| N° 978 |
N° 492 |
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____ |
| ASSEMBLÉE NATIONALE |
SÉNAT |
| CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 |
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| ONZIÈME LÉGISLATURE |
SESSION ORDINAIRE DE 1997-1998 |
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____________________________________ |
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| Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale |
Annexe au procès-verbal de la séance du 11 juin 1998 |
| le 11 juin 1998 |
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OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
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RAPPORT
sur laval du cycle nucléaire
Par
MM. Christian BATAILLE et Robert GALLEY,
Députés
Tome I : Etude générale
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| Déposé sur le Bureau de l'Assemblée nationale |
Déposé sur le Bureau du Sénat |
| par M. Jean-Yves LE DÉAUT, |
par M. Henri REVOL, |
| Président de l'Office. |
Vice-Président de l'Office. |
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Déchets, pollution et nuisances
TABLE DES MATIERES
AVANT PROPOS 7
Introduction générale 11
1. La problématique recyclage stockage pour le combustible
irradié et le plutonium de retraitement 15
Introduction 11
- des installations de retraitement opérationnelles jusquen 203017
- le poids économique du retraitement18
- les deux faces du retraitement : le recyclage des actinides majeurs
uranium, plutonium et la réduction de la toxicité des déchets 19
1.1. le plutonium : flux et stocks 23
- une récente transparence sur les stocks de plutonium23
- Cogema transparente sur le plutonium : il suffisait de le demander26
- le stock de plutonium dEDF stabilisé à vingtaine de tonnes30
- réglementation sur le plutonium et coût du retraitement30
1.2. la montée des isotopes pairs du plutonium au cours de lirradiation,
une donnée fondamentale pour les combustibles et les réacteurs
actuels ou futurs 32
- montée des isotopes pairs et recyclage du plutonium32
- les isotopes pairs du plutonium, poisons des réacteurs à neutrons
thermiques et excellents combustibles pour les réacteurs
à neutrons rapides 34
1.3. le plutonium considéré comme déchet et son immobilisation
dans des matrices à longue durée de vie 35
- le plutonium militaire issu du démantèlement des armes, un sujet
brûlant mais bloqué aux Etats-Unis 36
- le WIPP ou le tabou brisé du plutonium en stockage géologique36
- de nouvelles matrices dimmobilisation à très long terme
pour le plutonium 37
1.4. les contraintes techniques du plutonium considéré comme un
combustible et les limites de son recyclage dans le Mox 39
- plusieurs types de Mox et plusieurs configurations de cur
contenant du Mox 39
- un maximum de 12 % de plutonium dans le Mox41
- la modification du design initial des réacteurs 900 MWe et
la limitation du pourcentage dassemblages Mox à 30 % du total 43
- lintroduction du Mox dans les réacteurs de 1300 MWe
envisageable à lhorizon 2005 45
- le Mox dans les réacteurs de 1450 MWe : un problème
analogue à celui des réacteurs 1300 MWe 46
- le Mox et lEPR : une question stratégique46
- la faisabilité et lopportunité du retraitement du Mox49
- le combustible Mix : une solution coûteuse et peu efficace
vis-à-vis du plutonium 50
1.5. EDF bloquée à 16 tranches mais candidate pour 12 autorisations
supplémentaires 51
- une stratégie globale de laval du cycle51
- EDF soucieuse dobtenir lautorisation de moxer 28 tranches51
- en cas de limitation à 16 tranches, labandon du principe dégalité
des flux ou la diminution des quantités retraitées et donc des
suppressions demploi 53
- une attitude prudente pour le reste du parc54
- pour un EPR moxé à 15 %55
- lurgence de prendre une décision sur lEPR55
- adaptations stratégiques et transposition de la directive européenne
sur louverture du marché de lélectricité 56
1.6. le plaidoyer de Cogema en faveur de léquilibre économique
du cycle du combustible 56
- la solution au problème du plutonium : le retraitement et le Mox
à 100%, selon Cogema 56
- léquilibre global de laval du cycle selon Cogema57
- Cogema en attente des autorisations de dimensionnement optimal
de ses installations de fabrication de Mox 59
1.7. la nécessité dopter pour le Mox mais aussi daugmenter les
marges disponibles pour lentreposage du combustible irradié
non retraité 59
- La France dans la ligne internationale pour le recours au Mox60
- le Mox promu aux Etats-Unis par les négociations
stratégiques avec la Russie 61
- le Mox irradié, une bonne matrice dimmobilisation
du plutonium 61
- la nécessité daugmenter les marges dentreposage du
combustible irradié 62
2. Les limites probables de la séparation et de la transmutation
et le dilemme transmutation-stockage 65
2.1. les difficultés de la séparation 66
- la séparation du neptunium et du technétium, un problème réglé67
- laméricium et le curium, deux actinides mineurs particulièrement encombrants68
- le bloc difficile à entamer de laméricium et du curium69
- la séparation des produits de fission71
- le butoir du césium73
- une connaissance de plus en plus fine des combustibles irradiés73
- le coût probablement important de la séparation74
- la diminution des volumes des rejets et des déchets B76
2.2. les limites des études sur la transmutation avec Phénix 77
- la remontée en puissance de Phénix78
- les conséquences de la fermeture de Superphénix sur les études
relatives à la transmutation 79
- les conditions techniques des expériences de transmutation80
- les expériences CAPRA utiles pour létude du recyclage du
plutonium 81
- les expériences SPIN pour la transmutation des actinides mineurs
et des produits de fission à vie longue 81
2.3. le réacteur Jules Horowitz et les études sur la
transmutation : un lien hypothétique 83
2.4. le réacteur hybride, médaille dor du marketing scientifique 84
- de nombreux projets diversifiés et à objectifs multiples proposés
dans le monde entier 84
- le projet français de réacteur hybride88
- un démonstrateur de réacteur hybride original88
- un investissement international89
- quels intervenants pour la France ?90
- lattitude prudente des Etats-Unis : oui à la spallation, non à un
réacteur hybride 90
- un projet dont la finalité et le coût doivent être précisés91
- des options techniques et une sûreté encore bien floue92
- une application opérationnelle après la décision ?93
2.5. la question des quantités transmutables et le problème
du tout ou rien 94
- les ordres de grandeur des quantités transmutables95
- deux questions difficiles : la vitesse et le rendement de la
transmutation 99
- une dizaine dannées pour transmuter ?99
- de 7 à 12 RNR pour réduire les flux dactinides mineurs100
- le miracle attendu des réacteurs " papier "102
- la question du tout ou rien104
3. Le choix de lentreposage ou du stockage et la problématique
de la réversibilité 105
Introduction 106
- la classification française des déchets radioactifs106
- le conditionnement des déchets107
- les politiques nationales de gestion des déchets radioactifs107
3.1. la sûreté maximale est-elle apportée par le stockage
en couche profonde ? 112
- la multiplication des barrières112
- un confinement satisfaisant selon les modèles de cinétiques
de dissolution 114
- limmobilisation naturelle de radioéléments sur des
millions dannées 114
- avec les céramiques, peut-être limmobilisation des actinides
mineurs et des produits de fission sur 2 milliards dannées,
sauf accident naturel ou provoqué par lHomme 115
- la nécessité de construire au moins deux laboratoires souterrains116
- des investissements et des coûts dexploitation
à la portée de la filière 118
3.2. les contraintes de sûreté de la surface ou de la sub-surface 119
- le retour dexpérience de Cascad, installation dentreposage de
combustibles irradiés 119
- des précautions multiples pour assurer la sûreté et en sub-surface120
- lopposition ou la complémentarité surface sub-surface121
3.3 le prix de la réversibilité 122
3.4. la charge pesant sur les générations futures 123
3.5. la nécessité déviter des décisions hâtives
ou les ordonnances " minute " 124
4. Le jeu institutionnel des acteurs de laval du cycle : réussites et
débordements 125
4.1. la commission nationale dévaluation : du jury de thèse
au gouvernement mandarinal 125
- la mission fixée par la loi : aider le Gouvernement à informer
le Parlement 125
- une solennité et une séquence symboliques126
- laffaire du site granitique : information, évaluation ou décision ?127
- un jury de thèse souverain128
- limpossibilité dun gouvernement mandarinal de la recherche
sur les déchets radioactifs 129
4.2. le nouvel engagement du CEA 130
- un réel effort intellectuel et budgétaire130
- une surcharge et une urgence préjudiciables à de bonnes décisions131
4.3.LAndra, un organisme qui doit affirmer
sa compétence scientifique 131
5. Optimiser la durée et les coûts 133
5.1. les rendez-vous essentiels 135
- la démarche progressive de la loi de 1991135
- quelques difficultés incontournables à relever en temps et en heure136
5.2. remettre à lhonneur la rationalisation des choix
dinvestissement 138
Conclusion 141
Recommandations 143
Examen du rapport par lOffice 145
Annexe 1 : Personnalités auditionnées 147
Annexe 2 : Glossaire 149
AVANT PROPOS
Malgré les campagnes de dénigrement et les attaques insidieuses ou
non fondées dont elle fait lobjet dans le monde et, depuis quelque temps, dans
notre pays, lénergie nucléaire nest pas condamnée, loin sen faut. On
peut même affirmer quil sagit, à partir des considérations techniques,
économiques et politiques actuelles, dune énergie décisive à lhorizon du
siècle qui vient.
Il ne sert à rien de proclamer que lon veut réduire les
émissions de gaz à effet de serre si lon se refuse à utiliser le seul mode actuel
de production massive délectricité qui soit à la fois efficace et sans rejet
carbonique dans latmosphère. Toutes les ressources potentielles de production
électrique à partir de l'énergie hydraulique doivent être exploitées. Les énergies
renouvelables peuvent et doivent être développées ; cependant leur faible
rendement ne permet pas, pour le moment, de les considérer comme une énergie de
substitution, mais au mieux comme une énergie de complément.
Labandon du nucléaire se traduirait de fait par un recours accru
aux énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz, et donc par une augmentation
conséquente de leffet de serre. Il faut redire, de ce point de vue, que le gaz
naturel noffre pas davantages particuliers par rapport au charbon ou au
pétrole et que le dilemme dans notre pays se situe entre lénergie nucléaire ou le
gaz, la gestion des déchets ou leffet de serre.
A laune de lhistoire, lénergie nucléaire à partir
de la fission représente, comme bien dautres, une solution transitoire. Les
progrès scientifiques et techniques permettent despérer, à long terme, une source
dénergie qui naurait pas les inconvénients liés à la radioactivité.
Cependant, à lheure actuelle, elle reste la solution la plus équilibrée.
Prétendre quil serait possible de " sortir du nucléaire "
dans les années qui viennent relève de lincantation et du vu pieu,
contradictoire avec les objectifs du sommet de Kyoto et les fondamentaux de l'économie.
Quarrivera-t-il quand les Chinois, les Indiens, se donneront tous les moyens pour
tendre vers notre niveau de consommation dénergie (ce qui serait parfaitement
légitime de leur part) en recourant exclusivement aux énergies fossiles ? Les
efforts des pays développés, aujourdhui les plus voraces en énergie à effet de
serre, nen seraient que plus justifiés.
Ces évidences nexonèrent pas lindustrie nucléaire des
critiques qui simposent. Comme cela a été dit, à maintes reprises, dans les
rapports de lOffice parlementaire dévaluation, cette industrie est une
industrie qui manipule des produits dangereux et qui, à ce titre, doit être contrôlée
par les autorités de sûreté spécialisées, mais également être étroitement
surveillée par les pouvoirs publics et, en particulier, par le Parlement.
Que ses promoteurs lacceptent ou non, lénergie nucléaire
est perçue dans le public comme une industrie particulière dans laquelle les règles de
sûreté doivent être appliquées sans aucune défaillance et dans laquelle la
transparence doit être totale. Cest un fait ! Par suite d'un passé lointain,
on est bien plus vigilant sur la radioactivité que sur la présence de mercure ou de
plomb, on considère que le problème de la couche stratosphérique d'ozone n'est pas
urgent !
En quelques années, les esprits ont sensiblement évolué dans ce
domaine et le Parlement, par le biais de lOffice, a accès très largement à
linformation. Notre problème est plutôt, désormais, de savoir comment nous allons
gérer et exploiter la masse de documents qui nous arrive régulièrement. On peut
toutefois regretter quune certaine culture de lautosatisfaction et de la
non-transparence vienne conforter les arguments de ceux qui ont décidé, une fois pour
toutes, que tout était opaque et secret dans le secteur de lindustrie nucléaire,
comme il l'était pour l'énergie atomique militaire.
Le problème de la dissimulation des informations dans le transport des
combustibles irradiés en est une bien piteuse illustration. Pourtant, les responsables
devraient comprendre que la transparence renforce la crédibilité du secteur nucléaire
vis-à-vis de lopinion publique, comme cela a d'ailleurs été le cas pour la
production des centrales électronucléaires d'EDF. A la fin des années quatre-vingt, il
y eut des campagnes de révélations prétendument sensationnelles qui caricaturaient le
problème des déchets de faible activité. La loi du 30 décembre 1991, en
organisant la publication, chaque année, de linventaire des déchets, a largement
contribué à apaiser une opinion inquiète parce que peu ou pas informée.
Allons-nous pouvoir désormais aller plus loin et faire en sorte que
les responsables politiques puissent exercer normalement leurs pouvoirs de contrôle dans
le domaine de lénergie ?
Le temps où quelques ingénieurs pouvaient décider seuls de la
politique énergétique du pays est révolu. Il ne doit plus exister de domaine réservé
duquel les citoyens et leurs représentants seraient exclus au profit dune
technostructure qui imposerait une pensée unique quelle serait seule à définir.
Discuter ouvertement, librement, avec lesprit critique, des
grandes orientations du cycle du combustible nucléaire ne porte pas, au contraire,
condamnation de lensemble de la filière. Par contre, cette industrie, comme toutes
les autres, doit pouvoir sadapter aux réalités nouvelles et aux attentes des
citoyens.
Lindustrie nucléaire française a, en son temps, surmonté
labandon de la filière graphite-gaz. De la même manière, elle acceptera les
adaptations du cycle du combustible avec la souplesse nécessaire.
La gestion de laval du cycle est aujourdhui un problème
décisif. Le temps est venu de réviser certains dogmes qui ne correspondent plus à la
réalité économique et industrielle. Le " tout retraitement "
fait partie de ces dogmes qui ont fait leur temps. Dire clairement, comme nous
lavions fait dans un précédent rapport de lOffice, que tout le combustible
irradié ne sera plus retraité ne porte pas atteinte à lindustrie nucléaire, mais
doit entraîner des adaptations claires de la stratégie industrielle.
Au lieu de continuer à se comporter comme si les problèmes ne se
posaient pas, il vaudrait mieux se donner les moyens pour approfondir la réflexion et,
ensuite, prendre des décisions sur la destination finale qui sera réservée aux
éléments de combustible qui ne seront pas retraités.
Il en est de même pour le combustible Mox usé que, de toute
évidence, lutilisateur EDF ne souhaite pas voir retraité.
Ce rapport démontre, par ailleurs, que nous avons un stock de
plutonium de 65,4 tonnes, très supérieur à la marge de réserve de 20 tonnes
estimée nécessaire par EDF. Nous devons, dès aujourdhui, examiner la manière
dont nous pourrons soit utiliser, soit stocker une partie du plutonium déjà extrait et
qui ne trouvera pas de débouché à moyen terme.
Toutes les voies pour la gestion de laval du cycle doivent donc
rester ouvertes : la recherche fondamentale, la recherche en laboratoires, et
létude de la faisabilité du stockage de longue durée en surface. Il est possible
et même probable que, pour la gestion finale des déchets nucléaires, il ny ait
pas une voie unique, mais que le Parlement ait à se prononcer en 2006 sur des solutions
combinant les trois voies de la loi de 1991.
Dans le domaine du nucléaire, comme dans beaucoup dautres
domaines liés au progrès scientifique, il faut savoir sadapter et réviser des
conceptions trop rigides et dogmatiques. La pire des solutions serait, face aux
incertitudes que ce rapport recense, de rester passif et de reporter sur les générations
futures la solution de problèmes que nous avons posés et que nous naurions pas le
courage de résoudre. Lavenir de lénergie nucléaire repose sur les solutions
pour laval du cycle.
Le problème est difficile mais nest pas insurmontable. Il faut
poser les problèmes, soutenir les recherches, préciser les étapes du calendrier,
avancer les solutions les unes après les autres.
La voie est étroite entre un pouvoir technicien antidémocratique et
opaque et lagitation désordonnée de minorités qui nous conduisent à
limpasse ou nous emmèneraient au désastre. Chacun voudrait imposer ses
a priori, ses idées toutes faites. Or, ce qui est décisif est de préserver une
pluralité de réponses possibles et, de ce point de vue, lévolution des
connaissances, les résultats des recherches examinés objectivement nous apporteront des
enseignements précieux.
Divers rapports de lOffice ont déjà souligné les aspects
néfastes dune culture nucléaire monolithique et dépourvue de souplesse. Ils ont,
avant tout, mis en exergue la nécessité dune pratique tolérante, maintenant dans
lavenir le plus grand nombre de solutions possibles. Daucuns veulent
aujourdhui fermer les portes maintenues ouvertes par la loi de 1991. Par-delà
lirrationalité de cette réaction, faut-il voir un avatar supplémentaire de la
pensée unique ?
La démocratie a encore bien des domaines à défricher et à
conquérir, là où le débat public doit se substituer aussi bien à lautoritarisme
quaux conciliabules de couloir. Lénergie nucléaire et sa domestication sur
tout le XXIe siècle est un de ces nouveaux territoires que la démocratie doit
irriguer.
Notre société, ses élus, ses dirigeants sinterrogent sur la
pérennité de choix qui, au demeurant, se sont jusqualors révélés pertinents.
Quoi de plus naturel que ces interrogations, surtout quand il s'agit de poursuivre à long
terme ?
Mais il faut aussi avancer en rythme et sans précipitation. Nous
pouvons sortir de cette étape par le haut. Une pratique plus transparente, plus
tolérante, plus démocratique sera plus en harmonie avec le temps qui vient.
Introduction générale
Depuis 1991, pour répondre aux attentes des citoyens et aux
impératifs de la filière nucléaire, la question de la gestion des déchets nucléaires
est traitée au grand jour. La loi du 30 décembre 1991 définit d'une part un cadre
législatif qui donne toute garantie sur l'intervention du Parlement pour les décisions
clés. Elle fixe d'autre part un horizon de temps et une méthode pour les études à
conduire et les réalisations à mettre en uvre dans le but d'apporter les
meilleures solutions au traitement des déchets nucléaires.
S'agissant des études à conduire, la loi du 30 décembre 1991, dans
son article 4, définit trois axes principaux :
" la recherche de solutions permettant la séparation et
la transmutation des éléments radioactifs à vie longue présents dans ces déchets,
l'étude des possibilités de stockage réversible ou
irréversible dans les formations géologiques profondes, notamment grâce à la
réalisation de laboratoires souterrains,
l'étude des procédés de conditionnement et d'entreposage de
longue durée en surface de ces déchets."
Après avoir joué un rôle déterminant dans l'élaboration et
l'adoption de la loi, l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques a,
quant à lui, continué de suivre le problème, d'une part en étudiant les rapports
annuels de la commission nationale d'évaluation et, d'autre part, en publiant un nouveau
rapport en mars 1996 sur les déchets nucléaires à haute activité civils et en décembre 1997 sur les déchets nucléaires à haute activité militaires.
L'Office parlementaire a, d'autre part, été associé à la mission
confiée en décembre 1996 à M. Claude Mandil, Directeur général de l'Énergie et à
M. Philippe Vesseron, Directeur de la prévention des pollutions et des risques.
L'Office avait alors demandé à vos Rapporteurs, en charge dune étude transmise à
l'Office par la Commission de la Production et des Échanges, d'assurer le suivi des
travaux de cette mission. La dissolution de l'Assemblée Nationale ne leur avait cependant
permis d'assister que partiellement à ces réunions.
Les travaux réalisés par la mission Mandil-Vesseron, auxquels avaient
été associés tous les différents acteurs du nucléaire, ont servi de base aux
réflexions de l'Office qui viennent compléter le document correspondant, que les deux
membres du Gouvernement concernés, le Ministre de l'Aménagement du Territoire et de
l'Environnement, et le Secrétaire d'État à l'Industrie, n'avaient pas souhaité rendre
public avant que l'Office ait été réellement en mesure de se prononcer.
A mi-parcours du délai de 15 ans fixé par la loi pour une décision
concernant un éventuel stockage souterrain des déchets, la saisine de l'Office prend une
nouvelle et brûlante actualité.
Le moment est en effet venu de prendre une décision concernant la
localisation et la construction des futurs laboratoires souterrains. La loi en prévoit en
effet plusieurs . Trois sites ont fait l'objet d'avis favorables de la part de l'ANDRA, le
site de Bure (Meuse) permettant des recherches sur le comportement des radionucléides
dans l'argile, le site de Marcoule, près de Bagnols-sur-Cèze (Gard) pour le même type
de milieu géologique et le site de La Chapelle-Bâton (Vienne) pour l'étude des
radionucléides dans le granite.
La Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires (DSIN) a pour
sa part instruit les demandes d'autorisation pour la création d'un laboratoire souterrain
sur chacun des sites, de sorte quil appartient aujourdhui au Gouvernement de
prendre sa décision.
Par ailleurs, la fermeture de Superphénix, annoncée par le Premier
ministre le 19 juin 1997, a été confirmée lors du comité interministériel du 2
février 1998. Or, depuis le décret du 11 juillet 1994, le rôle assigné à Superphénix
était celui d'être une installation de recherche pour l'incinération du plutonium et
des déchets nucléaires à haute activité, cette installation devant occuper ainsi une
place très importante dans le dispositif prévu par la loi de 1991.
Il est certes prévu que Phénix devienne à brève échéance un outil
de remplacement. Mais il y a lieu de vérifier en détail si cette substitution est
possible. Les puissances de ces deux réacteurs à neutrons rapides diffèrent en effet
fortement : 250 MWe pour Phénix contre 1 200 MWe pour Superphénix. Leurs âges
respectifs et donc potentiellement leurs conditions de sûreté sont également très
différents : Phénix a été mis en service en 1973 et Superphénix en 1985.
La Commission denquête sur Superphénix et la filière des
réacteurs à neutrons rapides, dont vos Rapporteurs sont Président et Rapporteur,
examine actuellement les conditions de la remontée en puissance de Phénix. Dans le cadre
de leur étude sur laval du cycle, vos Rapporteurs ont centré leurs recherches sur
les résultats attendus des expériences prévues avec Phénix sur laxe 1 de la loi
de 1991.
Une troisième évolution, qui se traduit aujourd'hui avec force dans
le débat politique, renforce la nécessité de nouveaux rapports de l'Office
parlementaire.
Les trois axes de recherche prévus par la loi de 1991 couvrent bien
l'éventail du possible. Les études à réaliser doivent porter, ainsi qu'on l'a rappelé
plus haut, sur le stockage réversible ou irréversible des déchets à
haute activité.
Dès 1991, il n'était pas en effet exclu que l'on ne puisse en quinze
ans mettre au point les technologies permettant de casser des composés radioactifs de
période se comptant en millions d'années comme ceux du neptunium 237 ou du césium 135
en composés radioactifs de période de quelques dizaines d'années.
En cette mi-1998, cette question clé ne semble pas avoir encore reçu
de réponse. La reprise des déchets constitue donc toujours une option à explorer. Elle
semble d'ailleurs prendre une importance critique dans le public et dans le débat
politique. Corrélativement, les techniques de conditionnement et d'entreposage de longue
durée en surface, en sub-surface ou en profondeur revêtent une importance capitale si
l'on veut garantir la réversibilité des options. Dès lors, il convient d'examiner avec
une attention toute particulière l'état d'avancement des recherches correspondantes.
Le présent rapport examine les résultats obtenus dans chacun de trois
domaines de recherche, leur portée et leurs limites.
Mais la problématique du retraitement constituant la toile de fond de
laval du cycle, vos Rapporteurs létudient dabord en nomettant
évidemment pas de traiter du recyclage du plutonium par la seule voie désormais possible
après la fermeture de Superphénix, cest-à-dire la voie du Mox. Les limites que
pourraient présenter les techniques de séparation et de transmutation sont ensuite
examinées. La question décisive pour lavenir est bien en effet de savoir quelles
quantités de radioéléments à haute activité et à vie longue pourront être
transmutées, avec quels équipements et à quelle vitesse.
La problématique du choix entre lentreposage et le stockage en
découle naturellement. Présentée à la fin des années 80 comme la seule solution
rationnelle de gestion des déchets à vie longue, la méthode du stockage irréversible
est désormais confrontée à celle de lentreposage, par définition réversible.
Lentreposage devrait permettre dassurer la réversibilité et de conserver des
marges daction, par rapport à lévolution des techniques et des marchés. Vos
Rapporteurs proposent dexaminer à quelles conditions de délais, de coûts et de
sûreté cet objectif pourrait être atteint.
En réalité, à mi-parcours du temps prévu par la loi de 1991 pour
réunir les connaissances qui permettront en 2006, et seulement à cette date, de décider
de lorganisation générale de la gestion des déchets radioactifs à haute
activité et à vie longue, il apparaît bien quil nexiste aucun antagonisme
entre les 3 axes de recherche. Sans doute, à lavenir, la gestion des déchets
hautement radioactifs mettra-t-elle en uvre une combinaison de techniques relevant
de ces trois domaines.
Incinération, entreposage ou stockage, en surface ou en
profondeur : ces trois techniques de gestion des déchets radioactifs à haute
activité doivent, en tout état de cause, continuer dêtre explorées
simultanément et à parité, afin quen 2006, le Parlement puisse décider en toute
connaissance de cause des solutions que la communauté scientifique et le Gouvernement lui
présenteront.
1. La problématique recyclage stockage pour le combustible irradié et le
plutonium de retraitement
Plus quaucune autre question portant sur la filière nucléaire,
la question du retraitement suscite des controverses. Il paraît important de reprendre
les données de base du problème.
Pour les uns, le retraitement, par lampleur et la durée des
investissements quil nécessite, introduit une rigidité dans les choix de la
filière. Pour les autres, le retraitement est effectivement la clé de la cohérence de
celle-ci, en ce quil apporte une double contribution économique et dans un certain
sens écologique à léquilibre de la filière.
La problématique recyclage-stockage est bien sûr conditionnée en
France par lexistence dune industrie qui a un poids économique très
important. Il faut par ailleurs souligner que le recyclage du plutonium et de
luranium des combustibles usés permet une réduction de la toxicité des déchets.
Une fois rappelées ces données fondamentales, vos Rapporteurs
examinent dans la suite limportante question du plutonium sous le triple aspect de
sa physique, de ses stocks et des flux correspondants. La question du plutonium
considéré comme déchet est ensuite traitée. Mais, compte tenu du potentiel
énergétique et de la toxicité du plutonium, la France sest engagée dans la voie
du recyclage et de sa valorisation dans le combustible Mox. Les différentes contraintes
techniques portant sur la composition et lutilisation du Mox sont détaillées
ultérieurement. EDF souhaite porter à 28 réacteurs sur 58 les autorisations de
chargement. Cogema quant à elle souligne que les installations du cycle du combustible
sont calibrées pour cette situation et verraient leur rentabilité économique ruinée si
lon sarrêtait " au milieu du gué ".
Au total, il apparaît clairement à vos Rapporteurs que la France est
désormais dans une situation de retraitement dune partie encore indéfinie des
combustibles irradiés. Deux ans après que votre Rapporteur a révélé en mars 1996
quune partie substantielle du combustible nallait pas être retraitée, il se
confirme que laval du cycle nucléaire est désormais dual en France.
Une partie du combustible est retraitée et une autre, un tiers, ne
lest pas. Il sagit dune situation de fait qui ne traduit pas la victoire
des partisans du non-retraitement sur ceux du retraitement mais qui est la résultante
darbitrages économiques. Pour commencer à en tirer les conséquences, peut-être
faut-il redonner une marge dévolution à un ensemble dentreposage à court
terme proche de la saturation. Mais il faut surtout tirer les conclusions de cette
situation pour lavenir et prévoir avec plus de précision des techniques
dentreposage à moyen terme voire de stockage à très long terme pour les
combustibles irradiés non retraités.
Introduction
Le contexte de laval du cycle français est sans équivalent dans
le monde, dans la mesure où lobjectif de lensemble des opérateurs a été de
maîtriser lensemble des techniques susceptibles dintervenir dans la filière.
A la prise en compte du contexte économique doit sajouter, pour recenser tous les
paramètres de décision, une inscription des problèmes dans une réalité physique de
base, celle de la fission des éléments lourds que sont luranium et le plutonium.
- des installations de retraitement opérationnelles jusquen 2030
Lindustrie française du retraitement est la 1ère du
monde. Il sagit là de lun des domaines où une politique volontariste et
globale, conjuguée à un savoir-faire technologique de premier plan, a porté la France
à la pointe des industries mondiales. Pour les détracteurs du retraitement, cette
singularité dénote, au contraire, un isolement de la France et, somme toute, remet en
cause la pertinence du choix du recyclage. En réalité, vos Rapporteurs estiment que
cest sans doute cette position dominante qui a permis à lindustrie française
de vendre des centrales à létranger. Cest aussi dailleurs la raison de
la concentration des attaques dorganisations internationales qui visent plus la
France que les choix industriels quelle incarne.
Tableau 1 : lindustrie du retraitement dans le monde
Pays |
opérateur |
site |
capacité finale |
France |
Cogema |
La Hague |
1 600 t/an |
Royaume-Uni |
BNFL |
Sellafield |
900 t/an |
Japon |
JNFL |
Rokkasho-Mura (mise en
service après 2003) |
800 t/an |
| |
PNC |
Tokaï-Mura (arrêt après
2003) |
90 t/an |
Russie |
|
Tcheliabinsk-65 |
400 t/an |
| |
|
Krasnoïarsk (inachevée) |
1 500 t/an |
Les principales étapes de la construction de loutil industriel français du
retraitement civil sont les suivantes :
- 1960 : choix du site de La Hague
- 1962 : définition du procédé, des matériels et des installations de
retraitement
- 1966 : démarrage de lusine UP2 de La Hague pour le retraitement du
combustible uranium naturel graphite gaz (UNGG)
- 1976 : construction au sein de lusine UP2 dun nouvel atelier de
400 t/an (atelier HAO destiné au traitement du combustible des REP
- 1987 : arrêt du retraitement du combustible UNGG à La Hague et transfert à
lusine UP1 de Marcoule
- 1990 : mise en service de lusine de retraitement UP3 de La Hague,
dimensionnée pour 800 t/an
- 1994 : mise en service de lusine de retraitement UP2-800
- 1998 : démantèlement de lusine UP1 de Marcoule commencé le 1er janvier
Au final, le site de La Hague est un complexe industriel de très
grande taille comprenant 6 installations nucléaires de base (INB). Le montant des
investissements réalisés dans lusine de La Hague est évalué à 90 milliards de
F.
Lusine de La Hague est un outil fonctionnant selon les
prévisions. Il devrait être amorti sur le plan financier vers 2001. Alors, la
rentabilité augmentera fortement. Mais plus probablement, le coût total
dexploitation et par conséquent les prix de traitement des combustibles et
corrélativement celui du plutonium sabaisseront.
Sagissant de la durée de vie des installations, celles-ci
devraient pouvoir fonctionner jusquen 2030-2040 environ avant dêtre
déclassées. Lexemple dUP1 de Marcoule, construite entre 1955 et 1959 et
opérationnelle jusquen 1998 montre que lexploitation dune telle
installation peut sétendre sur une période de 40 ans. La nature des équipements
et la qualité de la maintenance à La Hague laissent présager la possibilité de gagner
un large nombre dannées supplémentaires.
La logique économique voudrait donc que ces installations soient
utilisées jusquà cette période et que loption du retraitement soit
confirmée dici à une vingtaine dannées.
- le poids économique du retraitement
Le chiffre daffaires de Cogema en 1997 sest élevé à
32,65 milliards de francs, dont 16,2 milliards de F pour le retraitement . Les contrats en
cours dexécution à La Hague pour des clients étrangers représentent un chiffre
daffaires de 7 milliards de F par an sur 10 ans. Un autre indicateur du poids
économique du retraitement est celui des provisions passées pour financier le futur
démantèlement des installations. Le démantèlement des installations de La Hague est
estimé à 26 milliards de francs. Les provisions déjà constituées atteindraient
20,6 milliards de francs et se traduiraient par des prises de participation
conséquentes dans le capital de grandes entreprises nationales.
Sur le plan local, limportance économique de lusine de La
Hague est majeure. Cogema emploie localement 3 000 personnes environ. Avec les personnels
des entreprises sous-traitantes, le total des emplois liés au site sélève à 6 -
8 000 personnes. Au total, le site de La Hague apporte à léconomie du nord
Cotentin un quart à un tiers de son activité. Hier encore lun des plus grands
chantiers jamais conduits dans lhexagone, La Hague continue de monter en puissance,
même si la progression sest fortement ralentie. Les travaux de modernisation de
différents ateliers génèrent aujourdhui une activité importante. On citera, à
titre dexemple, limpact des deux derniers gros chantiers de La Hague le
nouvel atelier de conditionnement R4 et lachèvement de latelier de compactage
des coques et embouts Ces constructions se sont traduites par des contrats de 280
millions de francs et dun million dheures de travail dont 60 % vont aux
entreprises locales.
- les deux faces du retraitement : le recyclage des actinides majeurs uranium
et plutonium et donc la réduction de la toxicité des déchets,
Dune manière générale, le plutonium suscite linquiétude
essentiellement par les utilisations militaires qui en ont été faites. Cette inquiétude
est renforcée par sa radiotoxicité, la période de ses isotopes les plus abondants
étant de surcroît de très longue durée (voir tableau ci-après). Or le plutonium
apparaît inévitablement au cours de lirradiation de luranium 238 par capture
de neutrons thermiques, dans le combustible nucléaire classique à loxyde
duranium.
Tableau 2 : période des différents isotopes du plutonium
| isotope |
période |
radioactivité spontanée |
| Pu 236 |
2,85 années |
a vers U 232 |
| Pu 238 |
86 années |
a vers U 234 |
| Pu 239 |
24 400 années |
a vers U 235 |
| Pu 240 |
6 580 années |
a vers U 236 |
| Pu 241 |
14,4 années |
a - b |
| Pu 242 |
3,79. 105 années |
a vers U 238 |
| Pu 243 |
4,96 heures |
b |
Le combustible à loxyde duranium comprend de
luranium 235 fissile qui, dans les réacteurs à eau pressurisée, est présent en
moyenne à hauteur de 3,5 %, le reste étant de luranium 238. Cest cet uranium
235 qui donne lieu à la réaction de fission et à la production dénergie. Il
nest toutefois pas consommé en totalité : en moyenne sur 1 000 kg de
combustible, on compte 35 kg duranium 235 au départ et on en retrouve 8 kg après
lirradiation.
Lisotope uranium 238 fertile quant à lui représente au départ
96,5 % du total. Lors de lirradiation, luranium 238 se transforme en
partie par capture dun neutron thermique en uranium 239 instable qui donne par
émission b du neptunium de période très courte et qui par le
même processus se transforme en plutonium 239. Celui-ci peut capturer à son tour un
neutron thermique alors quil subit la fission sous laction de neutrons rapides
et ainsi de suite, plusieurs isotopes du plutonium coexistant au final, selon les
réactions ci-après.
Figure 1 : formation sous irradiation des isotopes
du plutonium à partir de luranium 238
U 238 U 239 Np 239 Pu 239
Pu 240 Pu 241 Pu 242 Am 243
Am 241
Lisotope 239 du plutonium est le plus abondant car il est formé
par simple capture dun neutron par luranium 238. Les autres isotopes sont
dautant plus abondants que le taux de combustion est plus élevé, ainsi que le
montrent les tableaux suivants. Notons quen fin dirradiation, la totalité de
luranium fertile nest pas consommée : pour 1 000 kg de combustible, on
retrouve 941 kg duranium 238 pour une quantité de 965 kg au départ.
Tableau 3 : isotopes du plutonium dans le combustible oxyde duranium
irradié taux de combustion : 33 000 MWj/t après
refroidissement de 3 ans
Tableau 4 ; isotopes du plutonium dans le combustible oxyde duranium
irradié (palier N4) taux de combustion : 47 500 MWj/t après
refroidissement de 5 ans
Le retraitement du combustible irradié se justifie pour deux raisons
essentielles. En premier lieu, lintérêt de récupérer les matières
énergétiques non consommées : y figure en effet luranium 235 non brûlé et
luranium 238 non transformé. En second lieu, se trouve la matière énergétique
formée au cours de la combustion le plutonium qui est elle-même une matière
fissile . Pour 1 000 kg de combustible présents au départ, le plutonium formé au
cours de lirradiation représente environ 9 kg. Or le plutonium a lui aussi un
contenu énergétique encore plus élevé que luranium 235 en raison du fait que sa
fission donne lieu à la naissance de deux fois plus de neutrons utiles pour la réaction
en chaîne que ce dernier. Il nest pas faux à cet égard de constater, en termes
simplificateurs mais imagés quun gramme de plutonium équivaut à environ 1 tonne
de pétrole.
A cet égard, lindustrie nucléaire propose trois voies pour le
traitement du plutonium. La première est celle de lutilisation du plutonium dans
des réacteurs à neutrons rapides qui permettent de le brûler avec efficacité, tout
aussi bien que den régénérer. La deuxième voie est celle du recyclage du
plutonium dans les réacteurs à neutrons thermiques par la voie du Mox (voir plus loin).
Une troisième voie consiste à considérer le plutonium comme un déchet et donc à
envisager son stockage.
Mais, en tout état de cause, en poursuivant un but de valorisation
énergétique, le retraitement atteint aussi un but potentiellement écologique. En effet,
en extrayant luranium et le plutonium, on réduit la radiotoxicité des résidus
puisque ces éléments sont responsables de la part la plus importante de celle-ci, comme
les montrent les graphiques ci-après.
Figure 2 : radiotoxicité totale du combustible et
part de chacun des éléments

La première constatation que lon peut faire sur la base de ce
graphique, cest que la radiotoxicité totale du combustible usé décroît
progressivement et devient inférieure à 1 Sv/tonne au bout de 1000 ans. La
deuxième constatation est que le plutonium joue un rôle prédominant dans la
radiotoxicité totale. La figure suivante, qui présente une version normalisée des
mêmes résultats, permet dexpliciter le rôle des différents éléments.
Figure 3 : radiotoxicité normalisée du combustible usé

Au bout de 200 ans environ, la part des produits de fission
sannule presque quasiment. Limpact du plutonium devient massif de 100 à 50
000 ans environ. Ensuite luranium et les actinides mineurs américium et curium
contribuent plus fortement à la radiotoxicité.
Par ailleurs, il faut signaler que les différents isotopes du
plutonium sont eux-mêmes radioactifs et subissent des dégradations spontanées selon le
tableau suivant.
Lorganisation de la filière française de laval du cycle
découle directement de deux constats essentiels liés à la toxicité des éléments
contenus dans le combustible usé.
En premier lieu, il est clair quen valorisant par recyclage le
contenu énergétique du combustible à luranium, on réduit aussi la toxicité des
déchets. Bien évidemment, pour apprécier lintérêt global de lopération
quant à la protection de lenvironnement, la quantité de déchets intermédiaires
générés par le retraitement doit aussi être prise en compte. Par ailleurs, le devenir
des déchets ultimes (produits de fission à vie longue et actinides mineurs) doit trouver
une solution. Mais le raisonnement à la base de la stratégie du retraitement doit être
gardé en mémoire pour le cas de lentreposage direct. En effet, lentreposage
direct du combustible irradié peut se justifier dès lors que lon souhaiterait
attendre la mise au point de techniques meilleures pour neutraliser la radioactivité.
Dans ce cas, il y a tout lieu de penser que le premier objectif serait de résoudre les
cas de luranium et surtout du plutonium. Ce qui est très exactement lapport
principal du procédé Purex qui porte sur la séparation de ces éléments.
En deuxième lieu, le plutonium est le principal responsable de la
radiotoxicité du combustible usé. Ainsi, au bout de deux cents ans, sa part dans la
radiotoxicité totale atteint 90 %. Cest pour cette raison que des normes très
strictes ont été fixées pour le retraitement du combustible. Lors de la conception et
de la réalisation de lusine de La Hague, il a ainsi été fixé comme contrainte
fondamentale lobtention dun rendement de 99 % pour la séparation du
plutonium, corollaire dune épuration à 99,9 % du plutonium en produits de fission.
Les performances enregistrées ont dépassé les attentes, avec un taux de séparation de
99,9 %.
1.1. le plutonium : flux et stocks
Lévaluation des quantités de plutonium produites, réutilisées
ou " sur étagère " est une question sensible. Pour des motifs de
sécurité, les statistiques correspondantes ont longtemps été classées secret
défense. La situation a récemment changé.
- une récente transparence sur les stocks de plutonium
Les 9 pays possédant les plus importants stocks de plutonium ont en
effet donné leur accord sur les " Guidelines for the Management of
Plutonium " (Infcir/549) proposées par l'AIEA et échangé des informations
sur les spécificités de leurs stocks. Les recommandations de l'AIEA portent sur une
comptabilité publique des stocks. Différentes catégories de plutonium doivent être
distinguées :
- plutonium séparé et non irradié sur étagère
- combustibles Mox non irradiés
- autres produits contenant du plutonium et non irradié
- et en général tout le plutonium utilisé dans des activités nucléaires
pacifiques, ainsi que le plutonium classé comme inutile ou inutilisable pour des
activités de défense.
Les 9 pays sont les suivants :
- pays ne possédant pas l'arme nucléaire : Belgique, Japon, Allemagne, Suisse
- pays possédant l'arme nucléaire : Chine, France, RU, Etats-Unis
Sur les 9 pays ayant adhéré aux recommandations de l'AIEA, 8 ont fourni des
statistiques, seule la Chine arguant du fait que les stocks ne sont pas distincts selon
qu'ils sont à usage civil ou militaire.
Le tableau suivant présente les statistiques déclarées par la France pour les
années 1995 et 1996.
Tableau 5 : déclaration par la France à lAIEA de ses stocks
de plutonium pour 1995 et 1996
I. Statistiques annuelles pour les stocks de Plutonium civil non
irradié et séparé
|
au 31/12/96 |
au 31/12/95
|
1. Plutonium séparé et non irradié stocké dans les usines de
retraitement
|
43,6 tonnes
|
36,1 tonnes
|
2. Plutonium séparé et non irradié en cours de fabrication et
plutonium contenu dans des produits semi-finis non irradiés localisés dans les usines de
fabrication de combustible ou autres
|
11,3 tonnes
|
10,1 tonnes
|
3. Plutonium contenu dans des combustibles Mox non irradiés ou
dautres produits finis, dans les centrales ou ailleurs
|
5,0 tonnes
|
3,6 tonnes
|
4. Plutonium séparé et non irradié détenu ailleurs
|
5,5 tonnes
|
5,5 tonnes
|
total I
|
65,4 tonnes
|
55,3 tonnes
|
remarques :
|
|
|
(i) Plutonium inclus dans les catégories 1 à 4 et appartenant à
des propriétaires étrangers
|
30 tonnes
|
25,7 tonnes
|
(ii) Plutonium sous lune des formes 1 à 4 et détenus dans
dautres pays et donc non inclus dans les catégories 1 à 4
|
0,2 tonne
|
0,2 tonne
|
(iii) Plutonium en cours dexpédition à létranger sous
la responsabilité de la France et inclus dans les catégories 1 à 4
|
0,0
|
0,0
|
II. Quantités estimées de plutonium contenu dans les combustibles
usés des réacteurs à usage civil
|
au 31/12/96
|
au 31/12/95
|
1. Plutonium contenu dans les combustibles usés entreposés sur les
sites des réacteurs à usage civil
|
64,9 tonnes
|
64 tonnes
|
2. Plutonium contenu dans les combustibles usés entreposés sur les
sites des usines de retraitement
|
87,6 tonnes
|
87 tonnes
|
3. Plutonium contenu dans des combustibles usés entreposés ailleurs
|
0,0
|
0,0
|
total II
|
152,5 tonnes
|
151 tonnes
|
remarques
|
|
|
(i) le traitement statistique des combustibles entreposés ou
stockés directement sera mis au point lorsque les décisions pour un stockage direct se
seront traduites dans des réalisations concrètes
|
|
|
(ii) définition du II.1. : le chiffre correspond au combustible
déchargé des réacteurs civils
|
|
|
(iii) définition du II.2. : le chiffre correspond aux
quantités de plutonium contenu dans les combustibles reçus dans les usines de
retraitement et non encore retraités
|
|
|
Les statistiques distinguent le plutonium séparé de
celui contenu dans le combustible non retraité. En termes de prolifération, cette
distinction a une portée évidente, les techniques de séparation étant difficiles à
maîtriser. Il faut donc se garder de faire la somme du plutonium séparé de celui
contenu dans le combustible irradié qui, si on le retraite devient du plutonium déchet.
Mais on ne peut que noter une augmentation de 1995 à 1996 une
augmentation du plutonium dit " sur étagère ". Les chiffres
1997 sont en cours délaboration. Les indications données à votre Rapporteur
laissent penser que cette augmentation sest poursuivie de manière linéaire.
Par ailleurs, il faut souligner le fait que les 65,4 tonnes plutonium
séparé sur étagères fin 1996 comprennent 30 tonnes de plutonium appartenant à des
sociétés étrangères. De même, les 152,5 tonnes de plutonium contenu dans les
combustibles usés comprennent aussi les combustibles étrangers en attente de
retraitement.
Quant aux chroniques relatives aux périodes antérieures, le
secrétariat dEtat à lindustrie, arguant du fait quelles reposaient sur
des conventions statistiques différentes, na pas souhaité les communiquer à vos
Rapporteurs.
- Cogema transparente sur le plutonium : il suffisait de le demander
Lordre de grandeur des stocks doit être discuté si lon
veut sassurer de la plausibilité des chiffres affichés. A cet égard, il est
intéressant de faire un parallèle entre les montants de stocks et les quantités
retraitées. Ces quantités de combustibles irradiés sont indiquées dans le tableau
suivant, fourni par Cogema.
Tableau 6 : quantités annuelles de combustibles
retraités à UP2 et UP3 (La Hague)
année -
tonne |
quantité
retraitée à UP2 |
quantité
retraitée à UP3 |
quantité de
Mox retraité |
quantité de
combustible de RNR retraité |
total
annuel |
1976 |
14,6 |
- |
- |
- |
14,6 |
1977 |
17,9 |
- |
- |
- |
17,9 |
1978 |
38,3 |
- |
- |
- |
38,3 |
1979 |
79,3 |
- |
- |
2,2 |
81,5 |
1980 |
104,9 |
- |
- |
1,5 |
106,4 |
1981 |
101,3 |
- |
- |
2,2 |
103,5 |
1982 |
153,5 |
- |
- |
- |
153,5 |
1983 |
221,0 |
- |
- |
2,0 |
223,0 |
1984 |
255,1 |
- |
- |
2,1 |
257,2 |
1985 |
351,4 |
- |
- |
- |
351,4 |
1986 |
332,6 |
- |
- |
- |
332,6 |
1987 |
424,9 |
- |
- |
- |
424,9 |
1988 |
345,7 |
- |
- |
- |
345,7 |
1989 |
430,3 |
30,0 |
- |
- |
460,3 |
1990 |
331,0 |
195,0 |
- |
- |
526,0 |
1991 |
311,1 |
351,4 |
- |
- |
662,5 |
1992 |
219,9 |
448,0 |
4,5 |
- |
672,4 |
1993 |
354,0 |
600,0 |
0,0 |
- |
954,0 |
1994 |
575,9 |
700,4 |
0,0 |
- |
1 276,3 |
1995 |
758,1 |
800,6 |
0,0 |
- |
1 558,7 |
1996 |
862,0 |
818,9 |
0,0 |
- |
1 680,9 |
1997 |
849,6 |
820,3 |
0,0 |
- |
1 669,9 |
1998 (3 mois) |
104,3 |
276,0 |
4,9 |
- |
385,2 |
total |
7 236,7 |
5 040,6 |
9,4 |
10,0 |
12 296,7 |
Le tableau suivant, fourni par Cogema, donne les
chiffres précis relatifs à lutilisation du plutonium issu du retraitement des
réacteurs à eau légère. Ces chiffres excluent les quantités de plutonium de qualité
militaire extraites par retraitement des combustibles UNGG.
Tableau 7 : fabrications, réexpéditions et stocks de plutonium
provenant du retraitement à La Hague des combustibles à eau légère
en tonnes de plutonium total |
EDF |
Clients étrangers |
Total |
Production cumulée
de plutonium (76-97) |
44,8 |
51,5 |
95,9 |
Total des expéditions
pour fabrication de combustibles |
28,6 |
22,1 |
50,7 |
Stock PuO2 |
16,2 |
29,0 |
45,2 |
Ainsi, au total, ce sont 95,9 tonnes de plutonium qui ont été
fabriquées à La Hague de 1976 à 1997 par retraitement des combustibles irradiés
des réacteurs à eau légère.
Ces données correspondent aux ordres de grandeur attendus. De 1976 à
fin 1996, 10 241,6 t de combustibles irradiés ont été retraitées à La Hague. Or en
première approximation, le plutonium issu du retraitement représente 0,9 % du tonnage
retraité, ce qui représente 92 tonnes environ. Par différence, le plutonium extrait du
combustible UNGG représente environ 3,7 tonnes.
Les réexpéditions se font à destination dusines françaises ou
étrangères de fabrication de combustibles. EDF a dans le passé repris une partie de son
plutonium pour fabriquer du combustible pour Superphénix et Phénix et ne le fait plus
que pour Phénix, ce qui représente des tonnages faibles. Le Japon continue de reprendre
du plutonium pour ses RNR Joyo et Monju. Mais le débouché principal est bien entendu la
fabrication de Mox.
Sagissant du plutonium provenant des combustibles EDF, la
réexpédition se fait désormais vers lusine Melox, à 100 % en 1997. Les
expéditions de plutonium fabriqué à La Hague vers lusine de Belgonucléaire à
Dessel ont cessé depuis la fin 94. La part de lusine de Cadarache sest
annulée en 1997. Le tonnage réexpédié vers Melox en 1997 a atteint 5,7 tonnes. Le
tableau suivant présente lévolution des réexpéditions de plutonium à partir de
La Hague.
Tableau 8 : réexpéditions à partir de La Hague du
plutonium issu du retraitement de combustibles des REP EDF vers des usines de
fabrication de combustible
tonne de Pu total |
1976 |
1977 |
1978 |
1979 |
1980 |
1981 |
1982 |
1983 |
1984 |
1985 |
1986 |
Belgonucléaire |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,2 |
Melox |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cadarache |
|
|
|
|
0,4 |
0,3 |
0,2 |
0,2 |
0,1 |
0,4 |
0,4 |
Total |
|
|
|
|
0,4 |
0,3 |
0,2 |
0,2 |
0,1 |
0,4 |
0,6 |
tonne de Pu total |
1987 |
1988 |
1989 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
total |
Belgonucléaire |
0,9 |
0,9 |
1,2 |
2 |
1,1 |
0,8 |
1,4 |
0,4 |
|
|
|
8,9 |
Melox |
|
|
|
|
|
|
|
0,4 |
2 |
3,5 |
5,7 |
11,6 |
Cadarache |
0,3 |
0,6 |
|
0,5 |
|
0,7 |
0,9 |
0,8 |
2,1 |
0,2 |
0 |
8,1 |
Total |
1,2 |
1,5 |
1,2 |
2,5 |
1,1 |
1,5 |
2,3 |
1,6 |
4,1 |
3,7 |
5,7 |
28,6 |
Sagissant du plutonium provenant du retraitement des combustibles
étrangers, il faut signaler laugmentation du stock entreposé à La Hague
La montée en charge de lusine UP3 consacrée au retraitement des
combustibles étrangers est en effet rapide depuis 1990. Les quantités produites ont donc
augmenté rapidement. Or les réexpéditions ont été très lentes. Sur la période
1990-1997, la moyenne des tonnages réexpédiés atteint seulement 1,8 tonne par an, avec
toutefois un doublement par rapport à ce chiffre en 1997. Le tableau suivant présente la
chronique des réexpéditions vers létranger.
Tableau 9 : réexpéditions à partir de La Hague du
plutonium issu du retraitement de combustibles étrangers (réacteurs à eau légère)
vers des usines de fabrication de combustible
tonne de Pu total |
1976 |
1977 |
1978 |
1979 |
1980 |
1981 |
1982 |
1983 |
1984 |
1985 |
1986 |
Total |
0,1 |
0 |
0,3 |
0 |
0,3 |
0,3 |
0,5 |
0,7 |
1 |
1,6 |
0,6 |
tonne de Pu total |
1987 |
1988 |
1989 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
total |
Total |
0,5 |
0,8 |
0,7 |
1,2 |
0,7 |
2,4 |
0,3 |
1,6 |
1,7 |
3,2 |
3,6 |
22,1 |
La loi du 30 décembre 1991 dispose dans son article 3 que
" le stockage en France de déchets radioactifs importés, même si leur
retraitement a été effectué sur le territoire national, est interdit au-delà des
délais techniques imposés par le retraitement. "
La réexpédition des verres contenant les actinides mineurs et les
produits de fission est évidemment une obligation aux termes de la loi. On peut discuter
du délai dentreposage nécessaire pour la décroissance de leur charge thermique et
radioactive. Pour le plutonium, les délais imposés par le retraitement sont courts. Au
contraire dimposer une attente, une bonne gestion technique du plutonium exige une
réutilisation rapide, faute de quoi le plutonium sempoisonne, du fait de la
décroissance radioactive b - spontanée du plutonium 241 qui
se transforme en américium 241 avec une période de 14,4 années.
On conçoit bien le manque dardeur des clients étrangers à
rapatrier leur plutonium. En réalité, ce sont plutôt les autorités politiques qui
nencouragent pas les retours, notamment en période délections. Le respect de
la loi de 1991 commande que des calendriers clairs de réexpédition soient adoptés et
respectés. Les retards risqueraient de ne jamais être rattrapés et La Hague na
pas vocation à être un entrepôt de plutonium, ni pour EDF, ni pour les clients
étrangers de Cogema.
- Le stock total de plutonium dEDF stabilisé à une vingtaine de tonnes
EDF recycle une partie du plutonium contenu dans ses combustibles
irradiés sous forme de Mox (voir plus loin). Un stock outil est donc nécessaire. Son
montant est stabilisé à une vingtaine de tonnes depuis 1997. La figure ci-après
présente lévolution de ce stock depuis 1989.
Figure 4 : évolution des stocks de plutonium issus du retraitement
des combustibles EDF

- réglementation sur le plutonium et coût du retraitement
Dans la conception française actuelle du retraitement et des résidus " ultimes ",
la teneur en plutonium des verres contenant les produits de fission et les actinides
mineurs ne doit pas dépasser 0,1 %, sans cette limite posée a priori ait un fondement
logique. Dans lhypothèse où lon envisage un stockage souterrain, ceci
revient à dire que lon exclut dy mettre des déchets contenant du plutonium
à plus de 0,1 %. Cette contrainte a une incidence lourde sur le coût du retraitement. Le
groupe de travail Mandil-Vesseron la évaluée.
La figure suivante illustre quels peuvent être les différents
concepts de traitement des combustibles usés et leur traduction en termes source.
Figure 5 : les différents concepts de retraitement
Stockage Retraitement Retraitement Retraitement
direct simplifié actuel poussé
Pu 100% 1 à 3 % 0,1 % 0,01 %
AM 100% 100 % 100 % 1 %
La référence est la situation actuelle, soit une teneur de 0,1 % des
verres qui contiennent au demeurant 100 % des actinides mineurs. Le coût
dinvestissement dune usine de technologie actuelle et dune capacité de
800 à 1 000 t/an est de lordre de 28 à 40 milliards de F 1997.
Lentreposage en surface ou le stockage direct en sub-surface
correspondant au non-retraitement, conduit à accepter 100 % du plutonium et des actinides
mineurs dans les conteneurs.
A lautre extrémité de léchelle " dexigence ",
le retraitement poussé correspond à une situation où la teneur en plutonium est
limitée à 0,01 % et celle des actinides mineurs à 1 %. Le groupe Mandil- Vesseron
a estimé que le coût du retraitement poussé serait plus élevé de 30 à 50 %,
soit un surcoût dinvestissement de lordre de 14 milliards de F.
Le retraitement simplifié correspond quant à lui à une norme
dacceptation du plutonium à une concentration variant de 1 à 3 %, pour 100 %
dactinides mineurs. Léconomie par rapport à la situation actuelle serait de
30 %, soit 10 milliards de F en investissements, les économies de fonctionnement
nétant pas encore précisées.
Au total, le passage de la norme plutonium de 1 % à 0,01 % se traduit
par une variation de 87 % du coût dinvestissement de renouvellement dune
installation de la taille dUP3.
Figure 6 : impact de la norme plutonium sur le coût de
renouvellement de La Hague usine similaire à UP3
Stockage Retraitement Retraitement Retraitement
direct simplifié actuel poussé
investissement en milliards de F 1997
pour une nouvelle usine de retraitement :
24 32 45
1.2. la montée des isotopes pairs du plutonium au
cours de lirradiation, une donnée fondamentale pour les combustibles et les
réacteurs actuels ou f |