintes volontaires à l’intégrité physique ont été constatés par les services de police et les unités de gendarmerie, soit une augmentation de 6,8 % par rapport à la même période en 2005. Dans le même temps, le nombre de personnes mises en cause pour ces infractions est passé de 107 000 à près de 117 000, soit une hausse de 9,1 %.
L’évolution est encore plus marquée pour les violences dites « non crapuleuses », qui n’ont pas pour objet principal l’accaparement d’un bien. Elles représentent environ 45 % de ces atteintes volontaires à l’intégrité physique et augmentent de près de 10 % sur un an, tandis que le nombre de mis en cause dans ces affaires s’accroît de 12,7 %.
Le nombre de faits constatés de coups et violences volontaires, qui représentent 4 violences physiques non crapuleuses sur 5, a quant à lui doublé au cours des dix dernières années, passant de 75 000 en 1996 à 150 000 en 2005, et 80 000 au premier semestre de 2006. Depuis 2000, le nombre de personnes mises en cause pour coups et violences volontaires a augmenté de 60 %. Entre janvier et juin 2006, 1 Français sur 1 000 a été mis en cause pour coups et violences volontaires.
Les violences à dépositaires de l’autorité connaissent quant à elles un accroissement sans précédent : après avoir augmenté de 7,6 % entre 2004 et 2005, passant de 21 723 faits constatés à 23 373, elles connaissent une hausse de 25 % au premier semestre 2006, cette évolution étant en lien avec les manifestations qui se sont déroulées en mars-avril 2006. En la matière, le nombre de majeurs mis en cause a connu une hausse de 20 %, tandis que le nombre des mineurs connaît une hausse bien plus forte (+47 %).
En 2005, 193 663 mineurs ont été mis en cause, représentant 18 % des personnes mises en cause par les services de police et de gendarmerie. Cela représente une hausse de 5 % par rapport à 2004. Plus de la moitié des mineurs mis en cause le sont pour des faits d’atteinte aux biens – 38 % pour vol et 15 % pour dégradations et destructions –, contre moins de 25 % des majeurs.
Sur un an, l’augmentation des faits commis par des mineurs constituant des atteintes aux biens se concentre sur trois types d’infractions : les vols à l’étalage, vols violents sans arme et les destructions et dégradations. Ces dernières ont connu une hausse de 10 % en un an, les incidents violents de novembre 2005 n’y étant sans doute pas étrangers. La part des mineurs mis en cause pour incendie volontaire atteint 47 %.
Les mineurs représentent 30 % des mis en cause pour atteinte aux biens et près de 50% pour les vols à la tire. Ils représentent 23,5 % des personnes mises en cause pour les violences à dépositaires de l’autorité et constituent même la majorité des mis en cause pour deux types d’infraction, comme le note le deuxième rapport annuel de l’OND publié en mars 2006 (5) : les incendies et les destructions de biens publics, pour lesquels les mineurs représentent respectivement 60 et 51 % des mis en cause.
Selon les statistiques de l’OND, les délinquants mineurs n’ont jamais été aussi jeunes, aussi réitérants, aussi violents et aussi féminisés.
— On constate un rajeunissement de l’âge d’entrée des mineurs dans la délinquance : tandis que la part des mineurs de 16 à 18 ans régresse régulièrement, celle des 14-16 ans reste stable et celle des moins de 13 ans augmente. Les mineurs de moins de 16 représentent la moitié des mineurs mis en cause. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que de nombreuses études ont montré que l’aggravation des actes est d’autant plus systématique que les actes délictueux sont précoces. L’augmentation du niveau de violence des jeunes est donc liée à leur entrée plus précoce dans la délinquance. L’enquête de délinquance auto-rapportée dirigée par M. Roché en 2001 (6) a montré que 74 % des jeunes qui ont déjà commis un délit bénin à 12 ans ou moins sont impliqués dans un acte grave par la suite.
— La part des mineurs jugés plus d’une fois au cours des douze derniers mois s’établit à 18,5 %. Une étude menée en 2002 par le ministère de la Justice a constaté que près de la moitié des mineurs condamnés en 1996 avaient été recondamnés dans les cinq ans suivants, qu’ils aient été encore ou non mineurs lors de la deuxième condamnation.
— Au premier semestre 2006, près de 26 600 mineurs ont été mis en cause pour atteintes volontaires à l’intégrité physique. Ce nombre est en hausse de 19,3 % par rapport au premier semestre 2005, soit un taux trois fois supérieur à celui mesuré pour les majeurs mis en cause (+6,4 %). Les mineurs représentent désormais 22,7 % des auteurs des atteintes volontaires, contre 20,8 % au premier semestre 2005. L’augmentation du nombre des mineurs mis en cause pour violences physiques non crapuleuses est particulièrement forte : elle est de 27,8 %, soit 16 000 mineurs mis en cause pour ces infractions entre janvier et juin 2006.
De même, selon les statistiques publiées par le ministère de la Justice, la répartition des mineurs incarcérés par infraction au 1er janvier 2006 se singularise des années précédentes. Alors que les « atteintes contre les biens » constituaient la première cause de condamnations (45,5 %) des mineurs présents au 1er janvier 2005, suivie des violences volontaires (25,4 %), au 1er janvier 2006 les violences volontaires représentent désormais le premier poste recensé (32,9 %), avant les atteintes aux biens (32,1 %).
— Le nombre de jeunes mineures mises en cause a augmenté de 9 % entre 2004 et 2005, alors que dans le même temps le nombre de majeures baissait de 2 %. Les jeunes filles sont essentiellement mises en cause pour vol. On constate une importante progression des vols violents sans arme commis par les jeunes filles : ils passent de 380 au premier semestre 2005 à 490 au premier semestre 2006. Le nombre de filles mises en cause connaît ainsi une hausse plus rapide que le nombre des garçons, même si la part des filles reste très minoritaire.
On constate depuis plusieurs années l’émergence de nouvelles formes de violences et la montée de nouveaux risques : la cybercriminalité se développe à mesure que les techniques nouvelles offrent des possibilités élargies, les chiens dangereux sont utilisés, souvent dans les quartiers dits « sensibles », pour intimider la population, les transports publics sont devenus une cible privilégiée des délinquants de tous âges, tandis que l’insécurité s’accroît aussi dans les petites villes.
L’émergence de ces nouveaux risques rend nécessaire le renforcement des outils juridiques. Mais face à des phénomènes complexes, la réponse ne peut être que variée et modulée selon les caractéristiques des faits et la personnalité des auteurs, notamment des mineurs.
De nombreux acteurs doivent être mobilisés pour la prévention des actes de délinquance : forces de l’ordre, magistrats, travailleurs sociaux, élus locaux, Éducation nationale doivent travailler ensemble pour lutter efficacement contre ces phénomènes complexes de délinquance.
Ainsi, face à l’augmentation des violences non crapuleuses, de ces violences que l’on peut qualifier de « gratuites » car non motivées par le vol, on voit bien que la réponse ne saurait être uniquement policière mais doit être protéiforme, pénale certes, mais aussi sociale et éducative.
II. UN PROJET DE LOI QUI APPORTE DES RÉPONSES ADAPTÉES AUX ÉVOLUTIONS DE LA SOCIÉTÉ
Le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance s’inscrit dans une démarche visant à prendre la pleine mesure des transformations de la délinquance et à appréhender la notion de prévention dans toutes ses dimensions, pas uniquement sous la l’angle de la sécurité, comme en témoigne le fait que pas moins de cinq ministres défendent ce texte devant le Parlement ou que les dispositions du texte modifient tant le code pénal et le code de procédure pénale, que le code général des collectivités territoriales, le code de l’action sociale et des familles, le code de l’éducation, mais aussi le code de l’urbanisme, le code rural ou le code de la santé publique.
Avant même que les pouvoirs de police du maire soient consacrés par la loi « municipale » de 1884, le maire était considéré comme l’autorité de police de proximité. Dans un article récent (7), le professeur Géraldine Chavrier citait ainsi Henrion de Pansay qui déclarait en 1828, à propos du maire, que « personne ne peut avoir des notions plus exactes sur l’esprit général de la commune, sur le caractère des habitants, sur les éléments de discordes qui peuvent exister entre eux. Personne n’est plus à même de distinguer l’habitant paisible de celui dont les habitudes turbulentes sont de nature à compromettre la tranquillité publique, seuls ils ont les données nécessaires pour juger quelles sont les mesures de répression qui conviennent le mieux aux circonstances du moment ».
Le maire cumule en effet deux qualités particulièrement utiles dans le cadre de la prévention de la délinquance : la proximité et la polyvalence. Proche des habitants, il doit tout d’abord répondre à leurs attentes, qui sont très fortes dans le domaine de la sécurité, et il peut le faire car il connaît bien sa population et son territoire. De plus, la généralité des compétences de la commune permet au maire d’agir dans l’ensemble du spectre de la prévention, en prenant en compte à la fois les considérations sociales, éducatives, urbanistiques…
Ainsi, c’est autour de la figure centrale du maire que se sont organisées les premières structures partenariales de prévention de la délinquance avec la création des conseils communaux de prévention de la délinquance (CCPD) en 1983, des contrats locaux de sécurité en 1997 ou encore des contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) (8) en juillet 2002.