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Accueil > Archives de la XIIe législature > Les comptes rendus > Les comptes rendus intégraux (session extraordinaire 2003-2004)

 

Première séance du mardi 6 juillet 2004

11e séance de la session extraordinaire 2003-2004


PRÉSIDENCE DE M. JEAN LE GARREC,

vice-président

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à neuf heures trente.)

    1

TRAITEMENT DE LA DÉLINQUANCE SEXUELLE

M. le président. La parole est à M. Yves Bur.

M. Yves Bur. Monsieur le ministre de la santé, je tenais à prendre la parole avant la reprise de nos débats pour vous faire part, au nom de notre collègue Alain Ferry qui ne peut être des nôtres pour raisons de santé, de l'émotion suscitée par les meurtres tragiques de Jeanne-Marie, d'Edwige et de Julie.

L'assassin présumé de la petite Jeanne-Marie, Pierre Bodein, se trouve depuis mars dernier en liberté conditionnelle. Sans contester le principe même de la liberté conditionnelle, nos concitoyens ne peuvent comprendre que des criminels qui restent potentiellement dangereux - en l'occurrence, un délinquant sexuel - puissent bénéficier d'une libération anticipée alors même qu'ils n'ont accepté de suivi médical et psychiatrique ni pendant leur incarcération ni après leur libération.

Il est donc urgent d'agir. Il ne faut plus retarder la mise en place du fichier des délinquants sexuels. Il n'est plus tolérable que le système d'automaticité des remises de peine s'applique à des personnes qui, comme c'est le cas pour certains délinquants sexuels, restent des dangers pour notre société. Il faut aussi réfléchir à la mise en œuvre d'une injonction de soins pour ces délinquants.

Avec les élus locaux, vous comprendrez l'émotion de la population et son incompréhension. La meilleure manière de la prendre en compte, la seule réponse à lui apporter est d'agir pour ne plus être confrontés à de tels drames.

Je vous remercie, monsieur le ministre, de faire part, au nom d'Alain Ferry,...

M. André Schneider. Et de tous les parlementaires !

M. Yves Bur. ...de cette émotion et de cette attente de la population au Premier ministre et au garde des sceaux, ministre de la justice.

M. le président. La parole est à M. le ministre de la santé et de la protection sociale.

M. Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé et de la protection sociale. Monsieur Bur, vous posez une question majeure, qui fait souvent l'actualité.

La liberté conditionnelle a été conçue pour permettre aux personnes condamnées de se réinsérer dans la société, et tout médecin y voit une solution digne. Or, on constate aujourd'hui que, dans un certain nombre de cas, cette politique a échoué. Tous les jours, à la télévision ou dans les journaux, des faits divers sordides montrent que des criminels bénéficiant d'une remise de peine profitent de leur liberté pour commettre de nouveaux crimes. La France, patrie des droits de l'homme, est confrontée à ce dilemme : elle doit, certes, offrir une deuxième chance à ceux qui ont compris leur faute et souhaitent se racheter, mais elle doit aussi soutenir le regard des parents de ces petites filles torturées, violées et assassinées parce que la loi a donné à des assassins une deuxième chance que ceux-ci ont transformée en crimes et en actes barbares.

Dans ce contexte, j'ai décidé, avec le garde des sceaux, ministre de la justice, de créer une commission pour étudier l'amélioration de la prise en charge et du traitement psychiatriques des délinquants sexuels à l'issue de leur peine. Il est nécessaire qu'il y ait des psychiatres, des médecins et des magistrats pour mieux cerner ce sujet. Cette commission devrait formuler des propositions concrètes sur l'organisation de cette prise en charge, sur les moyens qui lui sont affectés et sur les modifications législatives et réglementaires permettant d'assurer l'obligation de soins en établissement - ce qui touche, notamment, au problème des neuroleptiques retard et des sorties. J'ai rencontré, avant de créer cette commission, un grand nombre de psychiatres, qui sont très nombreux à souscrire à cette approche.

Les soins doivent être assurés non seulement en prison, mais aussi après l'exécution de la peine d'emprisonnement. Je tenais, au début de notre séance, à évoquer ce combat, qui rassemble, je le sais, toute la représentation nationale.

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen.

M. Jean-Marie Le Guen. Le groupe socialiste partage, bien évidemment, l'émotion, la tristesse et le sentiment de révolte exprimés par notre collègue Bur au nom de tous ses collègues alsaciens.

Je ne connais certes pas aussi bien que nos collègues de la commission des lois l'évolution des approches du Gouvernement. Toutefois, l'actualité nous montre parallèlement, avec le drame d'Outreau, une autre face de la question. Notre justice est malmenée par les faits et il est, à l'évidence, nécessaire de trouver des réponses plus adaptées et d'ouvrir le débat.

J'ai le sentiment, monsieur le ministre, en entendant votre réponse, que ces questions ont déjà été posées, et que nous avons du mal à les traiter - tant sur des points aussi graves que sur d'autres qui le sont peut-être moins -, car elles se situent à la frontière du monde de la psychiatrie, de celui de la justice et, parfois, de celui de la grande exclusion sociale. Sans faire ici le procès de quiconque, il faut bien reconnaître que l'approche est, pour le moins, insatisfaisante et que les acteurs - psychiatres, magistrats ou intervenants sociaux - n'ont pas toujours le sens du dialogue entre eux et ont plutôt tendance à se renvoyer les responsabilités. Nous avons déjà cerné la tâche depuis assez longtemps, sans avoir l'ambition - même intellectuelle - de la traiter.

Ces questions, qui interrogent notre société et sa justice, sont très complexes. Nous sommes tous tentés de leur apporter des réponses rapides et brutales - imposer l'injonction thérapeutique, par exemple - mais, à entendre les professionnels, les réponses les plus simples, voire scientistes, ne sont pas toujours les plus efficaces. Je n'ai pas la prétention de détenir de réponses, mais ce travail est nécessaire. Les événements nous en donnent la volonté et la sagesse sera de le mettre en perspective, de prendre la distance nécessaire pour traiter ces questions avec efficacité et conscience.

M. le président. La parole est à M. Maxime Gremetz.

M. Maxime Gremetz. Monsieur le ministre, vous venez d'évoquer un sujet sérieux, qui touche l'opinion publique. Les drames qui se répètent exigent un travail sérieux. L'idée d'une commission nous agrée, mais sa composition devra être mûrement pensée. On ne peut pas laisser cette réflexion aux seuls spécialistes, car il s'agit d'un sujet très complexe.

Je suis loin d'être spécialiste de cette question, mais il est clair que la situation des hôpitaux psychiatriques pose un réel problème. À l'hôpital Pinel d'Amiens se pose un problème de places, et donc de traitement. Des gens qui devraient y être traités ne peuvent pas l'être et aboutissent en prison !

Une grande inquiétude se manifeste et de nombreuses questions méritent examen. Il faut, d'abord, disposer d'un audit de la situation réelle, avant d'examiner les solutions permettant d'éviter que se renouvelle la situation que nous vivons.

Monsieur le ministre, le groupe communiste et républicain est donc favorable à la création de cette commission et souhaite que, pour préparer sa réflexion, vos services rassemblent dès maintenant les nombreux travaux, actuellement épars, qui ont déjà été réalisés sur cette question.

    2

ASSURANCE MALADIE

Suite de la discussion, après déclaration d'urgence, d'un projet de loi

M. le président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion, après déclaration d'urgence, du projet de loi relatif à l'assurance maladie (nos 1675, 1703).

Discussion des articles (suite)

M. le président. Hier soir, l'Assemblée a poursuivi l'examen des articles, s'arrêtant à l'amendement n° 7477 à l'article 2.

Rappels au règlement

M. Gérard Bapt. Je demande la parole pour un rappel au règlement.

M. le président. La parole est à M. Gérard Bapt, pour un rappel au règlement.

M. Gérard Bapt. Après le sujet douloureux évoqué par M. Bur, ce rappel au règlement porte sur l'organisation de nos débats et la façon dont la représentation nationale peut travailler de manière constructive sur le projet de loi de réforme de l'assurance maladie.

En relisant ce matin le compte rendu analytique des débats d'hier, j'ai constaté que le Gouvernement et les députés de la majorité affirment systématiquement, en s'appuyant parfois sur une déclaration malencontreuse d'un ancien ministre socialiste de la santé, que nous serions opposés au dossier médical personnel, que nous en ferions un sujet d'obstruction et que, cette idée étant celle de la majorité, nous y serions opposés a priori.

Je tiens donc à réaffirmer ce que nous avons dit à plusieurs reprises hier, mais qui ne transparaît pas dans la presse écrite d'aujourd'hui : lorsqu'il sera opérationnel, le dossier médical personnel sera un instrument de haute valeur pour le travail en réseau et l'amélioration de la qualité des soins, et devra être traité dans le cadre d'une réorganisation de notre système de santé. En intervenant de manière répétitive sur des points très précis, nous avons contribué hier à faire avancer le débat, qu'il s'agisse des techniques d'accès, de l'accès différencié, du secret médical ou de la dimension médico-légale. Très souvent, l'impréparation du Gouvernement sur ces points fondamentaux nous vaut de ne pas recevoir de réponse précise.

J'ajoute que j'ai été stupéfait, ce matin, de voir le journal de France 2, chaîne publique, résumer en trois mots le débat d'hier en l'illustrant par la visite de M. le ministre de la santé à la clinique Pasteur de Toulouse, qui date déjà quelque peu ! Le commentaire de l'époque était repris, rappelant que 7 milliards d'économies en 2007 étaient attendues de la mise en place du dossier médical personnel.

Monsieur le président, vous comprenez que nous sommes ici non seulement pour éveiller l'attention du Gouvernement et de nos collègues de la majorité, mais aussi celle de l'opinion publique. Nous trouvons que la manière dont cette chaîne de télévision publique a rapporté nos débats est totalement inappropriée et ne répond pas à sa fonction d'information.

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen, pour un rappel au règlement.

M. Jean-Marie Le Guen. Mon rappel au règlement a pour objet de nous remettre dans le fil du débat et d'en rappeler deux éléments importants puisqu'un certain nombre de nos collègues, et c'est bien normal, n'étaient pas présents hier soir.

Premièrement, nous avons amené le Gouvernement à modifier un de ses amendements. Cet amendement était arrivé en séance sans même tenir compte des discussions que nous avions eues l'après-midi, lesquelles visaient à garantir les droits du patient quant au remboursement après la mise en place du dossier médical personnel. Alors même que, suite aux propos du président Bur, nous avions progressé vers plus de garanties pour le patient, par rapport au dossier médical personnel et au remboursement par la sécurité sociale, l'amendement du Gouvernement, dont nous avons été obligés de demander la modification en séance, tendait encore à diminuer le droit des patients.

Nous appelons tous nos collègues, pas seulement ceux de l'opposition, à une très grande vigilance par rapport à ce débat, car le deuxième élément est encore plus important. À la fin de notre séance d'hier soir, nous avons abordé la grande question des conséquences médico-légales du dossier médical personnel, sur laquelle nous attendons toujours des réponses. Quelles seront les conséquences du DMP pour les utilisateurs ? Pourront-ils le rendre opposable au plan médico-légal, ou bien le droit commun s'appliquera-t-il ? Si c'est le droit commun, tout le discours qu'on nous tient sur la non obligation de refaire des examens ne tient plus puisque la problématique médico-légale obligera les praticiens à prendre toutes les précautions. Si, au contraire, nous nous dirigeons vers un dispositif plus fort et dérogatoire du droit commun, qui rendrait le dossier médical personnel opposable, il faudrait alors prévoir des garanties plus fortes dans la loi.

Je souligne ce point parce que cela aura des conséquences tout à fait considérables, tant pour les victimes éventuelles d'une erreur médicale, suite à la mise en place du DMP, que pour tous ceux qui auront à alimenter ce DMP sans connaître leur degré de responsabilité médico-légale.

Ce dossier médical personnel et l'article 2 sont relativement mal pensés - c'est une litote. Nous ne disposons pas de la base juridique susceptible de rendre crédible une telle innovation. Comme c'est l'Assemblée nationale qui a saisi le Gouvernement de cette question tout à fait essentielle - ce qui n'est tout de même pas un mince paradoxe -, nous lui demandons donc de bien y réfléchir et de nous apporter des réponses. Car sinon, on va s'apercevoir que la mise en œuvre de l'article 2 n'a aucun sens.

S'agissant de l'organisation de nos débats, vous serez satisfait, monsieur le président, que je vous prévienne dès maintenant que nous avons une réunion de groupe entre onze heures et demi et midi. Nous vous demanderons donc une suspension de séance vers onze heures vingt.

M. Maxime Gremetz. Nous, ce sera à dix heures trente !

M. le président. Nous verrons.

La parole est à M. le rapporteur de la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi sur l'assurance maladie.

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur de la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi sur l'assurance maladie. Je voulais simplement remercier M. Bapt de sa mise au point. Elle était nécessaire. Nous sommes contents et heureux de savoir que vous êtes favorable au dossier médical personnel. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.) Il est vrai qu'au fil du débat, les interventions multiples et répétées du groupe socialiste faisaient qu'à la fin de la journée d'hier, plus personne ne savait ce que vous pensiez réellement. (Exclamations sur les mêmes bancs.) Merci donc d'avoir fait cette mise au point ! Elle était indispensable et laisse présager, si vous savez tirer les leçons de la journée d'hier, des débats plus sereins et plus calmes dans les jours à venir.

M. Jean-Marie Le Guen. Répondez plutôt à nos questions !

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. Monsieur Jean-Marie Le Guen, je rappelle que le ministre vous a répondu de façon précise et nette hier soir. Il n'y a pas à revenir sur ce point. (Rires exclamations sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.)

M. Maxime Gremetz. Oh si !

M. Jean-Marie Le Guen. Circulez, il n'y a rien à voir !

M. le président. La parole est à M. le ministre de la santé et de la protection sociale.

M. Philippe Douste-Blazy, ministre de la santé et de la protection sociale. Sur le plan médico-légal, c'est le droit commun qui s'applique. La réponse est claire.

M. Jean-Marie Le Guen. Donc l'opposabilité n'existe pas !

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Quant à la présentation qui est faite de notre action, monsieur Bapt, permettez-moi de m'étonner : cela fait deux mois que l'opposition dit que c'est un énième plan, qu'il n'y a rien dedans, que ce n'est pas une réforme.

M. Maxime Gremetz. Pas moi ! Je n'ai jamais dit ça, c'est faux !

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Pas vous, monsieur Gremetz. Pas le parti communiste en effet, mais le parti socialiste. Or, depuis le début de ce débat, les représentants à l'Assemblée de ce parti n'arrêtent pas de dire que c'est terrible, que je vais radicalement tout changer, que c'est effrayant. Permettez-moi de m'amuser de ce paradoxe.

M. Éric Raoult. C'est l'hommage du vice à la vertu !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen.

M. Jean-Marie Le Guen. Après une nuit de réflexions, le Gouvernement annonce enfin que le dossier médical personnel relève du droit commun. Cela a deux significations.

Premièrement, tout ce qu'a dit le ministre sur la fin de l'obligation de refaire les mêmes examens, y compris aux urgences, vient de tomber !

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. C'est faux !

M. Jean-Marie Le Guen. Vous essaierez de démontrer que c'est faux, monsieur le ministre.

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Oui !

M. Jean-Marie Le Guen. Après une nuit entière passée à savoir quel était le statut médico-légal du DMP, vous nous dites qu'il n'y aura pas d'opposabilité. C'était pourtant sous-entendu dans toutes vos interventions depuis des semaines, dans la presse et à l'Assemblée.

Deuxièmement, ce plan n'est pas, comme nous n'avons cessé de l'affirmer, la réforme de santé dont notre pays a besoin. Ce n'est pas une réforme de notre système de santé, mais un plan de déformation de l'assurance maladie. De ce point de vue, le DMP n'est qu'un artefact, qui n'a de valeur que par la boursouflure que vous avez voulu lui donner par l'article 2. Notre collègue Claude Évin nous rappelait que vous n'avez même pas besoin de la loi pour entreprendre ce que vous faites.

La vérité, c'est que vous mettez en œuvre une machine à organiser les déremboursements de la sécurité sociale. Il s'agit tout simplement de dégager votre responsabilité de la diminution de la couverture sociale des Français ! Ce n'est pas une réforme, c'est une régression ! Ne mélangeons pas les mots s'il vous plaît !

Article 2 (Suite)

          (Article précédemment réservé)

M. le président. Chacun s'est exprimé. Nous en venons à la suite de la discussion de l'article 2.

Sur cet article, je suis saisi de deux amendements, nos 7477 et 8161, pouvant être soumis à une discussion commune.

La parole est à M. Jean-Luc Préel, pour soutenir l'amendement n° 7477.

M. Jean-Luc Préel. Le dossier médical personnel constitue une excellente initiative s'il a pour finalité l'amélioration de la qualité des soins. Je tiens à rappeler que l'UDF soutient cette initiative...

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Merci !

M. Jean-Luc Préel. ...qui permet un meilleur suivi du patient, d'éviter les examens redondants et, notamment, les interactions médicamenteuses fâcheuses.

Il n'en demeure pas moins que ce dispositif ne sera pas facile à mettre en œuvre, il faudra du temps et de l'argent. Nous devons bien entendu veiller à la sécurisation des accès aux données médicales.

Il conviendra également de convaincre les professionnels de santé de l'utilité d'actualiser le DMP et d'y consacrer du temps. Vous prévoyez, monsieur le ministre, qu'il sera généralisé le 1er juillet 2007. Il faudra donc mobiliser les professionnels, notamment les médecins. C'est pourquoi nous souhaitons préciser, par cet amendement, qu'à compter du 1er juillet 2007, les professionnels de santé qui disposent d'un équipement informatique approprié, auront reçu une formation adaptée à la pratique des technologies numériques, notamment sur les aspects liés à la sécurité et à la confidentialité des transmissions et de conservation des données. Il nous paraît extrêmement important qu'ils puissent disposer à la fois de l'équipement informatique et de la formation adaptée, afin d'éviter des dérives fâcheuses et pour que ce dossier médical soit mis en œuvre avec l'accord de tous.

M. Maxime Gremetz. Très bon amendement !

M. le président. La parole est à M. Gérard Bapt, pour soutenir l'amendement n° 8161.

M. Gérard Bapt. Notre amendement n'a pas la même forme que le précédent, mais il relève de la même préoccupation. L'adaptation des cabinets suppose que soient formés les prescripteurs qui auront accès au réseau. Meilleure sera la formation, meilleures seront non seulement l'efficacité du système, mais aussi la protection du réseau et la garantie de la confidentialité. Car si des personnes peu formées ont accès au réseau, celui-ci sera d'autant plus perméable.

Ceci dit, il y a un sujet de préoccupation majeur : le Gouvernement renvoie la question de la formation médicale continue aux négociations conventionnelles. l'État ne peut pas renvoyer des aspects aussi importants que la formation médicale continue ou la mise en fonctionnement du réseau des DMP, à de simples conventions.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. La commission a repoussé ces deux amendements, considérant que s'ils ont du sens - ce qu'ont dit M. Bapt et M. Préel est vrai -, la disposition qu'ils proposent relève du décret.

De plus, je vous rappelle que nous avons adopté hier un amendement du groupe socialiste et un amendement de M. Bur qui lient l'utilisation du dossier médical personnel à l'existence d'un équipement informatique adapté.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Le sujet est évidemment d'une extrême importance. Car on ne peut pas fonder une partie de la réforme sur le dossier médical personnel, qui est informatisé, et ne pas prendre en compte le niveau d'informatisation des médecins.

Une révolution est en train de s'opérer en France. Depuis deux ans, le nombre d'abonnés au haut débit a fait un bond spectaculaire : il est passé de 600 000 au début de l'année 2002 à 4 millions aujourd'hui. (Murmures sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.) M. Dionis du Séjour en parlait d'ailleurs hier. Notre pays est celui qui a le plus fort taux de croissance en Europe.

L'informatisation des médecins et leur connexion à Internet suivent la même voie. En 2004, 78 % des généralistes utilisent la télétransmission, monsieur Préel, et 60 % sont connectés à Internet, soit une croissance de 40 % en un an. L'ensemble des syndicats médicaux s'accordent à penser que la quasi-totalité des médecins seront connectés en 2007.

Pour ces raisons, même si ces amendements ont du sens, je pense qu'ils devraient être rejetés.

M. le président. La parole est à M. Maxime Gremetz.

M. Maxime Gremetz. D'abord, je vais prendre M. Xavier Bertrand à témoin : la connexion à haut débit est très en retard en Picardie. Et comme par hasard, c'est aussi dans cette région que l'on constate les plus grands retards en matière de santé. Par conséquent, on va aggraver les inégalités.

Deuxièmement, vous savez comme moi, monsieur le ministre, qu'un quart des médecins ne sont pas informatisés.

M. Jean-Marie Le Guen. Et l'informatisation des autres est fragile !

M. Maxime Gremetz. Ça, je connais moins. Mais en tout cas, je sais qu'un médecin sur quatre n'est pas informatisé.

La mise en œuvre du dossier médical personnel informatisé à compter du 1er janvier 2005 est impossible. En plus, c'est très compliqué. Du reste, monsieur le secrétaire d'Etat, le Conseil de l'ordre vous l'a dit. Selon lui, dans la pratique, les médecins ne pourront pas mettre ce dispositif en place tant c'est compliqué et difficile. Moi, je me réfère à ce que disent les gens compétents.

Donc, ce qui est proposé ici est impossible à mettre en œuvre, et cela n'enlève rien à tous les dangers du dossier médical personnel tel qu'il est conçu. Même si nous pensons que l'idée du DMP est en soi une bonne idée, nous y sommes opposés en raison de l'utilisation qu'on veut en faire. Et quand on connaît toutes les conditions qui ne sont pas remplies, on ne comprend pas cette précipitation. En fait, on veut mettre en place ce dossier médical personnel pour continuer à stigmatiser les gens, pour réduire les dépenses de santé, faire des économies sous prétexte d'« empêcher les abus », etc. C'est cela, la vérité. Seulement voilà, même dans ce domaine-là, vous tombez mal, parce que les études qui ont été faites montrent que les économies que cela peut permettre de réaliser ne correspondent pas du tout aux chiffres que vous avancez - en vérité, on est incapable d'en juger - et que, par contre, cela va coûter cher : 500 millions au bas mot. Au bas mot !

Donc, même par rapport à l'objectif que vous vous fixez, c'est-à-dire réduire toujours plus les dépenses, votre projet ne tient pas du tout la route. C'est pourquoi il est raisonnable d'adopter ces amendements, qui proposent que les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 161-46 du code de la sécurité sociale s'appliquent à compter du 1er juillet 2007.

M. le président. La parole est à M. Gérard Bapt.

M. Gérard Bapt. L'avis exprimé par M. le ministre a conforté notre préoccupation concernant les problèmes de formation. Il nous a dit que 74 % des généralistes utilisent la télé-transmission. Cela veut dire que sept ans après la mise en place de la télé-transmission, il y a encore un quart des généralistes qui n'utilisent pas un système aussi simple, aussi classique, que...

M. Richard Mallié. C'est leur liberté !

M. Gérard Bapt. Mais non ! Le ministre a indiqué, d'une part, que le dossier médical personnel était obligatoire,...

M. Richard Mallié. Il n'existe pas encore !

M. Gérard Bapt. ...et d'autre part, que les médecins l'utiliseraient, sauf à se mettre en dehors de la convention. Dans ces conditions, ne me parlez pas de liberté. Ou alors, pour le coup, vous dites vraiment n'importe quoi !

Si, sept ans après, un quart des généralistes n'utilisent toujours pas la télétransmission, comment penser que dans deux ans, 100 % des médecins, en ville comme en milieu hospitalier, utiliseront un système autrement plus complexe ?

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. Quel mépris pour les généralistes !

M. Gérard Bapt. C'est pourquoi nous pensons que sur ce sujet aussi, le Gouvernement est très mal préparé.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 7477.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 8161.

(L'amendement n'est pas adopté.)

M. le président. Je suis saisi de douze amendements identiques, nos 2236 à 2247.

La parole est à M. Gilbert Biessy.

M. Gilbert Biessy. Ces amendements tendent à supprimer le III de l'article 2 relatif à la création du dossier médical personnel.

En médecine ambulatoire ou à l'hôpital, le dossier médical rassemble, sous des matérialités très diverses, les informations médicales - cliniques et paracliniques -, biographiques et sociales, constituées au cours d'un suivi médical, à partir desquelles on peut établir l'histoire médicale du sujet, et éventuellement tirer des conclusions, diagnostiques et/ou pronostiques.

On sépare volontiers ce dossier en données objectives et données subjectives, les premières apparaissant plus fiables et plus faciles à transmettre que les secondes.

Nous voudrions montrer qu'en pratique la réalité est plus nuancée, sans frontière aussi nette, et que la prudence reste toujours de mise vis-à-vis de la fiabilité d'informations concernant les personnes.

L'état civil, généralement première donnée objective citée, ouvre le dossier médical. Pourtant, les erreurs en la matière ne sont pas exceptionnelles, en particulier sur des documents administratifs, et fort heureusement le patient est généralement là pour les corriger.

Viennent ensuite les antécédents médico-chirurgicaux, les allergies et les intolérances médicamenteuses. Il s'agit là de renseignements essentiels mais dont l'expérience quotidienne montre la valeur très relative : antécédents oubliés, mal compris ou mal nommés, voire dissimulés, fausses allergies ou intolérances, le tout récrit au travers du roman personnel de chacun, plus déformé encore lorsqu'il s'agit d'antécédents familiaux ne concernant pas directement le sujet.

En outre, même tout à fait exacts, ces renseignements n'ont pas tous une valeur absolue, mais plutôt une valeur relative en fonction du contexte de l'événement de soins considéré.

Ces remarques nous paraissent s'appliquer également aux résultats d'examens complémentaires : nombreux sont dénués de sens en dehors de leur contexte, leur durée de vie est souvent très limitée, sans compter l'incertitude qui existe quant à leur qualité.

Qu'il s'agisse de la constitution d'un nouveau dossier ou de « l'épluchage » d'un ancien dossier - parfois plusieurs kilos de documents -, le sens clinique et la subjectivité du médecin interviennent dans la sélection et dans l'interprétation de ces données objectives.

Toutes ces réserves apportées à la précision des données justifient certainement qu'on améliore cette situation, et l'emploi de systèmes de type carte à puce pourrait être ici très pertinent.

Mais même avec de meilleures conditions d'enregistrement et de conservation, il nous paraît utile de garder à l'esprit les notions d'incertitude, de relativité, d'obsolescence et de non-exhaustivité de ces informations « objectives ».

M. le président. La parole est à M. Maxime Gremetz.

M. Maxime Gremetz. On parle beaucoup des aspects techniques, mais je veux revenir sur les aspects politiques de cette question et des choix délibérés du Gouvernement. Car si l'on regarde l'ensemble des dispositions que vous proposez, on voit bien de quoi il s'agit. Il ne s'agit pas de faire une réforme mais de poser les bases d'une réforme plus globale.

C'est, par exemple, la privatisation rampante.

M. Xavier Bertrand, secrétaire d'État à l'assurance maladie. Non !

M. Maxime Gremetz. Mais si ! D'abord, on étatise -le directeur est nommé par le ministre, le conseil d'administration ne joue plus aucun rôle, on refuse les élections démocratiques à la sécurité sociale - pour mieux mettre en œuvre, ensuite, cette privatisation rampante. Parce que vous ne pouvez pas y aller comme ça, tout de go ! Regardez, monsieur Bertrand, ce matin, vous êtes obligé de mener une grande bataille parce que personne ne vous comprend sur les retraites.

M. le secrétaire d'État à l'assurance maladie. Au contraire, il s'agit d'expliquer les avancées sociales !

M. Maxime Gremetz. Ah bon ? Eh bien, les gens vont encore moins vous comprendre ! Cela dit, il y a des gens qui vous comprennent très bien, trop bien même. Ils comprennent quels sont vos objectifs : réduire les dépenses de santé en mettant en place un système complexe pour faire semblant d'être moderne. Les médecins, sans qui la mise en œuvre de votre réforme n'est pas possible, expriment les plus grands doutes, manifestent la plus grande suspicion et ont les plus grandes interrogations sur ce que vous proposez.

Évidemment, vous préférez proposer ce que vous proposez parce que cela évite de répondre à la question de savoir comment assurer l'avenir de l'assurance maladie et de notre sécurité sociale. Vous préférez stigmatiser les gens en parlant des actes redondants. Vous vous en prenez aux médecins, aux patients, bref, à tout le monde sauf à ceux qui bénéficient de votre générosité extraordinaire, notamment ceux qui bénéficient des 40 milliards d'euros d'exonérations de cotisations patronales pour mieux licencier, pour mieux délocaliser, pour réaliser le maximum de profits. Il faudra bien en venir à ce grand débat, qui est le débat de fond.

M. Richard Mallié. Ça suffit, monsieur Gremetz ! Nous voulons simplement responsabiliser les acteurs !

M. Maxime Gremetz. S'agissant des 2 milliards dus à la sécurité sociale, vous ne prenez aucune mesure. C'est aux petits que vous vous en prenez, parce qu'ils se soigneraient trop bien. Mais à ceux qui sont l'objet de toutes vos attentions, vous ne dites rien. Sur l'assiette des cotisations, vous ne dites absolument rien.

M. le secrétaire d'État à l'assurance maladie. Si !

M. Maxime Gremetz. Ce n'est pas vrai.

Monsieur Bertrand, vous savez comme moi que n'importe quelle entreprise, qu'il s'agisse d'une multinationale ou d'une PME, a droit à des exonérations sur les bas salaires, jusqu'à 1,8 fois le SMIC. Or ce n'est absolument pas juste. C'est pourquoi nous proposons une modulation des cotisations sociales. Ceux qui travaillent et qui veulent développer l'emploi et la formation, nous voulons qu'ils paient moins - et nous proposons autre chose que des exonérations de cotisations patronales, parce que tout cela, c'est pris à la sécurité sociale.

Mais que fait-on à ceux qui bénéficient de ces exonérations et qui s'en vont ? Vous êtes bien placé dans notre région, monsieur le secrétaire d'État, pour savoir ce qu'il en est. Que fait-on à ceux à qui l'on donne le plus et qui disent bye bye, laissant des collectivités locales se transformer en de véritables déserts ? Personne ne bouge face à eux !

M. le président. Monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Nous vous avons remis des propositions claires, précises et chiffrées.

M. Richard Mallié. Elles n'étaient pas claires !

M. Maxime Gremetz. Une fois de plus, vous vous esquivez, considérant que ces propositions - qui ne datent pas d'aujourd'hui - sont simplistes. Vous ne les prenez pas en compte !

M. le président. Monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Vous nous méprisez, et votre brochure, que je vais faire distribuer, le prouve !

M. le président. Monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Vous y présentez la loi comme si elle était votée ! Un député peut-il accepter cela ? Pas du tout !

Écoutez au moins votre électorat !

M. le président. Monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Écoutez ce que disent les médecins, ce que disent le Conseil de l'ordre et tous les spécialistes. Ils disent que ce n'est pas une réforme. En fait, c'est un mauvais coup contre l'assurance maladie et contre la sécurité sociale ! Nous devons avoir un vrai débat, autrement tout cela ne servira à rien.

M. le président. Je vous remercie, monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Sinon, nous y serons encore à la fin août et même en septembre, si vous voulez ! Eh oui, nous avons tout le temps ! Je ne suis pas impatient.

M. le président. Je vous remercie, monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Si vous ne répondez pas, je vous le dis, très clairement,..

M. le président. Monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. ...si vous persistez dans cette attitude, si vous continuez à n'apporter aucune réponse...

M. le président. Monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. S'il vous plaît, monsieur le président !

M. le président. Non, c'est moi qui vous dis « S'il vous plaît » !

M. Maxime Gremetz. Et moi, je vous demande de me laisser finir ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

M. Yves Bur, président de la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi relatif à l'assurance maladie. Respectez le président de séance, monsieur Gremetz !

M. le président. Monsieur Gremetz, vous avez dépassé votre temps de parole !

M. Maxime Gremetz. Laissez-moi finir, sinon nous allons encore perdre du temps !

J'informe la présidence et le Gouvernement qu'à chaque fois que nous n'obtiendrons pas de réponse, nous demanderons un scrutin public sur nos amendements ! J'en demande d'ailleurs un, au nom du groupe des députés communistes, sur les amendements nos 2236 à 2247.

M. le président. Sur le vote des amendements nos 2236 à 2247, je suis saisi par le groupe des député-e-s communistes et républicains d'une demande de scrutin public.

Le scrutin est annoncé dans l'enceinte de l'Assemblée nationale.

Quel est l'avis de la commission sur les amendements en discussion ?

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. La commission a rejeté ces amendements.

J'ai bien entendu vos arguments monsieur  Biessy : ils méritent d'être discutés. La description que vous avez faite du dossier médical personnel ne correspond pas à la réalité de ce qu'il sera. Du reste, aujourd'hui déjà, vous ne vous rendez pas chez un médecin généraliste sans qu'il prenne des notes vous concernant, vous n'allez pas à l'hôpital sans que soit établie une observation par les jeunes médecins, complétée par les chefs de clinique, puis par les professeurs qui examinent le patient. Toutes ces notions sont effectivement très complexes.

A propos des antécédents, vous ne pouvez pas parler de « roman personnel ». Bon nombre de maladies se reproduisent au sein des familles pour des raisons génétiques. Il est essentiel de savoir, par exemple, que le père et l'oncle de M. X sont décédés d'un cancer de la prostate.

Seul le médecin est capable de faire le tri parmi des informations, certes avec sa subjectivité, monsieur Biessy, mais elle est inhérente à toutes les activités humaines. Là je crois que l'on peut faire confiance aux médecins.

Je ferai une réponse identique pour les examens complémentaires. Vous parlez d'amélioration, mais pour y parvenir, il faut un point de départ. Le projet que nous proposent les ministres a le grand mérite d'en offrir un. Le dossier médical personnel peut être extrêmement simple et généralisé, d'emblée. Et avec le temps, il sera complété et s'améliorera.

A M. Gremetz, qui a fait de la haute politique, je n'ai pas de réponse à lui apporter, sinon qu'il est incohérent - et cela n'échappera à personne - de parler à la fois de privatisation et d'étatisation.

M. Gérard Bapt. Pas du tout !

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements en discussion ?

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Même avis que celui de la commission.

M. le président. La parole est à M. Gérard Bapt.

M. Gérard Bapt. Je voudrais faire œuvre pédagogique auprès de M. le rapporteur.

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. Je vous en remercie !

M. Gérard Bapt. Il a déjà admis tout à l'heure que nous n'étions pas, sur le principe, opposés au dossier médical personnel.

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. Nous sommes contents de le savoir !

M. Gérard Bapt. On vous l'avait déjà dit !

Selon vous, monsieur le rapporteur, il y a incompatibilité entre étatisation et privatisation. Pourtant, vous êtes en train d'organiser les deux !

M. Jean-Marie Le Guen. C'est la complémentarité !

M. Gérard Bapt. L'étatisation, c'est toute la réforme de la gouvernance, même si elle ne concerne pas - ce qui devrait être le cas - les réseaux, les liaisons « villes-hôpital » ou la régionalisation. Mais cette étatisation vise à s'appuyer sur un mécanisme que vous êtes en train de mettre en place et que vous distillez au cours des semaines, mesure par mesure. Nous avons même appris, voici une quinzaine de jours, que le dispositif serait complété par une loi organique cet automne.

Cette étatisation vise, en cas de dérapage, à restreindre le périmètre des soins, à procéder à des déremboursements, à bloquer des mesures génératrices de dépenses nouvelles. Cela ouvrira un champ plus large aux complémentaires, non seulement aux mutuelles, mais aussi aux assurances privées. C'est cela la privatisation-étatisation ! Privatisation et étatisation vont de pair dans votre projet. (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) C'est d'ailleurs le cas dans tous les pays qui ont procédé ainsi.

M. le président. La parole est à M. Maxime Gremetz.

M. Maxime Gremetz. J'essaierai aussi de faire œuvre de pédagogie.

Allez-vous comprendre une chose simple, monsieur Dubernrard ?

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. Je ne sais pas si j'en suis capable !

M. Maxime Gremetz. Si, je crois que vous l'êtes, si vous écoutez bien !

M. Jean-Marie Le Guen. Le peut-il ?

M. Maxime Gremetz. C'est une question de volonté et de compréhension.

Quand on veut modifier la base de quelque chose, on commence par prendre le pouvoir.

M. André Schneider. Ce sont les techniques communistes ! Il va nous réciter le catéchisme soviétique !

M. Maxime Gremetz. Dans le cas présent, que fait-on ? Le conseil d'administration : les salariés n'y sont pas représentés. La Haute autorité : le directeur est désigné par le ministre. Cela permet de faire passer ce que j'appelle la privatisation rampante. C'est le but de votre réforme qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne va pas dans le sens des objectifs affichés. Comme cela, vous ferez - et vous faites déjà - ce que voulez : multiplication des déremboursements...

M. Jean Dionis du Séjour. Ce n'est pas le sujet !

M. Maxime Gremetz. ...baisse de la couverture de base, augmentation du forfait hospitalier, paiement d'un euro par acte. Pour être bien remboursés, les gens devront souscrire une assurance privée ! Les assurances privées voient donc s'ouvrir un marché extraordinaire : le marché privé de la santé, où circulent des sommes d'argent considérables puisqu'elles sont supérieures au budget national. Le MEDEF et les assurances privées en rêvaient depuis très longtemps ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

M. Richard Mallié. Le « MEDEF » le mot est lâché !

M. Jean-Marie Le Guen. C'est vous qui l'avez convoqué pour cette réforme ! Vous l'avez supplié à genoux de venir !

M. Maxime Gremetz. Le mot est lâché ! Mais vous êtes bien placés, mesdames, messieurs de l'opposition, pour savoir que ce gouvernement est le bras armé du MEDEF ! Ne l'avez-vous pas encore compris ? (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

M. Yves Bur, président de la commission spéciale. C'est grotesque !

M. Maxime Gremetz. C'est vrai dans tous les domaines ! C'est vrai pour les 35 heures ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.) Dans ma vie de parlementaire, j'ai vu beaucoup de gouvernements de droite, mais jamais je n'en ai vu un qui soit autant à la botte du MEDEF. Les vieux parlementaires pourront également le dire !

M. Hervé Mariton. C'est un hommage tardif !

M. Maxime Gremetz. A l'époque il y avait une certaine distanciation ! De Gaulle et Pompidou n'ont jamais agi ainsi ! (Mêmes mouvements.)

M. le président. Mes chers collègues, écoutez M. Gremetz, qui va conclure son propos !

M. Maxime Gremetz. Voyez, monsieur le président, ils ne font que m'interrompre !

M. le président. C'est la raison pour laquelle je demande à vos collègues de vous écouter !

M. Maxime Gremetz. Je vous en remercie, monsieur le président.

Les salariés qui cotisent n'auront plus rien. Tout sera entre les mêmes mains ! Vous nous promettez la réforme la plus importante, mais, en fait, elle tend à remettre en cause les fondements de 1946 ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

Mme Chantal Robin-Rodrigo. C'est vrai !

M. Maxime Gremetz. Aujourd'hui, en faisant payer toujours plus les salariés, les assurés sociaux, vous rejetez le principe de 1946 selon lequel on doit avoir droit à la santé en fonction de ses besoins et de ses moyens  (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire) et vous faites des cadeaux formidables aux grandes entreprises ! Je vous donnerai tout à l'heure les chiffres.

M. le président. Oui, tout à l'heure, monsieur Gremetz !

M. Maxime Gremetz. Je ne peux pas dire tout en même temps ! Je me réserve pour la suite du débat ! Nous avons de longues nuits devant nous ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

D'abord, étatisation ; ensuite, privatisation : avez-vous compris, monsieur Dubernard ?

M. André Schneider. C'est un communiste qui nous parle d'étatisation !

M. le président. Je vous remercie, monsieur Gremetz.

La parole est à M. le rapporteur.

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. La seule logique de ce texte est : ni étatisation, ni privatisation.

M. Maxime Gremetz. Mais vous savez que cela n'existe pas !

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. C'est une belle logique, monsieur Gremetz, parce qu'elle retrouve l'esprit initial de notre assurance maladie (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains), celle du général de Gaulle, celle de Pierre Laroque et même celle d'Ambroise Croizat ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire et du groupe Union pour la démocratie française.)

M. Maxime Gremetz. Vous bâclez !

M. François Liberti. Vous n'y croyez pas vous-même, monsieur le rapporteur  !

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État à l'assurance maladie.

M. le secrétaire d'État à l'assurance maladie. J'aimerais apporter une précision aux débats et pour le compte rendu qui en sera établi. Monsieur Gremetz, en disant que nous sommes dans un système de santé où l'on est soigné selon ses besoins et selon ses moyens, vous avez commis une erreur ; en fait, dans notre système de santé, chacun contribue selon ses moyens et est soigné selon ses besoins.

M. Maxime Gremetz. C'est ce que j'ai voulu dire !

M. le secrétaire d'État à l'assurance maladie. Je suis heureux d'avoir pu vous aider à rectifier cette erreur, monsieur Gremetz ! (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

M. le président. Nous allons maintenant procéder au scrutin qui a été annoncé dans l'enceinte de l'Assemblée nationale.

Je vais donc mettre aux voix les amendements identiques, nos 2236 à 2247.

Je vous prie de bien vouloir regagner vos places.

..................................................................

M. le président. Le scrutin est ouvert.

..................................................................

M. le président. Le scrutin est clos.

Voici le résultat du scrutin sur les amendements identiques, nos 2236 à 2247 :

              Nombre de votants 67

              Nombre de suffrages exprimés 63

              Majorité absolue 32

        Pour l'adoption 10

        Contre 53

L'Assemblée nationale n'a pas adopté.

Rappels au règlement

M. Maxime Gremetz. Je demande la parole pour un rappel au règlement.

M. le président. La parole est à M. Maxime Gremetz, pour un rappel au règlement.

M. Maxime Gremetz. Ce matin, un quotidien revient sur une annonce assez importante pour le déroulement de nos débats : les fabricants de cigarettes veulent réduire leurs prix pour relancer la consommation, qui a baissé de 4,4 %, ce dont nous nous félicitons. Reste à savoir s'il s'agit d'une baisse réelle ou d'un effet de la contrebande.

Toujours est-il qu'une réduction des prix entraîne nécessairement une baisse de recettes fiscales.

M. Jean-Marie Le Guen. Exact !

M. Maxime Gremetz. Or nous savons qu'ajoutées à celles sur l'alcool, les taxes sur le tabac représentent plus de 2 milliards de recettes pour la sécurité sociale.

Hier, notre collègue Jean-Marie Le Guen vous a alerté sur le sujet, monsieur le ministre, et vous n'avez pas répondu, vous contentant de dire : « Ce n'est pas le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui. »

M. Jean-Marie Le Guen. Comme d'habitude !

M. Maxime Gremetz. Si ce n'est pas le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui, je ne vois pas de quoi nous parlons !

Après la note de Bercy, puis celle de la CNAM, c'est un nouvel événement qui fragilise l'impact de votre réforme.

Pouvez-vous nous indiquer quelles pourraient être les conséquences de cette annonce ? Voilà les difficultés auxquelles on s'expose quand on fait reposer le financement de la protection sociale sur la fiscalité sans chercher d'autres solutions. Nous vous faisons pourtant des propositions à ce sujet, je viens encore de le démontrer.

Ainsi, vous fragilisez non seulement cette réforme, mais aussi votre plan cancer, financé par les recettes fiscales du tabac. Il est vrai que vous n'êtes pas à une contradiction près : vous lancez un plan de santé publique qui demande un investissement élevé alors que le gouvernement Raffarin II, en décembre, a signé avec les professionnels un « contrat d'avenir » excluant toute hausse de la fiscalité pendant quatre ans. Dès lors, une piste à étudier est la prise en charge des substituts nicotiniques, comme nous le proposons par amendement à ce texte.

Pour que nos débats puissent se poursuivre correctement, dans le respect de la transparence, il convient évidemment, monsieur le ministre, que vous répondiez à ces interrogations devant la représentation nationale. Nous sommes prêts, si nécessaire, à demander une suspension de séance de dix minutes pour laisser au Gouvernement le temps de préparer ses réponses.

M. Philippe Auberger. Il a hâte d'aller en griller une ! (Sourires sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Un industriel vient en effet de faire une annonce, et je répéterai évidemment ma réponse d'hier : dans la mesure où il existe un plan cancer et où je suis chargé de la santé publique et de la protection sociale, je suis opposé à une baisse du prix du paquet de cigarettes, car plus il monte, plus la consommation baisse, comme on a pu le vérifier dans le monde entier. Le Gouvernement, sous l'impulsion, en particulier, de mon prédécesseur, a assumé une augmentation considérable du prix des cigarettes, aujourd'hui acquise.

M. Jean-Marie Le Guen. Absolument !

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Pour répondre simplement à votre question, monsieur Gremetz, le ministre de la santé et de la protection sociale ne peut imaginer un seul instant que le prix du paquet baisse.

M. Jean-Marie Le Guen. Rappel au règlement !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen, pour un rappel au règlement.

M. Jean-Marie Le Guen. Monsieur le ministre, si j'ai bien compris, vous nous dites que le Gouvernement, dont vous êtes membre, s'engage à faire en sorte que le niveau du prix des cigarettes dans ce pays soit au moins maintenu, ce qui signifie que, en cas de baisse du tarif proposé par les fabricants, les taxes seront relevées à due concurrence afin de garantir les recettes de la sécurité sociale. Je signale que cela relève du domaine de la loi et j'indique à M. le ministre que nous sommes prêts à voter les amendements que le Gouvernement déposerait sur le sujet à n'importe quel moment de la discussion.

Reprise de la discussion

M. le président. Je suis saisi d'un amendement n° 8170.

La parole est à M. Alain Vidalies, pour le soutenir.

M. Alain Vidalies. Le projet de loi que vous nous présentez, monsieur le ministre, tire sans attendre les conclusions de la mise en œuvre du dossier médical à l'horizon 2007 en supprimant immédiatement le dispositif en vigueur jusqu'à présent, c'est-à-dire le carnet de santé. Je trouve cette décision précipitée ; c'est aller un peu vite en besogne. Bien sûr, le carnet de santé n'a pas connu un succès remarquable, mais, considérant que le DMP ne sera généralisé qu'à partir du 1er janvier 2007, supprimer immédiatement les autres instruments de coordination est un peu hasardeux ; ce n'est un bon signal ni pour les malades ni pour les médecins. Compte tenu à la fois des incertitudes et du calendrier que vous avez vous-même retenu, il conviendrait que l'article 2 prévoie un fonctionnement conjoint des deux dispositifs au moins pendant la période de transition, c'est-à-dire jusqu'au 1er janvier 2007.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. La commission a repoussé cet amendement.

Vous parlez du carnet de santé, qui a été mis en place très difficilement et va mourir de sa belle mort, même s'il n'est pas encore à l'agonie. Certes, le carnet de santé avait du sens - j'y reviendrai -, mais il entraînait une confusion, dans les objectifs, entre suivi du patient et contrôle. Par ailleurs, il était très compliqué à mettre en œuvre, surtout pour les médecins déjà informatisés. De plus, soit le patient n'apportait pas son carnet de santé, soit il l'avait mais souhaitait qu'on y mentionne toutes les informations médicales possibles - j'ai vécu ce problème de très nombreuses fois. C'est pourquoi le futur dossier médical personnel informatisé doit être extrêmement simple.

Mais j'estime, pour ma part, que le carnet de santé a eu un intérêt majeur, en préparant les esprits, chez les patients comme chez les professionnels.

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. C'est vrai.

M. Jean-Michel Dubernard, rapporteur. Les patients attendent le dossier médical personnel - les sondages en attestent -, tout comme les professionnels de santé. L'on ne peut toutefois rejeter le carnet de santé, qui a au moins eu ce mérite et qui persistera, avec un chevauchement entre carnet papier et carnet informatique.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. le ministre de la santé et de la protection sociale. Même avis que la commission.

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen.

M. Jean-Marie Le Guen. Par conséquent, monsieur le rapporteur, il serait logique d'entretenir la flamme du carnet de santé. Si je comprends bien, vous devez être favorable à notre amendement.

Parallèlement, cela soulève aussi la question du médecin référent, sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir. Plus de 10 000 praticiens sont aujourd'hui médecins référents et 1,2 million de nos concitoyens se font suivre dans ce cadre, ce qui suppose notamment l'utilisation du carnet de santé. Il serait utile et intéressant, monsieur le ministre, que vous nous disiez comment vous voyez l'avenir de cette façon de dispenser les soins, très liée à la question du carnet référent.

M. le président. La parole est à M. Richard Mallié.

M. Richard Mallié. À mon tour, je voudrais faire œuvre de pédagogie vis-à-vis de nos collègues socialistes et communistes. On ne peut pas vouloir tout et son contraire. Pour mettre en place une mesure, il faut en avoir la volonté politique, et nous l'avons, car le dossier médical personnel est une bonne chose, pour l'assurance maladie et surtout pour la santé publique, la santé de nos concitoyens. Mais, pour mettre en place une mesure, encore faut-il s'en donner les moyens, et cela suppose d'abandonner ce qui se faisait précédemment et ne marchait pas très bien - en l'espèce, c'est une litote. Mieux vaut tout arrêter et passer à autre chose car s'obstiner à maintenir deux opérations en parallèle serait le meilleur moyen de se casser la figure.

M. Jean-Marie Le Guen. Vous dites cela aussi pour le médecin référent ?

M. Richard Mallié. Je parle du carnet de santé.

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 8170.

(L'amendement n'est pas adopté.)

Rappels au règlement

M. Maxime Gremetz. Je demande la parole pour un rappel au règlement.

M. le président. La parole est à M. Maxime Gremetz, pour un rappel au règlement.

M. Maxime Gremetz. Je vous avais informé, monsieur le président, que notre groupe se réunissait à dix heures et demie.

M. le président. C'est exact.

M. Maxime Gremetz. Alors, disposons-nous d'une suspension, ou a-t-il été décidé que les députés participant à la séance publique n'auront plus le droit de se rendre à leur réunion de groupe, quel qu'il soit ? (Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)

M. le président. Je vais vous répondre très clairement, monsieur Gremetz. L'ordre du jour a été arrêté en conférence des présidents, et chaque président de groupe l'a accepté, sans demander de suspension pour réunir les membres de son groupe. Je vous remercie d'ailleurs d'avoir bien voulu généraliser votre propos, car si j'avais suspendu la séance pour un groupe, j'aurais dû en faire autant pour tous les autres, en commençant presque immédiatement après l'ouverture de la séance. Je m'en tiens donc à l'organisation des débats prévue par la conférence des présidents ; la séance se déroulera normalement.

M. François Liberti. C'est incroyable !

M. Yves Bur, président de la commission spéciale. Parlez-en à votre président de groupe !

M. Jean-Marie Le Guen. Rappel au règlement !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marie Le Guen, pour un rappel au règlement.

M. Jean-Marie Le Guen. Si je ne me trompe, la tradition veut que la séance publique du matin dure de neuf heures et demie à treize heures, jamais de neuf heures et demi à dix ou onze heures.

M. le président. Vous avez très bien compris.

M. Jean-Marie Le Guen. J'imagine donc que les présidents de groupe - du mien comme de celui de M. Gremetz - ont accepté que nous commencions effectivement à travailler dès neuf heures et demie pour ne pas retarder le débat. Mais ils n'ont pas pour autant exclu que nous puissions suspendre la séance pour assister à notre réunion de groupe.

M. François Liberti. Tout à fait !

M. Jean-Marie Le Guen. Il serait donc légitime, monsieur le président, que vous fassiez droit à cette demande de suspension de séance, à moins que la jurisprudence ne prévoie dorénavant que la séance de la matinée n'a pas lieu chaque fois qu'une réunion de groupe est organisée.

M. Jean-Claude Sandrier. Très bon raisonnement !

M. Jean-Marie Le Guen. D'autant, je préfère vous le dire, que nous ferons une demande identique, afin d'obtenir une courte suspension, notre groupe se réunissant à onze heures et demie, tout comme le font nos collègues communistes, et, je crois, ceux de l'UDF, à dix heures et demie. Les uns et les autres ne demandent pas deux heures de suspension de séance - je suppose que, pour chacun, vingt ou trente minutes suffiront.

Si nous avons accepté de travailler à partir de neuf heures et demie, que l'on n'en tire pas prétexte pour nous interdire d'aller en réunion de groupe, il serait raisonnable de le comprendre.

M. le président. Monsieur Le Guen, en conférence des présidents, les présidents de groupe sont très écoutés, et, lorsqu'ils souhaitent un aménagement de l'organisation des débats en raison de tel ou tel événement, ils l'expriment.

M. André Schneider. La conférence des présidents est même faite pour ça !

M. le président. Or, en l'occurrence, cela n'a pas été le cas. Ils ont considéré que le débat pourrait se poursuivre. (Protestations sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains.)

M. Maxime Gremetz. Ils ont oublié d'en parler !

M. Gérard Bapt. Comprenez-les, ils sont fatigués !

M. Jean-Marie Le Guen. Nous allons demander au président Ayrault de revenir pour s'exprimer !

M. le président. Si vous voulez, monsieur Le Guen.

La parole est à M. Maxime Gremetz.

M. Maxime Gremetz. Monsieur le président, comment imaginez-vous que notre groupe se réunisse sans que nous lui rendions compte des problèmes qui se posent sur un texte si important ? Nous demandons une suspension d'un quart d'heure. Les députés réunis en groupe ont bien le droit de savoir où nous en sommes !

M. le président. Cette demande est beaucoup plus raisonnable.

M. Maxime Gremetz. Je suis toujours raisonnable, moi !

M. le président. Je vais suspendre la séance pendant un quart d'heure.

Suspension et reprise de la séance

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à dix heures quarante-cinq, est reprise à onze heures.)

M. le président. La séance est reprise.

Reprise de la discussion

M. le président. Je suis saisi de douze amendements identiques, nos 2248 à 2259.

La parole est à M. Gilbert Biessy.

M. Gilbert Biessy. Avant d'achever l'examen de l'article 2 qui est loin de nous satisfaire sur certains aspects, nous souhaitons rappeler quelques principes.

La nature même du dossier médical, qui, selon nous, n'est pas réductible à une somme d'informations, complique le problème de sa communication directe au patient ou à des professionnels de soins.

Nous avons souligné l'inévitable subjectivité et les interactions qui vont façonner ce dossier. En effet, quel que soit l'interlocuteur, la transmission du dossier médical suppose un travail d'analyse, de distanciation et de retranscription.

L'insuffisance de communication, souvent décriée, à juste titre, est constatée dans les situations où les acteurs n'entretiennent pas les meilleures relations et qu'ils sont dans le doute, l'ignorance ou le mépris quant au rôle ou aux compétences de l'autre : entre le médecin et le patient, entre généralistes et spécialistes, entre médecins hospitaliers et médecins de ville.

Il nous paraît nécessaire de rappeler que, si le secret médical est d'abord destiné à protéger le patient, toutes les informations qu'il a confiées ne devant être divulguées à personne, il constitue également le cadre indispensable de la relation entre le médecin et le patient. Le secret médical n'appartient ni à l'un ni à l'autre mais il offre à chacun un espace de liberté et de pensée.

Certes, nombreux sont ceux qui considèrent qu'il n'y a rien de dangereux à dévoiler une partie de ses antécédents médicaux, y compris à son employeur ou à son assureur, mais c'est le plus souvent parce qu'ils sont bien portants ou exempts de risques ou de pathologies inquiétantes. Le secret médical protège tout le monde, même ceux qui n'ont rien à cacher.

Pour le patient, il s'agit certes de son histoire de santé et de ses examens cliniques et complémentaires, mais tout ce qu'élabore le médecin dans ce cadre, ses impressions, ses hypothèses, ses questions, n'appartient pas au patient.

La transparence que l'on veut opposer au secret médical est une vue de l'esprit. Est-il toujours utile - et inoffensif - qu'un patient sache que son médecin craint un cancer quand il requiert un examen complémentaire ?

Autant de questions qui restent en suspens et que ne résout pas cet article.